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 Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack

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Mack
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A écrit : Rencontre sportive ; Home sweet Home ; A l'ouest de chez moi tome 1; Mouvement perpétuel; Soleil de minuit, Aurore boréale tome 1, 2 & 3 ; Galway
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MessageSujet: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Mer 24 Déc 2014 - 18:12

Pseudo de l'auteur : Mack

Nombre de chapitres : 28

Rating de l'histoire : NC18 (scènes très détaillées)

Genre de l'histoire : Romance - Sport

Résumé de l'histoire : Danielle commence sa saison à Copenhague et doit s’acclimater à sa nouvelle vie.

Remarques diverses : Suite de Soleil de Minuit, Aurore boréale tome 1 (logique)

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Mack
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Mer 24 Déc 2014 - 18:12

EUROPE - Prologue
 


Lundi 06 août  2007 – 20h34
Reprise de l’entraînement à Copenhague
 
Bonjour à tous !
 
Pour ceux qui n’étaient pas à Copenhague, la saison dernière, je me présente : Je m’appelle  Johanne, j’ai 22 ans, je suis norvégienne et je suis des études de journalisme à Copenhague.
Maintenant, parlons sérieusement. Parlons de handball féminin.
 
La saison 2007–2008 débutera le samedi 8 septembre. En attendant ce match, l’ensemble des joueuses de Copenhague a repris le chemin de l’entraînement. Tout le monde était là, même les 3 nouvelles recrues : Sabine ENGLERT au poste de gardienne, Mia BILTOF en pivot et Danielle KASLER en arrière droit. C’est sûrement ce dernier transfert qui a le plus agité les chroniques du web cet été.
Inconnue du grand public avant la finale de la coupe EHF, elle est maintenant associée au nom d’une des plus grandes joueuses de hand actuel. Vous l’aurez deviné, je parle de Solveig ANDERSEN. 
Les révélations de la capitaine norvégienne ont amené les journalistes à se demander si Danielle KASLER avait été recrutée pour ses talents de handballeuse ou pour le confort personnel de Solveig.
Pour avoir vu la finale de coupe EHF, je pense que Dane (comme l’appelle ses coéquipières) peut apporter beaucoup à l’équipe sur le plan de la rigueur défensive et sur la contre-attaque.
 
Pour en revenir à la première journée d’entraînement, ce fut une séance centrée sur le physique. Les ballons sont restés dans les placards.
 
 
La liste officielle des joueuses avec leur numéro a été dévoilée. Je vous laisse la découvrir ci-après.      
 
Liste des joueuses :
1
Liv
ARLENSEN
Gardienne
(Nor)
16
SabineENGLERTGardienne(All)
5
Danielle
KASLER
Arrière droit
(Fra)
8
Lotta
SHELING
Arrière droit
(Swe
3
Linnea
TORSTENSON
Arrière gauche
(Swe)
4
Trine  
TROELSEN
Arrière gauche
(Dan)
10
Solveig  
ANDERSEN
Demi-centre
(Nor)
14
Lena
SNORROEGGEN
Demi-centre
(Nor)
12
Katri AAMODTAilière gauche(Nor)
2
Fie
WOLLER
Ailière gauche
(Dan)
11
EvaMERTENSAilière droite(Bel)
9
Anne  PEDERSENAilière droite(Dan)
6
LindaBLANKAERTPivot(Bel)
7
MiaBILTOFTPivot(Dan)
 
Les titulaires n’ont pas encore été désignées. Il faudra sûrement attendre la fin du stage. Pour info, les filles seront en préparation physique toute la semaine, sous la forme de deux séances par jour de 9h30 à 11h30 et de 15h à 17h. Elles seront ensuite en stage du lundi 13 au dimanche 19 août en Suisse. Il y aura, à partir de leur retour, des matchs amicaux contre diverses équipes européennes.
 
***


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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Mer 24 Déc 2014 - 18:13

DANEMARK – Reprise
 
            Danielle posa les clés de son appartement sur la table basse et s’écroula dans le canapé. Elle resta là un moment à regarder le plafond. Elle était au Danemark depuis moins de deux semaines. Elle avait juste eu le temps de vider ses cartons avant de partir avec Solveig pour Bergen en Norvège. Elles y avaient passé une semaine.
Sept jours partagés entre footing, siestes et visites de la ville et de ses alentours. Elles avaient logé chez Janna, la sœur de Solveig. Danielle y avait revu Eirik. Le petit garçon avait été tout heureux de retrouver sa nouvelle amie.
            A son arrivée à Copenhague, elle avait été étonnée de voir débarquer Liv, Katri et Solveig pour l’aider à déballer ses cartons. Il fallait qu’elle trouve ses marques dans cette ville et dans sa nouvelle vie, comme s’habituer aux doubles séances d’entraînement. Elle n’avait jamais connu ce rythme. Que ce soit au football ou au handball, elle s’était toujours entraînée le soir. Elle avait beaucoup de choses à apprendre au niveau de la récupération, de la gestion de l’effort, de son alimentation et bien d’autres choses encore.
            Il fallait aussi qu’elle apprenne à vivre avec Solveig. Elles ne partageaient pas le même toit mais, à présent, elles se voyaient tous les jours. Il fallait faire la part des choses entre la joueuse de hand et la petite amie. Et les journalistes n’aidaient pas à dissocier les deux. Rien qu’aujourd’hui, pour la reprise de l’entraînement leurs questions étaient plus d’ordre privé que sportives.  
            Il y avait beaucoup plus de journalistes à Copenhague qu’à Lyon. Dans son ancien club, ils voyaient de temps en temps la presse écrite régionale représentée par « le Progrès ». Le journal sportif « L’Equipe » était venu faire un article lors de leur qualification en finale de coupe EHF. Pour la télé, c’était surtout France 3 Rhône Alpes pour l’émission sportive « 3 partout » qui avait déplacé ses caméras. Au niveau national, Stade 2 leur avait consacré deux reportages : un après la finale de la coupe de France, l’autre après la défaite en coupe EHF. Les chaînes qu’elle préférait étaient Sport+ et Eurosport, chaînes du câble et du satellite 100% sport. Les journalistes et les commentateurs étaient des passionnés et savaient de quoi ils parlaient. Aujourd’hui, elle avait vu les caméras d’Eurosport Danemark dans le lot de journalistes.
 
            Son portable se mit à vibrer dans la poche de son jeans. Elle se tortilla pour le sortir. Elle venait de recevoir un message de Solveig.
 
## Tu es bien rentrée ? Comment te sens-tu après ta première séance d’entraînement ? On se voit ce soir ? ##
 
            Elle était bien rentrée, son appartement était à moins d’un quart d’heure à pied du Copenhague Aréna. En chemin, elle avait fait deux trois courses pour son repas du soir. A présent, elle n’avait qu’une envie, rester tranquille.
 
***
 
            Solveig de son côté lançait la balle à Bones. Dane avait fait aujourd’hui la première étape de son baptême du feu. Elle devrait encore passer l’épreuve du stage et de son premier match dans le championnat danois. Mais elle n’était pas inquiète, Danielle était forte et avait beaucoup de capacités et de qualités. Rien qu’aujourd’hui pendant les deux séances d’entraînement elle avait parfaitement tenu le rythme.
            Plusieurs fois Tero avait amené sa gourde à Danielle. Elle ne buvait pas assez. Elle devrait faire attention à cela car le manque d’eau facilitait l’apparition de crampes et compliquait la récupération.
            Solveig ne connaissait pas les méthodes d’entraînement de Lyon. Au cours de la finale, les joueuses françaises avaient presque tenu le choc physiquement. Danielle lui avait avoué qu’elle avait fini complètement lessivée.
            Si les années de football avaient musclé le bas de son corps, Danielle devait travailler le haut à présent. Il lui fallait renforcer ses épaules et son dos. Pas uniquement pour gagner de la puissance – elle en avait déjà beaucoup – mais pour limiter les blessures. Une bonne musculature permettait d’encaisser les chocs plus facilement et de se faire moins mal en tombant.
 
            Bring Me To Life  se fit entendre. Solveig avait choisi le titre d’Evanescence pour le numéro de Danielle en souvenir de la musique de leur premier réveil ensemble à Copenhague.
 
## Je fais connaissance avec les coussins de mon canapé. Je n’ai pas très envie de ressortir ce soir. Si tu veux venir, j’ai de quoi nous faire à manger. ##
 
## Bones demande s’il peut venir ? ##
 
## Bien sûr. Vous êtes les bienvenus tous les deux. ##
 
## On est là dans 1/2 heure. ##
 
***
 
            Solveig et Danielle étaient écroulées dans le canapé. Bones était couché sur le parquet de l’autre côté de la table basse. Elles venaient de finir de manger. La capitaine norvégienne promenait sa main dans les cheveux de sa petite amie. Elle aimait les ébouriffer encore un peu plus. Après avoir vu les photos de leurs vacances à Lillehammer, Liv
 l’avait comparée à un lutin.
            L’appartement ressemblait de plus en plus à Danielle. Solveig avait tenu compagnie à Liv pendant le déchargement des cartons de sa petite amie. Elles avaient trouvé qu’il n’y en avait pas beaucoup. Le loft était meublé mais tout de même.
 
« Tu ne m’as pas dit ce que tu as fait du reste de tes affaires ? »
      Elles sont toujours dans mon appart.
      Comment tu vas faire ? Tu vas devoir y retourner ?
      Non, mes affaires ne gênent pas Andy.
      Tu as laissé ton appart à Andy ? Ton propriétaire n’a pas fait de difficultés ?
      C’est mon appartement Sveig. J’en suis la propriétaire.
      J'ai cru que tu étais locataire. Tu ne me l’avais pas dit.
      Ça ne m’avait pas semblé important. Ça l’est ?
      Non. Pas vraiment. Donc Andy a déménagé chez toi ?
      Oui. L’immeuble dans lequel il habitait doit être démoli le mois prochain. Il a cherché un nouvel appart dans le quartier du Vieux Lyon ou à la Croix Rousse mais il n'a pas de garant alors personne ne voulait lui louer.
      Donc ton déménagement ici a arrangé tout le monde.
      On peut voir les choses sous cet angle.
      Et si on allait voir d'autres choses sous d'autres angles.
En disant cela Solveig avait glissé sa main sous la chemise bleue de Danielle et avait commencé à lui caresser le ventre.
      Si tu continues comme ça, nous n'allons pas bouger de ce canapé.
      Et c'est un problème ?
      Non, si tu ne crains pas les courbatures.
      J'ai de la résistance et toi aussi.
      Alors si tu n'as pas peur de te traîner demain à l'entraînement continue ton chemin.
      Avec plaisir.
Solveig remonta sa main plus haut jusqu'à rencontrer l'attache de son soutien-gorge.
      J'adore quand tu portes ce genre de brassière.
      Je sais.
Danielle fit basculer son bassin pour venir sur Solveig.
      C’est une autre manière de faire connaissance avec ton canapé.
      Il y a plein d’endroits dans cet appart qui demandent à être connus.
      Nous avons tout le temps d’en faire le tour jusque dans les moindres recoins. Nous sommes ensemble maintenant avec le même calendrier et dans la même ville.
Elles n’avaient plus besoin de courir après le temps. Elles pouvaient vivre normalement. Plus de planning à superposer, plus d’avions, plus d’instants volés, plus de frustrations… Elles débutaient une nouvelle vie et elles la commençaient de la plus douce des manières.

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Mer 31 Déc 2014 - 15:02

SUISSE – Stage en altitude
 
  « Bienvenue chez les Petits Suisses, les filles ! »
      Katri ! intervint Liv.
L’ensemble de l’équipe de Copenhague ainsi que le staff venaient de débarquer à l’aéroport de Genève.
      Ben quoi ? Nous sommes en Suisse, se justifia l’ailière norvégienne.
      Oui et la famille de Dane vit en Suisse, précisa Solveig.
      Ils ne sont pas Suisses donc ils ne sont qu’à moitié concernés.
      Ma mère est 100 % Suisse Katri et je le suis aussi.
      Tu n’es pas sensée être française ?
      Je le suis. Aussi.
      Oh nous avons un demi petit Suisse avec nous. Qu’est-ce que tu as fais de ton accent ?
      Il doit être en vacances avec ta délicatesse Katri.
      Attention elle mord.
      Laisse-la tranquille Katri.
      A vos ordres Capt’aine.
 
***
 
            L’équipe était dans le car qui les emmenait à Zermatt. Elles devaient passer une semaine de stage dans la station. Au programme étaient prévus : une randonnée sur les pentes du Matterhorn, du renforcement physique, du travail avec ballon et une petite opposition contre l’équipe de Lausanne.
            Toutes les joueuses profitaient du paysage. Solveig se souvint de la fois où elle avait longé le lac avec Danielle. Comme aujourd’hui, il y avait du ciel bleu, du soleil et une légère brise qui faisait danser la surface de l’eau.
« A quoi tu penses ? »
Solveig fit face à Danielle qui revenait de la glacière avec une bouteille d’eau à la main.
      Tu penses à t’hydrater c’est bien.
      J’apprends.
      Et tu le fais vite.
      Tu ne m’as toujours pas dit à quoi tu pensais.
      Je pensais au jour où nous nous sommes arrêtées sur le ponton. Le jour où tu as accepté de rendre notre relation publique. C’est un moment important pour moi.
      Pourquoi ?
      Car tu me donnais le droit de t’aimer au grand jour.
      Nous ne nous sommes jamais cachées devant tes partenaires de l’époque.
      Qui sont aujourd’hui tes coéquipières aussi.
      Oui.
Dane se pencha et posa un baiser sur les lèvres de sa petite amie avant de dire.
      Et ça ne m’empêche pas de continuer à le faire.
      Hey les amoureuses, vous devriez plutôt profiter du paysage. Vous aurez tout le temps de vous faire des câlins ce soir à l’hôtel.
      Katri, mes parents habitent à moins de dix kilomètres. Je connais le paysage. Je peux même t’indiquer les meilleurs coins pour te baigner.
      Et tu pourrais m’indiquer les meilleurs coins pour draguer ?
      Katri, je peux t’assurer qu’à la fin de chaque journée de stage, tu seras tellement sur les rotules que tu n’auras plus la force d’aller draguer.
C’était Thia qui était intervenue. Toujours assise à l’avant du car, elle ne s’était même pas retournée pour délivrer son message.
      Oui coach.
      Dane tu veux que l’on fasse un crochet pour que tu dises bonjour à ta famille ? demanda Thia.
      Non ce n’est pas la peine, je les verrai pour le match.
      Ok. Alors en route pour la montagne.
 
***
 

Mardi 14 août  2007 – 21h12
Zermatt
 
Toute l’équipe est actuellement en stage à Zermatt en Suisse.
 
Zermatt est situé dans le canton du Valais vers la frontière italienne (canton le plus au Sud de la Suisse romande). Le village est niché tout au bout de la vallée Nikolaital, au pied du Cervin, la montagne la plus photographiée au monde. Près d'un tiers des sommets alpins de plus de 4000 mètres encadrent le village. Il est indiqué à l’entrée du village 300 jours de soleil par an. La particularité de Zermatt est que seuls les véhicules électriques sans moteur à combustion sont autorisés à circuler dans le village. Les moyens pour y accéder sont le train ou la navette électrique au départ du précédent village.
C’est donc dans un air pur et sec que les joueuses de Copenhague vont s’oxygéner.
Demain, elles partent en randonnée. Elles vont prendre d’assaut les pentes du Matterhorn. Départ à 1607 m d’altitude pour atteindre 3289 m. 1682 m de dénivelé étalé sur 7.8 km. Cela devrait leur prendre 6h pour faire la « balade ».
 
Pas de blessée après les deux premières journées de stage ce qui est déjà une bonne chose. Le jeu avec ballon ne reprendra qu’après-demain.
 
***
 
            Elles venaient de franchir le cap des 3000 m d’altitude. La fatigue commençait à tirer sur les jambes. Plus personne ne parlait et même Katri avait arrêté de fanfaronner. Sur le dernier plateau avant le sommet de leur ascension, elles firent une pause pour boire et s’alimenter. Solveig s’approcha de Danielle qui regardait le ciel.
« Qu’est ce que tu regardes ? »
      Les chocards à bec jaune. J’adore les regarder voler.
Danielle fit face à Solveig qui perdit son sourire.
      Qu’est ce qui t’arrive Sveig ?
      Tu saignes du nez.
Danielle porta son pouce et son index à son nez. Elle sentit le liquide poisseux sous ses doigts.
      Ne t’inquiète pas Sveig, c’est rien.
      Tero, appela Solveig. Tu peux venir voir s’il te plaît, Dane saigne du nez.
Tero et Thia se rapprochèrent.
      Qu’est ce qui t’arrive ? demanda à son tour le kiné.
      Rien de grave. Ça m’arrive tout le temps. Dès que je monte en altitude.
      Tu es sûre ?
      Oui Tero. Pour preuve, j’ai toujours dans mon sac le nécessaire de secours que ma mère préparait avant chaque randonnée.
Danielle sortit de la poche latérale de son sac à dos une petite boîte en plastique dans laquelle il y avait du coton, des petites mèches pour se mettre dans le nez et un baume pour arrêter les saignements.
      Tu m’as l’air équipée.
      Question d’habitude. Et encore ça s’est calmé ; avant cela se produisait même dans les téléphériques. Aujourd’hui, c’est uniquement quand je marche en altitude et que je m’arrête.
      Ok. Tu vas continuer l’ascension. Je vais rester à tes côtés pour vérifier que ça n’empire pas.
      Si tu veux, mais tu n’es pas obligé de me materner Tero.
      Oh loin de moi cette idée. Je laisse ce rôle à Sol.
 
La pause était terminée. Danielle remit son sac sur le dos et reprit sa marche, Solveig sur ses pas.
      Tu es sûre que ça va aller ?
      Oui Sveig. Ne t’inquiète pas. Je suis déjà montée jusqu’ici. J’ai sûrement dû saigner du nez au sommet et tu vois je suis redescendue en un seul morceau.
      Je t’embête ?
      Non. C’est toujours inquiétant quelqu’un qui saigne du nez comme ça d’un coup. Et puis dans un sens c’est normal que tu fasses attention à ma santé.
      Pourquoi ?
      Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne quand on aime quelqu’un ?
      Si. Rien ne t’inquiète toi.
      Si, quand Katri aura retrouvé de l’énergie elle va être insupportable.
 
Le paysage à l’arrivée était magnifique. Les rayons du soleil faisaient ressortir le blanc et le bleu des sommets environnants Tero improvisa une séance d’étirements et d’assouplissements avant la redescente qui ferait travailler les cuisses plus qu’à la montée.
 
***
 
            Les premières foulées avaient été difficiles le lendemain matin. La randonnée de la veille avait laissé des traces malgré le travail de récupération fait une fois arrivée en bas. Les massages de l'équipe médicale n'avaient pas suffi à empêcher les courbatures. Pour reposer les organismes avant le match amical de samedi, Thia avait prévu des séances avec ballons. Les deux jours prochains, elles allaient travailler les phases de jeux. Toutes les joueuses avaient eu un cahier de plan de jeu à étudier au début du stage. Les nouvelles recrues allaient prendre leurs marques dans l'équipe.
 
            Danielle s'appuya sur Solveig qui lui rendit le ballon plein axe. Se servant de l’écran de sa capitaine, elle prit son impulsion et au-dessus de la défense déclencha son tir.
« C’est bien Dane mais essaie de masquer un peu plus longtemps ta trajectoire de course. »
      Ok Thia.
      On y retourne les filles même action côté gauche.
 
            Thia était satisfaite de la séance, il y avait encore des approximations dans les transmissions de balles et des déplacements hasardeux mais elles avaient encore du temps pour travailler.
« Ok les filles après les étirements nous allons faire un petit match de foot pour finir. Sept contre sept. »
      Dane va pouvoir nous montrer ce qu’elle sait faire avec ses pieds, se moqua Katri.
Danielle prit une place en défense comme quand elle évoluait encore dans ce sport. Le coup d’envoi fut donné par une balle lancée en l’air par Thia. Elle fit exprès de viser Danielle. Sans aucun problème la jeune femme contrôla le ballon et élimina Solveig qui arrivait en face d’elle. Elle remonta le terrain fit une passe à Lotta qui lui remit avant de frapper et de marquer. Les actions suivantes furent identiques.
      C’est de la triche, s’indigna Katri après le troisième but.
      Dane, viens ici.
Thia utilisa un des élastiques qui servaient aux étirements pour lui attacher les mains sur le ventre.
      Ça devrait te ralentir un peu.
Mais cela ne ralentit en rien Danielle. Elle continua de dribbler et de frapper.
      Reviens-là.
Elle lui attacha les mains dans le dos cette fois-ci. Danielle était encore moins libre de ses mouvements mais elle avait déjà fait cet exercice. Cela avait fait partie de sa formation de joueuse de football. Apprendre à jouer sans se servir de ses bras pour parfaire son équilibre. Il était plus difficile pour elle d’attaquer mais elle défendait parfaitement coupant les trajectoires, prenant le ballon dans les pieds de ses adversaires.
      Tu devrais lui attacher les pieds, proposa Katri. Je ne vois que cette solution pour que l’on puisse jouer.
      Ça ne sera pas la peine. On arrête pour aujourd’hui. Etirements et retour à l’hôtel. Je vous retrouve là-bas.
Toutes les joueuses se mirent en cercle pour suivre les consignes de Tero.
      Quelqu’un pourrait me détacher.
      Tu fais moins la maligne que sur le terrain, se moqua Katri.
      Sveig ?
      C’est Thia qui t’a attachée. On ne va pas à l’encontre du coach.
      Mais Thia est déjà repartie à l’hôtel.
      Dommage pour toi.
Danielle essaya de se tortiller pour défaire ses liens. N’arrivant à rien elle se tourna à nouveau vers sa petite amie.
      Sveig ?
      Désolée.
      Tu vas me laisser rentrer à l’hôtel comme ça ?
      Oui.
      C’est quoi ? Un bizutage ?
      En quelque sorte.
      Ok.
Danielle fit ses étirements puis prit le chemin de l’hôtel sans rien ajouter. Liv vint aux côtés de Solveig.
      Je n’aime pas quand ta copine a ce regard.
      Moi non plus. Je ne sais pas si elle m’en veut ou si elle prépare sa vengeance.
      Ça serait bien que tu apprennes vite pour que nous soyons fixées.
 
***
 
            Ce soir là, après le repas, aucune des joueuses de Copenhague ne put rentrer dans sa chambre. Les cartes magnétiques ne fonctionnaient plus. Toutes sauf une. Danielle avait devancé Solveig dans leur chambre. Liv fut la première à essayer sa carte, sa chambre étant en face de l’escalier. Lena essaya à son tour devant la porte voisine. Lotta lui prit la carte des mains vu que le voyant restait rouge.
« Ça ne marche pas non plus chez vous ? Demanda Liv. »
      Non. Eva, Linda, Trine vous arrivez à entrer ?
      Non.
      Qu’est-ce qui se passe ? s’inquiéta Solveig en entendant tout le monde s’interpeller de la sorte.
      Les portes ne veulent pas s’ouvrir, lui résuma Katri.
      Et où est Dane ? Elle est montée plus tôt pour appeler sa petite sœur. Elle avait oublié son portable dans la chambre.
      Son portable était dans la poche de son jeans, je l’ai vue envoyer un message en montant les escaliers, rapporta Lena.
      Vous ne croyez tout de même pas que ça vient d’elle tout ça ?
      Je ne sais pas mais c’est la seule qui a l’air d’être rentrée dans sa chambre, conclut Katri.
Solveig frappa à la porte de sa chambre mais sa petite amie fit la sourde oreille.
      Dane, ouvre moi s’il te plaît ma carte ne marche pas.
Pas de réponse.
      Dane ?
Son portable se mit à vibrer dans sa poche.
 
## La vengeance est un plan qui se mange froid d’ordinaire. Je vous l’offre tiède cette fois. ##
 
Après avoir lu le message à ses coéquipières et à Thia qui venait d’arriver.
      Je n’y crois pas. Elle a du répondant, s’exclama cette dernière.
 
Le portable vibra à nouveau.
 
## Il ne faut pas brasser un petit Suisse qui dort…##
 
            Toutes sourirent mais Katri ne put s’empêcher de dire :
« Tu vas voir si je ne vais pas la brasser la demi petit Suisse. Je vais t’en faire du fromage battu. »
 
            Danielle les laissa poireauter une petite demi-heure dans le couloir avant d’appeler sa complice à la réception pour qu’elle réactive le déverrouillage des portes.
            Quand Solveig rentra enfin dans leur chambre, elle trouva Danielle allongée sur le lit en train de lire tranquillement.
« Toi ! »
Danielle inclina son livre et regarda sa petite amie.
      Oui ?
      T’es… Incroyable. Tu donnes l’impression d’être un vrai petit ange mais en fait tu es un petit démon.
      Je me suis juste défendue.
      Je sais et c’est bien.
Solveig s’approcha du lit et s’allongea à côté d’elle.
      Mais attends-toi à des représailles demain.
      Je serai prête. Thia m’a eu par surprise aujourd’hui.
 
***
 
            Le lendemain, Danielle resta sur ses gardes pendant tout le petit déjeuner. Elle s’assit contre le mur face à la porte de la salle du restaurant. Elle se servit elle-même tout ce qu’elle consomma. Et sur le chemin vers le stade d’entraînement, elle resta bien en retrait des autres.
L’entraînement du matin fut physique. Après des montées et descentes de gradins, elles firent un parcours version armée entre appui dans des pneus, passage de barreaux, franchissement d’obstacles grâce à une corde… Thia avait mis cela sous forme de relais. L’équipe perdante devrait payer le restaurant après le match contre Lausanne le lendemain. Elle avait équilibré les équipes si bien que les deux dernières relayeuses partirent presque en même temps. Danielle et Solveig étaient au coude à coude. Jouant des épaules dans les zones de rétrécissements. Solveig avait plus de puissance dans les bras que Danielle mais la nouvelle recrue avait plus d’explosivité dans les jambes. L’arrivée se jugeait au terme d’un sprint de 50 mètres. Il avait été convenu qu’il fallait toucher Thia pour que l’arrivée soit validée. Légèrement derrière Solveig, Danielle se jeta au sol et profita de l’herbe légèrement humide pour glisser jusqu’à toucher le pied de son entraîneur. Il y eut un laps de temps où tout le monde resta sur la surprise du geste de Danielle.
 « Je crois que Dane a gagné, déclara Thia. »
      Oh, non ! Solveig se tourna vers sa petite amie. Tu as triché !
      Je n’ai pas triché. Thia n’a pas précisé où elle devait être touchée. Et elle a dit aussi qu’il fallait que l’on utilise nos points forts pour gagner du temps et faire en sorte de ne pas trop en perdre pendant nos temps faibles. Le tacle glissé était un de mes points forts au foot. On t’a appris à rouler, on m’a appris à glisser. Je joue avec mes armes.
      Bien vu Dane. Désolée Sol mais elle a raison. Ce qui n’empêche pas que ton parcours était bien équilibré. Face à une autre de tes partenaires tu aurais gagné car aucune d’elles n’aurait été assez dingue pour faire une glissade pareille. Et je pense que Dane à encore plein de surprises du genre en réserve.
      J’en doute pas coach.
 
L’après midi fut entièrement consacré à la technique et à la tactique. Le premier match de préparation avait lieu le lendemain et il fallait encore travailler les enchaînements et les combinaisons. Solveig était replacée au poste de demi-centre, suite à l’arrêt momentané de la carrière de Janna TORNQUIST pour cause de maternité. La capitaine norvégienne avait déjà occupé ce poste pendant le dernier mondial en France, elle avait donc quelques repères.
Elles en étaient à des rotations en un contre un. Thia annonçait les duos et commentait au fur et à mesure.
« Lin, tu attaques sur Lotta… Lotta va la chercher un peu plus haut quand elle avance. Eva, attaque sur Katri… Eva masque ton tir plus longtemps. Sol, attaque sur Dane… Sol, elle n’est pas en sucre vas-y franchement. Même duo, on recommence… Voilà ça c’est du contact. Fie, attaque sur Anne… C’est bien. Linda, défends sur Mia… Mia force la à aller en zone. Va chercher le jet de 7 mètres dans cette situation. Dane attaque sur Sol. »
Danielle attrapa le ballon lancé par Thia et vint défier Solveig. Après une feinte à droite, elle prit son impulsion. Au moment où elle allait armer son bras, elle sentit le corps de Solveig entrer en contact avec le sien. Elles perdirent l’équilibre toutes les deux et tombèrent au sol.
« Bon engagement toutes les deux. Je laisserai aux arbitres le choix du passage en force ou de l’obstruction. Mais c’est ce que je veux voir. De l’engagement. »
      Tu parles d’engagement ! Dès qu’elles peuvent trouver une excuse pour se tripoter, elles ne la manquent pas.
      Katri !
      Ben regardez-les, elles ne se sont pas encore relevées.
Danielle était un genou au sol entre les jambes de Solveig. Elle lui tendait la main pour l’aider à se remettre debout. Une fois tout le monde à la verticale :
      Ça va ? demanda Danielle.
      Oui et toi ?
      Nickel.
      Alors si tout le monde va bien on reprend sa place. Katri attaque sur Eva.
 
Danielle était en train de ranger ses affaires d’entraînement dans son sac quand Solveig vint vers elle.
« Dane, tu as quelques minutes ? J’aimerai revoir une des phases de jeu avec toi. »
      Bien sûr.
Elle posa sa serviette et attrapa un ballon. Thia les prévint qu’elles rentraient à l’hôtel.
      Nous vous rejoignons dans pas longtemps.
      Ok mais ne tirez pas trop sur la mécanique. Nous avons un match demain.
      Promis Thia.
Leur entraîneur partie, Danielle se tourna vers Solveig.
      Tu voulais revoir quelle phase de jeu ?
      Celle-là.
Solveig attira Danielle dans ses bras et l’embrassa.
      Ce n’est pas dans le carnet de jeu ça.
      Je sais mais j’en avais très envie.
 
            Thia ne se faisait pas d’illusion sur ce qui avait retenu les deux joueuses dans le gymnase. Elle supposait tout de même que Danielle n’avait pas compris les intentions de Solveig, sinon, elle n’aurait pas pris un ballon. A moins qu’elle ait joué le jeu jusqu’au bout pour donner le change… Quoi qu’il en soit, la séance de travail avait été bonne et ce qu’elles faisaient une fois l’entraînement terminé ne la regardait en rien.
A son arrivée à l’hôtel, elle vit passer Katri en courant un sac de sport sous le bras.
« Katri ? Qu’est ce qui se passe ? »
      On est en train de mettre notre vengeance en place. On a piqué les affaires de Dane dans sa chambre.
      Ha !
      Je te laisse, je dois vite aller mettre ça en lieu sûr avant qu’elles ne reviennent. Nous ne savons pas combien de temps Solveig va pouvoir la retenir.
      Je vois. Mais si j’étais toi, j’arrêterais de courir. Je pense qu’elles sont occupées pour un petit moment.
      Ah oui ? Katri revint sur ses pas toujours avide de détails. Qu’est ce qu’elles faisaient quand tu as quitté la salle ?
      Elles s’entraînaient aux croisées. Thia avait décidé de s’amuser un peu avec Katri.
      Même pas drôle. Elles ne pourraient pas s’embrasser comme tout le monde.
Thia regarda Katri reprendre sa course. Elle sourit en se demandant qui serait la plus surprise dans cette histoire. La veille, elle avait mis en place la petite farce de bienvenue aux nouvelles recrues. Elle n’avait pas prévu de lui attacher les mains pendant le match de foot mais elle avait dû reconnaître qu’elle avait vraiment un très bon niveau balle au pied. Un jour sa nouvelle arrière droit lui expliquerait peut-être pourquoi elle avait tout arrêté du jour au lendemain. Beaucoup de sites internet avaient émis l’hypothèse que son opération du genou n’avait pas été suffisante pour réparer les dégâts causés par un tacle un peu trop appuyé au cours d’un match de championnat de France. En attendant, pendant leur match d’entraînement, avait germé son plan : la laisser rentrer à l’hôtel les mains attachées dans le dos.
            Elle avait encore moins prévu la vengeance de la jeune femme. Sans rien laisser paraître, elle avait joué un bon tour à l’ensemble de l’équipe et du staff. Ne faisant aucune différence entre Solveig et le reste de ses coéquipières. Et cela rassurait Thia. Depuis la reprise des entraînements et le début du stage, les deux joueuses se comportaient avec professionnalisme. Elles ne se cherchaient pas constamment sur le terrain, jouaient avec le reste de l’équipe et il fallait le souligner, ne se touchaient pas hors des contacts imposés par le jeu, malgré les commentaires moqueurs de Katri.
 
            Solveig et Danielle étaient revenues à l’hôtel plus d’une demi-heure plus tard. Elles avaient tout de même un peu joué au hand en faisant des Kung Fu. (La première joueuse lance le ballon en l’air dans la zone pour une deuxième joueuse qui s’en saisit en extension  et qui tire avant de retomber dans la zone.). C’était un excellent exercice pour travailler le timing, la coordination et la prise d’information.
            Solveig s’écroula sur son lit.
« Je te laisse la douche en premier. C’est l’anniversaire d’Eirick et j’ai promis de l’appeler. »
      Ok. Tu lui souhaiteras un bon anniversaire de ma part.
      Pas de problème.
Danielle allait rentrer dans la salle de bain quand Solveig la rappela.
      Tu n’aurais pas vu mon portable ? Je ne le retrouve pas.
      Non. Mais prends le mien si tu veux, il est dans mon jeans sur le lit.
      Merci.
Danielle se glissa sous la douche et laissa l’eau chaude détendre ses muscles. Elle avait les épaules dures. Demain matin, elles quittaient Zermatt pour Lausanne. Elles allaient affronter le club de Lausanne où Dane allait retrouver une de ses anciennes coéquipières et capitaine : Virginie PASSARD. Cette dernière avait tout de suite accepté la proposition du club de Lausanne. Le fait que sa petite amie y soit titulaire avait précipité sa décision. Deux ans « d’exil » à Lyon avaient mis leur relation à rude épreuve mais elles s’en étaient sorties et à présent, elles partageaient le même maillot et le même appartement sur les hauteurs de la ville.
 
            Après sa douche Danielle était allée rejoindre Tero pour sa séance de soins. Il était en train de finir de lui masser le dos quand ils entendirent venant du couloir :
« Katri ! Kom her ! »
Danielle reconnu la voix de Solveig et cru comprendre qu’elle lui disait de venir ici. Pour que la capitaine norvégienne emploie le norvégien, justement, cela ne présageait rien de bon pour Katri. L’ex joueuse lyonnaise enfila rapidement son t-shirt et suivit Tero.
Le spectacle aurait mérité une photo mais Danielle ne voulait pas en rajouter avant de savoir ce qui avait amené Solveig juste habillée d’une serviette au milieu du couloir. Katri arriva en courant sous le regard des autres joueuses que l’injonction de leur capitaine avait fait sortir de leur chambre.
« Qu’est ce qui t’arrive Sol ? »
      Qu’est ce qui m’arrive ? Tu n’en a pas une petite idée ?
      Heu, non.
      Quand on te donne pour mission de récupérer les affaires de quelqu’un, ne te trompe pas d’affaires.
      Je ne me suis pas trompée d’affaires. J’ai récupéré tout ce qui était du côté du sac bleu ainsi que celui-ci.
      Oui, justement c’est mon sac et mes affaires que tu as embarqués. Le sac bleu c’est le mien.
      Hein ? Ce n’est pas le noir ?
      Non le noir c’est celui de Dane. Celui que tu devais prendre.
      Et comment tu voulais que je le sache ? Dans la chambre il y avait un sac noir du club et un bleu. Il était facile de supposer lequel était à qui.
      Tu aurais pu savoir si tu avais un peu plus observé, intervint Thia qui se retenait de sourire. Depuis son premier stage de préparation à Copenhague, Sol prend toujours ce sac pour partir en stage. C’est un peu une question de superstition je pense. Et puis tu pensais qu’on allait laisser Dane venir en stage avec son sac aux couleurs de Lyon ?
      Heu… Non. Tu savais déjà que je m’étais trompée tout à l’heure. Pourquoi tu ne me l’as pas dit ?
      Parce que je trouvais la situation très drôle. Vous vous êtes fait prendre à votre propre piège. Vous êtes allées trop vite comme parfois sur le terrain, vous êtes trop impatientes, vous voulez aller à la cage sans qu’il y ait l’espace, plutôt que d’attendre l’ouverture en faisant tourner la balle, vous foncez et ça rate. Aujourd’hui en est l’exemple, vous avez voulu rendre la monnaie de sa pièce à Dane pour la blague d’hier mais vous n’avez pas assez préparé votre plan. Et voilà le résultat : balle perdue. Conséquence : l’adversaire est en position d’attaque. Katri rend ses affaires à Sol qu’elle arrête de se promener en petite serviette dans les couloirs de l’hôtel, cela pourrait troubler la morale publique. Et j’imagine déjà les titres des journaux.
      Et tu imagines la photo avec ?
      Katri va chercher le sac au lieu de dire des bêtises.
Toutes avaient essayé de garder leur sérieux pendant les explications de Thia mais à présent les premiers rires se faisaient entendre. Katri revint avec toutes les affaires de Solveig et le couloir retrouva son calme.
 
            Danielle attendit que Solveig soit habillée pour la questionner.
« C’était pour leur laisser le temps de faire « le ménage »  que tu m’as demandé de rester à la salle ? »
      C’était une des raisons mais j’avais aussi envie d’être un peu seule avec toi.
      Une pierre deux coups en somme ?
      Oui mais tu vois ça s’est retourné contre moi.
      Katri a fait fort sur ce coup.
      Oui. Tu m’en veux ?
      De m’avoir en partie menti sur tes intentions ?
      Entre autre.
      Non car c’était un plan d’équipe comme de ne pas me détacher les mains hier alors je comprends et sache que je ferai la même chose.
      Je le note.
      Je ne te savais pas fétichiste.
      Comment ça ?
      Ton sac.
      Oh ! C’est… C’est comment dire…
      Une habitude. Une chose qui ne change pas.
      C’est ça. Tu as quelque chose comme ça toi ?
      Dans mon sac, il y a le premier doudou de tête d’ampoule.
      Pourquoi son doudou et pas le tien ?
      Le mien a disparu au cours d’un déménagement et celui de tête d’ampoule me rappelle une période de ma vie où tout était simple.
      Tu trouves que c’est devenu compliqué ?
      Toute vie d’adulte est plus compliquée qu’une vie d’enfant.
      C’est ce que tu penses ?
      Petite, je n’avais pas à penser à faire les courses, la lessive, le ménage. Je n’avais qu’à penser à aller jouer.
      Aujourd’hui tu n’as qu’à penser à jouer aussi.
      Mes jeux ont changé.
      Le petit sourire que tu as me fait supposer que tu ne parles pas que de handball.
      Peut-être pas.
Solveig attrapa la main de Danielle et l’attira à elle. Elles roulèrent enlacées sur le lit. La capitaine norvégienne se retrouva au-dessus. Elle plongea un instant son regard dans celui de sa petite amie. Il y avait plein de choses derrière ses yeux mais il lui faudrait encore du temps pour tout découvrir. Elle se pencha et vint poser ses lèvres sur les siennes. Sa main remonta inconsciemment sous le t-shirt de Dane.
      Tu cherches ton chemin ?
      Pardon.
      Non continue.
      Tu es sûre ?
      Le repas est dans une heure et demi ça nous laisse un peu de temps.
 
            Ce soir là, Solveig et Danielle arrivèrent les dernières dans la salle du repas.

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Mer 21 Jan 2015 - 21:40

LAUSANNE – Non Officiel
 
            Le buzzer retentit et toutes les personnes dans les gradins se levèrent pour applaudir. Les deux  équipes étaient déjà en train de se claquer dans les mains. Danielle et Virginie en plus du rituel habituel se firent une accolade. Elles discutèrent un peu.
« Tu fais quoi ce soir Dane ? »
      Nous devons aller manger au restau avec l’équipe mais si tu veux nous pouvons nous retrouver après.
      C’est une bonne idée. A l’Accroch’ ça te va ?
      Nickel.
      Nous y serons vers 22 heures.
      Les premières arrivées attendent les autres.
      Ok. A tout à l’heure.
Danielle allait rejoindre le reste de l’équipe quand sa petite sœur lui sauta sur le dos.
« T’as pas été trop mal pour un premier match. »
      Merci Tête d’Ampoule, tes compliments me vont droit au cœur.
      De rien Grande Sœur. Tu me donnes ton maillot ?
      Pas tout de suite.
      Pourquoi ?
      Ne fais pas ta tête de petite fille capricieuse. Je n’ai rien en dessous et je ne vais pas faire un strip ici.
      Si je n’étais pas jalouse, ça ne me gênerait pas, déclara Solveig en arrivant dans le dos de Dane. J’avais prévu le coup. Voici le maillot de ta sœur. A ta taille.
      Oh ! Merci ! Je peux avoir le tien aussi ?
      Zoé !
      Je suis comme ta sœur, je n’ai pas de t-shirt dessous donc j’en ai prévu un autre. Tiens.
      Trop la classe. Tu peux me le signer ? En plus c’est le noir, je l’adore. Il est trop style.
Solveig signa sur le maillot en suivant le sponsor blanc pour que cela se voit.
-          Vraiment merci.
Zoé était sur le point de retourner vers ses parents quand Danielle la rappela.
      Et moi ? Tu ne veux pas que je signe mon maillot ?
      Pourquoi faire t’es ma sœur.
      Et ?
      C’est pas pareil, avec toi j’ai des chromosomes en commun alors qu’avec Solveig ben c’est une star.
      Ok j’ai compris.
      T’es fâchée ?
      Non. Je sais à quel point Sveig peut être irrésistible.
      Ah ça ouais elle est terrible.
Sur ces mots, Zoé les abandonna et monta les gradins en courant pour rejoindre leurs parents. Son père lui fit signe et Dane leva la main pour le saluer. Elle ne les avait pas vus à son entrée sur le terrain, concentrée sur son match. Elle vit sa petite sœur montrer les deux maillots à grand renfort de gestes. Son père lui sourit comme pour lui dire merci.
 
***
 


Samedi 18 août  2007 – 21h30
Préparation 1er match
 
En fin d’après-midi, l’équipe de Copenhague affrontait Lausanne en match de préparation pour la nouvelle saison. L’équipe était au complet, pas de blessure ou de pépin physique au cours de la semaine de stage.
Je n’ai pas eu la chance de pouvoir voir le match car non retransmis à la télévision et mon emploi du temps ne me permettait pas de me rendre en Suisse. J’ai tout de même pu joindre Thia HAMERSEN pour avoir ses impressions.
Elle était plutôt satisfaite de son groupe qui a bien tenu physiquement malgré la dépense d’énergie de cette semaine. Elle a pu faire tourner comme elle le souhaitait et pratiquement utiliser toutes ses joueuses aussi bien en attaque qu’en défense.
Le bilan montre que Solveig ANDERSEN s’est bien acclimatée à son nouveau poste de demi-centre. Mais je n’avais pas trop d’inquiétude car elle avait fait d’excellents championnats du monde à cette place.
Le groupe n’ayant pas trop changé, les combinaisons ont plutôt bien fonctionné. Danielle KASLER a plus été utilisée en défense, remplacée en attaque par Lotta SHELING. Elle a tout de même marqué 4 buts en contre-attaque.
Les gardiennes ont fait une mi-temps chacune dans les cages, avantage à Liv ARLENSEN au nombre des arrêts mais Sabine ENGLERT a prouvé qu’elle était, elle aussi, dans le tempo.
Le score du match est un peu anecdotique mais sachez tout de même que Copenhague a fini avec un petit +3.
 
Le programme pour la suite est :
L’équipe prendra l’avion demain en fin d’après midi.
Lundi sera une journée de repos avant de reprendre l’entraînement mardi matin à 10h.
Le vendredi 24 août les nouvelles recrues seront présentées à la presse. J’espère pourvoir interviewer Danielle KASLER car elle est la plus grande inconnue dans l’équipe.  
 
 
***
 
            Toute l’équipe de Copenhague avait décidé de suivre Danielle et Solveig à l’Accroch’. Elles retrouvèrent le groupe de Lausanne presque au complet.
« C’est sympa d’être venue Dane et d’avoir amené toute ton équipe. »
      Je n’ai pas eu à les forcer Gie. Emilie est ici ?
      Oui, elle est à la table du fond à gauche. J’allais nous chercher à boire, vous voulez quoi ?
      Une bière pour moi répondit Solveig.
      Et du cidre pour moi.
      Ok. Allez vous installer je ramène tout ça.
Danielle précéda Solveig jusqu’à la table de ses amies.
« Salut Emilie. Comment vas-tu ? »
      Très bien et toi ?
      Bien. Je pensais jouer contre toi aujourd’hui.
      J’ai ressenti une douleur derrière la cuisse en milieu de semaine. Le staff a décidé de me laisser au repos pour ne pas prendre de risque.
      C’est une sage décision ça serait dommage de se blesser dès le début de la saison.
      C’est sûr.
      Je suppose que je n’ai pas besoin de te présenter Solveig.
      Non pas vraiment. Ravie de te rencontrer Solveig.
      Moi de même.
Virginie revint avec leurs consommations.
      Ces demoiselles sont servies. Alors quoi de neuf Dane ? Comment se passe ta vie là haut ?
      Très bien. Je m’habitue à ma nouvelle vie. Et toi ?
      Ben je suis rentrée en Suisse, je peux me réveiller tous les matins  aux côtés de la femme que j’aime, l’équipe est sympa. Que demander de plus ?
      A mon avis pas grand-chose. Et toi Emilie qu’est ce que tu penses du retour de Gie ? Tu arrives à supporter son caractère au réveil ?
      Je programme la cafetière pour qu’elle ait son café dès qu’elle sort du lit. Ça m’évite de l’entendre ronchonner, mais sinon je suis très contente de l’avoir récupérée. Je vous trouvais très sympa à Lyon mais ça devenait trop compliqué à la fin.
      On aurait dû te recruter ça aurait été plus simple.
      J’étais trop cher pour vous.
      C’est vrai, le club avait tout mis dans le contrat de Gie, répondit Danielle en souriant.
      Que veux-tu, je suis une star. En disant cela Virginie se frotta le dessus des épaules.
      Ça va chérie tes chevilles ne sont pas trop serrées ?
      Ça va merci de t’en inquiéter.
      C’est plutôt Solveig la star à cette table.
      En parlant de star, les journalistes ne vous pourrissent pas trop la vie là haut ? demanda Gie.
      Pour l’instant ça va mais ça risque d’être différent après la présentation à la presse vendredi.
Solveig s’était exprimée en français.
      J’adore ton accent Solveig, tu parles français depuis combien de temps ? demanda Emilie.
      J’ai appris un peu à la fac mais je m’y suis vraiment remise après avoir rencontré Dane. Et à présent nous communiquons en anglais, en français et un peu en norvégien.
Elles trinquèrent aux couples réunis.
            Emilie observait les interactions entre Danielle et Solveig. Alors que Gie jouait à Lyon, elle avait écouté sa petite amie lui parler de l’ascension d’une nouvelle joueuse. Le prénom de Danielle revenait tellement dans leurs conversations qu’elle avait presque été jalouse. Mais elle l’avait rencontrée peu de temps après son incorporation en équipe première et n’avait vu en elle qu’une jeune femme concentrée sur son travail et sur le jeu. Il n’y avait aucune ambiguïté dans le regard que Danielle posait sur Virginie. Elle n’était que sa capitaine. Emilie voyait comment Dane et Sveig se regardaient, et là il n’y avait pas de doute possible sur leurs sentiments.
            Solveig écoutait Danielle parler et plus la soirée avançait plus les traces de son accent suisse ressortaient. Elle retrouvait les intonations qu’elle aimait quand elle s’exprimait en anglais. Sa main était posée sur la cuisse de sa petite amie et tout semblait naturel.
            Virginie et Danielle discutaient avec entrain. Elles évoquaient leurs souvenirs à Lyon.
« Tu m’as trop impressionnée pour la finale de la coupe EHF, Dane. Tu sais que tout le monde avait peur que tu passes à côté de ton match car il y avait Solveig en face. »
      Je sais, Philippe m’en a parlé après le match. Lui, il espérait que ça perturberait Sveig.
      Vous avez été hallucinantes toutes les deux. J’étais dans les tribunes et à aucun moment je n’ai deviné que vous étiez en couple, intervint Emilie. J’ai vraiment été surprise quand vous avez outté votre relation.
      Gie ne t’avait rien dit avant ?
      Non, je n’avais rien dit. Ce qui se dit dans le vestiaire, reste dans le vestiaire.
      Tu aurais pu en parler à Emilie ça ne m’aurait pas dérangée.
      Merci de ta confiance Dane.
      De rien.
Peu après minuit, elles se séparèrent. Emilie et Virginie rentrèrent à leur appartement alors que Danielle, Solveig et le reste de l’équipe prirent le chemin de l’hôtel.
 
Le lendemain, après le footing de décrassage du matin les joueuses étaient libres. Certaines allèrent visiter le musée Olympique et d’autres se promenèrent le long du lac. Solveig et Danielle étaient allées manger chez les parents de cette dernière. Comme à son habitude, Zoé avait accaparé la joueuse norvégienne. Pour Dane l’interrogatoire était venu de sa mère qui s’inquiétait de savoir si elle mangeait bien, si elle dormait suffisamment et si elle se faisait à sa vie au Danemark. L’ex-joueuse lyonnaise avait presque eu l’impression que sa mère espérait que la réponse soit non à toutes ces questions.

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Ven 13 Fév 2015 - 21:27

COPENHAGUE ARENA – Journalistes et autres attentions
 
            Danielle  était assise dans le foyer et regardait les minutes défiler. Dans moins d’un quart d’heure elle allait être présentée aux journalistes aux côtés de Sabine ENGLERT et Mia BILTOFT. Par la suite, elle devrait participer à une conférence de presse. Elle n’aimait pas ça. Devoir s’adresser à de nombreuses personnes l’avait toujours rendue mal à l’aise. Son côté timide et réservé qu’elle combattait depuis l’enfance avait tendance à se rappeler vivement à elle dans ces moments là.
            Elle avait appris très vite à gérer la pression d’avant match mais jamais à gérer les sollicitations de la presse. Et vu ce qu’il s’était passé alors qu’elle jouait encore au football, elle préférait rester loin de la presse. Mais aujourd’hui, elle était dans un autre monde. Dans un pays où le sport qu’elle pratiquait provoquait un très fort engouement pour la population. Il fallait donc jouer le jeu et cette fois, elle ne pourrait pas se cacher derrière Solveig.
            Anna, l’attachée de communication du club, vint la chercher. Il était l’heure. Danielle aurait aimé voir Solveig avant mais elle avait dû rester avec Tero car elle s’était un peu blessée à la main gauche pendant l’entraînement.
 
            La salle était pleine de journalistes ; presse écrite et chaînes de télévision se mélangeaient. Le « calvaire » commença par la présentation avec leur maillot et le numéro qui leur avait été attribué. Cette saison, elle portait le numéro 5. Elle n’était plus Miss numéro 16 et ça lui faisait presque peur. Elle fut d’abord prise en photo en tenant son maillot devant elle, puis elle l’enfila et d’autres flashes vinrent agrandir la tache jaune qu’elle avait devant les yeux.
            Elles prirent place ensuite à la table chacune devant un micro. Danielle inspira un grand coup et balaya la salle du regard. Elle expira profondément en voyant Solveig au fond de la salle derrière les caméras. Cette dernière remarqua que Danielle promenait son pouce tout le long de son index. Elle l’avait vu faire la même chose lors de la rencontre avec sa famille à Lillehammer. Elle comprit que c’était le signe extérieur de sa nervosité.
            La première question fut pour Sabine ENGLERT.
« Qu’est-ce que ça fait d’être la doublure de Liv ARLENSEN qui est considérée comme une des meilleures gardiennes mondiales ? »
      On apprend en jouant avec les meilleurs et j’espère beaucoup progresser au contact de Liv.
« Mia BILTOFT après un passage par le championnat allemand, vous revenez sur vos terres et dans un des meilleurs clubs ; qu’elles sont vos ambitions ? »
      Gagner ! Le club de Copenhague est dans une excellente dynamique et j’espère que cela va continuer et que nous allons remporter d’autres titres.
« Vous êtes en compétition avec Linda BLANKAERT, comment cela se passe-t-il ? »
      Je ne dirais pas que nous sommes en compétition. Nous sommes complémentaires. Le rôle de pivot est physique et il est bon de savoir qu’il y a quelqu’un sur la touche qui peut vous remplacer. Cela permet de jouer à fond sans s’économiser.
Danielle vit le journaliste au deuxième rang à sa gauche se lever et se tourner vers elle. L’objectif des caméras suivit le même mouvement. La prochaine question allait être pour elle.
« Danielle KASLER, vous êtes la dernière recrue du club et vous êtes presque l’inconnue dans cette équipe. Cela ne vous fait pas peur ? »
      Si j’avais eu peur, je n’aurais pas signé à Copenhague.
« Certaines personnes pensent que vous êtes ici juste parce que vous êtes la petite amie de Solveig ANDERSEN. »
      Je ne peux pas empêcher les gens de parler mais la meilleure réponse que je pourrais leur donner sera sur le terrain. En leur prouvant que j’ai ma place.
« Comment expliquez-vous qu’après seulement trois ans de pratique du handball vous soyez déjà dans une équipe qui va jouer la Ligue des Champions ? »
      Je ne dois pas être trop maladroite avec mes mains.
« Vous n’avez évolué que deux ans au plus haut niveau du championnat français et vous n’avez joué aucun match international, vous ne craignez pas de manquer d’expérience ? »
      Il est vrai que je n’ai pas joué de matchs internationaux en handball mais j’ai de l’expérience pour aborder les matchs de haut niveau. Et puis, je suis ici pour apprendre comme tout le monde.
« Comment se passe votre cohabitation  avec Solveig ANDERSEN ? »
      Si votre question porte sur ma vie avec Solveig, désolée mais je ne répondrais pas à cette question car elle est d’ordre privé. Si votre question porte sur mon intégration dans l’équipe alors je peux vous répondre que tout se passe très bien. Solveig ANDERSEN est une excellente capitaine et l’ensemble du groupe a été très accueillant.
Au fond de la salle, Solveig sourit. Danielle se débrouillait très bien pour sa première conférence de presse au Danemark. Elle venait poliment de renvoyer ce journaliste dans son camp. Elles n’avaient pas abordé ce sujet : journalistes et vie privée. Elles devraient le faire pour déterminer ce qu’elles décidaient de partager et ce qu’elles voulaient garder pour elles. Solveig avait appris au fil des années que pour ne pas avoir les journalistes tout le temps à ses basques, il fallait accepter de leur donner quelques informations. Car plus vous cachez les choses plus ils fouillent pour les trouver. Il fallait juste trouver le bon équilibre pour que chacun y trouve son compte. Et vu que ni Danielle, ni elle n’avaient une vie extravagante faite d’excès et de coups d’éclats, elles n’intéressaient pas la presse à scandale.
« Thia HAMERSEN comment trouvez-vous votre groupe avant de commencer une série de trois matchs de préparation ? »
      Le groupe va bien. Pas de blessure ce qui est déjà un bon début. Chaque joueuse prend ses marques suite aux changements apportés depuis la saison dernière et les nouvelles recrues se sont très bien adaptées au système de jeu mais je ne me faisais pas trop de souci de ce côté là.
« Quels sont vos objectifs pour cette saison ? »
      A nouveau le triplé mais cette fois-ci avec la Ligue des Champions.
« Vous ne pensez pas que certaines joueuses vont lever le pied cette saison ? Les jeux Olympiques sont dans moins d’un an. »
      Je fais confiance à mes joueuses pour être sérieuses jusqu’au bout. Et de toutes les manières, si elles veulent une place dans leur équipe nationale, il va falloir qu’elles soient au top toute la saison.
Danielle commençait à se détendre. Les questions étaient à présent pour Thia. Bientôt, tous les journalistes quitteraient la salle et elle pourrait enfin rentrer chez elle. Elle écoutait son entraîneur annoncer le programme jusqu’à la reprise du championnat. Et quand Dane pensait en avoir fini un journaliste reprit la parole.
« Une dernière question pour Danielle KASLER. Etes-vous officiellement Gay ou bien êtes-vous soumise à controverse ? »
      Pourquoi ? Si je suis soumise à controverse vous voulez m’inviter à boire un coup ou bien vous êtes hétéro-curieux et vous voulez des adresses ?
Toute l’assemblée se mit à rire. Et la conférence de presse se termina.
 
            Solveig se glissa hors de la pièce avant d’être repérée par les journalistes et alla attendre Danielle dans le couloir. Elle la vit arriver et remarqua qu’elle ouvrait et fermait les mains. Quand elle arriva à sa hauteur, Solveig prit la main de Danielle, noua ses doigts aux siens et proche de son oreille lui murmura :
« Tu as été super. Je t’emmène à la maison, tu vas décompresser. »

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Ven 13 Fév 2015 - 21:35

EUROPE - Passé, présent…
 
            Danielle et Solveig sortaient du Copenhague Aréna après l’entraînement. Le climat s’était un petit peu refroidi en cette fin août et cela les ramena un an en arrière. Même semaine, même lieu, mêmes personnes mais avec quelques changements.
« L’année dernière à la même époque, je traversais ce parking pour te découvrir. »
      Il y a un an je venais ici pour un tournoi de préparation et t’affronter.
      Et aujourd’hui, je retraverse ce parking avec toi à mes côtés et sous le même maillot.
Danielle allait répondre quand : 
« Mademoiselle KASLER ? »
Danielle se retourna étonnée d’être interpelée en français. Face à elle se tenait une jeune femme brune, d’allure sportive, environ un mètre soixante cinq, un sourire sur les lèvres.
      Oui ?
      Je suis Johanne ADONSEN.
      Oui ?
      Heu… Je peux continuer en anglais ?
      Oui, pas de problème.
      Merci, car je viens d’utiliser tous les mots de français que je connaisse. J’étudie le journalisme à l’université et je tiens un site sur le handball féminin. Plus particulièrement sur l’équipe nationale norvégienne et sur l’équipe de Copenhague. J’aimerais vous interviewer.
      Si les questions portent sur ma relation avec Solveig, ce n’est pas la peine d’aller plus loin.
      Non. Bien que je sois curieuse de votre vie ensemble, mes questions ont pour sujet le handball et votre parcours avant votre arrivée ici. Et si vous n’avez pas envie de répondre à une question vous n’aurez qu’à dire « no comment » et je passerai à un autre sujet.
Danielle regarda Solveig qui l’encouragea à accepter d’un sourire.
      Quand voulez-vous faire votre interview ?
      Quand cela vous arrange ?
      Quand voulez-vous le mettre en ligne ?
      Dans trois jours vous jouez votre premier match de préparation officiel, j’aimerai le mettre en ligne avant si cela est possible.
Danielle sortit son téléphone portable pour consulter son agenda.
      Demain à 19 heures ?
      Parfait, où voulez-vous que l’on se retrouve pour l’interview ?
      Il y a un pub le Red House pas très loin de chez moi.
      Je connais ce pub. Je vous laisse ma carte au cas où vous auriez un empêchement. Je vous dis à demain. Merci.
      A demain.
Les deux jeunes femmes regardèrent l’apprentie journaliste partir.
« Tu la connais ? »
      Oui et toi aussi indirectement.
      Comment ça ?
      C’est l’équivalent de ta Marie. Et elles se sont rencontrées à Paris.
      C’est elle qui nous a pris en photo dans les tribunes ?
      Oui, c’est-elle. Tu lui en veux pour ça ?
      Non. Si je ne voulais pas être prise en photo, je n’avais qu’à éviter de t’embrasser en public.
      Oui sauf que c’est moi qui t’ai embrassée ce jour là.
      Il n’y a pas vraiment de différence, le résultat est le même : c’était agréable.
      C’est sûr. Je te montrerai son site internet comme ça tu pourras te faire une idée.
      Ok.
 
Ce soir là, chez Solveig, bien calée dans le canapé, le PC portable sur les genoux, Danielle parcourait le site internet de Johanne. Il était décliné en deux langues : anglais et norvégien. Elle lut sa biographie et plusieurs de ses articles. Elle dû reconnaître  qu’elle avait un bon esprit d’analyse et traitait avec humour et subtilité les faits hors terrain.
« Tu es rassurée ?  demanda Solveig en arrivant de la cuisine une assiette dans chaque main. »
      Oui. J’aime bien son style.
      Je n’aime pas trop quand tu dis cela.
      Pourquoi ?
      Parce que ça peut vouloir dire beaucoup de chose.
      Comme ?
      J’aime son style vestimentaire et j’aimerais bien voir ce qu’il y a en dessous…
      J’aime bien son style d’écriture et ça s’arrête là.
Danielle posa son ordinateur sur la table basse. Elle attendit que Solveig pose les assiettes à côté, attrapa la poche arrière de son jean pour la tirer en arrière et la forcer à la rejoindre sur le canapé. Sa capitaine avait toujours son air boudeur.
      Tu ne va pas commencer à être jalouse à présent que je vis dans ta ville ?
Danielle vint poser ses lèvres sur celles de Solveig. Le baiser tendre au départ devint rapidement moins sage. Elles s’écartèrent juste le temps nécessaire à Solveig de dire :
      Le repas va refroidir.
      Tu as un micro-ondes, non ?
      Oui.
La conversation n’alla pas plus loin mais leurs langues, leurs mains et l’ensemble de leurs corps continuèrent de communiquer.
 
***
 


Mercredi 29 août  2007 – 13h00
Interview de Danielle KASLER
 
 Avant le premier match de préparation à domicile je vous propose l’interview de Danielle KASLER qui s’est déroulé au Red House, hier soir. L’ex-joueuse lyonnaise m’a rejointe à la fin de son entraînement. C’est en jean noir, pull à capuche, baskets aux pieds, besace en bandoulière et sourire timide sur les lèvres que je l’ai vue entrer dans le Pub.
 
Repères :
Nom : KASLER
Prénom : Danielle
Date de naissance : 04/12/1982 (Lyon - France)
Age : 24 ans
Nationalité : Française
Poste : Arrière droit
 
Comment s’est passé la reprise pour vous ?
Très bien. Un peu différent de ce que je connaissais à Lyon mais le stage en Suisse a été très bénéfique. Et je prends mes marques au sein du collectif. Et vu qu’il n’y a pas de problème physique pour gêner le travail, tout va bien.
 
En parlant de Lyon, cela n’a pas été trop dur de quitter votre ville ?
Il n’est jamais facile de quitter ses amis mais j’ai appris très jeune à bouger.
 
Et votre club ?
Nous avons vécu une grande aventure avec la finale de la coupe EHF et il est vrai qu’une victoire aurait sans doute sauvé le club de la relégation en national mais Copenhague était vraiment un niveau au dessus. Je garde de très bons souvenirs avec l’équipe de Lyon.
 
C’est justement pour passer un niveau au dessus que vous avez décidez de signer dans un club danois ?
Avant de recevoir la proposition de Copenhague, je n’y avais même pas pensé. Le championnat français m’allait parfaitement.
 
Alors pourquoi avoir signé à Copenhague ?
Vous auriez dit non, vous ? Il y a des propositions qui ne se refusent pas.
 
Que pensez-vous de la ville de Copenhague ?
Mes cartons ne sont déballés que depuis un mois et avec la reprise de l’entraînement je n’ai pas trop eu le temps de faire du tourisme mais ce que j’ai pu en voir jusqu’à présent m’a beaucoup plu.
 
D’après les listings, avant votre arrivée à Copenhague, votre seule licence de joueuse de handball enregistrée était au club de Lyon et couvre la période de septembre 2004 à juillet 2007. Le handball n’est pas votre premier sport et d’après mes recherches, vous avez été une internationale espoir en football. Pouvez-vous nous en dire plus ?
J’ai débuté le football en 1989 en Angleterre, dans le club d’Arsenal. En 1995, mon père a été muté en Suisse et j’ai évolué pendant deux ans dans le club de Lausanne. En 1997, nouveau déménagement pour la France et Lyon cette fois ci.
 
A quel moment êtes-vous devenue internationale française ?
En 1999, juste avant mes 17ans.
 
 
Arrêtez-moi si je me trompe mais vous avez  joué votre premier match au plus haut niveau en championnat de France de football à 15 ans et demi. Vous avez été championne de France à 18 ans et l’année suivante vous êtes sacrée à l’Euro espoirs en Belgique. Vous avez aussi à votre palmarès deux coupes de France et trois titres de championne de France. Du côté du handball, une coupe de France et un trophée de la meilleure joueuse de la finale EHF. Il y a encore de la place sur vos étagères ?
Il faudrait demander à mes parents. C’est eux qui gardent tout. Le seul trophée que j’ai amené ici est celui de la coupe EHF.
 
Pourquoi avoir arrêté le football ? Vous aviez une grande carrière en devenir.
J’ai été blessée au genou au cours d’un match de championnat. J’ai dû être opérée. La rééducation a été longue et ma vie a pris une autre direction pendant la période d’inactivité.
 
Parlons un peu technique. Vous êtes capable de tirer des deux bras d’où vous vient cette capacité ?
D’aussi loin que je me rappelle j’ai toujours fait les choses des deux mains.
 
Pratique. Vous avez aussi la particularité de maîtriser le Tir ANDERSEN et le volt spécialité de votre capitaine et petite amie faut-il y voir du mimétisme ou autre chose ?
Pour moi, ce ne sont que des gestes techniques. J’ai appris à faire le tir ANDERSEN bien avant de rencontrer Solveig. C’était juste pour rigoler à l’entraînement. Au début ça ne ressemblait pas à grand-chose. J’envoyais presque le ballon en touche plutôt que dans la cage et j’ai failli m’arracher l’oreille gauche à plusieurs reprises. Pour le volt s’était un moyen d’apprendre à aller plus vite sur mes appuis sans finir à plat ventre sur le parquet.
 
Vous êtes, vous aussi, capable de déclencher des tirs très acrobatiques.
J’ai l’habitude d’aller jusqu’au bout de mes actions et si je dois finir au sol peu importe.
 
Vous avez évoqué votre famille pouvez-vous nous en dire plus ?
Mes parents vivent en Suisse avec ma petite sœur. Elle a 15 ans et elle s’appelle Zoé. Elle tient un blog sur le sport au féminin en général mais elle n’a pas votre esprit d’analyse. Cela ressemble plus à un concentré de ses émotions et sentiments.
 
Quel est leur sentiment sur votre homosexualité ?
Ils l’ont acceptée.
 
Ce n’est pas difficile de jouer aux côtés de sa petite amie ?
Non, il suffit de savoir faire la part des choses.
 
Et ce n’est pas difficile d’être la petite amie d’une star mondiale du handball ?
Je ne vois pas la star du hand quand je regarde Solveig donc cela ne me pose aucun problème.
 
Danielle, merci d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.
Au cours de l’interview, Danielle a utilisé trois fois le « No Comment » sur des sujets qu’elle ne voulait pas aborder. Par respect pour sa vie privée, je ne noterai pas les questions auxquelles elle n’a pas souhaité répondre.
Danielle KASLER est plutôt réservée et timide. Je dirais qu’elle serait presque l’opposée de Solveig ANDERSEN mais il y a quelque chose dans sa manière d’être, de bouger, de regarder les gens qui me donnent à penser qu’elle est bien plus forte qu’elle le laisse paraître. Elle fait preuve d’un grand détachement face à la situation et à sa nouvelle vie.
Je suis impatiente de la voir évoluer sur le terrain aux côtés des autres joueuses de Copenhague car à mon avis elle a plein de choses à nous montrer.
Premier round ce soir.
 
***
 
            Solveig venait de finir de lire l’interview de Danielle. Comme pour la conférence de presse, sa petite amie avait tendance à répondre aux questions en en disant le moins possible. Elle n’ouvrait pas vraiment de porte dans ses réponses. Ou alors juste celles dont elle avait envie.
            La capitaine norvégienne entendit du bruit dans le hall avant de voir Bones arriver en courant pour se rouler sur le tapis.
« La promenade s’est bien passée ? »
Danielle avait emmené le chien courir dans la forêt.
      Très bien, nous avons vu un écureuil roux et j’ai été étonnée que Bones reste au pied et ne cherche pas à lui courir après.
      Il a été éduqué comme ça. Il ne doit pas courir après tout et n’importe quoi.
      Ok. C’est bien car je n’aurais pas été en état de lui courir après.
      Fatiguée du match ?
      Un peu.
      Viens t’asseoir.
Danielle, à défaut de s’asseoir, s’allongea sur le canapé et vint poser sa tête sur la cuisse de Solveig. Cette dernière passa sa main dans les cheveux de sa petite amie. Elle avait fait un bon match. Comme en Suisse, elle s’était appliquée et avait respecté les consignes. Elle avait plus évolué en défense pour ce deuxième match de préparation.
      J’ai le droit de connaître les trois questions qui ont eu droit à un « no comment » ?
      Elle savait que je ne vivais pas avec toi et elle voulait savoir pourquoi. Elle m’a demandée comment se passait notre vie commune en dehors du handball. Et la dernière devait être le prénom de ma première petite amie.
      Ok. Je sais que tu n’aimes pas parler de ta vie privée mais si nous voulons que les médias ne soient pas trop pénibles, il va falloir en dire un minimum.
      Je comprends dans le principe mais j’ai du mal avec cette idée.
      Je sais. Tu veux que je m’occupe de gérer cette partie ?
      Je n’osais pas te le demander.
      Ok mais j’ai besoin de savoir ce que tu es prête à dévoiler.
      Si cela ne tenait qu’à moi, tu sais très bien que je ne dirais rien alors je te laisse juge. Je te fais entièrement confiance.
      Parfois, je me demande si tu n’es pas plus suisse que française.
      Pourquoi ?
      Car tu essaies de toujours rester neutre et loin des conflits.
      Et cela te dérange ?
      Non cela fait partie de toi.
      Takk.[url=#_ftn2][2][/url]
Comme si Bones avait compris que la discussion était terminée, il vint au bout du canapé et posa sa patte sur la jambe de Danielle. Celle-ci les souleva pour le laisser monter. Elle reposa ses pieds sur l’accoudoir le chien sous ses genoux.
            Solveig regardait le spectacle.
*Une vraie illustration de magasine de déco d’intérieur. Enfin un peu moderne l’illustration.*
Elle continua de promener sa main dans les cheveux de sa petite amie, profitant de cet instant de doux bonheur.




[url=#_ftnref2][2][/url] Merci

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Dim 22 Fév 2015 - 23:45

ARHUS – Bosses, bleus et autres drogues…
 
            Danielle était assise à sa place dans les vestiaires. SA place. Il y avait au dessus du banc et de son casier encastré dans le mur son nom. Quand elle était entrée dans les vestiaires elle avait trouvé son maillot et son short, bien pliés, rangés sur l’étagère en dessous de son nom.
            Elle écoutait les consignes de Thia. Sur le mur opposé à la porte, il y avait un grand tableau blanc sur lequel leur entraîneur dessinait des situations de jeu. Pour presque l’ensemble de ses coéquipières, l’équipe d’Arhus, leur adversaire du jour, n’était pas une inconnue. Par contre, pour Danielle tout était nouveau. Elle avait étudié leur manière d’attaquer et de défendre mais elle manquait d’expérience. Elle avait l’impression de revenir à ses débuts en élite à Lyon.
            Thia avait terminé la causerie d’avant match. A présent chacune allait suivre ses habitudes pour rentrer dans son match. Chacune avait son rituel : course, ballon, étirements. Toute la première partie était individuelle, ensuite venait l’échauffement collectif et le « discours » de la capitaine.
            Alors que Danielle passait devant Solveig sa gourde dans une main et sa serviette dans l’autre pour sortir des vestiaires, elle sentit sa petite amie lui mettre une claque sur les fesses.
« Hey !  »
      C’était juste pour vérifier que c’était bien ce que ça donnait l’impression d’être.
      Tu peux être plus claire ?
      Ce short te fait un joli petit cul tout ferme et je m’assurais qu’il n’y avait pas tromperie sur la marchandise.
      Je vois. Mais tu m’as déjà vue dans ce short.
      Pas sur un match officiel.
      Toutes les excuses sont bonnes n’est-ce-pas ?
      Oui, lui répondit Solveig avec un grand sourire.
      Il faut aller à l’échauffement.
      Tu as raison.
Alors qu’elles remontaient le couloir pour rattraper les autres, Solveig remarqua que les mains de Danielle ne bougeaient pas. Aucun signe extérieur de nervosité.
 


Samedi 8 septembre  2007 – 17h30
J01 / Copenhague - Arhus
Bonjour à tous. Bienvenue pour cette première journée de Championnat. Pas de changement depuis l’année dernière, j’ai retrouvé ma place dans la « petite » tribune des journalistes du Copenhague Aréna. Alors pour tous ceux qui sont expatriés, hors de chez eux ou qui n’ont tout simplement pas le câble, je suis prête à vous faire vivre le match en direct.
Les joueuses sont sorties des vestiaires. Elles arborent leur nouveau maillot noir à parements rouges sur les épaules. Elles débutent à présent leur échauffement individuel.
Liv ARLENSEN et Sabine ENGLERT, les deux gardiennes jouent avec le ballon. L’ensemble du groupe trottine sur la longueur du terrain, seulement Lotta SHELING et Linda BLANKAERT sont en séance d’étirements.
[ …]
Les trois matchs de préparation se sont bien passés. Thia HAMERSEN a fait une revue complète de l’effectif. De nouveaux schémas tactiques ont été essayés et (pardonnez l’avis très personnel) j’aime la gueule qu’a cette équipe.
[ …]
Danielle KASLER, Solveig ANDERSEN, Liv ARLENSEN et Katri AAMODT sont à présent en train de jouer au foot, elles jonglent des pieds et de la tête. Elles sont plutôt douées. Mention spécial à la joueuse française pour sa maîtrise.
[ …]
Elles en sont à l’échauffement collectif. Solveig ANDERSEN est la baguette. Je trouve toujours ce spectacle hallucinant à regarder. C’est comme une chorégraphie.
           
            Alors qu’elle annonçait le prochain mouvement, Solveig ne pouvait s’empêcher de regarder évoluer Danielle en face d’elle. Elle avait toujours cette fluidité qui l’avait attirée dès le premier instant. Elle arrivait à mélanger puissance et souplesse. Elle se retint de lui sourire et se força à se re-concentrer.
 
Longue séance d’étirements pour le groupe. Il est facile à cet instant de repérer les souples et les moins souples. Les plus grandes ont du mal à se plier.
[ …]
Quatrième étape, échauffement avec ballon. Les bras commencent à se lâcher. Liv ARLENSEN affûte ses parades. L’intensité monte.
Elles finissent par une attaque défense. La défense : Danielle KASLER, Trine TROELSEN, Lena SNORROEGGEN, Fie WOLLER, Anne PEDERSEN, Linda BLANKAERT. L’attaque : Lotta SHELING, Linnea TORSTENSON, Solveig ANDERSEN, Katri AAMODT, Eva MERTENS, Mia BILTOFT. Nous saurons dans pas longtemps si c’est la même disposition pour le match.
[ …]
Le match ne va plus tarder à commencer. Voici la disposition des bancs au coup d’envoi.



Pour cette première mi-temps, les rotations vont donc se faire majoritairement pour les joueuses évoluant du côté droit.
La mise en jeu sera pour Arhus.
 
            Solveig regarda Danielle prendre sa place. La capitaine observa à nouveau les mains de sa petite amie. Elle avait juste les doigts fléchis, en position pour attraper le ballon. Le petit soldat était prêt pour la bagarre. 
 
 Et c’est parti !!!
1ère minute :
Attaque d’Arhus. Le ballon tourne. RASMUSSEN la demi-centre adverse va chercher KASLER. Premier impact entre les deux joueuses. Passage en force.
Balle d’attaque pour Copenhague. Comme je l’annonçais, rotation entre les deux arrières et ailières droites : SHELING et MERTENS remplacent KASLER et PEDERSEN.
 
2ème minute : 1 - 0
But d’ANDERSEN.
[…]
15ème minute : 11 - 09
KASLER en contre attaque suite à un arrêt d’ARLENSEN, seule face à NIELSEN, feinte en haut, tire en bas.
[…]
25ème minute : 14 - 11
CHRISTIANSEN vient de mettre un coup de coude à KASLER et l’arcade semble touchée. La pivot d’ARHUS avait croisé avec son arrière gauche et juste avant de recevoir la balle, elle s’est fait de la place en écartant un peu haut les coudes. KASLER saigne. Il va falloir recoudre tout ça.
« Dane » bienvenue dans le championnat danois !
[…]
C’est la mi-temps : COPENHAGUE 16 - 12 ARHUS
Match sérieux pour l’instant de la part de l’ensemble des joueuses. Les visiteuses ont un jeu physique et KASLER en a eu un aperçu. Elle a été conduite dans les vestiaires pour être soignée.
 
            A son entrée dans les vestiaires, Solveig trouva Danielle assise sur la table de soin. Tero était en train de lui poser des strips. Elle vint à côté de sa petite amie et lui toucha doucement le bras.
« Comment tu te sens ? demanda Solveig. »
-          Ça va.
-          Elle ne t’a pas ratée. Quand CHRISTIANSEN n’y arrive pas, elle a tendance à jouer des coudes. D’habitude, elle vise plus le menton mais vu que tu es plus petite c’est ton arcade qui a reçu.
-          Je le saurai pour la prochaine fois.
-          Premier match et première blessure de guerre. T’attaques fort ! s’exclama Katri en venant inspecter la blessure.
-          Merci de ta sollicitude Katri.
-          Mais de rien.
Le calme revint dans les vestiaires et toutes se concentrèrent sur le discours de Thia. Sauf Solveig qui avait un œil sur le tableau et l’autre sur les mains de Tero qui posait un pansement au dessus de l’œil de Danielle.
«  Tu as mal à la tête ? demanda le kiné. »
-          Non.
Tero regarda Danielle au fond des yeux, il vit une trace de douleur mais ne dit rien.
 
Deuxième mi-temps
KASLER a pris place sur le banc. Elle a un joli pansement au dessus de l’œil gauche.
 […]
40ème minute : 18 - 13
ANDERSEN vient de prendre 2’ pour un bloc un peu trop appuyé sur CHRISTIANSEN.
 
            Solveig vint s’asseoir à côté de Danielle, elle attrapa sa serviette et la passa autour de sa nuque. Elle avait eu très envie d’écraser son coude sur le nez de la pivot adverse. En tournant la tête sur la droite pour suivre le jeu, elle s’aperçut que Dane avait encore des traces de sang dans le cou. Elle prit sa gourde et mouilla le coin de sa serviette.
« Ne bouge pas. »
      Qu’est ce qui se passe.
      Tu as encore des traces de peinture de guerre dans le cou.
      Oh.
Danielle sentit la douce caresse du tissu mais aussi des doigts de Sveig.
      Tu ne devrais pas faire ça.
      Pourquoi ?
      Tu sais très bien pourquoi.
      Ça te gêne ?
      Non, ça me fait des choses.
      Oh ! J’ai fini, plus de trace.
      C’est dommage, je me sentais une âme de viking.
      Je t’imagine très bien habillée du drapeau norvégien.
Thia s’approcha d’elles et donna quelques consignes à sa capitaine avant sa rentrée. Une fois Solveig sur l’aire de jeu, Thia prit sa place sur la chaise et demanda à Danielle.
      Tu es en état de reprendre le jeu.
      Bien sûr.
      Si tu as mal, je comprendrais. Il n’est pas nécessaire de prendre des risques.
      Je vais bien et je veux jouer. J’ai besoin d’y retourner sinon nos adversaires penseront qu’il suffit de me mettre un petit coup pour me sortir.
      Ok. A la prochaine attaque placée tu rentres.
      Ok.
 
45ème minute : 21 - 18
KASLER reprend sa place sur le terrain. En attaque placée. Elle croise avec ANDERSEN dans l’axe et déclenche un tir à 9m. Boom pleine lucarne. Son arcade touchée ne semble pas la gêner.
 
            Solveig vint claquer dans la main de sa partenaire. Le petit soldat était toujours prêt pour la bagarre.
 
53ème minute : 26 - 23
Copenhague à l’attaque. Le ballon tourne vite. Toutes les joueuses sont en mouvement. KASLER monte au tir mais c’est une feinte. Elle fait une passe dans le dos de la défense à BLANKAERT qui ne se prive pas pour marquer.
[…]
59ème minute : 29 - 23
KASLER en contre-attaque offre un caviar à ANDERSEN qui marque le dernier but de ce match.
 
Bilan de la rencontre :
Un match sérieux de l’ensemble du groupe. Les rotations se sont très bien passées.
ANDERSEN, dans la même ligne que les championnats du monde, est le maître à jouer de l’équipe et elle finit meilleure marqueuse avec 8 buts.
Thia HAMERSEN semble avoir choisi d’utiliser KASLER en défense et SHELING en attaque lorsqu’elles sont du côté du banc. Elles se sont partagées le temps de jeu pour la seconde mi-temps.
KASLER a fait connaissance avec la rugosité du jeu d’ARHUS mais semble bien encaisser les coups. Elle a ce soir marqué ses 4 premiers buts dans le championnat danois.
ARLENSEN toujours très présente dans les cages a dégoûté les ailières adverses.
Ici se termine le premier compte rendu en direct du Copenhague Aréna.
Prochain match : Copenhague - Randers le 12/09/2007
Bonne soirée à tous.
 
***
 
            Danielle était bien calée dans le fauteuil, qui était devenu son préféré, chez Solveig. Elle sentait les courbatures s’installer dans ses épaules et ses cuisses mais rien de trop douloureux. Tout disparaîtrait demain avec le décrassage. Ce qui la gênait, c’était le mal de tête qui s’installait. Il avait été latent pendant la deuxième mi-temps.
« Sveig ? »
La capitaine norvégienne était dans la cuisine en train de donner à manger à Bones.
      Oui ?
      Dans le sac que j’ai laissé à l’entrée, il y a des cachets effervescents contre le mal de tête, tu peux m’en préparer un s’il-te-plaît ?
      Oui pas de problème. Je te l’amène dans deux minutes.
      Merci.
Solveig trouva rapidement le tube de cachets. Elle attrapa un verre, le remplit d’eau et voyant le faible dosage des cachets, elle en mit deux dans le verre. En attendant qu’ils fondent, elle rangea la nourriture de Bones. Cela fait, elle amena son verre à Danielle.
      Tiens. Ta tête te fait mal ?
      Un peu oui.
      Tu n’aurais peut-être pas dû jouer en deuxième mi-temps.
      Ça n’aurait rien changé. Le mal de tête est normal après s’être fait ouvrir l’arcade. Je vais avaler ça et dans une heure il n’y aura plus de trace.
      Si tu le dis.
Danielle vida le verre et le posa sur la table basse.
      Tu passes la nuit ici ?
      Ben oui. A moins que tu ne veuilles pas.
      Au contraire.
Elles discutèrent du match et des suivants qui allaient venir jusqu’à ce que l’heure de faire à manger arrive. Danielle se porta volontaire pour aller faire un tour en cuisine mais quand elle se leva, la pièce se mit à bouger. Danielle se retint au dossier du fauteuil. Solveig voyant cela se leva rapidement et vint aux côtés de sa petite amie.
      Ça ne va pas ? Qu’est-ce qui t’arrive ?
      Combien tu as mis de cachets dans mon verre ?
      La même dose que pour moi : 500mg.
      Oh non.
      Quoi ?
Solveig eut un temps d’arrêt et…
      Oh merde. Ton père m’a parlé de ta forte réaction aux médicaments et je n’ai pas fait le lien quand j’ai vu tes cachets à 250mg. Je suis désolée.
      Ce n’est pas grave, il faut juste que j’aille me coucher. Je vais m’endormir dans pas longtemps et il se peut qu’entre temps je raconte des trucs pas très cohérents.
      Ok. Je vais t’accompagner dans la chambre. Je peux faire autre chose. Je suis vraiment désolée.
      C’est de ma faute, j’aurais dû t’en parler et t’expliquer.
Solveig aida Danielle à s’allonger et resta à côté d’elle.
      Tu n’es pas obligée de me veiller tu sais. Ce n’est pas comme si c’était la première fois.
      C’est la première fois pour moi alors je reste.
      Ok mais je veux que tu oublies tout ce que je vais dire à partir de maintenant.
      Pourquoi ?
      Promets le moi.
Il y avait presque de l’urgence dans sa voix.
      Je te le promets.
Solveig vit Danielle fermer les yeux. Elle prit sa main et noua ses doigts aux siens. Elle resta une demi-heure à la regarder, elle ne bougeait pas. Seule sa respiration semblait irrégulière. Elle crut l’entendre gémir. Elle serra un peu plus sa main et demanda inquiète.
« Dane ça va ? »
Il n’y eut pas de réponse jusqu’à :
« C’est super que nous soyons arrivées à l’heure pour le match. »
      Nous n’allions pas arriver en retard pour le premier match de championnat cela aurait fait désordre, lui répondit Solveig.
      En plus c’est la même finale qu’il y a deux ans.
      Hein ?
Solveig n’était pas sûre de tout comprendre. Au début elle pensait qu’elle parlait du match d’aujourd’hui mais en fait c’était tout autre chose. Restait à trouver ce que c’était. Elle resta silencieuse espérant que Dane n’allait pas s’arrêter là.
      Trois buts d’écart y’a deux ans en leur défaveur,  elles peuvent faire comme en 1998. Sauf qu’il n’y aurait pas vraiment de suspens. Dommage que nous n’ayons pas pu aller en Hongrie.
Solveig avait ses premiers indices. Dane parlait d’un truc qui se passait en Hongrie après 1998. Avec le compte des deux ans cela amenait à quoi 2000, 2002…
      Une finale de Championnat d’Europe ce n’est pas rien.
Alors ça ne devait pas être ni 2000, ni 2002 car les championnats d’Europe de ces années là avaient eu lieu respectivement en Roumanie et au Danemark. Ce qui amenait à 2004 en Hongrie. Enfin si elle parlait de handball car avec Danielle cela pouvait être n’importe quel sport.
      Ok les autres sont tenantes du titre mais elles sont une génération déclinante.
Même dans ses rêves, elle analysait encore les choses. Solveig ne pouvait s’empêcher de sourire. Elle la vit commencer à s’agiter.
      J’en suis sûre regarde les stats… Non… Tu rêves là… ça va commencer… Laisse-moi écouter les hymnes… Non je ne fais pas une fixation sur cette équipe.
Entre ses phrases il y avait des blancs comme si elle répondait à quelqu’un.
      Mais arrête… Qu’est ce que tu veux m’entendre dire ? Qu’ANDERSEN est canon ? Tu irais dormir dans la baignoire toi si elle était dans ton lit ?
Solveig qui avait raccroché tous les wagons rigola franchement. En 2004, Danielle était donc devant la finale des championnats d’Europe se déroulant en Hongrie où la Norvège avait battu le Danemark 27 à 25. C’était son premier titre Européen après la médaille d’argent deux ans plus tôt. Ella caressa doucement la joue de sa petite amie qui était redevenue calme et silencieuse. Un peu égoïstement, elle aimait l’idée que Dane l’ait déjà remarquée trois ans plus tôt.
 
            La capitaine norvégienne se réveilla en sursaut. Elle s’était endormie. Il était plus d’une heure de matin. Elle avait l’impression de dormir à côté d’une source de chaleur. Elle passa délicatement ses doigts sur le front de Danielle. Il était chaud, trop chaud. Si la situation précédente était comique, celle-ci n’avait plus rien de drôle. Elle se leva rapidement pour aller chercher son téléphone portable dans le salon.
« Allo ! Lui répondit une voix endormie. »
      Tero. C’est Sol. J’ai besoin que tu viennes à la maison.
      Qu’est ce qui se passe ? Dane ne va pas bien ?
      C’est ça.
      Sa plaie s’est rouverte ?
      Non.
      Alors ?
      J’ai surdosé ses médicaments contre le mal de tête.
      Ok. Tu lui en as donné combien ?
      500mg au lieu de 250. Elle a dit que ce n’était pas grave que tout irait bien mais elle a de la fièvre.
      J’arrive.
      Merci.
 
Une demi-heure plus tard Tero était dans le hall de Solveig. Il examina la jeune femme, prit sa température, vérifia sa tension et son rythme cardiaque.
« Elle va bien, elle est juste shootée. »
      Et la fièvre ?
      C’est un effet secondaire connu. Rien d’alarmant. Demain elle se réveillera en pleine forme.
      Tu es sûr ?
      Oui.
      Ok. Merci. Désolée de t’avoir dérangé.
      Pas de problème, je suis là pour ça. Fais lui boire un grand verre de jus d’orange au petit déjeuner ça éliminera toutes les traces.
      Je le ferai. Bonne nuit Tero et encore merci.
 
Le kiné parti, Solveig retourna dans la chambre et remonta la couette sur les épaules de Danielle avant de se rallonger à ses côtés. Elle semblait complètement calme dans son sommeil loin de l’angoisse de sa petite amie. Solveig n’avait pas eu conscience quand elle avait discuté avec le père de Danielle que les effets des médicaments sur sa fille étaient si grands. Elle n’avait pas supposé que du simple paracétamol pouvait avoir de telles conséquences.
Elle veilla encore un moment sur Dane avant d’être elle aussi emportée par le sommeil.
De son côté, l’ex-joueuse lyonnaise n’eut conscience de rien. La visite de Tero lui passa complètement inaperçue. Elle était dans cette brume médicamenteuse qu’elle avait appris à supporter.
 
***
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Mack
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Dim 1 Mar 2015 - 23:09

LYON – Andy en voyage
 
            Andy trépignait sanglé sur son siège. Il n’avait jamais été fan de l’avion, chose paradoxale pour quelqu’un qui avait tant voyagé. Il avait à son actif, quarante allers-retours entre l’Europe et l’Afrique du Sud. Il avait vécu dix ans à Pretoria de 1987 à 1997 avec sa mère. Son père avait à cette époque un travail globe-trotteur en Europe de l’ouest.
Andy avait assisté à la libération de Nelson Mandela, à la fin de l’Apartheid et à l’élection du premier président noir du pays. Il était trop jeune pour bien comprendre le sens de tout ce qu’il s’était passé dans ce pays austral. Il avait parfois eu peur mais avait gardé de cette période une certaine ouverture d’esprit.
            Ses parents avaient divorcé avant ses trois ans. Il avait été confié à la garde de sa mère et l’avait suivie en Afrique du Sud quand elle avait pris son poste à l’ambassade. Sa mère vivait à présent en Ecosse et enseignait à l’université de Glasgow. Elle s’était remariée avec un homme très gentil, du nom de Tom, qui avait pour passion de réparer les choses et parfois un peu les humains. Tom l’avait parfaitement accepté lui et son homosexualité et Andy aimait bien les moments qu’ils passaient ensemble.
            Son père était tout l’opposé de Tom. Il était toujours pressé. Il n’avait pas la patience d’attendre que les choses se fassent. Ils s’étaient éloignés l’un de l’autre suite à son coming out. Son père habitait à Berlin aux dernières nouvelles.
            Danielle avait quitté Lyon depuis deux mois et demi à présent et aujourd’hui, il était impatient de la voir. Elle lui manquait. Il était toujours aussi pris par le bar et sa vie était bien remplie mais les visites de sa meilleure amie et les petits déjeuners tardifs du dimanche qu’ils prenaient ensemble avant lui permettaient de décompresser. Il était très heureux pour elle. Elle avait retrouvé le sport de haut niveau et avait dans sa vie une femme incroyable. Il avait connu ses ex-petites amies, il l’avait vu flirter avec des filles dans son bar mais il avait toujours eu au fond de lui le sentiment que Dane était faite pour quelqu’un de plus « grand ».  Et quoi de plus grand qu’une championne du monde en titre ?
            Par le hublot, il pouvait voir les faubourgs de Copenhague se rapprocher. Dans peu de temps il aurait à nouveau les pieds sur terre.
 
***
 
            Solveig revenait vers leur table avec trois verres à la main. Andy et Dane étaient écroulés de rire sur la table. Depuis qu’ils s’étaient retrouvés à l’aéroport, ils n’avaient pas cessé de rigoler et de s’esclaffer. Une fois les portes coulissantes passées et dès qu’il avait repéré Danielle, Andy avait lâché son sac et avait accueilli la jeune femme dans ses bras. Ce grand gaillard d’un mètre quatre vingt dix n’avait eu aucune difficulté à la soulever de terre. Ils étaient restés un grand moment comme ça oubliant ce qui les entourait. Solveig avait presque été jalouse. A les voir ainsi, on aurait pu penser qu’ils ne s’étaient pas vu depuis un an mais juste deux mois avaient suffi. La capitaine norvégienne comprit à cette scène  l’importance et la force de leur amitié.
            Alors que Solveig posait leurs verres sur la table, Danielle et Andy avait repris leur sérieux. Le jeune homme en était à passer son index le long de la cicatrice encore rose foncé au dessus de l’arcade de la joueuse de handball.
« Elle ne t’a pas ratée. »
      C’est mieux que ce que ça n’a été.
      Je sais, j’ai vu les photos sur le net et un petit bout de vidéo sur Youtube. Mais c’est moins impressionnant que ta gamelle en vélo dans la Montée de la Grande Côte.
      Ne me rappelle pas cet évènement s’il te plaît.
      Que s’est-il passé ? demanda Solveig, toujours curieuse d’apprendre de nouvelles choses sur les exploits passés de sa petite amie.
      La Montée de la Grande Côte est une des rues qui permet de rejoindre rapidement le centre ville de Lyon en partant du quartier de la Croix Rousse. Le premier tronçon est une suite de marches d’escaliers assez raide. Dane a parié qu’elle arriverait à les descendre en vélo sans toucher aux freins.
      Et que s’est-il passé ? Elle est tombée dans les escaliers ?
      Oh non, elle est bien arrivée en bas des escaliers sans freiner sauf qu’après les marches, il y avait des vieux pavés mal jointés. Sa roue avant s’est coincée entre deux et ça l’a arrêtée net. Elle a fait une jolie cascade. Elle est passée par dessus le guidon et après un vol plané, qui a sûrement dû battre le record olympique du saut en longueur, elle a fait connaissance avec les dits pavés. Bilan de son exploit : quinze points de suture sur l’arcade, cinq sur le coude, le cartilage des côtes flottantes fêlé et un bleu énorme qui couvrait son épaule droite et son bras. 
      Aïe !
      Mais j’ai gagné mon pari.
      A quel prix. Tu as gémi de douleur pendant trois semaines.
      Ce n’est même pas vrai.
      J’exagère un peu… Deux semaines et demie.
      Tu avais quel âge ?
      16 ans je crois.
      Heureusement que tu as fait ça en plein été sinon ton entraîneur de foot t’aurait allumé sur place.
      Tu es une vraie casse-cou en fait ! s’exclama Solveig.
      Tu ne le savais pas ? Elle va toujours jusqu’au bout. Ne lui lance jamais de défi, elle ne sait pas dire non, conclut Andy.
Les images de la partie de luge avec ses nièces et son neveu apparurent dans l’esprit de Solveig. Elle s’était déjà fait à cette époque la réflexion que Danielle n’avait pas peur.
 
***
 
            Andy était installé dans le canapé chez Danielle. Sa meilleure amie était dans la cuisine en train de leur préparer un vrai chocolat chaud. Elle lui avait fait découvrir cette boisson, un week-end où elle l’avait convaincu de l’accompagner à un mariage. Il s’était retrouvé en Suisse, tout endimanché, assis sur le banc d’une église bien calé par une colonne. Il s’était beaucoup ennuyé pendant la cérémonie mais sa consolation avait été de pouvoir voir Danielle en robe. Elle était demoiselle d’honneur et elle était magnifique malgré le rose ridicule que la mariée avait choisi. Dès qu’elle en avait eu l’occasion, elle avait sauté dans un jean et une chemise et ses cheveux, qui avaient été disciplinés pour l’événement, avaient repris leur liberté. La soirée avait réservé un échantillon de toutes les activités kitch que l’on pouvait trouver. La moitié de l’assemblée les avait crus ensemble et au début, ils avaient souri à cette idée mais au bout de trois heures où tout le monde voulait les voir s’embrasser, ils rigolaient beaucoup moins. Andy avait même surpris le sourire ravie de Madame KASLER. Ils étaient restés dans le salon des KASLER alors que tout le monde était allé se coucher. C’est à ce moment là que Danielle lui avait proposé un chocolat chaud. Il s’était calé dans le canapé et, les yeux fermés, avait écouté les bruits venant de la cuisine. Une agréable odeur de chocolat noir était venue chatouiller son nez. Il avait soulevé ses paupières sur une tasse fumante. Il avait savouré le breuvage comme s’il était le catalyseur de ses souvenirs d’enfance.
 
            Aujourd’hui encore, il tenait sa tasse à deux mains et respirait à fond. Quand il avait ouvert son bar, il avait pensé à mettre  le vrai chocolat chaud  sur sa carte des boissons de l’après-midi mais il avait renoncé car c’était un souvenir qui était associé à Dane et il ne voulait pas le partager et le dénaturer.
« Tout à l’air de rouler avec Solveig ? »
      Oui, tout se passe bien.
      Et avec ton équipe ?
      C’est différent de Lyon.
      Comment ça ?
      C’est une ambiance différente. J’ai plus l’impression d’être dans une famille ici alors qu’à Lyon ce n’était que des coéquipières.
      Je vois. Et c’est un plus non ?
      Oui.
Andy regarda Danielle assise sur l’accoudoir du canapé les pieds sur l’assise. En plus de son sourire, il y avait dans ses yeux quelque chose de nouveau. Comme si elle avait trouvé un autre but. En fait il revit la même lumière que quand elle jouait au football au temps de leur rencontre.
 
***
 
            « Katri monte plus haut, tu dois aller chercher au dessus de ses bras. »
 
            Thia dirigeait son entraînement comme tous les jours. Demain elles se déplaçaient à Svendborg pour la cinquième journée de championnat. Pour l’instant tout se passait bien. Pas de grosse blessure, juste des petits bobos inhérents à la pratique du sport. Le groupe fonctionnait bien, son effectif au complet, elle pouvait s’appuyer dessus pour les rotations et ne pas trop tirer sur les organismes dès le début de saison. La Ligue des Champions débutait à la fin du mois et à partir de cette date il faudrait gérer des temps de récupération plus courts.
            Katri avait repris sa place dans le groupe attendant son tour pour aller à nouveau défier la défense. Elle jeta à nouveau un regard vers les tribunes où un grand mec assez baraqué était assis.
« Sol, tu sais qui c’est le gars dans les gradins ? »
      C’est Andy le meilleur ami de Dane.
      Thia l’a autorisé à regarder ?
      Pourquoi aurait-elle dit non ?
      Parce qu’il est super mignon et qu’il pourrait nous déconcentrer.
      Sors le train d’atterrissage Katri car il est gay.
      Tu déconnes ?
      Non.
      Gay 100% ?
      Ça je ne sais pas, faudra lui demander.
      Compte sur moi.
 
            Andy avait assisté à tout l’entraînement. Il avait été impressionné par l’intensité et le rythme mais aussi par ce mélange de puissance et de douceur. Et le plus surprenant c’est que s’il n’avait pas su que Solveig et Danielle étaient ensemble, il ne l’aurait jamais deviné en les voyant évoluer sur le terrain. Il n’y avait aucun contact entre elles autre que ceux imposés par le jeu ou les exercices. Ça lui faisait presque froid dans le dos. Mais dès l’entraînement terminé, alors que Danielle se relevait après avoir ramassé sa gourde, Solveig vint l’enlacer par derrière et poser un baiser sur sa joue. Le mot qui vint à l’esprit d’Andy fut : schizophrène. Mais il connaissait son amie et savait qu’elle avait besoin de compartimenter sa vie pour garder son équilibre. Il y avait toujours eu des mondes dans la vie de Danielle : sa famille, ses amis, ses coéquipières de foot puis de hand et ses relations de travail. Pas de mélange. Il devait être le seul à avoir évolué dans tous ces groupes. Par contre, il n’était pas sûr que Solveig ait envie de mettre autant de barrières dans sa vie.
 
« A quoi tu penses ? »
 
            Il sortit de ses réflexions pour trouver sa meilleure amie debout devant lui.
      A ton entraînement. Vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère.
      Il le faut. Plus tu te rapproches des conditions de match à l’entraînement plus tu es à même d’avoir les bonnes réactions au cours d’une rencontre.
      C’est un point de vue qui se défend mais tu auras beau t’entraîner comme une acharnée, tu resteras un nain de jardin.
Andy avait un sourire jusqu’aux oreilles en disant cela. La taille de Dane avait toujours été un sujet de moquerie entre eux. Elle n’était pas petite loin de là. Elle était même dans la moyenne haute pour une femme mais à côté d’Andy elle faisait petite. Et aujourd’hui dans le sport qu’elle avait choisi elle était dans la moyenne basse.
      Tu sais ce qu’il te dit le nain de jardin, que malgré ton mètre quatre vingt dix, il te marque un but quand il veut.
      Ah oui ?
      Oui. Lève tes fesses et viens sur le terrain.
Andy déplia son mètre quatre vingt dix et avança vers son amie en la regardant de haut.
      Je suis ton homme.
      Tu ne m’impressionnes pas.
      Ça peut encore s’arranger.
Dane ramassa un ballon pendant qu’Andy se mettait en place.
      Je crois que c’est par ici ta zone d’attaque préférée.
Solveig qui allait rejoindre les vestiaires revint sur ses pas et prit place sur une chaise.
 
            Plusieurs fois Danielle essaya de feinter Andy pour passer en dessous mais il arrivait à combler son retard de déplacement avec ses grands bras. Quand Danielle lui posa un volt, il la ceintura alors qu’elle était dos à lui.
      Hey, lâche-moi, les câlins ce sera pour plus tard.
Danielle, une fois libérée, recula de trois pas et prit son élan. Solveig avait compris ses intentions. Elle vit sa petite amie prendre un appel à deux pieds et s’appuyer sur Andy pour déclencher son tir. L’idée était bonne mais Andy abaissa ses appuis jusqu’à ce que le bassin de Danielle soit à hauteur de son épaule. Au moment où la joueuse de handball allait lâcher son bras de tir, elle sentit le haut de son corps partir sur l’avant. Le barman attrapa ses jambes et Dane se retrouva pliée en deux, coincée sur l’épaule d’Andy, le ballon toujours dans sa main gauche.
      Andy y’a faute.
      Tu crois ?
      Tu as déjà vu beaucoup de matchs où l’attaquant finissait sur l’épaule du défenseur ?
      Non mais il faut dire qu’à part tes matchs, je ne regarde pas.
      Tu me reposes ?
      Je ne sais pas, t’es pas bien là ?
Il lui mit une petite tape sur les fesses.
      Hey ! Garde tes mains dans tes poches. Je ne crois pas que Sveig apprécierait tes manières.
Solveig se leva et s’approcha du duo. Ils avaient l’air de bien s’amuser même si Dane avait son ton renfrogné.
      Pour l’instant, la vue que j’ai d’ici est plutôt agréable.
      Hein !?!
Andy se mit face à Solveig. Danielle, qui pour l’instant n’avait vue que sur le dos de son ami, se tortilla pour voir sa petite amie. Toujours la tête en bas, elle lui demanda :
      Tu es là depuis longtemps ?
      Depuis le début  mais tu étais trop concentrée sur ton duel pour t’en rendre compte.
      Oh !
      Ton impulsion était bonne mais tu es arrivée trop tard en contact avec lui. Il a eu le temps de te voir venir et de te contrer. Je te l’accorde, pas de manière très autorisée.
Andy fit un demi-tour sur lui-même pour permettre à Danielle d’être en face de Solveig. Il la sentait pousser sur ses bras, les mains plaquées sur son dos à lui, pour se redresser. En tournant la tête, il vit la capitaine norvégienne s’approcher, jusqu’à toucher Dane. Les mains de chaque côté de son visage, elle l’embrassa. Andy hésitait entre les charrier ou leur laisser ce temps de pseudo intimité. C’est Danielle qui lui donna la réponse.
      Andy tu peux me reposer au sol ? Tu me coupes le souffle.
      T’es sûr que c’est moi qui te coupe le souffle ou bien ce sont les baisers de Solveig ?
      Sûrement les deux mais avec Sveig c’est plus agréable.
D’un mouvement d’épaule, il la reposa sur ses pieds.
      Voilà Mademoiselle.
      Merci Monsieur.
Ils se regardèrent un instant sans rien dire de plus avant d’éclater de rire.
      Il n’empêche que tu n’as pas marqué donc tu es bien un Nain de Jardin.
      Ça ne compte pas tu as triché.
      Toujours des excuses.
Solveig prit la main de Danielle.
      Il est temps d’aller à la douche.
      Tu as raison. On se retrouve dans le hall Andy ?
      Je t’attends là-bas.
En passant, Danielle posa le ballon dans le gros sac aux couleurs du club et disparut dans le couloir.
 
            Une fois changées, douchées et habillées, Solveig et Danielle étaient les dernières dans le vestiaire. Elles avaient déjà essuyé le commentaire de Katri :
« Et ça traîne, et ça traîne. Tout ça pour réaliser leur fantasme de le faire dans les douches des vestiaires du Copenhague Aréna. »
Et c’est en cœur qu’elles s’étaient indignées :
« Katri ! »
Danielle après avoir fermé son sac de sport, se tourna vers Solveig.
« Je vais boire un coup avec Andy dans le centre ville. Tu viens avec nous ? »
      J’aimerais bien mais j’ai une interview avant le match de demain.
      Ok. Tu m’appelles quand tu as fini.
      Bien sûr. Je suppose que tu dors encore chez toi cette nuit.
Elles étaient en train de sortir du vestiaire et de remonter le couloir.
      Ben, je ne vais pas laisser Andy tout seul à l’appart et j’ai…
      Envie de passer du temps avec lui.
      Oui.
      Je comprends ne t’inquiète pas mais je ne sais pas si Bones sera aussi magnanime que moi.
      Je passerai le voir dans la semaine.
      Ok je lui dirais. Profite bien d’Andy mais avant…
Solveig profita de l’obscurité du couloir pour pousser Dane contre le mur et venir l’embrasser. Juste des lèvres au début mais très vite sa langue chercha le contact de celle de sa petite amie. C’était toujours doux et chaud. A bout de souffle, Danielle recula légèrement la tête.
« Si tu continues comme ça, Katri va avoir raison. »
      Je sais mais j’en ai besoin.
Elle posa un dernier baiser sur son nez et la relâcha.
      Amuse toi bien mais ne te couche pas trop tard, il y a un match demain.
      Promis. 
 
Après avoir regardé Danielle, le sourire aux lèvres, rejoindre Andy, Solveig prit à nouveau la direction de la salle pour son interview. Elle découvrait une nouvelle facette de Dane, plus enfantine, plus décontractée. Il y avait une très forte complicité entre les deux ressortissants français. Ils pourraient facilement passer pour des frères et sœurs qui s’adorent. D’un certain côté cela rassurait la capitaine norvégienne que sa partenaire ait une personne sur qui elle pouvait compter. Il était souvent difficile de se retrouver loin de chez soi. Et même si Andy vivait toujours à Lyon, elle lui faisait confiance pour sauter dans le premier avion si son amie avait besoin de lui.
L’équipe de télé était déjà en place. Elle rangea Dane dans un coin de sa tête et se mit en mode Solveig ANDERSEN, capitaine de l’équipe de Copenhague.
 
Pendant qu’il attendait Danielle dans le hall, Andy avait été étonné de voir autant de journalistes et même certains fans qui attendaient dehors pour avoir un autographe. C’était très différent de l’anonymat de Lyon où Dane pouvait traverser le parking sans croiser personne.
 
***
 


Mercredi 3 octobre  2007 – 19h30
J05 / Svendborg - Copenhague
 
Bonjour à tous. Bienvenue pour cette cinquième journée de Championnat. Deuxième match à l’extérieur de ce début de saison pour Copenhague.
Svendborg, actuellement dernière, a à son actif, 1 victoire et 3 défaites avec une différence de buts de -19. A l’inverse Copenhague, comme vous le savez, a pris la première place dès la 2ème journée, avec 4 victoires et une différence de buts de +27.
Les joueuses de Copenhague sont largement favorites mais attention au match piège. 
[…]
L’échauffement vient de se terminer et les joueuses sont en train de s’installer sur leurs chaises. Position des bancs au début du match :


[…]
 
 
            Andy était assis juste derrière le banc de Copenhague. Il avait suivi l’équipe depuis le matin, du voyage en car jusqu’à l’échauffement. Le seul endroit où il n’avait pas eu l’autorisation de rentrer était les vestiaires mais cela l’avait presque arrangé. Dane venait d’enlever son pull et il la découvrait dans son maillot rouge et noir. Il avait vu son amie passer de la jeune femme décontractée avec laquelle il rigolait à une joueuse de handball sérieuse et concentrée. Elle était passée de Dane à KASLER.
 
[…]
C’est la mi-temps : SVENDBORG 12 - 16 COPENHAGUE
Copenhague joue sérieusement. Les passes sont appliquées et le collectif reste en place. HAMERSEN peut se permettre de laisser ANDERSEN sur le banc en fin de mi-temps.
[…]
40ème minute : 16 - 20
KASLER croise avec ANDERSEN qui dos à la cage lui fait une petite passe. Elle fait ensuite écran pour permettre à la joueuse française d’aller chercher le tir au dessus de la défense. Cela ressemble fort à une combinaison répétée à l’entraînement.
[…]
52ème minute : 21 - 26
KASLER rend la pareille à ANDERSEN en allant fixer la défense avant de lui offrir un caviar à l’entrée de la zone. La capitaine de Copenhague ne se fait pas prier pour marquer.
[…]
Fin du match : 24 - 32
 
Bilan de la rencontre :
 
Après les +6, +6, +2, +13 des quatre premières journées, le +8 de ce soir continu de conforter le goal-average.
ANDERSEN finit à nouveau meilleure marqueuse du match.
Copenhague a facilement évité le piège que représentait ce match et reste en tête du championnat avec 10 points (sur 10 possibles).
Prochain match : Copenhague - Viborg le 03/10/2007
 
Bonne soirée à tous !
 
           
            Andy était resté assis à sa place jusqu’à ce que Tero vienne le chercher. Il était à présent sur une chaise qu’avaient occupée les joueuses pendant le match. Il suivait le décrassage. Il avait assisté aux échanges entre les joueuses et les spectateurs. Solveig avait dû signer beaucoup d’autographes et Andy avait souri quand des spectateurs adverses étaient venus, armés de stylos et de papiers, demander une signature à Danielle. Il avait été presque ému en découvrant des gens qui portaient un maillot de Copenhague floqué KASLER dans le dos. Ils étaient encore un nombre très faible face aux ANDERSEN mais les petites rivières font les grands fleuves. Il ne doutait pas qu’un jour le nom de son amie serait en haut des palmarès et des ventes de maillots.
 
***
 
            Samedi soir, dans un club privé de Copenhague, alors que la musique faisait bouger les corps sur la piste de danse, une partie de l’équipe de Copenhague était installée dans des fauteuils autour d’une table basse. Solveig de sa place avait vue sur la piste de danse où Andy et Danielle évoluaient. Mise à part à l’entraînement et pour le match, elle n’avait pratiquement pas vu sa petite amie de la semaine. Dane avait passé toutes ses soirées et son temps libre avec son meilleur ami. Solveig se rendit compte qu’il était plus facile de gérer l’absence quand la personne habitait loin plutôt que quand elle vivait dans la même ville. Pendant presque un an elle avait vécu une relation à distance avec l’arrière droit de l’équipe de Lyon en gérant au mieux le manque et la frustration et aujourd’hui, alors qu’elle était devenue sa partenaire en club, elle n’arrivait pas à passer six nuits d’affilée sans elle.
            Solveig n’aimait pas non plus la pointe de jalousie qu’elle éprouvait en voyant Dane et Andy bouger ensemble en parfait accord sur la musique. Leurs corps semblaient en pleine conversation. Parfois les mains de Danielle venaient se joindre sur la nuque d’Andy pendant que celui-ci posait les siennes sur les hanches de la jeune femme.
« Si j’ignorais qu’ils sont gay tous les deux, je jurerais qu’ils sont ensemble. »
Katri venait de s’asseoir à côté de Solveig et regardait elle aussi le couple qui dansait.
« Ils bougent bien ! »
Solveig avait envie que Katri se taise. Elle retrouvait dans les mouvements de Danielle la même fluidité que quand elle jouait au handball ou quand elle faisait l’amour. A cet instant une image très dérangeante s’imposa dans l’esprit de la capitaine norvégienne : Dane et Andy en train de coucher ensemble. Ils l’avaient déjà fait et si quand Danielle le lui avait annoncé cela ne l’avait pas dérangée, son aveu, aujourd’hui, prenait tout son sens. Pour faire descendre la boule qui s’était formée dans sa gorge, elle avala la moitié de son verre.
« Vas doucement Sol, sinon tu vas rentrer à quatre pattes. »
Le conseil de Liv était bon et Solveig le savait. Elle ne tenait pas vraiment l’alcool. Elle reposa son verre au moment où les deux danseurs revenaient vers le groupe. La main d’Andy sur le bas du dos de Danielle crispa le sourire de Solveig. Il lui parla à l’oreille et partit en direction du bar.
            La musique avait ralenti et la piste se remplissait de couples enlacés. Danielle tendit la main vers Solveig.
« Tu viens danser avec moi ? »
Sveig saisit sa main et se laissa entraîner. Elle passa ses bras autour du cou de sa petite amie pendant qu’elle sentait celle de Dane prendre leur place au creux de ses reins. Retrouver le contact du corps de sa partenaire la rassura et son estomac se dénoua. Elle se pencha et vint poser un baiser juste sous l’oreille de Danielle. Cette dernière resserra son étreinte et emplit ses poumons du parfum de Solveig.
Andy qui revenait avec leurs consommations, observa attendri le couple enlacé qui semblait avoir oublié le reste du monde. Il était content pour son amie. Et les voir ainsi lui donnait la preuve que suivre son cœur parfois pouvait avoir du bon.
« Tu m’invites à danser ? »
Andy détourna son regard des deux jeunes femmes pour répondre à Katri.
      Mais avec plaisir.
 
***
 
            Les vacances étaient terminées pour Andy. Il était l’heure qu’il rentre à Lyon retrouver son bar et ses responsabilités. Andy et Danielle se trouvaient dans le Terminal 1 de l’aéroport. Il avait passé une petite semaine dans le monde de sa meilleure amie et avait été rassuré. Il espérait juste que Dane et Solveig arriveraient toujours à gérer leur relation sur et en dehors du terrain sans que ça les bouffe de l’intérieur.
           
« Tu vas pouvoir venir à Lyon un de ces quatre ? »
      Je ne sais pas. A la fin du mois, nous débutons la première phase de poule de la ligue des champions. Et je ne suis pas allée voir mes parents depuis le stage de préparation.
      Et ta mère n’a pas encore déclenché le plan ORSEC ?
      Je l’ai presque toutes les semaines au téléphone.
      Je vois. Fais au mieux.
      Promis. Tu passes le bonjour à Lyon.
      Pas de problème.
Il regarda sa montre. Il devait passer le contrôle et rejoindre sa porte d’embarquement. Il la prit dans ses bras pour lui dire au revoir et posa un baiser sur sa joue.
-          Salut Nain de Jardin.
Il tourna les talons et passa la porte coulissante. Il avait horreur des aux revoirs et des adieux. Son portable vibra dans sa poche.
 
## Rien n’est prouvé, tu as triché. ##

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Mack
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Lun 16 Mar 2015 - 0:01

DANEMARK – Retour à la routine ou pas
 
            Solveig cherchait à tâtons son téléphone portable qui n’arrêtait pas de sonner. Elle était sûre de l’avoir posé sur la table de nuit hier soir. Elle dut se résigner à ouvrir un œil et le repéra sur le sol. Comment était-il arrivé là ?
            Elle coupa l’alarme du réveil. Elle se tourna sur le dos et passa une main sur ses yeux. Elle n’avait pas beaucoup dormi cette nuit.
 
Danielle était arrivée en fin d’après midi. Elles s’étaient promenées dans la forêt derrière sa maison avec Bones. Une fois revenue chez elle, Solveig avait souri en voyant Dane faire faire des étirements au chien après ses nombreuses courses au milieu du hall. Celui-ci s’était laissé faire avec plaisir et sa maîtresse avait à nouveau été jalouse. Elle avait envie des mains de sa petite amie sur elle. Elle voulait un câlin. Elle avait besoin de sentir sa peau sur la sienne. Danielle avait relevé la tête et croisé le regard de Solveig. Il n’y avait pas d’ambiguïté dans les yeux de sa capitaine. Ses envies étaient claires. Elle se releva et alla se blottir dans ses bras.
« A ton tour. »
Danielle avait passé ses mains sous le t-shirt de Solveig et caressait sa peau. Depuis son arrivée, elle avait dû lutter pour ne pas lui sauter dessus dès la porte passée. Elle remonta plus haut pour trouver le galbe de ses seins. Solveig dut s’appuyer au mur, les jambes légèrement flageolantes. Elle retira son t-shirt et le laissa tomber sur le sol. Les lèvres de Dane sur sa peau accélérèrent son rythme cardiaque.
« Tu ne veux pas aller dans la chambre ? Sinon, on risque de faire l’amour ici car je ne vais plus pouvoir marcher. »
Danielle ouvrit le jean de Solveig et glissa sa main gauche à l’intérieur. Elle posa ses doigts sur la moiteur de sa petite amie. Sveig ne put retenir un gémissement et posa ses bras sur les épaules de Dane pour ne pas s’écrouler. L’ex-joueuse lyonnaise passa sa jambe entre celles de sa petite amie. Solveig se laissa glisser contre le mur jusqu’à s’appuyer sur la cuisse de Dane, sentant ses doigts la pénétrer. Au bord de la jouissance Sveig étouffa son cri dans le cou de Danielle avant de s’effondrer complètement contre elle et de souffler à son oreille :
« Tu m’as manquée. »
            Quand Solveig eut retrouvé une respiration plus calme, elles avaient rejoint la chambre. Par la suite, la capitaine norvégienne avait passé un long moment à promener ses mains sur le dos et les épaules de Danielle.
            La nuit était tombée depuis longtemps quand la faim les avait rappelé à des activités plus terre à terre. Danielle s’était occupée du repas et c’est assises en tailleur, sur le sol, au milieu des coussins qu’elles s’étaient sustentées. Solveig ne pouvait détacher son regard des deux premiers boutons de chemise que Dane avait oubliés d’attacher. Elle avait une jolie vue sur la naissance de ses seins et sa faim devint d’une toute autre nature.
              
            Solveig se tourna pour réveiller Danielle mais elle plongea dans deux yeux bleus bien ouverts.
« Comment tu fais ça ? »
      Quoi ?
      Etre prête à l’action dès que tu ouvres les yeux.
      Question d’habitude. Pendant des années, j’ai dû faire en sorte d’optimiser mon temps et pour dormir c’était un peu On/Off. Le réveil était réglé pour le dernier moment.
      Je comprends.
Elles avaient ensuite pris leur petit déjeuner et s’étaient préparées pour l’entraînement.
 
            Alors que Solveig entrait sur le parking, elle aperçut un groupe de journalistes devant l’entrée. Elle ne se souvenait pas qu’il y ait eu quelque chose ce matin mais ne connaissait pas non plus tout le planning du club. Danielle avait la tête penchée sur son portable, elle lisait un mail de sa petite sœur.
« Comment va tête d’ampoule ? »
      Bien. Elle veut savoir quand je rentre à Lausanne pour pouvoir me présenter à ses copines.
      Elle frime.
      Oui. Et elle précise que si je peux te mettre dans mes bagages ce serait un plus.
      Elle ne perd pas le nord.
      Jamais.
Solveig se gara et Dane, occupée à taper sa réponse, attrapa son sac de sport dans le coffre, le cala sur son épaule et prit la direction de l’entrée de l’Aréna.
            Alors qu’elles approchaient du groupe de journalistes, Solveig reconnut l’un d’entre eux et le sport n’avait rien à voir avec son domaine de prédilection. Elle se rendit compte aussi que les autres lui étaient inconnus alors qu’habituellement c’était souvent les mêmes. Elle accéléra le pas pour se mettre à la hauteur de Danielle.
« Garde la tête baissée et avance tout droit. »
      Hein ?
Ce fut le premier flash qui lui fit relever la tête et les questions se mirent à pleuvoir.
« Mademoiselle KASLER comment se nomme votre petit ami ? »
« Depuis combien de temps votre relation dure-t-elle ? »
« Mademoiselle ANDERSEN étiez-vous au courant ? »
« Comment le vivez-vous ? Est-ce un accord entre vous ? »
Tero ouvrit la porte au moment où les deux joueuses montaient les dernières marches. Il ne se priva pas pour la coller dans la figure d’un des journalistes. Elles se retrouvèrent au calme à l’intérieur.
« C’est quoi se bordel ? s’exclama Solveig. »
 
            Elles eurent la réponse une fois dans les vestiaires. Thia tendit aux deux filles un magazine people danois. Pour Danielle le texte lui était hermétique, elle ne comprenait même pas le titre. Elle se voyait juste en photo marchant dans la rue avec Andy. Elle se détourna du magazine et alla prendre sa place pour se mettre en tenue. Solveig tourna les pages et découvrit un véritable roman-photo avec Danielle et Andy dans les rôles principaux. La première les montrait tous les deux assis face à face dans un bar en pleine discussion. La deuxième avait été prise au match de mercredi, Dane était au premier plan sur sa chaise et Andy quatre rangs au dessus dans les tribunes. La troisième avait pour arrière plan la petite sirène et Dane souriait. La dernière était à l’aéroport, ils étaient dans les bras l’un de l’autre. Le titre, pas très difficile à comprendre même avec peu de vocabulaire en danois, ne laissait pas de place au doute :
« Le petit ami de Danielle KASLER en visite à Copenhague. »
Dégoûtée, Solveig ne lut pas la suite et lança le magazine sur l’un des bancs. Elle s’était préparée à devoir répondre aux questions sur sa relation avec Dane et tout ce qui allait autour mais elle n’avait pas prévu qu’ils iraient lui inventer un petit ami. Alors qu’elle se tournait vers Danielle prête à la réconforter, elle la trouva déjà en tenue prête à aller s’entraîner. Sans un mot, elle sortit des vestiaires.
« Et ben j’aurais été elle, j’aurais explosé de colère. »
      Elle est plus calme que toi Katri, fit remarquer Liv.
      J’espère juste que ce n’est pas le calme avant la tempête, conclut Solveig.
 
Pendant toute la durée de l’entraînement, Thia observa Danielle. Elle fit attention à chacune de ses réactions. Mais l’ex-joueuse lyonnaise resta fidèle à elle-même : sérieuse et appliquée. Il n’en restait pas moins que mercredi soir, elles affronteraient Viborg, une des équipes prétendantes au titre, et que Dane et le groupe ne devaient pas être parasités par ce genre de publicité.
 
Après la première séance d’entraînement de la journée, Danielle retraversa à nouveau le groupe de journalistes qui avait attendu. Les mêmes questions s’étaient faites entendre. Elle les avait encore ignorées. L’après-midi vit le même spectacle.
 


Lundi 8 octobre  2007 – 18h25
Animation devant le Copenhague Aréna
 
ANDERSEN et KASLER auront eu trois mois de tranquillité avant que la presse ne décide de se mêler de leur vie.
Un journal people danois, dont je ne citerai pas le nom car je refuse de leur faire de la publicité, vient de publier des photos de Danielle KASLER en compagnie d’un homme en affirmant qu’il était son petit ami.
Cela a entraîné un peu de remous autour du Copenhague Aréna où un groupe de journalistes et de paparazzi attendaient les deux joueuses pour les interroger. Les deux jeunes femmes n’ont fait aucun commentaire.
Dans deux jours l’équipe de Copenhague reçoit Viborg. Pour KASLER ce sera son premier match face à ce club qui a toujours une atmosphère particulière. Elle aura déjà beaucoup de pression sans que les journalistes n’en rajoutent avec sa vie personnelle.
J’espère qu’ANDERSEN et KASLER arriveront à faire la part des choses pour battre Viborg mercredi.
 
***
 
            Le portable de Danielle se mit à vibrer sur la table du salon. Elle l’attrapa ayant reconnu la photo de la maison de ses parents.
« Oui, maman. »
Elle n’avait pas eu besoin d’entendre sa voix pour savoir qui était à l’origine de cet appel. Son père lui envoyait des mails et sa petite sœur utilisait la messagerie instantanée. Elle allait se lever pour aller téléphoner dans la cuisine pour ne pas déranger Solveig qui regardait un reportage à la télé quand elle sentit une main se poser sur sa cuisse pour la retenir. Elle jeta un regard à Sveig qui lui fit comprendre qu’elle pouvait rester.
            Solveig de son côté avait parfaitement compris que si la mère de Danielle appelait c’était forcément pour parler des photos parues aujourd’hui. 
      Zoé nous a parlé des photos. Qu’est ce qui se passe ?
      C’est rien maman juste un délire de journalistes.
      Ils disent que tu as une relation avec Andy ?
      Oui c’est ça.
      Mais il n’est pas gay ?
      Si.
      Et vous avez une relation ?
      Mais non maman.
      Pourquoi alors ?
      Je ne sais pas, pour faire du sensationnel.
      Mais c’est du mensonge.
      Oui.
      Et ça ne te dérange pas ?
      Ça ne me plaît pas mais je dois faire avec.
      Faire avec ? Les gens pensent que tu es au milieu d’un ménage à trois sordide et cela ne te dérange pas ?
      Il n’y a pas de ménage à trois, maman et tu le sais.
      Moi oui mais les autres non.
Danielle avait entendu la voix de sa mère légèrement monter dans les aigües, signe qu’elle était contrariée.
      Ce que pensent les autres qui croient en ce genre de « littérature » ne m’intéresse pas.
      Tu ne pourras pas toujours faire l’autruche Danielle.
      Je ne fais pas l’autruche, maman, je laisse filer. Moins je me battrais contre eux, plus ils me laisseront rapidement tranquille.
      Tu crois que ça va se passer de cette façon ? Ils ont trouvé un nouveau sujet et c’est toi.
      Ça passera.
      Tu es bien comme ton père…
Le silence se fit sur la ligne, puis :
      Je te passe ta sœur, elle veut te parler.
Il y eu comme un froissement puis une phrase lointaine que Dane compris comme : « ne reste pas trop longtemps. »
      Salut grande sœur.
Solveig vit l’expression sur le visage de Danielle changer. Son air concentré avait laissé place à un sourire.
      Salut tête d’ampoule.
A ce surnom la capitaine norvégienne comprit qu’elle parlait à sa petite sœur.
      Ils sont complètement barrés tes journalistes danois. Te mettre à la colle avec Andy. Ils devraient se renseigner un peu avant. En tous cas vous aviez l’air de bien vous amuser. Quand est-ce que tu m’invites moi aussi ?
      On essayera de planifier ça lors de tes prochaines vacances. 
      Cool.
      Et Zoé, si tu croises d’autres photos comme celles-ci n’en parle pas à maman.
      Ok mais je pensais que ça allait les faire rire pas qu’elle allait sauter sur papa dès son retour pour lui prendre son portable.
      Je sais mais tu connais maman…
      Oui, la prochaine fois j’en parlerai qu’à papa. Lui, il a souri.
      Ok.
      Tu penses à moi pour les vacances, hein ?
      Oui. Je commencerai les négociations avec maman dès que ça se sera calmé ici.
      Ok, merci. Je te laisse, maman veut que je raccroche et que je vienne manger.
      A tantôt tête d’ampoule.
      A tantôt KASLER.
Danielle raccrocha et reposa son téléphone sur la table.
      Ça va ? demanda Solveig.
      Oui mais je crois que je préfère affronter les journalistes plutôt que ma mère.
      Elle est en colère ?
      Contrariée, je pense. Elle n’aime pas la publicité. Ma mère a toujours été partisante du « pas de vague ».
      Et là tu fais des vagues, vilaine fille.
      Et toi comment tu prends les choses. Nous n’en avons pas discuté.
      Je suis en colère.
      Contre moi ? Car je n’ai pas fait attention ?
Solveig ne put cacher sa surprise. Elle n’avait pas pensé que Dane pouvait se sentir coupable. Elle prit sa main dans la sienne.
      Non pas contre toi ! Surtout pas contre toi ! Je suis en colère contre eux car ils te mettent dans une situation peu agréable. Et je sais d’expérience que tu ne peux pas toujours te cacher d’eux. Au début, j’ai essayé de les repérer, de toujours faire attention mais c’était épuisant. Alors j’ai décidé de vivre ma vie en les ignorant la plupart du temps et en répondant à quelques interviews de temps en temps.
      Tout ça est nouveau pour moi.
      Je sais mais j’ai confiance en tes capacités pour gérer la situation.
      Merci d’avoir confiance en moi.
      C’était Andy. Tu aurais été photographiée avec Kate Beckinsale, j’aurais peut être été moins magnanime.
      Kate Beckinsale ? Je ne savais pas qu’elle te plaisait.
      Elle a du charme surtout dans Underworld.
      Dois-je comprendre que tu as un faible pour les combinaisons en cuir ?
      Seulement sur les vampires.
      Ok, c’est bon à savoir.
Solveig préférait voir Danielle détendue comme à cet instant où elle souriait.
      Au fait comment Zoé prend la chose ?
      Avec beaucoup d’humour. Mon père aussi il semblerait. Elle veut que je lui arrange des vacances ici à présent. Elle est jalouse d’Andy, je crois.
      Andy est sujet à toutes les convoitises. J’aime bien ta petite sœur elle a une bonne manière de relativiser les choses.
      Oui. Elle a encore sa part d’insouciance. Et c’est rafraîchissant.
      Et pour ses vacances ?
      Je vais convaincre maman.
      Elle te manque, n’est ce pas.
      Oui.
Solveig attira Danielle dans ses bras. Elle savait ce que ressentait sa petite amie. Elle avait éprouvé le même sentiment quand elle avait quitté la Norvège pour le Danemark. Même avec la force de l’habitude, le mal du pays était toujours présent.
 
***
 
            Pendant les deux jours qui suivirent, d’autres photos de Danielle et Andy vinrent garnir les pages des magazines People. Toutes leurs sorties et rencontres devaient à présent être répertoriées et illustrées. 
 
***
 


Mercredi 10 octobre  2007 – 19h30
J06 / Copenhague - Viborg
 
Premier choc de cette saison. Viborg battu lors de la 2ème journée par Vejen est à 2 points de Copenhague. Une victoire ce soir leur permettrait de recoller aux points. Pour Copenhague c’est l’occasion de faire le break. C’était en tout cas le discours de Thia HAMERSEN ce matin dans la presse sportive.
La presse people a quant à elle continué de faire paraître des photos de Danielle KASLER en compagnie de cet homme présenté comme son petit ami. Au cours de la conférence de presse de début de saison KASLER avait dit, je cite :
« Je ne peux pas empêcher les gens de parler mais la meilleure réponse que je pourrais leur donner sera sur le terrain. En leur prouvant que j’ai ma place. »
Il va falloir qu’elle prouve aussi qu’elle peut gérer la pression extérieure au terrain.
Le comportement d’ANDERSEN va aussi être intéressant à suivre.
 
            Solveig se tenait au milieu du groupe, elle aimait ces moments d’avant match où elle devait trouver les bons mots pour mettre tout le monde dans le sens de la victoire.
« Il ne faut pas qu’on les laisse s’installer dans le match. Elles ne doivent pas prendre confiance. C’est notre premier vrai test. Une bonne préparation pour la Ligue des Champions. Mais on ne se disperse pas. Un match à la fois. Sérieuses les filles. »
Elle frappa dans ses mains et ses coéquipières firent de même avant de se claquer dans les mains les unes des autres.
 
Position des équipes au début du match :

 
Lotta SHELING commence au poste d’arrière droit KASLER aura le temps d’observer sur le banc.
[…]
11ème minute : 04 - 04
Gros match des deux défenses, les gardiennes sont chaudes.
 
12ème minute : 04 - 04
SHELING semble blessée à la cheville. Elle rejoint le banc en boitant bas. KASLER prend tout de suite sa place.
 
13ème minute : 05 - 04
KASLER monte au tir et se fait renvoyer durement dans son camp. Trop durement, jet franc. ANDERSEN joue en appui sur KASLER, tout le monde s’attend à un redoublement de passe et la défense centrale se décale du côté d’ANDERSEN mais KASLER feinte la passe et s’appuie sur son adversaire pour tourner et déclencher son tir. But !
[…]
29ème minute : 15 - 14
KASLER est à nouveau envoyée au sol. Depuis qu’elle a remplacé SHELING, elle est la joueuse sur laquelle  il y a eu le plus de fautes.
 
C’est la mi-temps : COPENHAGUE 15 - 14 VIBORG
Copenhague garde son but d’avance à la mi-temps. Elles font la course en tête depuis la première minute mais n’arrivent pas à creuser l’écart. Viborg met beaucoup d’intensité physique dans les duels et KASLER en fait les frais. Elle prend beaucoup de coups et après la blessure de SHELING j’espère qu’elle va pouvoir tenir toute la deuxième mi-temps.
           
            En rentrant dans les vestiaires, Solveig avait envie de taper sur quelque chose à défaut de quelqu’un. Elle tordait sa serviette dans tous les sens pour essayer de se calmer.
            Thia avait déjà commencé son discours tactique pour la deuxième mi-temps. Le choix d’une défense 5-1 avait été décidé. Linda et Mia se partagerait le poste devant la défense et Solveig assurerait la coordination dans l’axe. Thia se tourna vers Danielle.
« Ça va tu tiens le choc ? »
      Ça va.
      Elles ne te font pas de cadeau. Tu les as déjà rencontrées ?
      Non c’est une première. Un peu physique la première mais c’est gérable.
      Gérable ?!
Solveig avait réagi en lui faisant face.
      Tu trouves ça gérable ? Ta pommette est déjà en train de virer au bleu. Tu leur sers de punching-ball.
      Sveig calme toi. C’est bon.
      Que je me calme j’ai qu’une envie c’est leur rentrer dedans.
Danielle voyait les mains de Solveig se serrer et se desserrer.
      Et elles auront gagné.
      Quoi ?
Dane posa ses mains sur celles de Sveig.
      Elles ne trouvent pas de point faible dans ton jeu pour te contrer et t’empêcher de jouer. Ton seul point faible c’est moi. Elles jouent sur le côté affectif en se disant que si elles me malmènent moi, elles te feront déjouer. Et elles sont sur le point d’y arriver.
      Et tu voudrais que je fasse comme si de rien était ?
      Oui. C’est le meilleur service que tu pourras me rendre. Depuis le début de la saison toutes les équipes que nous avons rencontrées ont essayé cette tactique. Si tu montres que ça ne t’empêche pas de jouer correctement, elles laisseront tomber.
      Tu en es sûre ?
      Oui.
      Traite-moi comme n’importe quelle joueuse de l’équipe. Je ne sais pas pense que je suis Katri.
      Oh oui capt’aine, pense à moi comme tu penses à Dane. J’en rêve depuis le début.
      Katri ! Ce n’est pas le moment.
      Mais si c’est le moment. Dane vient de mettre le doigt sur ce qui risque de pourrir ta saison.
      Merci Katri d’avoir reformulé mes propos.
      A ton service, Nain de jardin.
      Hey ! ça c’est entre Andy et moi.
      Plus maintenant, répondit l’ailière gauche en tirant la langue.
      Elles ont toutes les deux raison Sol, intervint Liv. Tu dois juste penser à jouer.
      Ok. J’ai compris. J’aurai tout de même le droit de te soigner après ?
      Bien sûr. Et même plutôt deux fois qu’une.
      Ok les filles. On se reconcentre. Dane il va falloir que tu tiennes toute la deuxième mi-temps. Lotta est out. Si jamais ça ne va pas Linnea tournera avec toi.
      Ok.
      On les laisse derrière au score et on essaie de prendre de l’avance au plus vite. On est patiente. Pas de précipitation dans les attaques placées. Sur les contre-attaques, on est explosives.
Toutes se tapèrent dans la main avant de sortir des vestiaires et de rejoindre le terrain.
 
Le match reprend, SHLEING souffrirait d’une entorse externe de la cheville droite. Des examens complémentaires seront réalisés demain pour connaître la durée d’indisponibilité de la joueuse.
[…]
38ème minute : 19 – 17
KASLER retourne au contact dans la défense de Viborg avant de servir KATRI sur l’aile qui trompe la gardienne d’un tir au premier poteau et donne deux buts d’avance à Copenhague.
[…]
45ème minute : 23 – 22
Jet de 7m pour Viborg suite à une défense en zone de KASLER mais c’est le genre d’action où l’on ne sait pas si c’est l’attaquant qui s’appuie sur le défenseur ou bien le défenseur qui emmène l’attaquant. Les arbitres ont jugé que la faute était de la joueuse française, faisons confiance à leur jugement.  
 […]
58ème minute : 29 - 29
Viborg égalise à deux minutes de la fin.
 
59ème minute : 30 – 29
Le ballon circule vite, les joueuses de Copenhague bougent beaucoup. Les arbitres lèvent le bras, signalent le refus de jeu. ANDERSEN prend ses responsabilités et va au tir. Pleine lucarne. Copenhague repasse devant.
 
59ème minute : 31 - 29
Viborg doit se dépêcher si elles veulent égaliser. Copenhague est en défense 5-1. BLANKAERT en poste avancé essaie de perturber la transmission du ballon. Son travail est payant car KASLER intercepte et sert justement BLANKAERT en contre-attaque qui s’en va tromper la gardienne adverse d’un lob osé.
 
[…]
Fin du match : 31 – 29
 
Bilan de la rencontre :
 
Les joueuses de Copenhague ont rempli leur contrat en battant une équipe prétendante au titre. Le match n’a pas été simple mais elles ont su trouver les ressources physiques et mentales pour reprendre l’avantage à deux minutes de la fin.
ANDERSEN et KASLER ont montré que les articles parus dans la presse cette semaine ne les avaient pas perturbées dans leur préparation.
 Copenhague prend 4 points d’avance sur Viborg et reste invaincu.
Prochain match : Copenhague - Aalborg le 10/10/2007
 
Bonne soirée à tous !
 
 
***
           
Le lendemain après le décrassage de l'après midi, Danielle se tenait sur la troisième rangée des tribunes face aux bancs des remplaçants. Sur le parquet en face d'elle, une sélection de journalistes. La veille après le match, Danielle avait demandé à la responsable communication du club d'arranger une conférence de presse. Tous ceux qui avaient campés devant l'Aréna depuis lundi étaient là.
« Bonjour Mesdames et Messieurs de la presse. Merci d’être venus et désolée pour l’invitation tardive mais je pensais vous éviter une autre longue attente dehors. Si je vous ai demandé de venir c’est pour mettre certaines choses au clair. L’homme que l’on voit sur l’ensemble des photos publiées s’appelle Andy. C’est mon meilleur ami. Nous nous connaissons depuis dix ans. Nous nous sommes rencontrés au lycée international de Lyon. Il est le propriétaire et le gérant d’un bar nommé « Etat d’Esprit ». Mais les informations les plus importantes pour vous sont qu’Andy est gay et que je suis lesbienne. Et qu’il n’y a rien entre nous à part une forte amitié. Dans ma vie sentimentale, il n’y a que Solveig ANDERSEN. Voilà. »
Le premier journaliste à dégainer sa question fut un homme grand et maigre.
      Mademoiselle KASLER, pourquoi refusez-vous de nous parler de votre vie privée ?
      La réponse est dans votre question : car elle est privée. Je ne vous demande pas comment se passe vos relations.
      Je ne suis pas une star du hand.
      Moi non plus.
Toute la petite assemblée rigola.
      Vous jouez avec les mots Mademoiselle KALSER.
      Ça c’est votre métier.
Solveig qui avait suivit la déclaration et le début de l’interview du haut des tribunes à l’abri des regards, descendit pour rejoindre sa petite amie. Elle prit place à côté d’elle et posa sa main sur son genou.
      Bonjour à tous. Vous ne m’en voudrez pas de prendre part à cette interview vu que je suis aussi concernée par vos questions.
Elle sourit à Dane comme pour lui dire : ne t’inquiète pas, je prends les choses en mains. Elle avait laissé le temps à Danielle de choisir comment elle voulait se comporter face à cette histoire et aux journalistes. Elle lui avait promis de se charger de la communication avec la presse au sujet de leur vie privée et ça commençait aujourd’hui.
      Ce que nous pouvons vous dire c’est que notre relation est très simple et ressemble à beaucoup d’autres.
      Pourquoi vous n’habitez pas ensemble ?
      Nous prenons le temps de nous découvrir avant d’emménager ensemble.
      Les lesbiennes ne sont pas sensées tout faire très vite.
      Il va falloir revoir vos clichés sur les lesbiennes, monsieur. Nous avons juste envie de faire les choses dans l’ordre.
      Mademoiselle ANDERSEN avez-vous rencontré Andy ?
      Bien sûr ! C’est le meilleur ami de Dane. Il est normal que je le connaisse.
      Pourquoi ne vous voit-on pas avec eux sur les photos ?
      Tout simplement parce que je les ai laissé tous les deux. Ils ne s’étaient pas vus depuis longtemps et avaient plein de choses à se raconter.
      Vous n’êtes pas jalouse ?
      D’Andy ? Non. C’est un homme charmant et très drôle. Et si votre photographe avait été là dès le jour de son arrivée, vous auriez pu vous rendre compte que j’étais avec eux.
      Quels sont vos projets ?
      Continuer comme ça. Le rythme semble bon. Sur ce, nous allons vous abandonner car nous avons d’autres engagements à honorer. Bonne fin de journée.
Solveig se leva et entraîna Danielle à sa suite. Elles descendirent les quelques marches et traversèrent le groupe avant de sortir et de rejoindre le parking.
      Ton sac est déjà dans mon coffre de voiture.
      Ok. Merci d’être venue.
      Je n’allais pas te laisser toute seule surtout quand ça nous concerne toutes les deux.
Elles s’installèrent dans la voiture, Solveig mit le contact et prit la direction de chez elle. Au feu rouge au bout de la rue, elle se tourna vers Dane.
      Tu peux desserrer les poings c’est terminé.
Danielle sembla se rendre compte qu’elle avait les mains fermées. Elle les ouvrit, allant jusqu’à tendre les doigts au maximum.
      Désolée.
      Tu vas t’habituer. Ne t’en fais pas.
Danielle tourna la tête vers les maisons qui défilaient et expira un grand coup. La main de Solveig sur sa cuisse la rassurait et arrivait presque à lui faire croire qu’un jour elle serait à l’aise en conférence de presse.

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Dernière édition par Mack le Dim 22 Mar 2015 - 21:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Lun 16 Mar 2015 - 0:02

EUROPE – Coupe et coupe et Ratatam
 


Mardi 23 octobre  2007 – 12h15
Calendrier
 
A partir de demain, les joueuses de Copenhague vont entamer un vrai marathon. Elles vont devoir jouer 8 matchs en 25 jours. Ce qui fait 1 match tous les 3 jours. Sans compter les déplacements.
Thia HAMERSEN a fait part de ses craintes, au micro de TV2, au sujet des blessures dues à l’accumulation des matchs et des déplacements. Le changement de formule de la ligue des champions, qui se déroule à présent sous forme de deux phases de poule a considérablement augmenté le nombre de rencontres. Il faut rajouter à cela la NORDEA CUP, dont Copenhague est tenante du titre. Heureusement grâce à leur victoire la saison dernière, elles ont été exemptées des 1/8ème de finale, sinon elles auraient dû commencer leur rythme de folie à partir du match contre Aalborg il y a une semaine.
Lotta SHELING est toujours à l’infirmerie et ne devrait reprendre l’entraînement avec le groupe que dans deux semaines si tout va bien. Elle manquera le déplacement à NUREMBERG pour l’ouverture de la Ligue des Champions mais devrait être présente peut-être pour BELGRADE ou le match retour contre SÄVEHOF. En attendant, Danielle KASLER va devoir assurer une grande partie du temps de jeu.
 
Le planning pour les 25 jours à venir :
Mer 24 Oct : Ikast – Copenhague (Championnat)
Dim 28 Oct : Nuremberg (All)- Copenhague (Ligue des Champions)
Jeu01 Nov : Copenhague – Sävehof  (Sue) (Ligue des Champions)
Mar 06 Nov : Copenhague – Horsens (Championnat)
Sam 10 Nov : Copenhague – Belgrade (Ser) (Ligue des Champions)
Mar 13 Nov : 1/4 de finale de la Nordea Cup (tirage non effectué)
Sam 17 Nov : Sävehof  (Sue) – Copenhague (Ligue des Champions)
Ven 23 Nov : Esbjerg – Copenhague (Championnat)
 
***
 
            Plusieurs journalistes les attendaient à la sortie de l’aéroport de Nuremberg. Sabine ENGLERT attira une partie de ceux-ci et elle fut interviewée par de nombreuses télés allemandes. Les autres étaient là pour Solveig ANDERSEN et Danielle KASLER.
Personne n’avait encore réussi à les prendre en photo dans un moment d’intimité. Les seules images qui avaient pu être capturées étaient le baiser dans les tribunes du palais omnisport de Paris Bercy en France, pris par une étudiante en journalisme, la scène où ANDERSEN essuyait les traces de sang dans le cou de KASLER et la main de la capitaine norvégienne sur la cuisse de sa coéquipière lors de la petite conférence de presse 15 jours plus tôt.
Alors qu’elles montaient dans le car pour rejoindre leur hôtel, rien dans le comportement des deux joueuses ne laissait à penser qu’elles étaient en couple. Elles ne cherchaient pas à se toucher constamment et n’étaient même pas l’une à côté de l’autre. Certains journalistes commençaient à se demander si l’annonce de leur relation n’était pas en fait un gros coup de pub.
 
***
 
            Arrivées à l’hôtel la répartition fut à peu près la même qu’à Zermatt. Les chambres disposaient chacune de deux lits simples. Katri n’avait pu retenir un :
« Ah ben comme ça, vous ne ferez pas de folies de vos corps. Mais soyez sages dans la douche tout de même… »
            Danielle posa ses deux sacs au pied du lit près de la fenêtre.
« Tu sais que ça me fait toujours bizarre. »
      Quoi donc Sveig ?
      De dormir dans la même chambre que toi mais pas dans le même lit.
      Dis-toi que c’est comme quand je rentre dormir chez moi.
      Tu ne dors pas à trois mètres de moi quand tu rentres chez toi.
      C’est un fait mais quand nous sommes en déplacement je préfère que ça se passe comme ça.
Solveig s’assit sur le lit en face de Danielle.
      Pourquoi ?
      Parce que c’est plus simple à gérer pour moi.
      Je ne comprends pas.
      J’ai besoin que chaque chose reste à sa place. Le hand est une chose, notre relation en est une autre.
      Ok. Je comprends mais j’ai besoin d’interactions avec toi. Tout le temps. Je ne veux pas te forcer à faire des choses avec lesquelles tu n’es pas à l’aise. Je te laisserai du temps mais sache que c’est important pour moi. Tu comprends ?
      Oui. Je vais essayer.
      Merci.
Solveig posa sa main sur le genou de Danielle.
      Nous ferions mieux de rejoindre les autres sinon Katri va encore croire que nous faisons des folies de nos corps.
      Tu as raison. Evitons de lui donner des sujets de railleries.
 
***
 


Dimanche 28 octobre  2007 – 18h00
LC 1ère Phase de Poule / Nuremberg - Copenhague
 
Ouverture de la Ligue des Champions (LC) pour la saison 2007-2008. Cette première phase est composée de 4 poules de 4 équipes. Copenhague se trouve dans la poule B qui compte en plus de Nuremberg, les Serbes de Belgrade et les Suédoises de Sävehof. Sous la forme d’un mini championnat en match aller-retour, les joueuses vont avoir 6 matchs minimum pour découvrir la plus haute compétition européenne par club.
Dans l’effectif de Copenhague, les deux seules joueuses à avoir déjà connu la Ligue des Champions sont Liv ARLENSEN et Solveig ANDERSEN alors qu’elles évoluaient à Larvik.
Nuremberg par contre joue sa deuxième saison en Ligue des Champions. L’année dernière, elles avaient atteint les quarts de finale.
 
Point sur les effectifs : Copenhague est presque au complet car il ne lui manque que SHELING. Cette absence va demander à KASLER de tenir les deux fois 30 minutes. Renseignement pris, elle le faisait déjà quand elle jouait à Lyon mais c’était dans le championnat français et en coupe EHF. Aujourd’hui nous sommes dans la cour des grands.
 
            Dans les vestiaires, toute l’équipe était prête à aller s’échauffer. Solveig regardait Danielle enfiler son maillot. Elle avait remarqué que sa coéquipière avait toujours le même rituel d’avant match. Elle sortait ses affaires de son sac, commençait par mettre son short, puis ses chaussettes, ses baskets, faisait ses lacets et enfin en dernier enfilait son maillot. Solveig aimait voir ce maillot sur les épaules de sa petite amie et elle devait reconnaître qu’elle la préférait en rouge. Peut-être parce que dans ses rêves les plus fous, elle s’imaginait évoluant toutes les deux sous le maillot norvégien. Mais Dane était française et au mieux, elles pourraient être adversaires. Comme elle avait aimé d’un seul coup le numéro 16, elle appréciait aujourd’hui le numéro 5.
« Tu n’es pas trop nerveuse pour tes débuts en Ligue des Champions ? »
      Non, je suis impatiente que le match commence, répondit Danielle.
Solveig sourit devant la réponse. Dane attendait toujours le début des matchs avec envie. Elle voulait en découdre le plus rapidement possible. Elle aimait le jeu pour le jeu et pas tout le tralala d’avant match.
 
C’est la mi-temps : NUREMBERG 12 - 10 COPENHAGUE
Grosse intensité physique propre au jeu des Allemandes. Les impacts sont rudes et font mal.
Copenhague est mené de 2 buts. Il va falloir encore accélérer le jeu ou bien être encore plus rugueux en défense mais je ne sais pas si les joueuses danoises vont pouvoir tenir ce rythme encore 30 minutes.
[…]
59ème minute : 27 - 28
Arrêt décisif d’ARLENSEN du pied, le ballon sort de la zone. KASLER à la lutte pour récupérer la balle. Elle s’en saisit. Un regard vers l’avant et une passe longue en direction d’ANDERSEN. Cette dernière oblique sa trajectoire de course pour croiser celle du ballon plein axe. Impulsion feinte basse pour tir haut. Copenhague prend l’avantage à 4 secondes de la fin.
[…]
Fin du match : 27 - 28
Bilan de la rencontre :
Enorme débauche d’énergie entre les deux équipes. Copenhague sort vainqueur de l’affrontement mais ce match va sûrement laisser des traces.
Copenhague empoche ses 2 premiers points en Ligue des Champions.
ARLENSEN, KASLER et ANDERSEN ont joué la totalité de la partie. ANDERSEN finit à nouveau meilleure marqueuse et KASLER commence à affoler les stats au niveau des passes décisives. 
 
Prochain match : Copenhague – Sävehof (SUE) le 01/11/2007
 
Bonne soirée à tous !
 
***
 
            Danielle laissait couler l’eau chaude sur sa nuque et faisait rouler ses épaules. C’était surtout la gauche qui lui faisait mal. Elle sentait une tension à la base du trapèze.
            Solveig, deux douches plus loin, la regardait faire. A chaque fois qu’elle la voyait abandonner son corps nu aux gouttes d’eau chaude, une envie irrépressible de poser les mains sur elle se réveillait. Leurs douches à deux chez l’une ou chez l’autre avaient du mal à finir sans un câlin pas très sage.
            A cet instant, il n’y avait qu’elles dans les douches, si bien que Solveig fit les quelques pas qui les séparaient. Elle posa ses mains sur les épaules que sa petite amie essayait de détendre. Elle fut étonnée de sentir Dane sursauter au contact.
« Désolée, je ne voulais pas te faire peur. »
      C’est rien, j’étais ailleurs.
      Où ?
      Rien de précis simplement pas là.
Danielle sembla se rendre compte des gestes de Solveig sur ses épaules et sur son dos.
      Qu’est ce que tu fais ?
      Rien de spécial.
      Je n’appelle pas ça rien de spécial.
      Tu aimes ?
      Pas vraiment.
Solveig stoppa son geste et recula d’un pas.
      Oh alors désolée.
      Sveig attend. Je ne me sens pas à l’aise de faire ça ici, pas avec toute l’équipe dans la pièce à côté.
      Je ne comptais pas te faire l’amour ici.
      Je sais mais rien que les caresses que tu me faisais, je trouve cela déjà très intime. Et...
      Ok mais c’était juste pour te détendre.
      C’est gentil mais tes mains sur moi avec l’adrénaline du match, cela ne me détend pas vraiment, au contraire.
      Ok. Je le saurai pour la prochaine fois.
      Tu es fâchée ?
      Non.
Solveig attrapa sa serviette et sortit des douches. Danielle avait bien senti qu’elle l’avait contrariée.
 
***
 
            Dans leur chambre d’hôtel, Solveig attendait allongée sur son lit que Danielle revienne des soins. Elle était partagée entre plusieurs sentiments. Elle ne savait pas si elle était en colère contre Dane de l’avoir repoussée, déçue qu’elle ne soit pas plus expressive, triste de ne pas être sur la même longueur d’onde.
            Elle n’avait pas encore décidé de son humeur quand elle entendit le clic de déverrouillage de la porte de leur chambre.
            Danielle appréhendait un petit peu. Même si Sveig lui avait affirmé qu’elle n’était pas fâchée, elle ne l’avait pas crue. Pour preuve Solveig n’avait pas son sourire habituel. Elle ne connaissait pas le côté ombrageux de sa petite amie. Elle l’avait vue rageuse et remontée au cours de certains matchs mais jamais en colère. Pas contre elle en tous les cas. Et ce soir, elle sentait couver quelque chose. La confirmation vint rapidement au ton de sa voix.
« Comment tu vas ? »
Elle parlait les dents légèrement serrées, ses intonations étaient plus nasales, son accent norvégien ressortait et la froideur dans sa voix était saisissante.
      Oui ça va. Tero m’a massée pour décontracter mes muscles.
      Contente de voir que quelqu’un peut te toucher.
      Tu me fais une crise de jalousie ou un caprice de petite fille ?
      Coche la case que tu veux.
Solveig se leva d’un coup de rein et partit dans la salle de bains. Danielle se contracta pour prévenir le claquement de porte mais Solveig avait encore assez de maîtrise. Dane resta debout au milieu de la chambre essayant de comprendre ce qui venait de se passer.
            Son portable sonna à ce moment là. La musique était celle du numéro de son père. Elle n’avait aucune envie de parler à sa mère et n’était pas en état de subir l’enthousiasme de sa petite sœur. Elle laissa sonner jusqu’à ce que l’appel bascule sur sa messagerie. Elle entendait l’eau du lavabo couler. Elle inspira un grand coup et entra à son tour dans la salle de bains.
            Solveig était penchée au dessus du lavabo et se passait de l’eau sur le visage. Elle releva la tête et ses yeux légèrement rougis bloquèrent tous les mots dans la gorge de Danielle. Elle s’avança jusqu’à toucher sa joue.
« Qu’est ce qui t’arrive ? »
Le silence de Solveig l’inquiéta.
« Je ne veux pas répondre à ce QCM. »
Danielle passa les mains sous le t-shirt de Solveig et le lui ota. Son jean suivit le même chemin vite rejoint par ses sous-vêtements. En une fraction de seconde les vêtements de Dane n’étaient qu’un tas sur le sol de la salle de bains. Elle prit la main de Sveig et la conduisit dans la cabine de douche.
« Qu’est ce que tu fais ? »
      Je donne raison à Katri.
Le jet puissant vint frapper leur peau. Leurs corps étaient déjà collés l’un à l’autre. Leurs lèvres avaient commencé un ballet que rien ne semblait pouvoir arrêter. Danielle poussa Solveig contre le mur et laissa descendre sa bouche le long de son cou, entre ses seins avant de les embrasser chacun à leur tour, de jouer avec sa langue sur leurs pointes dressées, faisant une pause plus bas sur son nombril, avant de s’agenouiller et de goûter à l’intimité de sa petite amie.
            Solveig une main dans les cheveux de Danielle pour l’encourager à continuer, l’autre plaquée contre le mur pour garder l’équilibre essayait de reprendre son souffle et de contenir le plaisir qui se diffusait dans ses reins. Elle voulait encore être en colère contre sa petite amie mais à cet instant elle était incapable de la repousser. Dane avait pris le contrôle sur son corps. Les mouvements de sa langue étaient précis et il ne faudrait pas attendre longtemps avant qu’elle ne bascule. Solveig était sur le point de rendre les armes et de se laisser aller à la jouissance quand Dane releva la tête.
« Pourquoi tu t’arrêtes ?! »
Il y avait de l’urgence dans la voix de la capitaine norvégienne. Le petit sourire espiègle de Danielle ne faisait pas de doute sur ses intentions. Elle reposa ses lèvres et sa langue sur le clitoris de sa petite amie et ne s’arrêta pas avant de l’entendre gémir et de sentir sa main se crisper à l’arrière de sa tête.
            Le souffle rapide et les jambes en coton, Solveig se laissa glisser le long de la paroi pour rejoindre Danielle.
« Tu es vraiment incroyable. »
Solveig passa son pouce sur les lèvres de Dane. Ces mêmes lèvres qui venaient de lui donner du plaisir. L’eau coulait toujours sur elles, la salle de bains était remplie de vapeur mais elles ne voulaient pas bouger. Assises au fond du grand bac à douche, elles se caressaient doucement.
« Tu as donné raison à Katri. »
      Nous ne sommes pas obligées de lui dire.
 
            Ce soir là au repas, aucun membre de l’équipe et du staff ne se rendit compte que les deux joueuses avaient eu leur première dispute mais Katri émit l’hypothèse qu’elles avaient fait autre chose que se reposer dans leur chambre. Pour preuve, les yeux brillants de Solveig et le sourire de Danielle.
 
***

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Dim 22 Mar 2015 - 21:15

EUROPE - Surcharge et dérapage
 
 


Dimanche 11 Novembre  2007 – 21h00
Bilan
 
Les joueuses de Copenhague ont déjà joué 5 matchs sur 8. Petit rappel des résultats :
 
Ikast               25 – 29    Copenhague 
Nuremberg     27 – 28    Copenhague
Copenhague  36 – 30    Sävehof 
Copenhague  37 – 32    Horsens
Copenhague  36 – 31    Belgrade
 
Cinq victoires dont 3 en Ligue des Champions.
Le groupe tient le choc physiquement malgré la répétition des matchs. Thia HAMERSEN a pu se permettre de laisser ANDERSEN et ARLENSEN sur le banc en deuxième mi-temps de plusieurs matchs pour laisser du temps de jeu à SNORROEGGEN et ENGLERT. Par contre KASLER a dû tenir sa place pendant presque toute la durée des rencontres. Certaines rotations se sont faites avec TORSTENSON pour lui permettre de souffler un peu mais la joueuse Suédoise est beaucoup moins à l’aise sur le côté droit que sur le côté gauche.
Mardi 13 Novembre, elles affronteront en 1/4 de finale de la Nordea Cup ARHUS actuellement dernière du championnat qui a éliminé HORSENS au tour précédent. Après 3 matchs à domicile, elles vont enchaîner 3 matchs à l’extérieur dont un déplacement en Suède dans la banlieue de Göteborg.
 
Date de la Nordea Cup :
1/2 finale : le vendredi 30 novembre
Finale : le vendredi 7 décembre
***
 
Thia était assise à son bureau qui comme le foyer surplombait le terrain. Avant chaque entraînement ou décrassage, elle attendait là que les joueuses arrivent en tenue. Elle les laissait gérer leur arrivée et cela leur permettait de venir s’entretenir avec leur entraîneur si besoin était. Elle aimait ce moment de calme avant l’agitation de l’entraînement.
Quelqu’un frappa à la porte.
« Entrez ! »
            Danielle avança dans la pièce. Thia remarqua tout de suite qu’elle se tenait très droite.
« Qu’est ce qui t’arrive ? »
      J’ai besoin de voir Tero.
      Tu es complètement coincée ?
      Ça se voit tant que ça ?
      Tu as l’air d’un piquet.
      C’est un peu ça.
      Dos et épaules ?
      Oui.
      Ok. File voir Tero.
Danielle fit demi-tour et sortit. Thia la regarda marcher et se dit que son kiné allait avoir du boulot. Elle espérait qu’il arriverait à quelque chose sinon le poste d’arrière droit allait être vide dans deux jours.
 
            Ce fut au tour de Tero de reconnaître les signes des problèmes musculaires de Danielle.
« Qu’est ce que tu as fait encore. »
      Je n’en sais rien. Je me suis réveillée comme ça.
      Avec Solveig ? demanda Tero d’un ton moqueur.
      Non j’ai dormi toute seule.
      Ok. Trêve de plaisanterie. Enlève ton pull et ton t-shirt je vais voir l’étendue des dégâts
 
Solveig regardait l’horloge du panneau d’affichage et s’inquiétait de la non présence de Danielle. Thia venait d’arriver sur le terrain ce qui mettait sa petite amie officiellement en retard.
« Bonjour à toutes. Vu que Dane est entre les mains de Tero pour un bon petit moment je pense, nous allons commencer sans elle. » 
Solveig ne pu cacher sa surprise. Danielle ne lui avait pas parlé de blessure. Il faut dire qu’elle avait choisi de dormir chez elle la nuit dernière et qu’elles ne s’étaient pas parlées depuis l’après match.
 
            De son côté, Tero se bagarrait pour remettre la première côte de Danielle en place. Celle-ci, légèrement décalée, lui bloquait l’épaule gauche et les cervicales et par ricochet lui provoquait une bonne contracture dorsale. Après avoir essayé, toutes les méthodes connues sans avoir à lui briser les cervicales, il abdiqua. Les tensions musculaires étaient trop grandes pour permettre à quoi que ce soit de bouger. La seule solution était de lui faire ingérer un décontractant. Il l’aurait fait sans hésiter avec n’importe quelle autre joueuse mais Danielle et sa réaction aux médicaments lui faisait peser le pour et le contre.
« Je suis désolée Dane mais il va falloir que je te shoote. Tu es bien trop tendue pour que j’arrive à quelque chose. »
      Si tu penses que c’est obligatoire vas-y.
      Je vais faire en sorte de le doser au mieux pour que tu ne sois pas dans les choux trop longtemps il y a un match dans deux jours il ne faudrait pas que tu sois encore à la rue.
      Ça serait sympa oui.
Danielle avala les cachets que Tero lui proposait. Moins de trente minutes plus tard, elle était à la limite de la conscience. Le kiné la manipula avec enfin plus de facilité. Le petit clac significatif lui permit de contrôler que la côte récalcitrante était revenue à sa place. Il en profita pour faire une revue complète de son dos, ses épaules et sa nuque. Il fallait qu’il évite au maximum d’avoir recours à ce genre de pratique pour la soigner car il était toujours long et délicat d’éliminer de son organisme les traces de médicament. Leur calendrier étant bien chargé, elle n’aurait pas le temps de bien se reposer avant le prochain match.
            Une fois son travail terminé, il la couvrit avec une couette pour qu’elle n’ait pas froid. Si en plus elle attrapait un rhume il allait se faire souffler dans les bronches par Thia. Elle marmonnait des trucs en français que Tero ne comprenait pas. Il contrôla le rythme cardiaque de Danielle avant de rejoindre Thia sur le terrain.
            Les joueuses en étaient à la phase d’étirements, l’entraînement n’allait pas tarder à se terminer.   
« Alors ? demanda Thia. »
      Première côte de déplacée, j’ai dû lui filer un décontractant pour pouvoir la manipuler. C’était tout bloqué. Elle dort en ce moment.
      Tu penses qu’elle sera apte pour le quart ?
      Je pourrais te le confirmer demain matin.
      Ok. Elle va dormir longtemps ?
      Je n’espère pas sinon ça veut dire qu’elle est vraiment très réactive aux médicaments.
Thia annonça la fin de la séance. Solveig vint tout de suite aux nouvelles ?
      Comment va Dane ?
      Elle dort.
      Elle dort ?
      Tero a dû la shooter un peu.
      Ho !
      Tu peux aller la rejoindre je suis sûre que ça la rassurera de te sentir près d’elle.
      J’y vais. 
 
            Solveig trouva Dane toujours sous sa couette. C’était la deuxième fois qu’elle la voyait ainsi : fragile et vulnérable. Elle souleva la couverture pour attraper sa main. Elle vit les traces rouge sur sa peau que les pressions nécessaires de Tero avaient laissées. Elle caressa doucement sa paume avec son pouce.
« T’es là ? »
Ca n’avait été qu’un murmure mais Solveig sourit.
      Oui je suis là.
      C’était bien ?
      Un décrassage habituel mais tu m’as manquée.
      Toi aussi.
      Je me suis inquiétée.
      Fallait pas. Ce n’est pas la première fois.
      Pour moi ça l’est. Je ne t’ai jamais vu blessée comme ça.
      Tu ne m’as pas blessée.
      Non.
Solveig fronça les sourcils, elle n’avait pas bien compris le sens de la phrase de Danielle mais cette dernière parlait en français et avait encore les yeux fermés.
      Comment tu te sens ?
      Ca fait encore un peu mal.
      Tu iras mieux dans quelques temps
      Oui c’est ce qu’il se dit.
      Tu en doutes ?
      Non, je me suis bien relevée quand je me suis cognée contre le poteau.
      Quel poteau ?
      Tu sais bien en finale.
      Tu ne t’es pas cognée pour la finale.
      Mais si. Dane semblait s’agacer. Tu étais là, je me suis cognée en sauvant sur la ligne.
      Au foot ?
      Ben oui au foot.
      Oh. Et laquelle de finale ?
      Tu as oublié celle où je t’ai battue en challenge de France ?
Solveig comprit que Danielle parlait à quelqu’un d’autre qu’elle. Elle hésitait à trouver ça drôle ou non. Elle prit le parti de continuer pour voir ce qu’elle avait à raconter.
      Je me souviens mais des finales nous en avons joué plusieurs.
      Une seule où nous étions adversaires que je me souvienne.
      Je me rappelle.
      Tu parles ce que tu te rappelles c’est de m’avoir attirée dans un recoin des couloirs des vestiaires pour me rouler une pelle. L’année suivante tu signais dans mon club.
Solveig allait poser une question mais Tero rentra à ce moment là.
      Comment ça se passe ?
      Elle a l’air de revenir à la surface.
      C’est bien. Je te laisse gérer. Je dois m’occuper du reste de l’équipe.
      Pas de problème.
      Elle ne devrait pas en avoir pour très longtemps encore à somnoler.
      Merci Tero.
      De rien.
Tero parti Solveig se tourna à nouveau vers Danielle. Cette dernière avait changé de position, elle était à présent sur le côté mais n’avait pas lâché sa main.
**A qui tu rêves à cet instant ?**
Solveig passa son index le long de la joue de Danielle qui ouvrit enfin les yeux.
« Salut toi. »
      Salut ? J’ai dormi longtemps ?
      Tout l’entraînement.
      Oh !
      Ca va ?
      Encore un peu dans le pâté mais ça va.
      Je te ramène à la maison ?
      Oui je veux bien. Tu as du jus d’orange chez toi ?
      Oui, ne t’inquiète pas. Pense juste à mettre un pied devant l’autre.
      Je devrais y arriver.
 
***
 
            Cette nuit là Solveig regarda Danielle dormir un grand moment. Elle aurait aimé pouvoir rire de la conversation légèrement surréaliste qu’elles avaient eu plus tôt mais quelque chose l’en empêchait. Et ce quelque chose avait un nom très perfide : la jalousie. Il devenait trop présent dans la vie de Solveig. Elle se rendait bien compte qu’elle ne connaissait rien du passé de Danielle. Elle ignorait quelles études elle avait fait, l’article de Johanne lui avait appris les clubs où elle avait évolué et son palmarès mais personne à part l’intéressée ne pourrait lui parler de sa vie privée, de ses relations.
            Mais ce qui gênait le plus la capitaine norvégienne à cet instant c’est qu’une autre fille ait pu partager ce qu’elles partageaient actuellement. Ce mélange entre émotions du sport et sentiments privés.
 
***
 


Mardi 13 Novembre  2007 – 23h00
Nordéa Cup 1/4 de finale / Arhus - Copenhague
 
En route pour les demi-finales !
 
Ce soir Copenhague a battu Arhus 34 à 25. Je n’ai pas tous les détails du match car celui-ci se jouait en plein après-midi et j’étais en cours (il faut bien y aller de temps en temps).
 
Ce que je sais c’est que KASLER a fini meilleure marqueuse, un but de plus qu’ANDERSEN. Première fois de la saison que la recrue française devance sa capitaine.
 
En demi-finale, elles affronteront Viborg. Ce sera sans doute la finale avant l’heure. Rappelons qu’en championnat Copenhague l’avait emporté de +2. 
 
***
 
            Solveig était assise seule dans son salon. C’était une de ces soirées où Danielle avait décidé de rentrer chez elle après l’entraînement. Elle avait son ordinateur portable sur les genoux et depuis une heure, elle cherchait des informations sur le challenge de France féminin en football. Elle avait besoin de savoir qui était cette joueuse qui s’était autorisée à l’embrasser dans les couloirs d’un vestiaire et qui avait été transférée l’année suivante pour la rejoindre. Danielle avait remporté deux fois cette compétition. Solveig était partie du principe que Dane parlait du deuxième. Il datait de la saison 2002/2003, leur adversaire à cette occasion avait été le club de Juvisy dans la banlieue parisienne. Danielle avait donc quelque chose comme 21 ans. Le score avait été de 2 à 1 pour les Lyonnaises. Dans l’article qu’elle avait trouvé il était fait mention de la rencontre entre Danielle et le poteau, sauvant sur sa ligne d’une magnifique tête plongeante la balle d’égalisation parisienne. Elle avait dû sortir le temps de se faire poser trois points de suture.
            Solveig chercha ensuite les transferts de cet été là. Deux joueuses étaient arrivées en provenance de Juvisy à Lyon. L’une au poste de gardienne et l’autre en tant qu’avant-centre. La gardienne n’avait pas participé à la finale blessée à une main. Il ne restait donc que cette attaquante de pointe : Anne-Laure CASNAVE. Elle avait été internationale mais sans aucun titre majeur. A part peut être celui d’avoir été l’amante de Danielle.
 
***

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Dim 29 Mar 2015 - 23:08

TROMSØ - Symbole et titre
 
Vendredi 30 Novembre  2007 – 19h00
Nordea Cup 1/2 de finale / Copenhague - Viborg
 
[…]
 
59ème minute : 32 - 28
Wow ! ANDERSEN et KASLER régalent le public avec un magnifique Kung Fu. KASLER à la passe et ANDERSEN à la finition. C’était limpide. Elles se font plaisir sur cette dernière action qui leur donne 4 buts d’avance sur Viborg.
 
Fin du match : 32 - 28
 
Bilan de la rencontre :
De l’engagement, de la fluidité et de l’envie pour aller chercher cette place en finale.
Viborg peut-être un peu émoussé physiquement par son parcours en Ligue des Champions a craqué en fin de match. Laissant des espaces que les attaquantes de Copenhague se sont empressées d’exploiter.
 
Prochain match : la finale
Copenhague – Ikast le 07/12/2007
 
Ikast a éliminé Vejen 29 – 27. C’est une surprise car Vejen était donné favori.
 
Je compte sur vous pour vous mobiliser pour soutenir Copenhague dans une semaine pour ce qui pourrait être le premier titre de la saison.
 
Bonne soirée à tous !
 
***
 
Solveig et Danielle étaient assises dans le lounge de transfert à l’aéroport d’Oslo. Elles attendaient leur vol pour Tromsø. Après leur qualification pour la finale de la Nordea Cup, Thia leur avait donné à toutes trois jours de liberté. Elles devaient être de retour à l’entraînement Mardi.
Danielle avait envisagé de faire un petit tour en Suisse pour voir ses parents et sa petite sœur mais Solveig l’avait convaincue de l’accompagner en Norvège. Elle voulait lui montrer quelque chose d’important. Sa mère n’avait pas clairement exprimé son désaccord avec la décision de sa fille mais le ton de la conversation avait été très instructif sur le fond de sa pensée. Danielle avait mis ça de côté, son père lui ayant souhaité bon voyage et Zoé lui avait réclamé plein de photos. Elles étaient donc en route pour une ville au-delà du cercle polaire.
 
***
 
Tromsø est une ville située à 300 kilomètres au nord du cercle polaire. C’est la huitième ville de Norvège. Comme toutes les villes septentrionales, à Tromsø le soleil ne se couche pas entre le 18 mai et le 26 juillet. C’est ce que l’on appelle le « Soleil de minuit ». Par contre le soleil reste sous l'horizon entre le 26 novembre et le 15 janvier. Il s'en approche cependant suffisamment pour donner un peu de lumière en milieu de journée même en plein hiver. La ville est protégée des grands froids par le Gulf Stream qui adoucit la température.
 
***
 
Mais la douceur était toute relative à la descente de l’avion. Danielle rentra la tête dans le col de son blouson et enfonça un peu plus le bonnet sur ses oreilles. Il était plus de 15 heures et il faisait pratiquement nuit. Il y avait juste un peu de clarté comme au commencement du lever du jour. Mais alors vraiment le commencement.
« Tu as froid ?  lui demanda Solveig. »
      Un peu.
      Nous allons aller à l’hôtel et nous prendrons un bon chocolat chaud.
      Je te suis.
 
L’hôtel était en dehors de la ville, loin en dehors de la ville. C’était une grande bâtisse en bois foncé. Leur chambre était au dernier étage et possédait une terrasse dont une partie était fermée, tout en verre, avec des transats et des coussins comme une invite à s’installer pour regarder le ciel et le paysage. Il y avait des étendues de neige blanche tout autour qui contrastaient avec le ciel bleu nuit.
« C’est très joli, commenta Danielle.»
      Ça te plaît ?
      Oui, comment pourrait-il en être autrement ?
      Tu pourrais ne pas aimer.
      Il faudrait vraiment être blasé ou insatisfait pour ne pas aimer un tel décor. Tout à l’air confortable, douillet, accueillant. La vue est magnifique et tout est calme. Je n’ai envie que d’une seule chose c’est faire mon trou dans ce canapé.
      Tu es fatiguée ?
      Un peu j’ai toujours le dos qui tire.
      Tu en as parlé à Tero ?
      Oui il a dit que j’avais besoin de repos et de séance de musculation du dos et des épaules. Il va mettre ça en place dès janvier.
      C’est bien.
Solveig dans le dos de Dane lui posa les mains sur les épaules et commença à lui masser.
      En attendant, je vais m’occuper de toi.
      Si tu continues, je vais devenir un vrai marshmallow.
      C’est peut-être mon objectif pour profiter de toi.
      Oh !
Danielle pencha la tête en avant pour lui donner accès à sa nuque.
      Fais ce que tu veux de moi…
 
***
 
Solveig et Danielle avaient passé la journée à se promener dans Tromsø. Après un copieux petit déjeuner composé de céréales, de tartines, d’œufs brouillés, de jus d’orange et de café pour l’une et de lait pour l’autre, elles s’étaient chaudement habillées pour sortir. Leur première halte avait été pour s’acheter une paire d'isbrodd, des semelles à clous pour ne pas faire du patin à glace dans les rues en pentes et gelées de la ville.
Elles étaient ensuite allées visiter la cathédrale Arctique : Ishavskatedralen en norvégien, qui fut construite en 1965. En raison de son emplacement bien visible et de sa couleur blanche, elle est souvent appelée « l'opéra de Norvège », en comparaison au célèbre Opéra de Sydney en Australie. Bien qu’elle porte le nom de cathédrale dans le langage courant ce n’est qu’une paroisse.
Elles découvrirent la vraie Cathédrale de la ville située en son  centre. La seule cathédrale édifiée en bois et de style néogothique abrite le Diocèse du Nord-Hålogaland, qui en fait la cathédrale protestante la plus nordique du monde. Elle fut terminée en 1861, construite sur les fondations d’une église du XIIIe siècle.
Solveig s’était demandée en voyant Danielle assise sur les marches, si sa petite amie était croyante ou non, si elle avait une religion. Elles n’en avaient jamais parlé.
La suite de leur périple passa par le musée Polaria  qui présente la vie animale dans le Grand Nord. De grands aquariums permettent de découvrir les poissons de l’océan glacial Arctique. Le musée essaie surtout de sensibiliser les visiteurs sur le problème du réchauffement climatique.
Elles avaient terminé par les rues de la ville et les lumières de fête. Noël s’annonçait et les vitrines étaient décorées pour l’occasion. Le renne était la star de la région. Les haut-parleurs diffusaient les chants traditionnels.
 
***
 
            Solveig regardait Danielle dormir. Après avoir barboté dans la grande baignoire ronde à remous et laissé l’eau chaude détendre leurs muscles mis à mal par leur promenade de la journée dans l’air froid, elles s’étaient installées dans la véranda. Allongées au milieu des coussins, elles avaient pendant un moment échangé leurs impressions sur ce qu’elles avaient vu tout en regardant les étoiles dans le ciel.
            Danielle s’était endormie à la fin d’une phrase. La nuit perpétuelle semblait chambouler son métabolisme. Elle n’avait pas eu faim de la journée et une certaine lassitude avait semblé peser sur elle.
            Solveig caressa doucement la joue de Dane pour la réveiller, le spectacle commençait. Danielle se frotta les yeux et allait interroger Solveig sur le pourquoi de ce réveil quand elle vit les lumières dans le ciel.
« Je voulais te montrer ça. »
      C’est magnifique.
Des sortes de volutes de fumées vertes dansaient dans le ciel.
      Je rêvais de voir une aurore boréale. Mon Grand Père m’en parlait souvent quand j’étais enfant. Dans ses histoires, il se passait toujours quelque chose de magique au moment des aurores boréales.
      Comme quoi ?
      La terre qui guérit, un aveugle qui retrouve la vue, deux espaces temps qui se rencontrent, des gens qui tombent amoureux.
D'un point de vue scientifique, ce sont juste les vents solaires qui, en rencontrant notre atmosphère chargée d'azote et d'oxygène, colorent le ciel en bleu, rouge ou vert.
      Tu me fais penser à une aurore boréale.
      Ah oui ?
      On ne peut voir les aurores boréales que pendant les longues nuits. Comme pour te découvrir, il faut être patiente et accepter la froideur due à ta timidité. Il y a entre elles et toi la même fluidité de mouvements. Il y a une part de mystère en elles comme en toi. Elles ont parfois de façon fugace la même couleur que tes yeux. Et quand je les regarde, je ne peux m’empêcher de penser à toi.
      C’est la première fois que l’on me compare à une aurore boréale mais c’est mignon.
Elles regardaient toutes les deux le ciel. Les couleurs étaient balayées comme une course folle sur l’asphalte bleue nuit. Danielle tenait la main de Solveig et ne pouvait s’empêcher de la caresser avec son pouce. La douceur de sa peau était en parfait accord avec le spectacle en face d’elles. Les vagues disparurent dans une dernière volute de fumée rendant la place à la voûte céleste.
      Tu viens souvent ici ?
      Oui. J’aime cet endroit. Je viens ici pour décompresser avant les grands rendez-vous.
      Tu es venue avant les Championnats du Monde ?
      Oui, avant de venir te voir à Amsterdam aussi et avant la coupe EHF. C’était pour le soleil de minuit.
      Tu me montreras.
      Promis.
Danielle se mit en appui sur son coude face à Solveig.
      On va manger ?!
      Tu as faim maintenant ? Il est presque 22 heures !
      Oui j’ai faim. De voir toutes ces lumières ça m’a creusé l’appétit.
      Bien, voyons ce que propose le room service…
 
***
 
Vendredi 07 Décembre  2007 – 20h00
Nordea Cup finale / Copenhague - Ikast
 
Bonjour à tous, nous sommes dans la salle de RANDERS pour cette finale de la Nordea Cup. Ikast est actuellement 5ème et reste sur une défaite en championnat face à Viborg. Equipe qu’elles ont battue en demi-finale. En ce qui concerne le dernier affrontement entre Ikast et Copenhague, l’équipe championne en titre mène de +4.
Les effectifs sont au complet. Les deux entraîneurs ont affirmé leur envie de victoire car il était hors de question de ne pas jouer à fond une finale.
[…]
C’est la mi-temps : IKAST 12 – 14 COPENHAGUE
KASLER est intenable : explosive sur les contre-attaques et très précise dans ses dernières passes. Elle est pratiquement impliquée dans  tous les buts.
Copenhague mène depuis le début de la rencontre et impose sa vitesse de jeu à Ikast.
 […]
Fin du match : IKAST 24 – 29 COPENHAGUE
 
Bilan de la rencontre :
Premier trophée de la saison pour Copenhague qui conserve son titre en Nordea Cup.
Premier objectif atteint. Il en reste encore deux pour renouveler le triplé de l’année dernière avec cette fois la vraie grande coupe d’Europe.
La stat du match c’est les 16 passes décisives de KASLER, ce qui représente 55% des passes de buts de l’équipe. Avec ses 4 buts, nous pouvons dire qu’elle a fait un match complet.
[…]
Le trophée est remis et c’est ANDERSEN qui le soulève. Tous les supporters venus de Copenhague sont debout et applaudissent.
Je vais essayer d’aller récupérer quelques réactions.
 
            Solveig présenta le trophée au public et à ses coéquipières. Elle avait toujours un sentiment étrange à cet instant. Elle était capitaine mais c’était une victoire d’équipe et être seule pour soulever la coupe lui semblait anormal. C’est pour ça qu’elle transmit rapidement le trophée à Katri pour que chacune en profite. Elle avait aimé soulever avec Danielle la récompense de la meilleure joueuse de la coupe EHF car c’était un partage immédiat.
            Solveig observait Danielle regarder sa médaille. Elle avait cet air de petite fille toujours étonnée de gagner. Les journalistes étaient dans les starting-blocks pour débuter les interviews.
 
***
 
J’ai pu approcher KASLER :
Premier titre au Danemark que ressentez-vous ?
Un peu d’euphorie sans doute.
C’est un peu comme un cadeau d’anniversaire ? (KASLER est née le 4 décembre)
En quelque sorte oui. Nous allons pouvoir tout fêter en même temps.
Entre la Coupe de France et la Nordea Cup quelle médaille préférez-vous ?
Elles ont toutes deux une saveur particulière car chacune est une première dans leur genre. La Coupe de France était mon premier titre national en handball et la Nordea Cup est mon premier titre au Danemark.
Vous postulez pour le trophée de la meilleure passeuse cette saison ?
Je ne me pose pas la question. Je suis au service de l’équipe. J’applique le schéma de jeu.
 
Merci à KASLER d’avoir pris le temps de répondre à cette petite interview. Elle est encore comme elle était lors de notre première rencontre en août. Elle reste simple et décontractée et parle du groupe avant de parler d’elle.
Je vais laisser mon clavier au repos et aller faire la fête avec le reste des supporters de Copenhague. Si je n’ai pas trop mal à la tête demain, je vous raconterais.
 
Prochain match :
Copenhague – Nuremberg le 12/12/2007
 
Bonne soirée à tous !
 
***
 
            La chambre d’hôtel était plongée dans la pénombre. Seule la lumière de la rue éclairait le fauteuil où Dane était assise sa médaille dans les mains. Elle regardait Solveig dormir. Elle s’était allongée aux côtés de sa petite amie mais malgré la fatigue du match et de l’après match, elle n’avait pu trouver le sommeil. Elle mettait ça sur le compte de l’adrénaline et pas sur les douleurs dorsales qu’elle ressentait. Déjà à l’époque où elle jouait au foot, elle devait gérer ce genre de désagrément.
            Il était 4 heures du matin et elle écoutait les bruits de la nuit : les rares voitures, les voix des derniers fêtards, le vent qui soufflait et s’engouffrait dans la rue étroite.
            Elle avait eu Zoé au téléphone vers 22 heures. Sa petite sœur était presque plus excitée qu’elle. Elle avait eu l’impression d’avoir une mitraillette à émotions au bout du fil. De ce côté là, elles étaient bien différentes. Son père l’avait félicitée tout comme sa mère, qui même si elle ne comprenait pas toujours les choix de sa fille, était toujours fière quand elle gagnait.
            Le métal était froid entre ses doigts mais le sentiment qui lui était lié était différent. C’était son premier titre avec Solveig et il avait une saveur toute particulière. Elle ne l’avait pas dit à Johanne mais sa médaille en France était belle à ses yeux car Solveig était dans la tribune mais celle-ci danoise de son état était encore plus importante car elle l’avait gagnée aux côtés de Solveig, sous le même maillot.
            Elle quitta le fauteuil pour retourner s’allonger près de Solveig. Elle sentit la main de sa petite amie venir se poser sur son ventre et ne put s’empêcher de mêler ses doigts aux siens.
 
***

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Dim 12 Avr 2015 - 23:15

BELGRADE – Douleurs du corps et du cœur
 

Dimanche 16 Décembre  2007 – 18h00
LC 1ère Phase de Poule / Belgrade - Copenhague
 
Les joueuses de Copenhague sont en déplacement en Serbie pour le match retour face à Belgrade qui clôturera la première phase de poule. Victorieuse à l’aller de +5, les Danoises sont dans de bonnes dispositions pour conforter leur place en tête de la poule.
Pour cette rencontre l’équipe est au complet. Les blessées sont de retour. Thia HAMERSEN a déclaré qu’il faudrait se méfier des adversaires galvanisées par leur public. Nuremberg ne s’est imposé que d’un petit but. 
Mon emploi du temps ne me permet pas d’aller sur place pour suivre le match, je vais donc comme vous le suivre sur TV2 Danemark.
 
Bon match à tous.
 
***
 
Depuis son entrée dans la salle, Danielle se sentait mal à l’aise. Ce n’était pas tant l’équipe adverse plutôt physique et truqueuse qui lui posait problème mais plus l’environnement, les spectateurs et la banderole déployée dans la tribune face au banc. Les mots écrits dessus, elle les connaissait, Дирти лезбејка (Dirti lezbejka), elle les avait vus à de nombreuses reprises sur le casier d’une de ses amies Serbe au lycée. Et cela devait être les seuls mots qu’elle connaissait dans cette langue. Après les avoir lus une fois, il était difficile de les oublier. « Sale gouine ». Des mots si violents qui allaient complètement à l’encontre des valeurs du sport.
« Je ne le sens pas ce match Sveig. »
      Ne t’inquiète pas. On applique les consignes de Thia. On se met à l’abri tout de suite et après on contrôle.
      Tu as raison.
Danielle rangea ses mauvaises impressions au fond de son esprit et se concentra sur son match.
 
Le match allait bientôt se terminer, Copenhague menait de deux buts. Les spectateurs étaient de plus en plus agités. Il n’y avait pas besoin de comprendre ce qu’ils disaient pour savoir que ce n’était pas des encouragements. De nombreux petits projectiles avaient déjà été lancés sur le parquet. Le buzzer retentit et tout dérapa. Les joueuses et le staff virent les spectateurs descendre sur le terrain. La consigne fut vite transmise de se mettre à l’abri dans les vestiaires. Danielle et Solveig étaient à l’opposé du couloir suite à la dernière contre attaque du match. Elles essayaient de se frayer un passage dans la foule. Un spectateur bouscula Danielle et essaya d’attraper Solveig. Dane le saisit par le col de son pull et le tira violemment en arrière avant qu’il ne puisse la toucher. Un autre arriva de l’autre côté et dans un reflexe d’auto défense, elle leva son coude droit qui alla s’écraser sur son nez. Tero, arriva à les rejoindre et leur ouvrit le chemin. Ils allaient atteindre l’entrée du couloir des vestiaires et enfin quitter cette salle quand un excité arriva en courant de leur droite. Danielle poussa Solveig dans les bras de Tero pour lui éviter le choc mais n’eut pas le temps de reculer assez pour éviter le plaquage du dingue. Dans l’élan, ils traversèrent une porte vitrée. Danielle ressentit une forte douleur dans l’épaule droite mais elle l’occulta le temps de se défaire de la pression de son agresseur. Au moment où il se redressait pour revenir à la charge, elle le repoussa en le frappant avec son pied gauche en plein thorax. Tero vint l’aider à se relever et ils rejoignirent le couloir excessivement calme comparé à la salle. La douleur était intense dans son bras et il y avait du sang sur son maillot.
« Ça va ? Tu es toute blanche. »
      Mon épaule, elle a un problème.
      Tu peux marcher jusqu’aux vestiaires ?
      Oui.
Arrivés dans les vestiaires, Solveig vint immédiatement à la rencontre de Danielle.
« J’ai eu la trouille de ma vie. Tu vas bien ? »
      Sol écarte-toi s’il-te-plaît. Dane assieds-toi.
      Qu’est-ce-qu’elle a ? Demanda Solveig une note d’inquiétude dans la voix.
      Je ne sais pas encore.
      S’ils lui ont fait quelque chose, je retourne là-bas et je leur éclate leur gueule.
      Sveig calme-toi. Danielle posa sa main gauche sur son avant bras. J’ai besoin de toi ici.
      Pardon, tu as raison. Solveig se calma instantanément et prit la main de Danielle dans la sienne.
      Dane, ton épaule est démise, il faut que je te la remette en place tout de suite si on attend encore tu risques d’avoir besoin d’une opération, diagnostiqua Tero.
      Vas-y.
      Ça va faire mal.
      Ça ne peut pas être pire.
      Ok. Allonge-toi. Sol mets-toi de l’autre côté et pose une de tes mains sur son épaule gauche et l’autre sur son ventre.
Tero posa délicatement une de ses mains sur son épaule blessée et de l’autre saisit son coude.
       A trois je vais tirer et appuyer. Sers les dents et gueule autant que tu veux si tu en as besoin.
Il fit signe à Solveig qu’il déclencherait à deux.
      Détends-toi autant que possible. Un… deux…
Tout le monde dans le vestiaire entendit le craquement. Danielle avait retenu un cri de douleur mais Solveig avait sentit tout son corps se contracter, trembler et son regard se voiler sous la douleur.
      Dane, tu es toujours avec nous ? Demanda Tero.
      Oui.
      Tout a l’air de s’être remis en place mais il faut contrôler avec une radio et une échographie pour juger de l’étendue des dégâts.
      Ok.
      Tu veux que je trouve un hôpital ici ou tu penses pouvoir tenir jusqu’à Copenhague ? On décolle dans trois heures.
      Je veux rentrer. Je ne veux pas rester dans ce pays plus longtemps que nécessaire.
      Je vais te donner des cachets contre la douleur.
      Tu me les donneras dans l’avion. Je veux être consciente jusque là.
      Pas de problème, je comprends. Sol, tu peux l’aider à se changer et prendre une douche, il faut qu’elle évite de bouger son bras. Je soignerai tes coupures et immobiliserai ton épaule après Dane.
 
Solveig aida Danielle essayant d’être la plus douce possible. Elle se repassa le film de leur sortie mouvementée. Son épaule avait déjà pris des teintes bleues et violettes. Elle la vit serrer très fort les dents quand elle lui enfila son t-shirt. Tero lui mit des pansements sur les coupures qu’elle avait sur le bras et lui bloqua l’épaule bras replié sur son ventre.
 
***
 
            Dans la salle d’embarquement, Solveig regardait Danielle calée dans un des fauteuils, les yeux fermés, le visage pâle, les mâchoires contractées. Elle avait mal pour elle. Elle ne supportait pas de la voir souffrir de cette manière.
Une fois installée dans l’avion, Tero amena deux antidouleurs à Danielle.
« Ça va complètement t’abrutir et te mettre KO jusqu’à Copenhague mais c’est le mieux pour toi dans ton état. A l’arrivée, une ambulance nous attendra sur le tarmac, je t’accompagnerai à l’hôpital. »
      Donc à partir de maintenant, je m’en remets à toi ?
      Si tu es d’accord.
      Donnes tes cachets, j’en peux plus.
 
Cinq minutes plus tard, Danielle avait sombré dans un univers rempli de brume médicamenteuse. Elle émergea quelques instants à l’hôpital avant de replonger et de ne rouvrir les yeux que le lendemain dans le lit de Solveig.
 
Entre temps, toute l’équipe et le staff avaient atterri à Copenhague. Une ambulance attendait bien sur le tarmac. Juste avant de monter dans celle-ci Tero rassura Solveig.
« On fait les examens de contrôle et je la ramène chez toi. »
      Passe-moi un coup de fil dès que tu en sais plus.
      Promis.  
 
***
 
Les radios et échographies n’avaient montré aucune fracture mais une légère distension ligamentaire provoquant une grosse inflammation. Danielle reprenant pied avec la douleur, il lui avait été injecté une dose de morphine en intra musculaire. Tero ramena donc Danielle complètement endormie chez Solveig. Quand il arriva devant le portail, à 4 heures du matin, presque toute la maison était éclairée car Solveig ne tenait pas en place et faisait les cent pas dans toutes les pièces. Tero la porta jusqu’au lit et laissa faire le reste à Solveig. Il lui dit au revoir et prit le chemin de chez lui.
Solveig fit le plus doucement possible pour déshabiller Danielle. Elle s’allongea à ses côtés et veilla sur elle jusqu’au petit matin avant de s’endormir épuisée. Elle l’avait regardée dormir complètement vulnérable, allongée sur le dos, son esprit noyé par les médicaments. Elle aurait voulu la prendre dans ses bras pour la protéger, pour la rattacher à leur monde, pour qu’elle ne se sente pas seule. Mais elle n’en fit rien ayant trop peur de lui faire mal. Elle se saisit juste de sa main gauche et la caressa doucement, se rappelant que si Danielle ne l’avait pas écartée du chemin de ce taré c’est sans doute elle qui aurait une épaule abimée à cet instant. Et elle aurait presque préféré.
 
***
 
            Dès le lendemain en milieu de matinée, alors que sur Youtube la vidéo du spectacle navrant de la veille tournait à plein régime, sur le site de l’équipe de Copenhague, on pouvait connaître la durée d’indisponibilité de Danielle KASLER : elle ne rejouerait pas avant le mois de janvier. Elle serait donc absente pour le match de championnat dans trois jours.
 
 
 
 
 
 
Lundi 17 Décembre 2007 - 11h30
Honteux !
 
Pitoyable !
 
Que dire de plus devant un tel spectacle. Encore un exemple de la connerie humaine. Comme en Grèce où les spectateurs du basket jettent des pièces sur les joueurs adverses quand ils se présentent au lancé franc. Comme en Belgique, en 1985, quand des supporters Anglais et Italiens s’affrontent pour un match de football dans les tribunes du Heysel faisant 39 morts et plus de 600 blessés. Comme à Hambourg, en 1993, quand un spectateur déséquilibré poignarde dans le dos Monica Seles. Et sans vouloir faire un parallèle trop dangereux et trop cauchemardesque en 1990, le 13 mai, au stade Maksimir de Zagreb, des incidents violents éclatent entre supporters du Dinamo de Zagreb et de l'Etoile Rouge de Belgrade, incidents cités comme l’étincelle qui mit le feu aux poudres en ex Yougoslavie.
Et hier, premier incident de ce type à ma connaissance au cours d’une rencontre féminine. Une bande d’excités, de brutes qu’il est impossible de qualifier de spectateurs et encore moins de supporters. J’espère que des sanctions seront prises. Mais ce que je regrette, c’est que ce soit l’équipe féminine et les joueuses qui vont pâtir de la décision alors qu’elles ont été correctes sur le terrain.    
Ces faits auraient pu rester un simple débordement sans conséquence si Daniel KASLER n’avait pas été blessée. Le staff médical a précisé que Dane resterait l’épaule bloquée et protégée jusqu’au 30 décembre minimum. Les fêtes de Noël s’annoncent « simples » pour elle !
Nous pouvons nous interroger sur ce qu’a ressenti ANDERSEN en voyant ça. Voir sa petite amie passer au travers d’une porte et en sortir avec une épaule luxée, cela doit être traumatisant.
 
Les seules notes positives de ce match sont que Copenhague termine première de sa poule, que si ANDERSEN cherche un garde du corps, elle peut embaucher KASLER au vu de ses interventions sur les deux premiers types sur le parquet. Et pour finir la magnifique preuve d’amour de KALSER à ANDERSEN en encaissant à sa place le plaquage.
 
Je terminerai en souhaitant un bon rétablissement à Danielle KASLER.
 
***
           
Danielle était bien calée dans le fauteuil chez Solveig. Elle essayait de se concentrer sur le film qui passait à la télé, elle avait somnolé toute la journée sur le canapé. La morphine qu’on lui avait injectée dans la nuit avait été longue à éliminer. Elle était maintenant parfaitement lucide. Sauf que maintenant elle avait mal. Solveig ne devait revenir que dans une demi-heure. Elle participait à la conférence de presse aux côtés de Thia suite aux évènements de la veille. La douleur devenait difficilement gérable sans cachet. Elle s’extirpa du fauteuil et alla jusqu’à la cuisine où Solveig avait laissé ses antidouleurs sur le plan de travail. Ce n’était pas les même que d’habitude mais en ne prenant que la dose nécessaire pour atténuer la douleur, elle pourrait rester lucide. Elle connaissait l’inquiétude de Solveig dans ses moments de réaction médicamenteuse.
Solveig arriva une heure plus tard avec des plats tout prêts. Elle était dans la cuisine en train de préparer les assiettes.
« Le club a porté plainte. »
      C’est bien mais je ne sais pas si ça changera quelque chose.
      En tous les cas ton sentiment d’avant match était bon. Aurais-tu un sixième sens ?
      Non, juste un bon sens de l’observation et une mémoire photographique.
      Comment ça ?
      Sur la banderole en face de notre banc, il y avait écrit sale gouine.
      Pardon ?! Solveig avait des yeux comme des soucoupes. Comment tu l’as compris ?
      Les mêmes mots étaient écrits chaque matin sur le casier d’une de mes amies au lycée. D’où la mémoire photographique.
      Pourquoi tu ne me l’as pas dit dès le début ?
      Car je commence à te connaître Sveig. Tu te serais agacée et ça t’aurait sortie de ton match. Et ils auraient gagné.
      Tu as passé plus d’une heure avec cette insulte sous les yeux et tu n’en as rien montré.
      Je l’ai oubliée dès le début du match. J’étais concentrée sur le jeu.
      Tu es assez hallucinante parfois. Au fait, tu as mal. Tu veux tes cachets ?
      Non merci, ça va.
      Ok, je t’apporte à manger. Tu n’as rien avalé à part du jus d’orange depuis hier avant le match.
      Ok. Alors donne-moi mon assiette. Il y a encore du jus d’orange ?
      Non tu as tout bu, j’en rachèterais demain.
Danielle serra les dents, cette nouvelle n’était pas bonne. Elle sentait les cachets faire plus d’effet que ce qu’elle avait prévu et son cerveau commençait à s’embrumer. Elle mangea en espérant que la nourriture aurait les mêmes effets que le jus d’orange sur l’effet des médicaments.     
            Après le repas, Solveig remarqua que Danielle n’arrêtait pas de se passer la main sur les yeux.
« Tu es fatiguée ? »
      Oui, je vais aller me coucher.
      Je te rejoins tout de suite. 
      Tu n’es pas obligée.
      J’en ai envie.
 
Danielle était en train de perdre la bataille, déjà à moitié dans les brumes quand elle sentit Solveig s’allonger à ses côtés.
« Dane. »
      Hum. Elle devait se concentrer pour l’écouter.
      Tu es bien installée ?
      Hum, hum.
Solveig attendit un moment avant de poser la question qui la taraudait depuis la veille.
      Pourquoi tu as fais ça ?
      Quoi ?
      Prendre le coup à ma place.
      Je ne comprends pas. La discussion devenait très dure pour Danielle. Elle avait de plus en plus de mal à rendre ses idées cohérentes.
      Pourquoi, tu m’as protégée ? C’est moi qui aurais dû être plaquée par ce mec, pas toi. Et aujourd’hui c’est moi qui aurais mal, pas toi. Pourquoi tu t’es sacrifiée ?
      Parce que tu es mon passeport pour l’avenir et qu’il faut protéger la star de l’équipe.
Solveig recula sous cette réponse qu’elle n’aimait pas du tout. Elle ne s’attendait pas à ça. Il n’y avait pas de trace d’humour dans la voix de Danielle. Juste une grande lassitude comme si elle avait porté cette vérité trop longtemps. Elle se tourna de l’autre côté du lit laissant Danielle sombrer complètement dans le brouillard effaçant de sa mémoire la discussion qu’elle venait d’avoir.
 
***
 
Danielle émergea tard dans la matinée. Elle était seule dans la maison et trouva juste un message de Solveig collé sur le frigo disant qu’elle était partie s’entraîner et qu’elle lui avait préparé un repas qu’elle n’aurait qu’à réchauffer au micro-ondes. En début d’après-midi Tero vint la chercher pour sa séance de soins. Après avoir été massée, elle alla prendre place dans les gradins pour regarder la fin de l’entraînement. Elle savait qu’après, il y avait une séance de vidéo et elle avait demandé à Tero s’il pouvait la déposer chez elle. Elle n’avait pas le courage d’attendre Solveig. Et puis elle avait envie d’une bonne douche chaude et d’enfiler une chemise plutôt que ce t-shirt. Elle envoya un SMS à Solveig avant de quitter le Copenhague Aréna disant qu’elle l’attendait à son appartement.
 
Thia avait bien remarqué la non concentration de Solveig toute la journée. Déjà la veille pendant le décrassage, elle l’avait trouvée inquiète. L’entraîneur de Copenhague mettait ça sur le compte de la blessure de Danielle. Il n’était pas courant de voir de telles choses. Elle laissait donc à sa capitaine le temps d’assimiler les faits, de les mettre de côté et de se remettre psychologiquement dans la compétition. 
 
***
 
La nuit était tombée depuis longtemps et Danielle s’était assoupie devant la télé. Elle attrapa son portable pensant y trouver un message de Solveig. Mais rien… Elle essaya de l’appeler.
« Allo ! »
      Sveig ?
      Oui.
      Tu es où, il y a énormément de bruit autour de toi.
      C’est normal, je suis dans un bar.
      Ah ?
      Quoi ?
      Rien.
      Tu avais quelque chose à me dire ?
      Je voulais savoir si on se voyait ce soir mais j’ai l’impression que non.
      Bonne impression.
      Alors bonne soirée. On se voit demain au match.
      C’est ça à demain au match.
Chacune coupa la communication. Danielle regarda son portable très étonnée du ton de Solveig et surtout du lieu où elle se trouvait à cette heure, la veille d’un match. Elle ne comprenait pas son comportement mais elle ne la connaissait pas encore si bien que ça. Peut-être qu’elle était encore secouée des événements en Serbie et qu’elle avait besoin de passer un moment loin du hand.
            De son côté Solveig s’en voulait déjà de lui avoir parlé de cette manière mais elle était blessée et n’arrivait pas à se contrôler. Danielle ne lui avait jamais vraiment révélé ses sentiments. Elle ne lui avait toujours pas dit qu’elle l’aimait. Solveig le lui avait pourtant dit plusieurs fois, dans plusieurs langues mais n’avait jamais eu de retour. Elle ne voulait pas vivre avec elle non plus et même si elle défendait l’idée devant les journalistes, elle aurait aimé retrouver Dane tous les matins à son réveil. Le fait qu’elle ne veuille pas parler de leur vie privée aux journalistes, même un petit peu, lui faisait se demander si elle ne voulait pas la garder secrète pour pouvoir plus facilement y mettre fin. Et la thèse avancée par certains journalistes comme quoi ce n’était qu’un coup de pub s’insinuait dans son esprit et pervertissait son jugement. Elle n’arrivait plus à faire la part des choses et ne voyait que les points négatifs.
 
***
 

Jeudi 20 Décembre  2007 – 19h00
J11 / Copenhague - Vejen
 
Copenhague affronte ce soir VEJEN où évolue Tatiana KORTIN, l’équivalant d’ANDERSEN pour la Russie. Tous les observateurs attendent cette rencontre pour voir qui de la Norvégienne ou de la Russe prendra le dessus. Au championnat du monde Tatiana étant blessée, elle avait dû renoncer à la finale.
KASLER blessée à l’épaule c’est SHELING qui va devoir assurer tout le match au poste d’arrière droit.
[…]
C’est la mi-temps : COPENHAGUE 09 - 14 VEJEN
Le coup de sifflet des arbitres renvoie tout le monde au vestiaire pour la pause, au soulagement de l’ensemble des spectateurs.
ANDERSEN n’est pas du tout dans le tempo. Tout dans son jeu est déréglé, ses tirs sont sans force et ses passes sont imprécises. En défense, elle ne sent pas le jeu de l’adversaire et se laisse prendre dans les feintes. Le reste de l’équipe semble déjouer autant que leur capitaine, pour l’instant elles semblent incapables de renverser la tendance. Quand ANDERSEN n’est pas dans le coup c’est toute l’équipe de Copenhague qui ne va pas bien.
 
            Solveig suivit ses coéquipières dans les vestiaires. Elle savait qu’elle était à la rue mais n’arrivait pas à passer au-dessus. A aucun moment, quand elle était sur le banc, elle n’avait osé lever les yeux sur Danielle pourtant assise en face d’elle. Elle écoutait à présent le discours de Thia sans vraiment l’entendre. Depuis deux jours une autre phrase tournait dans sa tête.
            Danielle descendit des tribunes et prit la direction des vestiaires. Elle attendit dans le couloir que les joueuses sortent et au moment où Solveig passa devant elle, elle l’attrapa par le bras et la força à rerentrer. Elles étaient seules dans la pièce.
« Qu’est ce qui t’arrive ? »
      Rien. Laisse-moi passer. Je dois retourner sur le terrain.
      Vu comme tu joues, tu es bien mieux ici.
Solveig essaya de contourner Danielle qui fit un pas de côté pour l’empêcher de passer et avec son bras valide, la plaqua contre le mur.
« Reste là et réponds-moi. Qu’est ce qui t’arrive ? »
      Rien.
      Arrête. Tu joues à l’envers, tes stats sont nulles et Tatiana te marche dessus.
      Laisse-moi.
      Non. Lundi tu étais inquiète et depuis hier tu es en colère. Je le vois bien alors dis-moi pourquoi tu es comme ça.
      Je suis quoi pour toi ?
      Comment ça ?
      C’est une question simple pourtant. Qu’est ce que je représente pour toi ?
      Pourquoi tu me demandes ça maintenant ?
      Parce que je veux savoir si je ne suis pour toi que la star de l’équipe et un passeport pour la gloire ?
      Pardon ? Danielle lâcha Solveig et recula.
      Tu es avec moi pourquoi ? Parce que je suis la capitaine de l’équipe de Norvège et de Copenhague, parce que je suis une star du handball féminin ?
      Qu’est-ce qui te fait penser une chose pareille ?
      Peut être le fait que tu l’aies dit.
      J’ai dit ça quand ?
      Lundi soir. Quand tu es allée te coucher, je t’ai rejointe et nous avons eu une petite discussion très instructive pour moi.
      J’étais sous antidouleurs.
      Tu mens, tu n’avais pas pris de cachet. Je t’ai demandé si tu avais mal et tu m’as dit non.
      Parce que je les avais déjà pris avant ton arrivée. Je pensais avoir bien dosé pour que la douleur diminue mais que je ne sois pas à la ramasse. Mais ça n’a pas marché. Mon dernier souvenir de cette soirée est le repas. Je ne me souviens même pas que nous ayons parlé après ça.
      Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu avais pris des cachets ?
      Parce que je ne voulais pas t’inquiéter. Parce que je sais que tu n’es pas tranquille quand je suis dans cet état là. Et j’en ai marre d’être dans cet état là. La preuve, je n’arrive même pas à me souvenir de ce que j’ai pu faire pour te mettre dans cet état là.
      Je t’ai demandé pourquoi tu t’étais sacrifiée de la sorte et tu m’as répondu, je cite : « Parce que tu es mon passeport pour l’avenir et qu’il faut protéger la star de l’équipe. »
      Ce n’est pas moi qui t’ai répondue. Tu sais très bien ce que me font les médicaments. Et puis c’était peut-être de l’humour.
      Ok. Alors pourquoi tu as fait ça ? Sérieusement.
Elle était à la limite de craquer.
      Mais parce que je t’aime Sveig.
Danielle vint de nouveau vers Solveig qui n’avait pas bougé pendant toute leur conversation. Elle posa sa main sur sa joue.
      Si j’ai fait ça, c’est parce que je ne supporte pas de te voir blessée. Je n’ai pas réfléchi. Ça a été instinctif. J’ai vu ce mec arriver et mon premier réflexe a été de t’écarter du chemin. Tu étais en danger et je n’ai pas pensé à ce qui pouvait m’arriver. Je n’ai pensé qu’à toi. Et même si j’ai mal aujourd’hui, je referais exactement la même chose.
      Tu m’aimes ?
      Bien sûr.
      Tu ne me l’as jamais dit.
      Sveig, j’ai quitté ma vie à Lyon pour venir te rejoindre ici. J’ai accepté la proposition de ton club pour que nous soyons ensemble. Avant j’étais à deux heures en train de ma famille maintenant j’en suis à deux heures en avion. Tu crois quoi, que je suis venue juste pour le hand ?
      Je ne sais pas, je ne sais plus. Avec toi je ne sais pas trop où je vais. J’ai peur qu’un jour tu te rendes compte que je ne suis pas celle que tu crois et que tu repartes chez toi.
      Chez moi c’est ici Sveig.
      J’ai été nulle.
      Je ne te le fais pas dire. Alors maintenant, tu vas retourner sur le terrain. Tu as trente minutes pour leur montrer qui est vraiment Solveig ANDERSEN. Et s’il-te-plaît, fait en sorte d’effacer le sourire narquois que Tatiana a sur le visage, elle m’énerve.
      Ok.
      Et une dernière chose. Tu es la star de l’équipe et l’équipe a plus besoin de toi que de moi. Et surtout, tu es mon passeport pour l’avenir car j’espère que mon avenir est avec toi sur ou en dehors d’un terrain de handball.
Solveig attira Danielle dans ses bras et l’embrassa. Le front posé contre celui de Dane le sourire à nouveau sur les lèvres :
      Elle va arrêter de sourire la belle Russe.
 
 
31ème minute : 10 – 14
Solveig est revenue juste avant que les arbitres ne donnent le coup d’envoi de la 2ème mi-temps. Première attaque placée, et premier but d’ANDERSEN en extension à neuf mètres. Elle prend le dessus sur KORTIN à l’impulsion. Elle ouvre enfin son compteur de but.
Espérons que la mi-temps aura été bénéfique aux joueuses locales pour se remettre dans le sens du jeu.
 
 
            Solveig se tourna instantanément vers les tribunes pour faire un signe à Danielle qui avait rejoint son siège. Cette dernière attrapa son portable et chercha un numéro en mémoire. Elle n’eut pas à attendre longtemps pour que l’on décroche.
« Hallo ! »
      Si vous voulez toujours savoir comment se passe ma relation avec Solveig ANDERSEN, je vous propose une interview demain. A prendre ou à laisser.
      Je prends. Où et à quelle heure ?
      Même endroit, à 13h.
      Ok. Merci.
Danielle raccrocha et reporta son attention sur le match.
 
 
Fin du match : 27 - 24
 
Bilan de la rencontre :
Belle remontée de l’équipe de Copenhague à qui personne ne donnait une chance à la mi-temps. L’équipe finit sur un inespéré +3 alors qu’elles étaient à -5.
ANDERSEN est heureusement redevenue la capitaine de Copenhague et de l’équipe de Norvège que l’on connaît. Elle a écrasé de son talent la deuxième mi-temps. Tatiana KORTIN n’a marqué qu’un petit but en trente minutes, dépassée dans tous les secteurs du jeu.
J’aime le suspense mais pas à ce point là. J’espère que les joueuses de Copenhague n’ont pas prévu de jouer à se faire peur et à nous faire peur une nouvelle fois.
 
Prochain match : Arhus - Copenhague  le 04/01/2008
Bonne soirée à tous !
 
 
            Sur le banc de touche, Thia ne chercha pas à comprendre ce qui était arrivé à sa capitaine mais nota dans un coin de sa tête de penser à remercier Dane. Elle ignorait ce qu’elle lui avait dit à la mi-temps mais le retour des vestiaires avait été fracassant.
            Solveig répondait distraitement aux questions du journaliste de TV2 Danemark. Elle n’avait qu’une envie, rejoindre Danielle. Elle devait s’excuser mieux que ça de son comportement légèrement immature. Elle devrait aussi faire ses excuses à l’équipe pour sa prestation assez pitoyable en première période. Elle ne traîna pas non plus après la douche, elle certifia à Tero qu’elle n’avait mal nulle part. Elle rejoignit Danielle sur le parking alors qu’elle signait des autographes.
Le reste de l’équipe qui se retrouva dans le foyer, commença à spéculer sur ce qui avait « réveillé » Sol. Ce fut Katri qui posa la première vraie question.
« Vous croyez qu’elle lui a dit quoi quand elles se sont enfermées dans les vestiaires ? »
      Je ne sais pas mais ça a été efficace, répondit Liv.
      Tu m’étonnes, J’ai même cru à un moment qu’elle allait encore croiser derrière moi, renchérit Eva.
      La pauvre KORTIN n’a pas compris ce qui lui arrivait, continua Liv.
      Vous ne pensez pas qu’elles ont…
      Quoi ?
      Ben vous voyez…
      Non mais t’es pas dingue Katri. Je les vois mal faire ça et en plus, elles n’ont pas été seules assez longtemps. Et puis tu as l’esprit vraiment mal placé.
      Vous allez me faire croire qu’aucune de vous n’y a pensé ?
Liv fit le tour de la pièce du regard.
      Non personne à part toi.
      Et à votre avis, elles font quoi en ce moment ?
      Katri !
 
***
 
Les deux jeunes femmes n’échangèrent aucun mot dans la voiture. Leurs mains s’étaient juste touchées quand Solveig avait aidé Danielle à boucler sa ceinture. Il fallut attendre que Bones ait fini de dire bonjour à Dane pour entendre Solveig dire :
« Je suis désolée. »
      Comment tu as pu imaginer une chose pareille et surtout te mettre dans un état pareil.
      Je ne sais pas. Enfin si je sais.
      Tu peux être plus claire ?
      On peut aller s’installer dans le salon ?
      Oui.
Solveig prit place dans le canapé et Danielle vint s’asseoir sur la table basse face à elle.
      Tu es bien ici ?
      Oui. Je peux te parler en face. Si je m’assois à côté de toi je vais devoir me tourner et je doute que mon épaule accepte.
      On inverse si tu veux et –
      Sveig ! Parle.
      A chaque fois que je rencontre quelqu’un, j’ai toujours peur qu’elle ne voit en moi que la joueuse de hand et non « moi ». La personne publique plutôt que la femme. Avec toi, j’avais jusqu’à présent réussi à mettre ce sentiment de côté mais après t’avoir entendue prononcer ces mots, toutes mes peurs sont remontées à la surface. Et ce qui m’a mise en colère c’est que malgré ça, je n’arrivais pas à ne plus t’aimer. La sortie au bar hier soir était une erreur. Je voulais te sortir de ma tête et je n’ai fait que penser à toi. Il faut dire que bêtement, je suis allée dans le même bar où je t’avais emmenée la première fois que tu étais venue me voir jouer ici. Je voulais arrêter de t’aimer étant donné que toi tu ne m’aimais pas.
      Je comprends. Mais sache que pour moi, tu n’as jamais été ANDERSEN ou alors si peut-être l’espace de trois matchs à la fin d’un mois d’août. Dès que j’ai appris à te connaître, tu es devenue Sveig et même avant que je te connaisse tu étais déjà ce diminutif. Tu n’as jamais été mon billet d’entrée pour le championnat Danois car s’il n’y avait eu que le hand, je serais restée en France. J’aurai cherché un autre club de l’élite comme l’ont fait mes partenaires. Et puis si ça se trouve, je serais restée à Lyon même rétrogradé. L’aventure ici est bien parce que tu en fais partie. Parce que chaque match, je le partage avec toi. Nous avons beaucoup de chance de pouvoir vivre ces choses là. Alors sors de ta tête cette idée comme quoi je ne vois que la star en toi. Pour moi, tu n’es ni ANDERSEN, ni Sol mais Sveig.
      Je crois que j’ai saisi. Je me sens nulle.
      Sûrement pas autant que tu l’as été sur le terrain pendant trente minutes.
      Je l’ai méritée celle là.
Danielle posa sa main sur le genou de Solveig et se pencha vers elle. Elle posa ses lèvres sur les siennes en un doux baiser qui voulait dire qu’elle acceptait les excuses de sa petite amie. La joueuse norvégienne ne résista pas à approfondir le baiser, à chercher le contact de sa langue avec la sienne. Elle ne retint pas un gémissement quand elle sentit Danielle venir s’asseoir à califourchon sur ses genoux.
« Fais attention à ton épaule. »
      Ne t’inquiète pas pour moi. Prends-moi juste dans tes bras.
Solveig se dépêcha d’accéder à sa demande. Elle ne put résister à passer ses mains sous la chemise de Danielle et à venir les poser à plat sur ses reins pour l’attirer plus près. Elle sentait encore dans ses veines couler l’adrénaline du match. Elle avait envie de Dane mais elle ne ferait rien car elle était blessée.
« Aide-moi à l’enlever. »
      Quoi ? Solveig reprit pied dans la réalité.
      Mon attelle, aide-moi à l’enlever.
      Non, tu vas avoir mal.
      Ça ira, on ne fera pas d’acrobaties c’est tout.
      Tu devrais la garder, on se débrouillera.
      Non, je veux que nous soyons nues l’une contre l’autre. J’ai besoin du contact de ta peau. S’il-te-plaît.
      Tu es sûre ?
      Oui.
Doucement, Solveig défit le premier scratch de l’attelle qui tenait son bras contre son corps. Délicatement, elle l’aida à passer sa main hors de la gangue qui lui maintenait le coude plié.
« Ça va ? »
      Oui, ne t’inquiète pas. Mais il va falloir que tu te déshabilles toute seule.
      Je vais d’abord commencer par toi car je pense que tu vas avoir du mal à enlever ta chemise.
Elle s’attaqua au premier bouton avec un sourire gourmand sur les lèvres. Son sourire s’agrandit quand elle découvrit ce qu’il y avait en dessous.
« Hum une brassière avec ouverture sur le devant. Mes préférées. »
      C’est les seules que je puisse mettre en ce moment.
      J’aime.
Solveig détacha les deux agrafes sur le devant et remplaça le tissu par ses mains. Le soupir de plaisir de sa compagne lui fit presque perdre le contrôle. Mais elle devait se maîtriser et prendre le temps. Danielle était fragile et même si elle avait une envie dingue de lui faire l’amour, il était hors de question qu’elle la blesse un peu plus. Elle lui ôta complètement sa chemise et sa brassière ainsi que son jean et sa culotte. Elle l’allongea sur le canapé prenant garde de ne pas heurter son épaule. L’ensemble des vêtements de Solveig agrandirent le tas déjà au sol avant qu’elle ne vienne s’allonger sur le corps de Dane. Corps contre corps, peau contre peau. Avec une lenteur qui était à l’opposée de la passion qui les habitaient à cet instant, elles firent l’amour, calmement, laissant la pression monter petit à petit jusqu’à la délivrance et aux cris de jouissance.
            Elles restèrent un moment allongées l’une contre l’autre, bien au chaud sous une couette, le dos de Danielle appuyé contre la poitrine de Solveig. Cette dernière calait l’épaule de sa compagne avec sa propre épaule et son bras. De sa position, elle pouvait « apprécier » le joli hématome qu’elle avait sur toute l’articulation.
« Tu n’as pas mal ? »
      Non, au contraire. C’est la première fois que je n’ai pas mal depuis le match.
      C’est une bonne chose. En disant cela, elle embrassa à nouveau sa peau marquée.
      Il faut croire que les bisous magiques ça marche.
      Je croyais qu’il n’y avait que les bisous des mamans qui étaient magiques.
      Peut-être que ceux des petites amies fonctionnent aussi.
      Sans doute. A moins que pour les petites amies il faille aller plus loin pour que ce soit efficace.
      Comment ça ?
      Jusqu’à l’orgasme.
Solveig vit rougir les oreilles de Danielle. C’était un phénomène très rare. Celle qui restait de marbre face aux commentaires de Katri rougissait devant un simple commentaire humoristique de sa petite amie. Après un silence, Solveig reprit la parole.
      Tu pars quand chez tes parents ?
      Le 22, après demain.
      Je t’accompagnerai à l’aéroport.
      Merci. Et toi tu pars quand pour la Norvège ?
      Le lendemain, le 23. Après un autre silence. J’aurais aimé que nous passions Noël ensemble.
      Je sais mais je ne peux pas faire ce coup là à ma famille, pas tout de suite en tout cas. Ils avaient l’habitude de me voir au moins deux fois par mois et là ils ne m’ont pas vu depuis quatre mois.
      Je comprends mais c’est drôle que tu aies pensé que nous irions dans ma famille.
      Tu es plus famille que moi Sveig. Et je sais que vous êtes très attachés aux traditions.
      Ta famille ne te manque pas ?
      Pas vraiment. Ma mère appelle très souvent, Zoé m’envoie beaucoup de mails et mon père est toujours aussi discret donc ça ne change pas beaucoup de la France. Et puis il y a tellement de choses à faire ici que je n’ai pas le temps de m’ennuyer de la Suisse. Le seul qui me manque c’est mon Grand-Père.
      Tu es très proche de lui il me semble.
      Oui.
      Je pourrais le rencontrer un jour ?
      Oui, nous irons le voir chez lui comme ça il sera à son avantage.
      Je te laisse organiser le voyage. Tu reviens quand ?
      Le 30, j’ai rendez-vous avec Tero pour mon épaule et planifier la suite.
      Nous nous retrouverons ici le 31 alors.
Solveig lui déposa un tendre baiser dans le cou et inspira un grand coup.
      J’adore ton parfum.
      C’est celui que tu m’as offert tout au début de notre relation.
      Il te va très bien.
      Ma mère a dit la même chose.
      Ha !
      Mais je préfère ton compliment. En parlant de cadeau, tu prendras le tien avant de partir pour que tu puisses l’ouvrir là-bas.
      Pourquoi je ne peux pas l’ouvrir avant que tu partes ?
      Car le Père Noël ne passe pas en avance.
      Tu es restée très petite fille pour certaines choses.
      Je pensais que tu aimais ce côté de ma personnalité.
      Je l’adore, il est rafraîchissant.
      Si tu m’adores, j’ai droit à un câlin ?
      Ce n’est pas ce que nous sommes en train de faire ?
      Un câlin moins sage…
Solveig entrevit juste le sourire espiègle de Danielle avant de la laisser basculer sur le dos et de se mettre à son tour en appui sur ses bras au dessus d’elle pour venir poser ses lèvres sur les siennes.
 
            Bien plus tard dans la nuit, elles rejoignirent la chambre et le lit. Epuisées mais heureuses d’avoir traversées ce nouvel obstacle.

_________________
"Il faut toujours viser la lune car même si on la rate on fini dans les étoiles"
Oscar Wilde


Dernière édition par Mack le Lun 20 Avr 2015 - 22:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Dim 19 Avr 2015 - 23:33

LAUSANNE – A cœur ouvert
 
            Danielle était arrivée en avance. Solveig l’avait déposée et avait profité d’être en centre ville pour faire quelques courses avant Noël. Elle avait choisi une table dans le fond pour ne pas être dérangée. Elle allait déroger à une de ses règles : parler de sa vie privée. Elle n’aimait pas cette idée mais hier, elle avait compris que son silence blessait Solveig. Celle-ci avait pris ça pour un désaveu de leur relation, une mise à distance et même plus grave, le fait qu’elle ne l’aime pas vraiment.
            Danielle ne se souvenait par avoir aimé quelqu’un autant à part sa famille et Andy.
 
***
 


Vendredi 21 Décembre  2007 – 16h00
Rencontre avec Danielle KASLER
 
Bonjour à tous
 
Hier pendant le match j’ai eu l’agréable surprise d’être contactée par Danielle KASLER. Elle me proposait une interview qui devait répondre aux questions que tout le monde se pose sur sa vie privée. Je l’ai donc retrouvée au même endroit que la première fois.
 
Tout d’abord merci de votre appel. Et ma première question sera : pourquoi en parler aujourd’hui ?
Je me suis rendue compte que ma manière d’aborder la situation n’était pas la bonne. Je voulais protéger ma relation avec Solveig en gardant les journalistes et les autres à distance. Mais cela ne marche pas c’est même l’inverse qui s’est produit. En voulant cacher les choses, j’ai blessé la principale intéressée.
 
Pourquoi moi ?
Vous n’êtes pas de la presse people et vous ne déformerez pas mes paroles pour en faire du sensationnel. Du moins je l’espère. Et ce genre d’interview ne concerne pas la presse sportive. Sans vouloir dénigrer votre capacité d’analyse.
 
Pourquoi ne vivez-vous pas avec Solveig ANDERSEN ?
Je suis peut-être de la vieille école mais j’aime faire les choses dans l’ordre. L’année dernière, avec Solveig, a été une course contre la montre, nécessitant une grosse organisation pour faire concorder nos deux emplois du temps. C’était presque une constante fuite en avant.
 
Et cette fuite s’est arrêtée avec votre signature à Copenhague ?
Oui, même ville, même club, même championnat. Les choses se sont calmées dans un sens. Mais pour moi c’était aussi une nouvelle vie. J’avais besoin d’un lieu à moi pour assimiler cette nouvelle ville, le nouveau rythme, tous ses changements en somme.
 
Et voir Solveig tous les jours ?
Oui. Peut-être le plus déroutant.
 
Pourquoi ?
Je suis passée de la joueuse n°16 de Lyon, inconnue qui n’avait pas vraiment de nom, à la petite amie de Solveig ANDERSEN, nouvelle recrue du club de Copenhague. Passer de l’ombre à la lumière peut déstabiliser.
 
Est-ce que vous me permettez de faire un tour dans votre passé ?
Vous pouvez essayer, je vous arrêterais si vous allez trop loin.
 
Quand avez-vous découvert votre homosexualité ? Avec Solveig ?
Non, l’histoire n’est pas si romantique. Je pense l’avoir toujours su. J’ai toujours voulu jouer dans la cour avec les garçons car je préférais le ballon à la corde à sauter. Je n’aimais pas les jupes, pas pratique pour grimper dans les arbres. Je suivais mon père partout car je préférais aller voir les matchs de rugby au pub plutôt qu’aller faire les magasins avec ma mère. En grandissant, je me suis rendue compte que mon regard se portait plus sur les femmes que sur les hommes.
 
A quel âge votre prise de conscience ?
14 ans.
 
Votre premier coup de cœur ?
Mia Hamm !
 
L’ex-capitaine de la sélection américaine de football ? Vous avez l’air de craquer pour les sportives ?
Pas uniquement mais en partie. Et dans un sens c’est normal. La majeure partie des gens rencontrent leur conjoint dans leur milieu. Je baigne dans le sport depuis mon enfance. C’est dans ce monde que je rencontre le plus de personnes.
 
Quelle est la proportion sportive / non sportive ?
 75/25… Enfin je crois, je ne tiens pas vraiment de statistiques sur la question. C’est plus une question d’affinité et de personne.
 
A quel moment avez-vous senti que c’était sérieux avec Solveig ?
Dès le départ. Les relations à distance demandent trop d’énergie pour qu’elles ne soient qu’amusement.
 
Comment auriez vous fait si vous n’aviez pas signé à Copenhague ?
J’aurais s’en doute demandé ma mutation professionnelle et déménagé ici. J’aurai cherché un club dans le coin.
 
Vous auriez joué dans un club de quartier après une finale EHF ?
Tout ce que je veux c’est jouer. Ça fait un peu cliché mais je joue pour l’amour du sport.
 
Vous êtes déroutante. A Copenhague, vous jouez par amour avec un grand A ?
Vous voulez parler de Solveig ?
 
Oui.
Non je joue pour l’équipe, pour le maillot mais pas pour Solveig. Je joue avec Solveig de la même manière que je joue avec Liv,  Katri, Lotta, Lyne…
 
On sent tout de même plus d’affinité ou d’automatismes avec ANDERSEN. Vous vous trouvez presque les yeux fermés ?
Il est facile de jouer avec Solveig. Elle a un énorme talent. Elle est toujours dans l’espace libre, dans l’intervalle, c’est un jeu d’enfant de la trouver. N’importe qui peut jouer juste avec Solveig. Elle vous rend le handball facile.
 
Que pensez-vous de la phrase : «  L’une est la moitié de l’autre, alors que l’autre est son double. » ?
Si c’est une pensée philosophique, je suis nulle en philo. C’est la matière où j’ai eu ma plus mauvaise note au bac.
 
C’est la devise de votre couple vu par les fans. Un clin d’œil à vos numéros.
C’est mignon et joliment tourné. J’ai souvent trouvé que les supporters et les fans, en élargissant, avaient beaucoup d’imagination.
 
Nous avons encore tous en tête la fin du match en Serbie. Qu’est-ce qui est passé dans votre esprit quand vous avez vu ce mec arriver ?
Je n’ai pas vraiment réfléchi. J’ai vu Solveig sur le chemin de cet abruti, j’ai juste pensé à la protéger. C’est vraiment en regardant les images que j’ai compris ce qui s’était vraiment passé. Je crois que je suis passée en mode instinct de conservation.
 
C’est une belle preuve d’amour.
J’ignore si cela peut être considéré comme une preuve d’amour mais je le referai sans aucune hésitation. Et je ferai tout ce que je peux pour protéger Solveig. Même si je dois encore prendre des coups à sa place.
 
Comment va votre épaule ?
Elle est moins douloureuse mais il faut attendre et être patiente. De nouveaux examens seront réalisés après les fêtes.
 
Quel est votre programme pour cette fin d’année ?
Je vais passer Noël avec ma famille en Suisse et le nouvel an ici avec l’équipe.
 
Vous ne passez pas Noël avec Solveig ?
Pas cette année. Je n’ai pas vu ma famille depuis août et vu les derniers événements ma mère veut vérifier que je suis en un seul morceau et Zoé ma petite sœur est surexcitée à l’idée que l’on organise ses prochaines vacances à Copenhague.
 
Il est normal qu’elle veuille passer du temps avec vous.
Elle veut surtout passer du temps avec Solveig et l’équipe de Copenhague.
 
Jalouse ?
Non car Solveig est un bon exemple à suivre.
 
Notre interview s’est arrêtée sur cette note de respect. Dans ses réponses, nous voyons bien la différence que Danielle fait entre Solveig sa petite amie et ANDERSEN la joueuse de handball. Il est agréable de voir le petit sourire qu’elle a quand elle parle de sa relation amoureuse et le respect qu’il y a dans sa voix quand elle s’exprime sur sa capitaine. Il y a même une pointe d’admiration pour le jeu de la n°10 de Copenhague.
 
            Solveig sourit en lisant la fin de l’interview mis en ligne en fin d’après-midi. Il y avait de vrais sentiments dans les réponses de Dane.
« Tu ne sais pas où j’ai mis mon chargeur de téléphone ? »
Depuis vingt minutes Danielle tournait dans la maison. Elle partait le lendemain pour la Suisse et elle essayait de regrouper ses affaires.
      Il est posé à côté de la télévision.
      Merci.
Solveig aimait voir traîner les affaires de Danielle dans sa maison. Même si elle n’habitait pas ici cela donnait un avant goût et presque l’illusion qu’elle était là tout le temps.
      Johanne a mis ton interview en ligne.
      Déjà ! Et qu’en penses-tu ?
      C’est bien. J’aime quand tu me fais de telles déclarations d’amour.
      Moque-toi.
      J’ai juste une question.
      Je t’écoute.
      Qui est Anne-Laure CASNAVE pour toi ?
Danielle arrêta ce qu’elle était en train de faire et regarda Solveig étonnée.
      Comment connais-tu Anne-Laure ?
      Tu as parlé d’elle dans un de tes moments « comateux ».
Dane s’approcha de Solveig et comme la veille, elle vint s’asseoir sur la table basse en face d’elle.
      Ok. Anne-Laure aurait pu être ton équivalent mais elle n’avait ni ta classe, ni ton talent. Notre histoire n’a été que fétu de paille. Elle m’a plaquée juste après ma blessure au genou. Elle était avec moi car j’étais l’espoir montant mais après ma rupture du ligament croisé, elle a trouvé que je n’étais plus assez intéressante. Elle n’est rien pour moi.
Danielle vint à nouveau à califourchon sur les jambes de Solveig.
      A côté de toi, elle n’est rien. Elle ne t’arrive même pas à la cheville. C’était une erreur de jugement que j’aimerais laisser dans mon passé.
      Ok. Merci pour la précision. Je suis désolée de te poser ce genre de question.
      Non, tu as le droit. Mais garde en tête que je t’aime. Jeg elsker deg !
      C’est très joli quand tu le dis en norvégien.
      Alors je te le dirais plus souvent.
Danielle vint poser ses lèvres sur celles de Solveig. Elles n’avaient plus envie de parler.
 
***
 
Danielle et sa mère se promenait au bord du lac Léman en cette veille de Noël. Helena avait demandé à sa fille de l’accompagner pour l’achat d’un dernier cadeau. Ce n’était bien sûr qu’une excuse. Elle voulait surtout être seule avec sa fille pour avoir une discussion. Beaucoup de choses s’étaient passées depuis le mois de juin et l’anniversaire de Zoé.
« Tu vas bien ? »
      Oui maman, ne t’inquiète pas.
      Ton bras ?
      C’est beaucoup moins douloureux qu’au début.
      Si tu savais comme nous avons eu peur.
Danielle se souvenait des messages que sa mère avait laissés sur sa messagerie vocale avant que Solveig ne l’appelle pour rassurer tout le monde.
      Je m’en doute mais ce sont les risques du métier.
      Ce n’est pas un métier.
      Je gagne pourtant bien ma vie.
      Tu gagnais bien ta vie avant aussi.
      Tu as quelque chose à me dire maman ?
      Je m’inquiète pour toi.
      Pourquoi ?
      Tu as rencontré Solveig et du jour au lendemain tu as quitté ta vie à Lyon pour la rejoindre. Elle a l’air très gentille mais…
Danielle s’arrêta de marcher et obligea sa mère à faire de même.
      Mais quoi maman ? Je ne suis pas partie du jour au lendemain et encore moins sur un coup de tête. Nous avons passé un an à apprendre à nous connaître. Ensuite, j’ai eu une proposition qui me permettait de pouvoir être avec elle, de jouer au hand dans le meilleur championnat européen  et de vivre une magnifique aventure sportive.
      Oui mais regarde, tu es blessée.
      Ce n’est pas la première fois et ça ne sera sûrement pas la dernière. Je te rappelle que je me suis souvent blessée au foot aussi et à ce moment là, tu ne m’as jamais parlé d’arrêter. Et regarde, même après ma rupture des ligaments croisés, j’ai pu reprendre le sport de haut niveau sans problème.
      Qu’est ce qui se passera si tu te blesses plus gravement et que tu ne peux plus jouer ?
      Je reprendrais mon poste à Lyon, je suppose.
      Tu pourras la quitter ?
      Je n’ai pas envie de la quitter. Si tu me disais ce qui te dérange vraiment maman.
Helena hésita. Elle n’avait jamais vraiment parlé de l’orientation sexuelle de sa fille. En tout cas pas depuis le soir où elle avait annoncé, entre le fromage et le dessert, qu’elle préférait les filles. C’était il y a presque 10 ans.
      Tu sais que je n’ai jamais eu aucun problème avec ton homosexualité, c’est ta vie, ton choix mais depuis que tu es avec Solveig, tu es plus exposée. Votre vie privée est exposée.
      Pas tant que cela maman. Les gens ne sont pas envahissants et les journalistes respectent notre intimité. Depuis l’histoire stupide avec Andy, il n’y a pas eu d’autre vague.
      Mais regarde ce qui s’est passé en Serbie. Ils s’en sont pris à vous car vous êtes Lesbiennes.
      Ils ne l’ont pas fait uniquement pour cette raison car ils n’ont tout simplement pas besoin de raison pour taper. Et ça aurait pu m’arriver n’importe où. Il y aura toujours des homophobes quelque soit le lieu où je vivrais.
      Je sais. Mais pour la protéger tu as mis ta santé en danger.
Danielle sentait que sa mère allait avoir un contre argument pour toutes ses réponses.
      Et je le referais maman. Petite, tu me disais que l’on aimait quand on était prêt à tout faire pour l’être aimé. Et pour elle, je serais prête à me battre contre tous les cons homophobes de la terre.
      Tu l’aimes vraiment ?
      Oui.
      Tu es partie pour elle ?
      Entre autre comme je te l’ai expliqué.
      Et elle, elle t’aime ?
      Oui.
      Comme toi tu l’aimes ?
      Je pense.
      D’accord.
Helena avait capitulé trop tôt aux yeux de Danielle. Elles n’avaient pas encore atteint le fond du problème, ce qui voulait dire qu’elle n’était pas encore convaincue. Sa mère allait recommencer à marcher mais elle l’arrêta encore.
      Maman, il faudrait que tu viennes à Copenhague, que tu vois ma vie là haut. Et je te promets que tu ne t’inquiéteras plus. Je vais te donner un exemple : à Lyon quand nous étions blessées, nous devions aller au centre médico-sportif alors qu’au Danemark le centre de soin est sur place avec une équipe très compétente.
      Ton père voudra venir et nous ne pouvons pas laisser Zoé toute seule.
      Zoé m’a demandée de venir passer les prochaines vacances à Copenhague. Elle est impatiente de visiter le Danemark. Nous pourrons même faire un saut en Norvège ou en Suède.
      Elle t’a demandé de négocier ?
      Oui. Depuis que vous êtes revenus à Lausanne, il n’y a que papa qui bouge pour son travail et même pour les vacances vous ne sortez pas de la Suisse. Je vous ai connu plus aventureux.
      Nous vieillissons ma fille.
      Sans doute, mais Zoé mérite de voir autre chose.
      Tu vis chez elle ?
La question soudaine surpris un peu Danielle mais sa mère était championne pour changer de sujet quand elle n’en aimait pas la tournure.
      A mi-temps. Ce qui l’agace.
      Pourquoi ? Elle ne veut pas que tu vives chez elle ?
      Si au contraire, elle n’aime pas quand je rentre chez moi.
      Et toi, tu ne veux pas vivre avec elle ?
      Si mais je ne veux pas brûler les étapes.
      Bien. Allez rentrons, ils vont se demander ce que nous faisons.
Cette fois-ci Danielle n’arriva pas à empêcher sa mère de repartir. La discussion était tombée à plat et rien n’était réglé au sujet de sa vie avec Solveig. Elle savait pertinemment que pour les vacances de Zoé c’est son père qui prendrait la décision et qu’elle n’aurait pas de mal à le convaincre.
 
***
 
Solveig regardait son père couper du bois. Depuis qu’elle était petite, elle s’asseyait sur la vieille souche et pouvait passer des heures à l’observer. Il posa une bûche sur le tas et se tourna vers elle.
« Comment va Danielle ? »
      Mieux.
      Son épaule, ce n’est pas trop grave ?
      Nous en saurons plus après Noël quand elle sera rentrée à Copenhague.
      Tu sais que ta mère était à la limite de lui construire une statue.
      En quel honneur ?
      Elle t’a sauvé la vie.
      Tu exagères !
      Ta mère le pense.
      C’est maman qui exagère alors.
      Mais tu reconnaîtras qu’elle a un sacré courage ta copine.
      Oui.
      Prendre le risque d’être gravement blessée et d’hypothéquer sa saison pour toi, elle doit vraiment t’aimer.
      Oui. J’ai mis du temps à comprendre.
      Comment ça ?
      J’ai été stupide. J’ai rien vu.
      Tu veux en parler ?
Jørgen vint s’asseoir à côté de sa fille.
      Dane ne parle pas beaucoup de ses sentiments et j’ai cru l’espace d’un instant qu’elle était avec moi pour toutes les raisons qui me font peur. Nous en avons déjà discuté de cela tout les deux.
      Ta peur de ne pas être aimé pour toi ?
      Oui.
      Si j’ai bien tout suivi, c’est toi qui es allée la chercher la première fois, elle a voulu prendre le temps de te connaître avant de commencer quelque chose avec toi, elle n’a pas souhaité ébruiter votre relation, elle n’est pas pendue à ton cou constamment et elle est même plutôt discrète quand vous êtes en public. Il avait compté sur ses doigts tout en énumérant les faits. Tu penses vraiment que si elle ne voyait en toi que la star, elle se comporterait de cette manière ?
      Non.
      En Serbie, elle t’a donné la plus belle preuve d’amour qu’elle pouvait.
      Je sais. Et je l’aime encore plus en sachant qu’elle est capable de faire ça.
      Tu t’es rendue compte que le hand n’était pas sa priorité ?
      En quelque sorte. C’est ce qui ressortait de nos conversations mais les actes sont mieux que les grands discours et son geste était… Wow !
      Je pense que c’est le bon terme car ce barge aurait pu lui faire bien plus mal comme les deux premiers qu’elle a arrêtés sur le parquet.
      Je sais, j’ai vu les images après. Je n’avais pas eu conscience de ce qui c’était passé avant que Tero nous rejoigne.
      Tu as dû avoir très peur ?
       Sur le coup, j’étais plus en colère contre tous ces gens. C’est plus tard en revoyant les images à télé que je me suis  vraiment rendue compte de la violence des faits.
      J’espère que les instances prendront des sanctions. En attendant, il faut penser à l’avenir, le tour suivant et les autres matchs.
      Oui.
Il serra Solveig dans ses bras.
      Tu m’aides à rentrer le bois ?
      Comme d’habitude.
 
***
 
            Noël se passa tranquillement pour Danielle dans la grande maison de son oncle située à Montreux. Son Grand-Père n’avait pas pu venir à cause de la neige trop importante dans ses montagnes. Elle était un peu déçue, les Noëls avec Hans avaient une saveur particulière. Petite, elle l’associait au Père Noël. Elle avait même exploré la grange pour vérifier que les rennes n’y étaient pas cachés. Le fait qu’il ne parle pas lui avait toujours donné un côté secret et mystérieux. Il lui avait appris à communiquer différemment. Beaucoup de choses passaient par son regard. Et c’est sans doute le regard bien veillant de son Grand-Père qui lui avait manqué quand elle avait ouvert ses cadeaux.
 
            Solveig, de son côté, avait dû composer avec la déception de ses nièces et de son neveu de la voir arriver sans Danielle. Eirik qui avait demandé au Père Noël un nouveau bras pour la joueuse française, s’inquiétait pour la livraison. Mais la magie de Noël avait opéré ainsi qu’un coup de fil le 25 au matin à Danielle pour leur faire oublier la non-présence de leur nouvelle amie. Elle aussi aurait voulu partager les fêtes de fin d’année avec sa petite amie mais c’était encore un peu trop tôt pour leur famille respective. Elle attendait donc le 31 pour retrouver Dane et son épaule en voie de guérison elle l’espérait.

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Dim 26 Avr 2015 - 22:50

COPENHAGUE – Rééducation
 


Mardi 1 Janvier  2008 – 20h12
Année 2008
 
Godt nyttår !
Bonne année à tous !
 
2008, année des Jeux Olympiques qui verra les équipes de Norvège, d’Allemagne, de Suède et de France s’envoler pour la Chine. Ces quatre nations étant représentées dans l’équipe de Copenhague chacune essayera de faire partie du groupe des sélectionnées. Malheureusement pour les autre joueuses, du Danemark et de la Belgique, elles devront regarder la compétition à la télévision car non qualifiées pour cette compétition.
ARLENSEN, ANDERSEN, SNORROEGGEN, AAMODT étaient toutes les quatre du titre de championne du monde en France. On peut penser qu’Ikka SORENSEN va à nouveau leur faire confiance pour cette campagne Olympique.
ENGLERT peut elle aussi prétendre à une place en sélection Allemande en compétition avec la gardienne de Karlsruhe pour une place de titulaire.
 SHELING et TORSTENSON deux piliers de la défense Suédoise devraient elles aussi en toute logique voir Beijing.
La plus grande inconnue reste KASLER. Elle ne faisait pas partie du groupe France pour les mondiaux mais aux vues de sa dernière saison à Lyon et sa première moitié de saison ici à Copenhague, elle a le niveau pour postuler à une place d’arrière droit. Reste à savoir si Paul DIEMERE lui fera confiance.
 
Mais avant de penser aux anneaux Olympiques, il va falloir se concentrer sur le championnat qui reprend le 4 janvier par un déplacement à Arhus.
 
En ce qui concerne la Ligue des Champions, le tirage du second tour a eu lieu et le Groupe 2 est presque un mini championnat danois avec trois équipes sur quatre : Copenhague, Viborg, Slagelse. L’intrus étant Maria Enzersdorf, club autrichien. Le premier match sera le 10 février à Viborg.
 
Petit tour par l’infirmerie où seule KASLER s’y trouve. Elle a passé de nouveaux examens avant le réveillon du nouvel an. Son épaule cicatrise mais elle sera indisponible au moins 3 semaines encore. Tero PITKAMAKI, le kiné de l’équipe, a précisé que son entraînement serait adapté à sa rééducation pour qu’elle reste en bonne condition physique et mentale pour reprendre dès que possible la compétition.
 
Je vais encore profiter un peu de ma Norvège natale avant de vous retrouver dans 3 jours à Copenhague. Remettez-vous bien de votre 1er de l’an.
 
 
***
 
Pas vraiment le temps de souffler pour l’équipe de Copenhague qui dès le 2 janvier était à l’entraînement. Danielle aussi était là, pas dans le groupe mais dans la même pièce en travail spécifique avec Tero. Elle n’avait plus l’attelle mais un strap complexe qui dépassait de son t-shirt sans manche.
Solveig profitait des pauses entre les exercices pour l’observer travailler. Les bras croisés sur sa poitrine, elle enchaînait les séries d’abdominaux. Elle n’arrivait pas à savoir si la grimace qu’elle faisait était liée à l’exercice en lui-même ou à une douleur due aux mouvements dans son épaule. Elle avait continué par un travail d’appui tonic. Son bras droit ne bougeait pas vraiment. Elle se servait juste de quelques mouvements de l’avant bras pour s’équilibrer. Elle termina par un petit jeu de passe uniquement bras gauche avant de partir aux soins.
Solveig retrouva Danielle dans les vestiaires. Elle avait déjà pris sa douche et portait un jean et un soutien-gorge de sport. Ses cheveux humides étaient en bataille. Et le strap était toujours en place.
« Comment tu te sens ? demanda-t-elle en commençant à se déshabiller.»
      Ça va.
      Ton épaule ?
      Tero m’a fait un tel strap que je ne peux pas vraiment bouger donc pas de douleur.
      Tu dois le garder ?
      Oui au moins une semaine. J’attends qu’il sèche un peu avant de mettre ma chemise. Je t’ai emprunté une veste de survêtement car je n’en avais qu’une et elle est au lavage.
      Pas de problème. Tu rentres avec moi ou tu veux que je te dépose ?
      Avec toi. Seule, ce n’est pas très pratique pour me faire à manger.
      Je serais ravie de m’occuper de toi encore un moment.
      Merci.
      Je vais prendre ma douche. Je fais vite.
Solveig prit sa serviette, fit quelques pas mais revint en arrière. Elle était dans le dos de Dane et vint poser ses lèvres dans le cou de sa petite amie, à la limite du bandage. D’ici elle pouvait voir les traces de l’énorme bleu qui s’était formé autour de l’articulation après le choc. Il commençait à disparaître. Mais surtout elle avait ressenti le frisson que Danielle n’avait pu retenir au contact de la bouche de sa capitaine.
      Tu ne devrais par jouer à ça.
      Je sais. Tu n’aimes pas que je le fasse.
      Non, mais c’est parce que je ne suis pas en mesure de savoir si je vais pouvoir résister.
      Ho ! Je vais être sage alors, il ne faudrait pas apporter de l’eau au moulin de Katri.
      Il ne faudrait pas me faire quoi ? demanda l’intéressée qui venait de rentrer.
      Rien Katri. Rien…
Solveig sourit et partit prendre sa douche pour de bon cette fois.
 
***
 
            Danielle s’entraîna pendant quinze jours exclusivement avec Tero. C’était frustrant de ne pas être avec l’équipe, en plus ses horaires étaient décalés et elle ne voyait pas souvent ses coéquipières. L’émulation provoquée par le groupe lui manquait.
            Solveig était restée à distance, la laissant suivre son programme de rééducation. Jusqu’au lendemain du match contre Arhus, Danielle avait été dans la même salle et elle avait pu la surveiller du coin de l’œil. Ensuite Tero étant pris par d’autres obligations pendant leur horaire d’entraînement, le planning de Dane avait changé. Le quatorzième jour, elle avait craqué et une heure après la fin de sa propre séance, elle était revenue à l’Aréna. Elle avait trouvé sa petite amie en train de faire des frappes de divers endroits du terrain, aussi bien pied droit que pied gauche. Il y avait de la puissance et de la précision dans les tirs de la jeune femme. Elle ne put s’empêcher d’applaudir une fois tous les ballons dans la cage. Danielle s’était retournée, étonnée de la voir là.
« Tu es vraiment douée. Il faut vraiment que je trouve une vidéo d’un de tes matches. »
      Qu’est ce que tu fais là ?
      J’en avais marre de t’attendre à la maison tous les soirs. Alors je suis venue t’encourager.
      Merci.
      Jouer au foot t’aide vraiment dans ta rééducation ou c’est juste pour t’amuser en fin de séance ?
      Ça m’aide beaucoup car tu es obligée de te servir de tes bras pour t’équilibrer sur les frappes. Cela me fait écarter mon bras droit pour cadrer sinon j’aurai assommé Tero dans le coin.
      Ok. Tu as bientôt fini ?
      Il faut demander au coach !
Tero les rejoignit en lui lançant sa serviette.
      C’est bon pour aujourd’hui. Tu as bien travaillé. Pense à tes étirements et prends un bon bain pour détendre ton dos. Et pas d’acrobatie dans la baignoire.
      T’es bien le cousin de Katri !
      Nous avons quelques chromosomes en commun c’est vrai.
      A demain Tero.
      Bonne soirée les filles.
 
            Le lendemain, c’est devant un panneau de basket que Solveig rejoignit Danielle.
« Hier, tu jouais au foot, aujourd’hui au basket, quand est-ce que tu reprends le hand ? »
      Demain.
      Bien. Elle enlaça Danielle. Tu me manques sur le terrain.
      Nous ne jouons ensemble que depuis cinq mois, ne me dis pas que tu es déjà accro.
      J’ai été accro dès le premier entraînement. Et même avant…
 
***
 


Vendredi 18 Janvier  2008 – 19h00
J14 / Copenhague - Slagelse
 
Ce soir Copenhague affronte Slagelse actuellement troisième du championnat. L’équipe de la capitale est pour l’instant invaincue. L’objectif est de le rester mais cela va être dur ce soir car une petite épidémie de grippe a touché l’équipe. ARLENSEN, SHELING, SNORROEGGEN, WOLLER et BLANKAERT sont clouées au lit. KASLER est dans le groupe mais elle devrait être encore trop juste pour jouer. Le poste le plus critique est donc celui d’arrière droit où les deux joueuses à ce poste semblent out pour ce soir. 
 […]
C’est la mi-temps : COPENHAGUE 10 - 15 SLAGELSE
Les joueuses de Copenhague souffrent en cette première mi-temps. TORSTENSON a du mal à ce poste qui la force à jouer sur la mauvaise main. Les solutions semblent manquer en attaque.
 
31ème minute : 11 - 15
KASLER a pris sa place à droite en défense. Sur un ballon intercepté elle délivre sa première passe décisive à ANDERSEN. Il va falloir voir si son épaule droite va tenir.
[…]
Fin du match : 28 - 30
 
Bilan de la rencontre :
Première défaite de Copenhague cette saison en championnat. KASLER a apporté de la stabilité en défense mais cela n’a pas suffi. Son épaule semble avoir tenue mais elle s’en est beaucoup moins servie qu’à l’accoutumée.
Petit accro dans le parcours espérons sans conséquence. Souhaitons un bon rétablissement aux malades et rendez-vous dans une semaine, au complet j’espère, pour le prochain match.
 
Prochain match : Frederikshavn - Copenhague  le 26/01/2008
 
Bonne soirée à tous !
 
***
 
            Une fois chez elle, Solveig s’écroula dans le canapé.
« Je suis claquée. Je me demande si je ne couve pas la grippe aussi. »
      Il ne vaudrait mieux pas. Je te rappelle que l’on va voir mon Grand-Père après-demain.
      Je sais. Et je suis très impatiente.
Solveig vit Danielle faire rouler ses épaules signe extérieur de tensions musculaires intérieures.
      Ton épaule te fait mal ?
      Non c’est bon c’est gérable. J’ai connu pire.
      Quand ?
      Tu le sais très bien.
      Comment ça ?
      Je sais que mon père t’a raconté mon accident quand j’étais petite.
      Il te l’a dit ?
      Non.
      … ?
      Le soir après la promenade que tu as faite avec mon père tu as laissé tes doigts courir sur les deux fines cicatrices que j’ai sur le bras. J’ai compris qu’il t’avait expliqué.
      Il m’a dit que tu ne devais sûrement pas te souvenir des faits exacts.
      C’est ce qu’ils croient tous mais je sais parfaitement ce qu’il s’est passé. Je n’en parle pas car ça met ma mère dans tous ses états et ça n’a plus vraiment d’importance. Je vais bien et il n’y a pas de séquelle.
      Si une mais elle est un plus et non un moins.
      Laquelle ?
      Tu tires des deux bras.
Danielle lui sourit. Solveig se leva et vint lui caresser les bras. Dane vint poser ses lèvres dans le cou de sa petite amie.
      Il y aura eu au moins une chose positive dans l’histoire.
      Oui. Un signe distinctif qui n’appartient qu’à toi. Et puis les ambidextres c’est aussi pratique dans d’autres domaines.
      Ah oui lesquels ? demanda Danielle un sourire en coin.
      Suis-moi, je vais te montrer ce que j’attends de toi.
      Tu n’es plus fatiguée ?
      Non.
L’éparpillement de leurs vêtements traça un chemin du salon à la chambre. Elles n’allumèrent pas la lumière, elles savaient se trouver dans le noir. Solveig ne chercha pas à savoir de quelle main Danielle l’avait conduite au plaisir. Tout ce qui importait c’était leurs deux corps nus, moites de transpiration, cherchant chacune à retrouver son souffle.

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Lun 4 Mai 2015 - 0:36

GAMS – Rencontre et vérité
 
            Solveig et Danielle atterrirent à Zurich, elles louèrent une voiture et prirent la direction de la frontière du Lichtenstein. Thia leur avait donné trois jours de repos et elles en avaient profité pour aller rendre visite au Grand-Père de Danielle. La capitaine norvégienne profitait du paysage laissant Dane conduire sur les routes de montagne enneigées. Plusieurs sentiments se partageaient la vedette dans son cerveau : l’impatience et l’appréhension. Son Grand-Père était une personne importante pour Danielle et Solveig voulait faire bonne impression. Depuis qu’elles avaient atterri en Suisse, sa partenaire avait un sourire accroché aux lèvres.
            Elles traversèrent un village du nom de Gams et juste avant le panneau de sortie, Dane tourna à gauche et elles se retrouvèrent sur une route en lacet tracée entre deux murs de neige.
« Tu es sûre de ton coup ? »
      Oui ne t’inquiète pas. En disant cela elle posa rapidement sa main sur la cuisse de Solveig pour la rassurer avant de reprendre le volant à deux mains.
Au bout de ce tunnel blanc, elles débouchèrent dans une grande cour complètement dégagée. Un chalet avec un étage leur faisait face, une grange fermée sur leur droite et une remise à bois sur la gauche.
      Nous sommes arrivées.
      C’est le bout du monde !
      Seulement le bout de la route.
Un homme à la carrure imposante se trouvait sur le perron. Il devait mesurer au moins un mètre quatre vingt dix, des épaules larges et une mâchoire carrée.
      C’est ton Grand-Père ?
      Le seul et unique.
Danielle ouvrit la portière et courut rejoindre son aïeul. Elle lui sauta dans les bras. Solveig sortit à son tour de la voiture et resta appuyée contre l’aile à regarder le corps de sa petite amie disparaître dans l’étreinte du géant. A cet instant elle la trouva encore plus petite.
« Sveig viens que je te présente. »
La capitaine norvégienne s’approcha.
      Sveig, je te présente Hans mon Grand-Père. Grand-Père, voici Solveig ANDERSEN ma petite amie.
      Enchantée de vous rencontrer, Monsieur.
Alors qu’elle s’attendait à entendre la voix de cet homme qu’elle avait imaginée posée, elle ne le vit que bouger les mains.
« Il te dit qu’il est heureux de te rencontrer et que tu es la bienvenue ici. »
C’était la voix de Danielle.
      Mon Grand-Père ne parle pas mais il entend très bien. Il communique par le langage des signes. Je te traduirai ce qu’il dit et si je ne suis pas là, il écrira sur un bloc.
      Merci pour votre hospitalité Monsieur. Vous permettez que je parle un moment à votre petite fille ?
Hans hocha la tête pour donner son accord. Il avait senti que la jeune femme était un peu en colère que Danielle ne lui ait pas tout dit. Solveig s’éloigna en direction de la voiture. Alors qu’elle allait ouvrir le coffre, Danielle l’arrêta.
      Je suis désolée de ne pas t’avoir prévenue. Je ne voulais pas que tu aies des a priori sur sa mutité.
      Tu ne me fais pas confiance pour juger les gens sur ce qu’ils sont vraiment et pas sur leurs apparences ?
      Je te fais confiance sinon tu ne serais par là. Tu es la première que j’amène ici.
      Vrai ?
Danielle posa ses lèvres sur celles de Solveig.
      Vrai.
      Allons rejoindre ton Grand-Père avant d’être impolies.
 
Dans le chalet, il régnait une douce chaleur. Une grande cheminée se trouvait dans le salon qui ouvrait sur une cuisine bien équipée. Les poutres étaient en bois sombre en opposition aux murs plus clairs. Deux portes étaient sur le mur opposé donnant respectivement sur un bureau et un cabinet de toilette. Un escalier à 90 degrés, donnait accès à l’étage, aux chambres et à la salle de bains. Mais Danielle ne s’arrêta pas à cet étage et poursuivit vers un autre escalier au bout du couloir. Elles étaient à présent sous le toit dans une pièce unique qui comportait un grand lit posé sous un velux, un bureau, une bibliothèque remplie de livres, une commode et une penderie. Une fenêtre à trente centimètres du sol, devant laquelle était posée trois grands coussins, offrait une vue époustouflante sur la vallée.
« La vue est magnifique. Ça donne envie de s’asseoir dans les coussins et de rester là à lire pendant des heures. Nous dormons ici ? »
      Oui, nous sommes dans ma chambre.
      Ta chambre ?
      Ma chambre. Grand-Père a aménagé le grenier pour moi quand j’étais petite. Je ne voulais jamais rentrer le soir car je ne voulais pas arrêter de regarder les étoiles. Alors pour éviter que je reste allongée dans l’herbe toute la nuit, il a transformé le sous-toit en chambre et a fait poser un velux pour que je puisse regarder le ciel à l’abri dans la maison.
      C’est étrange j’ai l’impression que c’est presque plus ta chambre ici que chez tes parents à Lausanne.
      Tu n’as pas tort.
      C’est ici chez toi n’est-ce-pas ?
      Probablement…
 
***
 
            La soirée avait été très agréable. Elles avaient commencé par regarder le soleil se coucher dans la vallée, enlacées devant la fenêtre. Les bonnes odeurs venant de la cuisine les avaient invitées à descendre. Hans s’était révélé être un vrai cordon bleu et la viande en sauce servie avec une purée maison, très onctueuse, avaient été un vrai régal. Tout comme la tisane que Solveig avait dégustée, bien calée dans le canapé en compagnie de Danielle assise sur un pouf près du feu avec une tasse de lait, alors que son Grand-Père buvait un café dans son vieux fauteuil en cuir. La capitaine norvégienne avait été impressionnée par le silence quand Hans parlait. Juste ses mains et ses lèvres bougeaient sans émettre un son. Et l’association de la voix de Danielle aux paroles de son Grand-Père avait quelque chose de déstabilisant. S’il ne pouvait communiquer avec ses propres mots, il le faisait facilement avec ses yeux. Et le regard qu’il posait sur Dane était rempli d’amour et de fierté.
 
***
 
            Le lendemain, Solveig se réveilla seule. Le soleil était déjà levé. Elle avait dormi comme une souche. Le calme des lieux et la fatigue accumulée depuis le début de la saison avait eu raison d’elle. Elle s’étira, sortit de sous la couette et enfila un jean et un pull à capuche. Dans la cuisine, elle retrouva Hans assis à la table. Il écoutait la radio en buvant sa tasse de café. Il lui indiqua la cafetière et l’étagère des mugs.
« Bonjour. Vous savez où se trouve Dane ? »
Il prit le bloc sur la table et écrivit.
      Elle est allée à la ferme chercher du lait frais, du fromage et du pain au village. Elle ne devrait pas tarder à revenir. Vous avez bien dormi ?
      Ja. Takk. Jeg…[url=#_ftn1][1][/url]
Solveig s’arrêta au milieu de sa phrase. Elle venait de se rendre compte qu’elle parlait en norvégien. Et si elle avait utilisé sa première langue et non l’anglais c’était que les mots sur la page étaient en norvégien. Elle fit face à Hans et à sa question muette, il répondit d’un hochement de tête. Mais elle avait besoin d’être sûre.
      Vous parlez norvégien ?
      Oui.
      Où avez-vous appris ?
      A Trondheim.
      Vous avez vécu en Norvège ?
      J’y suis né.
      Quand ?
      En 1923.
Avant que Solveig puisse poser une autre question, il la devança en écrivant :
      La réponse à votre question suivante est : oui je suis norvégien.
Une folle idée traversa l’esprit de Solveig.
      Et Dane ?
      Aussi.
La joueuse de hand se laissa tomber sur la chaise plus qu’elle ne s’assit.
      Je comprends que la nouvelle vous étonne.
      C’est un euphémisme. Pourquoi elle ne me l’a pas dit ? Tout ce que j’apprends sur elle, je l’apprends des autres.
      Elle n’aime pas parler d’elle.
      C’est des conneries tout ça. On est ensemble depuis plus d’un an. J’ai plusieurs fois fait allusion au fait que j’aimerai la voir jouer en rouge et à chaque fois elle n’a rien dit.
Hans sentait la colère et la déception dans la voix de Solveig. Il savait pourquoi Dane n’avait rien dit mais c’était à sa petite fille de lui expliquer pas à lui. Il écrivit à nouveau et poussa le bloc vers elle.
      Laissez-lui une chance de s’expliquer. Elle pourrait vous surprendre.
      Elle me surprend tous les jours.
Solveig entendit la voiture entrer dans la cour. Elle se leva, attrapa son blouson et sortit.
 
« Hvorfor du ikke fortelle meg at du var norsk? [url=#_ftn2][2][/url]»
Danielle qui avait ouvert la porte arrière pour prendre les courses arrêta son geste. Elle la referma et se tourna vers Solveig une certaine interrogation dans le regard.
« Et n’essaie pas de me faire croire que tu n’as pas compris. »
      Je ne le parle pas. Je ne sais que le lire et l’écrire.
      Et ça t’empêchait de me dire que tu étais norvégienne ?
Danielle n’arrivait pas à déterminer si Solveig était en colère ou bien blessée du fait qu’elle ait gardé ça pour elle. En tout cas, elle n’était pas tout sourire comme d’habitude.
      J’ai peut-être pas envie d’être norvégienne.
      Pardon ?! Pourquoi ?
      Je n’en sais rien. C’est compliqué.
Solveig voyait que Danielle semblait un peu perdue et confuse. Elle comprit qu’il y avait quelque chose de plus profond qu’une simple dissimulation. Elle se radoucit pour dire :
      Essaie de m’expliquer, s’il-te-plaît.
      Je suis née en France à Lyon mais avant mes un an nous avions déjà déménagé à Londres. Comme tu le sais, j’y suis restée jusqu’à mes 13 ans. Ensuite nous sommes allés en Suisse à Lausanne, pour une durée de deux ans. Le temps nécessaire pour que l’accent suisse se mélange avec mon accent anglais. Quand nous sommes arrivés en France, tout le monde se moquait de ma manière de parler. Et au lycée, dès qu’ils ont découvert que j’étais suisse, j’ai eu droit à toutes les blagues possibles. A cette époque, il n’y avait que quand je faisais du sport que je me sentais bien. Libre de toute contrainte linguistique. Quand je rentrais sur le terrain de foot, je n’avais plus besoin de parler. Mon corps le faisait pour moi et d’une manière assez convaincante il faut croire. J’ai toujours vécu ma triple nationalité comme une contrainte. Au fond, je ne sais pas trop d’où je suis. Etre trois choses en même temps c’est compliqué et presque impossible.
      Je comprends mais pourquoi tu me l’as caché ?
      Avant de te rencontrer, la Norvège c’était uniquement mon Grand-Père et les descriptions qu’il m’en faisait. Le norvégien ce n’était qu’une manière de communiquer avec lui, comme un langage secret entre lui et moi. Puis tu es arrivée, les mots en norvégien ont commencé à avoir une texture sonore et tu as mis de vrais paysages sur des mots. Et ça m’a fait peur car être norvégienne à tes côtés c’est réel et je ne suis pas prête pour cette réalité.
      Mais cela veut dire que tu pourrais être sélectionnée.  
      C’est justement cette réalité-là qui m’a fait garder le silence. Je ne veux pas que tu espères que je sois sélectionnée en équipe de Norvège car tu risques d’être déçue.
Solveig posa ses mains sur le toit de la voiture de part et d’autre des épaules de Danielle.
      Entre une sélection française et une sélection norvégienne, tu choisiras la France ?
      Je ne sais pas. Je crois que je refuse de me poser la question car quelque soit mon choix, il ne satisfera jamais tout le monde. Pour le football c’était différent, c’était en espoir, ça ne m’engageait pas définitivement. Et pour le handball, l’équipe de Norvège est peut-être un rêve trop haut à atteindre. Tu l’as dit toi-même, je suis un bébé dans le hand.
Danielle avait baissé la tête en disant cela. Elle regardait le sol. Solveig lui releva le visage pour la forcer à la regarder dans les yeux.
      Ok. Alors premièrement, il va falloir que tu arrêtes de dénigrer ton talent car je vais finir par accrocher ta feuille de stats sur le frigo pour te faire comprendre que tu es douée, très douée. Tu crois quoi ? Que le club de Copenhague est venu te chercher pour tes beaux yeux ou pour me faire plaisir ? Non, Thia a vu en toi tes capacités, tes forces, ce que tu pouvais apporter à l’équipe. Tu es une grande joueuse de handball même si au nombre des années de pratique tu es comme je l’ai déjà dit un bébé. Et deuxièmement, me cacher ta nationalité norvégienne fait que tu as choisi d’être triste toute seule que l’on ne joue pas ensemble en équipe nationale. Et si tu choisis la France, je ne t’en voudrais pas de fermer la porte à mon équipe. C’est charitable de ta part de vouloir encaisser pour deux et me protéger de décisions conflictuelles mais nous sommes un couple, enfin du moins je l’espère, et dans un couple on encaisse à deux. D’accord ?  
Danielle essaya de dérober son regard mais Solveig l’en empêcha. Ses yeux lui posaient encore cette question importante. Dane inspira et répondit :
      Oui.
      Je serais sans doute déçue si tu choisis l’équipe de France, c’est sûr, mais savoir que tu participeras toi aussi à de grandes choses me redonnera le sourire. Et puis nous pourrons être à nouveau adversaire.
Danielle se redressa.
      Pour revivre la finale de Coupe d’Europe. Non merci.
Solveig sourit.
      C’est vrai que c’était horrible. A chaque fois que je te rentrais dedans, que je te mettais au sol, je me disais : c’est à la femme que j’aime que je suis en train de faire subir ça. C’était un super match. La victoire était belle car j’étais allée au fond de moi pour gagner. J’avais envie d’exploser de joie mais je te voyais assise contre le poteau de la cage. Tu avais l’air lessivé. Je voulais venir vers toi mais je ne savais pas si j’en avais le droit. Et puis comme si tu avais récupéré un peu d’énergie, tu t’es levée, tu t’es approchée de moi, tu m’as tendu la main. Si tu savais à quel point, j’avais envie de t’embrasser à ce moment-là.
      Je sais, j’en avais envie aussi mais…
      Tu n’étais pas prête à affronter tout ce que cela voulait dire.
      Oui.
      Je comprends ne t’en fais pas.
      Merci.
Solveig attira Danielle contre elle.
      Pour les sélections en équipe nationale, nous allons attendre et voir qui te contacte. Ça devrait être calme jusqu’en mars. Mais en attendant, je veux que tu me promettes de me parler quand tu as des doutes ou que des situations te font peur.
      Promis.
      Bien, allons prendre le petit déjeuner, je meurs de faim.
Solveig allait partir vers la maison mais Danielle la retint par la main.
      Sveig, Jeg er norsk og jeg elsker deg.[url=#_ftn3][3][/url]
      Jeg elsker deg også.[url=#_ftn4][4][/url]
Elles s’embrassèrent d’abord doucement puis leurs langues se cherchèrent. Solveig poussa Danielle contre la voiture et vint plaquer son corps contre le sien. Le soleil d’hiver projetait leurs ombres enlacées. Hans laissa retomber le rideau le sourire aux lèvres. La crise était passée.
 
***
 
            La nuit était complètement tombée sur les montagnes environnantes. Danielle était assise dans les coussins entre les jambes de Solveig appuyée contre sa poitrine devant la fenêtre. Elles regardaient les nuages passer devant la lune. Toute la soirée la capitaine norvégienne avait écouté l’histoire de Hans. Ses jeunes années insouciantes dans le centre et les faubourgs de Trondheim jusqu’à la seconde guerre mondiale et l’invasion de la Norvège par l’Allemagne. Elle avait entendu les mots que Danielle mettait sur les gestes de son Grand-Père et cela lui avait presque paru étrange une voix si douce pour l’histoire d’un homme si fort.
Il avait 17 ans quand l’armée du IIIe Reich avait posé les pieds sur le sol Norvégien. 17 ans et encore une voix. L’exécution sommaire de deux de ses amis en pleine rue l’avait poussé à rentrer en résistance. Son insouciance perdue, il était devenu un messager de la clandestinité. En 1943, il avait été arrêté, interrogé, torturé et mis dans un train direction le nord. Il s’échappa en sautant du wagon après une rébellion des occupants. De sa longue marche dans le froid glacial de cet hiver, il garda une trace indélébile. Ses cordes vocales gelées par les vents glacials ne vibrèrent plus. Jusqu’au débarquement allié et la fin de la guerre, il continua de se battre aux côtés des résistants pour la liberté de son pays. Marqué par l’occupation et n’ayant plus d’attache dans le pays, à 22 ans, Hans était parti parcourir l’Europe en ruine comme pour chercher à comprendre la folie qui s’était emparée des hommes sur cette trop longue période. Ses pas l’avaient conduit devant la ferme des parents de ce qui allait devenir la Grand-mère de Danielle. A 28 ans pour lui et 24 pour elle, ils se marièrent et eurent trois enfants dont Peter le père de sa petite amie. A partir de cet instant il n’avait plus quitté la Suisse sauf pour rendre visite à sa petite fille et n’avait jamais revu la Norvège.
Solveig avait appris pendant sa scolarité cette partie de l’histoire de son pays, elle avait lu les témoignages des résistants mais aujourd’hui elle en avait rencontré un et il n’était autre qu’une partie des liens du sang de la femme qu’elle aimait.
 
 « Ton Grand-Père est incroyable. »
      Oui. Je l’aime beaucoup.
      Tu l’aimes tout court il me semble.
Danielle sourit. Elle tourna la tête sur le côté pour poser un baiser sur la joue de Solveig.
      Oui, tu as raison. Je crois que je l’aime inconditionnellement.
Solveig promenait ses mains sur le ventre de Dane, tournant autour de son nombril.
      Pourquoi n’est-il jamais retourné en Norvège ?
      Je n’ai jamais trop su. Ma Grand-mère était d’ici, c’était sa terre, elle n’aimait pas la quitter. Elle n’est jamais venue en Angleterre, même Lausanne semblait trop loin. Au fil du temps, je pense que la Norvège est restée dans une autre vie et que ce pays est simplement devenu les contes pour enfants qu’il m’écrivait.
      Tu crois que la Norvège lui manque ?
      Oui sinon il ne chercherait pas à me faire aimer ce pays depuis mon enfance.
      Et tu l’aimes ce pays ?
      Så mye som jeg elsker deg.[url=#_ftn5][5][/url]
Solveig releva le menton de Danielle pour poser ses lèvres sur les siennes. Cette dernière se tourna pour venir s’allonger sur Sveig et approfondir le baiser. La capitaine norvégienne recula légèrement la tête pour dire :
      Il va falloir que l’on travail ta prononciation.
      J’ai toujours été douée pour les langues.
      J’ai remarqué que tu étais très douée avec ta langue.
      Dans bien des domaines…
      Tu devras faire tes preuves.
      Tout de suite si tu veux.
Danielle souleva le t-shirt de Solveig et fit le tour de son nombril avec sa langue, ce qui fit frissonner l’intéressée.
      Arrête que va penser ton Grand-Père ? Il dort à l’étage en dessous et il est muet pas sourd. Et tu sais que si tu continues, nous n’allons pas être discrètes.
      Il va penser que nous nous aimons dans tous les sens du terme. Et Grand-Père ne me jugera jamais sur ma manière d’aimer.
Sur ces mots Danielle remonta plus haut le t-shirt de Solveig pour venir caresser ses seins.
      Et encore moins si tu cries de plaisir…
La capitaine norvégienne fit disparaître le petit sourire en coin de sa petite amie d’un profond baiser.
      Tu fanfaronnes mais rien n’est encore acquis… Hummmm…
Solveig ne put retenir un soupir de plaisir quand elle sentit le pouce de Danielle taquiner la pointe de son sein.
      Tu disais ?
      Encore.
Sveig attira Dane contre elle, ses lèvres contre les siennes, une main sur sa nuque l’autre sur le bas de son dos. Leurs langues avaient entamé une danse sensuelle que leurs corps comptaient bien prolonger. Les mains de Danielle avaient disparu sous le t-shirt de Solveig et se promenaient partout sur sa peau. Quand ses doigts rencontrèrent l’attache de son soutien-gorge, ils n’eurent pas besoin de beaucoup de temps pour en venir à bout. Dane se releva sur les genoux entraînant Solveig avec elle pour dénuder le haut de son corps. Sveig frissonna légèrement au contact de l’air sur sa peau mais plus encore en sentant la douceur des lèvres de sa petite amie se promener le long de sa clavicule. Avant de ne plus pouvoir résister aux caresses de Danielle, Solveig défit les deux premiers boutons de sa chemise avant de lui faire passer par la tête comme un pull. Les trois attaches sur le devant de sa brassière cédèrent juste avant que Danielle ne la force à se rallonger dans les coussins. D’un mouvement d’épaule, l’arrière droit s’en débarrassa et c’est sans aucune barrière que leurs poitrines vinrent se frôler. Le contact fit gémir Solveig et frissonner Dane. Elles roulèrent sur le parquet, Sveig se retrouvant au dessus de Danielle. Mais avant qu’elle n’ait pu prendre quelque initiative, elle se retrouva à son tour dos contre le bois et s’étonna de sa chaleur. Elle poserait la question plus tard. A cet instant elle était bien incapable de se concentrer sur une phrase complète alors encore moins sur une explication. Dane venait de glisser sa main sous l’élastique de son survêtement et trouvait parfaitement son chemin. Le contact de ses doigts sur son intimité, lui fit perdre le souffle. Elle posa les mains sur la nuque de Danielle pour plonger dans son regard. Ses yeux brillaient d’envie.
« Jeg vil du skal slikke meg[url=#_ftn6][6][/url]. »
Dane sourit à la demande de sa petite amie.
      Je sais que tu as compris et tu avais déjà compris la première fois que j’ai prononcé cette phrase.
      Alors que le cours de langue commence.
Danielle se libéra de l’étreinte de Solveig et descendit le long de son corps en semant des baisers sur son chemin. Elle fit glisser le bas de survêtement et la culotte de sa capitaine le long de ses jambes avant de les faire rejoindre le t-shirt abandonné plus loin. Elle embrassa d’abord l’intérieur de sa cuisse. Solveig sentait son souffle sur sa peau, si proche du centre de son désir. Elle passa sa main dans les cheveux de Dane pour la guider à l’endroit précis de son corps qui réclamait ses attentions. Mais cette dernière avait décidé de jouer et résista à la douce pression un petit sourire mutin sur les lèvres. Ses lèvres se promenaient sur la peau si douce de ses cuisses et son ventre parfois remplacées par sa langue. Les frissons qui parcouraient son corps n’étaient qu’une prémisse de ce qui allait suivre.
Et la première décharge ne se fit pas attendre. Quand le bout de la langue de Danielle rentra en contact avec le point le plus sensible de son corps, Solveig dut se bâillonner pour étouffer son premier gémissement. Elle connaissait les aptitudes de sa petite amie dans cet exercice. Sa langue savait être douce, joueuse parfois mais toujours précise au moment fatidique. Et le point de non retour n’était pas loin d’être dépassé. Solveig ne pouvait s’empêcher de bouger son bassin cherchant toujours plus de contact. Sa main droite avait agrippé le pied du lit et la gauche s’était saisie d’un coussin qu’elle plaqua sur sa bouche pour atténuer ses cris de plaisir. La vague avait été puissante et longtemps Dane l’avait laissé en suspension avant de laisser aller la pression. A présent, elle cherchait son souffle, les battements de son cœur tapaient à ses tempes, sa peau était moite et un sourire se dessinait sur ses lèvres.
Elle attira Danielle contre elle, sur elle. Elle voulait sentir tout son corps contre le sien pour prolonger les doux frissons qui remontaient le long de sa colonne vertébrale.
« Tu es un vrai petit diable… »
Danielle sourit et Solveig put voir briller ses yeux.
      Tu as aimé faire ça, n’est-ce-pas ? demanda Solveig.
      Autant que tu as aimé que je te le fasse.
Solveig embrassa Danielle, son propre goût était sur ses lèvres et elle trouva ça très sensuel. Elle fit rouler Dane sous elle, sans cesser de l’embrasser.
      Laisse-moi te rendre la pareille…
      Fais-toi plaisir ou plutôt fais-moi plaisir ou encore fais-nous plaisir…
 
            Hans souriait dans son lit. Les deux filles à l’étage supérieur s’en donnaient à cœur joie. Il entendait leurs gémissements et des bruits sur le parquet. Il en avait conclu qu’elles n’avaient pas utilisé le lit. Il était heureux de voir que sa petite fille ait trouvé quelqu’un pour partager sa vie. Solveig avait les épaules pour vivre avec Danielle et faire avec son caractère secret.
 
            Bien plus tard dans la nuit, Danielle et Solveig rejoignirent le lit. Lovées sous la couette, elles profitaient du calme et du silence de la nuit. Demain elles repartaient pour Copenhague…



[url=#_ftnref1][1][/url] Oui. Merci. J’ai…
[url=#_ftnref2][2][/url] Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu étais Norvégienne ?
[url=#_ftnref3][3][/url] Sveig, je suis norvégienne et je t’aime.
[url=#_ftnref4][4][/url] Je t’aime aussi.
[url=#_ftnref5][5][/url] Autant que je t’aime toi.
[url=#_ftnref6][6][/url] J’ai envie que tu me lèches.

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Mack
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Dim 10 Mai 2015 - 20:32

AUTRICHE – Baisse de régime !
 
            Dès le retour de leur parenthèse suisse, Dane et Solveig replongèrent dans la frénésie des rencontres. Des matchs de championnat à ceux de coupe d’Europe, pas le temps de souffler.
 


Mercredi 6 Février  2008 – 19h30
J17 / Viborg - Copenhague
 
23ème minute : 11 - 15
C’est un spectacle assez étonnant qui se déroule sur le bord du terrain. KASLER est allongée à gauche des remplaçantes de Copenhague. Tero PITKAMAKI, le kiné, est en train de la tordre dans tous les sens pour semble-t-il lui remettre le dos en place.
Rappelons que KASLER a été blessée à l’épaule au mois de décembre et elle, n’a repris la compétition que depuis fin janvier. L’accumulation des matchs semble laisser des traces sur l’organisme de la joueuse française.
HAMERSEN demande son temps mort. KASLER se relève et prend place dans le cercle.
[…]
24ème minute : 11 - 15
Le jeu reprend avec ANDERSEN sur le banc et KASLER en défense.
 
 
Danielle sortit de la défense pour aller chercher plus haut son adversaire. A chaque fois qu’elle levait le bras, une vive douleur se faisait sentir tout le long de ses muscles dorsaux. La contracture était apparue à la fin de sa rééducation et malgré le gros travail de Tero, cela n’avait pas suffi. Elle serra les dents et se concentra sur les déplacements de son adversaire.
 
 
 
 
 […]
Fin du match : 26 - 28
 
Bilan de la rencontre :
Victoire importante de Copenhague face à Viborg mais l’équipe semble fatiguée. Elles sont restées un grand moment sur le terrain pour une longue séance d’étirements.
KASLER avait le visage marqué à la fin du match et ARLENSEN dans son interview à TV3 ne cachait pas son épuisement.
Elles n’auront pas le temps de souffler car leur planning est extrêmement chargé dans les semaines à venir avec pas moins d’un match tous les trois jours.
 
Prochain match : Aalborg - Copenhague  le 13/02/2008
 
Bonne soirée à tous !
 
 
***
 
            Le radio réveil affichait 3 heures du matin et Danielle n’arrivait pas à dormir. Son dos lui faisait mal mais elle n’osait pas bouger de peur de réveiller Solveig. Elle finit par se lever et s’asseoir dans le canapé du salon. Elle prit son lecteur MP3 et se cala dans le coin contre l’accoudoir. Elle essayait de se concentrer sur la mélodie et le tempo pour penser à autre chose que la douleur.
            Elle somnolait quand elle sentit une caresse sur son genou. Elle ouvrit les yeux pour plonger dans ceux interrogateurs de Solveig.
« Qu’est-ce que tu fais ici ?
      Je n’arrivais pas à dormir et je ne voulais pas te déranger.
      Pourquoi tu ne dors pas ?
Danielle hésita un instant avant de répondre mais le regard de Solveig l’incita à ne plus rien lui dissimuler ou minimiser.   
      J’ai mal au dos.
      Au point de ne pas pouvoir rester couchée ?
      Il n’y a qu’assise comme ça que c’est supportable.
      Tu veux quelque chose contre la douleur ?
      Je suis déjà au maximum de ce que je peux prendre.
Solveig s’assit à son tour à côté de Danielle, lui prenant la main.
      Alors nous allons rester ici.
      Non, retourne te coucher. Tu vas mal dormir ici.
La capitaine norvégienne fit signe à Danielle de s’avancer. Elle se glissa dans son dos étendant ses jambes de chaque côté d’elle.
      Viens par là.
Dane vint s’appuyer contre la poitrine de sa petite amie et posa sa tête sur son épaule.
      Tu es bien ? ton dos ?
Son souffle sur sa joue était comme une caresse apaisante.
      Je suis bien mais toi ?
      Ne t’inquiète pas. T’avoir contre moi est très agréable mais il va vraiment falloir faire quelque chose pour ton dos. Voir Tero te manipuler de la sorte, c’est trop impressionnant, voir limite déstabilisant.
      Je sais, se faire remettre en place au milieu d’un match, ce n’est pas terrible.
Solveig passa ses bras autour du corps de Danielle pour venir poser ses mains sur son ventre.
      Je t’ai trouvé très courageuse. Tu me fais toujours penser à un petit soldat. Toujours prêt à aller au combat même en vrac.
Danielle sourit et tourna la tête pour déposer un baiser sur la mâchoire de Solveig.
      Merci pour la comparaison. Ça a toujours été mon problème. Je ne sais pas faire dans la demi-mesure dans le sport. Ça m’a déjà valu quelques blessures.
      Je crois que c’est le lot de la plupart des sportifs de haut niveau. Si tu t’arrêtes au premier bobo, tu ne fais jamais rien.
      J’ai toujours le sentiment d’abandonner mes coéquipières quand je suis dans l’incapacité de jouer.
Dans la pénombre du salon que seul le couloir éclairait, Solveig aimait entendre la voix calme et les intonations traînantes de Danielle. C’était un de ces moments où sa petite amie se confiait. Depuis le début de leur relation, il n’y en avait pas eu beaucoup. Danielle restait secrète. La dissimulation de sa nationalité norvégienne en était la preuve. Solveig s’était faite à l’idée qu’il lui faudrait plusieurs années pour connaître la femme qu’elle aimait.
      C’est à cause de l’implication que tu mets dans tout ce que tu fais. C’est une part de ton caractère que j’aime. Cette envie et cette volonté qui t’animent sur le terrain. Je suis heureuse que nos chemins se soient croisés, que tu aies été présente à ce tournoi de préparation et que tu n’aies pas eu peur de plonger avec moi.
Seule la respiration calme de Danielle lui répondit. Elle sourit devant le fait que sa petite amie venait de s’endormir alors qu’elle lui faisait une déclaration. C’était ça aussi Danielle, elle semblait avancer jusqu’à s’écrouler.
Elle resserra son étreinte et posa la tête sur le coussin. Elle aurait sûrement plein de courbatures tout à l’heure mais peu importait Dane avait besoin de dormir et si elle y arrivait dans cette position alors elle lui servirait de « support » jusqu’à ce qu’elle se réveille.
 
***
 


Mercredi 25 Février  2008 – 21h00
Entraînement
 
Depuis 2 jours, KASLER s’entraîne en dehors du groupe. Il s’emblerait que ses douleurs dorsales se soient aggravées. Elle était en « tête à tête » avec le kiné. KASLER est devenue une pièce importante dans l’effectif de HAMERSEN et son temps de jeu réduit est lié aux matchs plus accrochés des dernières semaines.
 
HAMERSEN n’a pas levé l’incertitude sur la participation de KASLER au prochain match contre le club Autrichien de Maria Enzersdorf en Ligue des champions, demain à l’Aréna.
 
***
           
            Danielle sortait des vestiaires et prenait la direction du parking. Thia la rattrapa alors qu’elle posait son sac dans le coffre.
« Dane, attends ! »
      Qu’est ce qui se passe ?
      Tu es pressée ou nous avons le temps de discuter ?
      Je dois rejoindre Solveig à la radio après son interview mais j’ai un peu de temps.
Elles retournèrent dans l’Aréna jusqu’au bureau de Thia, le parking étant trop « polaire » pour engager la conversation.
      J’ai discuté avec Tero, l’acupuncture a l’air de faire de l’effet mais je ne peux pas te demander de jouer à nouveau dans cet état.
      Alors exige-le.
      C’est une réponse étonnante.
      Ne me laisse pas le choix. Dis-moi si je suis dans le groupe ou dans les tribunes  mais ne me demande pas de choisir.
      Je peux te demander pourquoi ?
      Car je vais choisir de jouer et ce n’est peut-être pas la bonne décision.
Thia regarda son arrière droit. Elle savait que si elle lui disait de jouer, elle le ferait. Au risque d’aggraver sa blessure, elle ne laisserait pas tomber ses partenaires.    
      Alors tu vas rester dans les tribunes. Je préfère que tu te soignes en prévision de la fin de saison, plutôt que tu sois diminuée à chaque match.
 
***
 


Mardi 26 Février  2008 – 19h00
LC 2ème Phase de Poule / Copenhague - Maria Enzersdorf
 
Pour le 3ème match de cette 2ème phase de poule de Ligue des Champions, Copenhague reçoit le club de Maria Enzersdorf. Les Autrichiennes sont invaincues depuis le début de la compétition européenne tout comme Copenhague.
Les craintes sur la non-participation de KASLER à ce match se sont confirmées. Elle a pris place dans les tribunes. HAMERSEN n’a pas précisé sa durée d’indisponibilité.
[…]
Fin du match : 29 - 33
 
Bilan de la rencontre :
Copenhague s’incline par 4 buts d’écart. L’équipe autrichienne a appliqué un marquage strict sur ANDERSEN. Beaucoup de fautes ont été commises sur la capitaine qui a souffert physiquement. La fatigue des matchs précédents n’a pas permis au reste de l’équipe d’hausser leur niveau de jeu pour compenser le choix tactique de leurs adversaires.
L’absence de KASLER sur la feuille de match a facilité le jeu autrichien. La meilleure passeuse du championnat out, elles n’avaient qu’à se concentrer sur ANDERSEN pour annihiler les attaques danoises.
Face aux caméras de TV2, HAMERSEN a répondu aux questions sur l’absence de KASLER, justifiant son absence par le fait qu’il valait mieux qu’elle rate quelques matchs maintenant pour être à 100% pour la fin de saison plutôt que de la faire jouer à 50% et risquer d’aggraver la blessure.
Espérons que ce choix ne prive pas Copenhague d’une place dans le dernier carré de la Ligue des Champions.
 
Prochain match : Horsens - Copenhague  le 01/03/2008
 
Bonne soirée à tous !
 
***
 
            Une semaine plus tard, Solveig était assise à califourchon sur une chaise, les bras posés sur le dossier. Danielle était allongée sur le ventre sur la table de massage de Tero, le menton posé sur ses mains.
« Ça ne fait pas mal ? demanda Solveig. »
      Les aiguilles ? Non pas vraiment.
La joueuse franco-norvégienne avait plusieurs aiguilles plantées dans le dos, le long de sa colonne vertébrale, des cervicales jusqu’au bas des reins.
      Tu penses qu’un bisou magique pourrait aider ton dos à guérir ?
      Ça ne peut pas lui faire de mal.
Solveig bascula sa chaise sur l’avant pour se rapprocher de la table alors que Danielle se relevait en appui sur ses coudes. Solveig posa ses lèvres sur les siennes et par provocation fit glisser sa langue sur celles-ci. Danielle allait contre-attaquer quand Tero rentra dans la pièce.
« Hey ! Reste sage miss numéro 5. Je n’ai pas autorisé Sol à rester pour que vous vous fassiez des câlins. »
      Désolée Tero, dit Danielle en se rallongeant sagement.
      Si tu t’embroches avec les aiguilles, je vais avoir du mal à l’expliquer à Thia.
      Nous allons rester sages Tero, promis, s’engagea Solveig.
      Mouais par sécurité, je vais enlever les objets pointus.
Tero finit les soins par un massage et c’est une Danielle un peu toute molle que Solveig ramena chez elle.
 
            Danielle venait de terminer sa conversation téléphonique avec sa petite sœur. Solveig enjamba le dossier du canapé pour s’installer dans son dos. Elle appréciait beaucoup cette nouvelle position, elle avait même déplacé la télévision pour être encore mieux installées.
« Qu’est-ce que voulait tête d’ampoule de si urgent ? »
      Elle a lu que je ne faisais pas partie du voyage en Autriche et elle voulait savoir pourquoi.
      Elle s’inquiète ?
      C’est difficile de savoir avec Zoé. Elle a tendance à masquer ce qu’elle ressent derrière un rire.
      Vous avez chacune votre moyen de défense. Elle rit et toi tu restes silencieuse.
      Tu commences à cerner la famille KASLER.
      Je l’aime bien la petite famille KASLER même si ta mère ne m’apprécie pas trop.
      Mais si elle t’apprécie, c’est juste qu’elle s’inquiète toujours pour moi.
      Alors elle peut dormir sur ses deux oreilles, je veille sur sa fille.
Solveig enlaça Danielle et l’attira contre elle. Avant de venir poser ses lèvres dans son cou. Elle respira le parfum de sa petite amie.
      Tu vas me manquer.
      Tu ne pars que trois jours et encore pas tout à fait.
      Ça fait deux nuits sans toi.
      Dis-toi que c’est comme si je rentrais dormir chez moi. Et puis on ne dort pas ensemble en déplacement.
      Je sais mais tu ne vas même pas être à côté. Tu ne veux pas faire le déplacement ?
      Tero et Thia ont jugé qu’il était préférable que je reste au repos ici.
      Oui mais…
      Sveig, ne joue pas les petites filles capricieuses. Tu pars mardi et tu reviens jeudi. Nous avons été séparées plus longtemps pour Noël. Et dis-toi que je te regarderai jouer.
      Oui mais je préfère que tu sois dans les tribunes.
      Je sais mais plus vite je soigne mon dos plus vite je te rejoins sur le terrain.
      Ok. Tu as raison. Mais rien ne m’empêche de profiter au maximum de toi avant mon départ.
Solveig resserra sont étreinte.
      Je n’ai rien contre mais pas trop tout de même, ne me remets pas le dos en vrac. Thia ne nous le pardonnerait pas.
Danielle sentit la poitrine de Solveig vibrer sous son rire. Elle tourna la tête pour permettre à sa capitaine de l’embrasser sur les lèvres.
 
***
 
 
 
 
 
 
 


Mercredi 5 Mars  2008 – 18h00
LC 2ème Phase de Poule / Maria Enzersdorf - Copenhague
 
Match retour en terre Autrichienne. Copenhague s’est incliné de 4 buts au match aller. Espérons que le scénario sera différent ce soir. Leur défaite face à Horsens d’un petit but, en championnat, il y a 4 jours n’aide pas à reprendre confiance.
L’équipe devra encore se passer de KASLER qui n’est même pas dans les tribunes. Le staff ayant décidé de ne pas lui imposer un voyage en avion pour favoriser sa guérison. Sa date de retour à la compétition n’est toujours pas connue.
 […]
Fin du match : 32 - 26
 
Bilan de la rencontre :
Copenhague boit limite la tasse dans la banlieue Viennoise. ANDERSEN qui touche 7 fois les montants et qui sort à 1/4 d’heure de la fin touchée aux côtes. ARLENSEN pas dans un grand soir n’a pas su ou pu mettre la pression sur les attaquantes autrichiennes.
Deuxième défaite face à Maria Enzersdorf en l’espace d’une semaine et quatrième défaite de la saison. Il va falloir très vite qu’elles se re-concentrent pour affronter Slagelse dans quatre jours si elles veulent conserver leur deuxième place qualificative pour la suite de la Ligue des Champions.
 
Prochain match : Slagelse - Copenhague  le 09/03/2008
 
Bonne soirée à tous !
 
***
 
            Danielle était venue chercher Solveig à l’aéroport. Sa petite amie n’était déjà pas très contente de partir en déplacement sans elle et la défaite de six buts n’avait sûrement pas dû améliorer son humeur. Plusieurs journalistes attendaient à la porte de débarquement. Elle resta en retrait ne voulant pas entamer la conversation.
            La première à passer les deux grandes portes automatiques fut Thia comme si par ce geste, elle voulait attirer les journalistes pour protéger le reste de son équipe. Seulement deux mordirent à l’hameçon. Les autres attendaient quelqu’un d’autre… Et ce quelqu’un d’autre arriva en dernier. La première question ne se fit pas attendre :
« Mademoiselle ANDERSEN cette nouvelle défaite en Ligue des Champions n’est-elle pas inquiétante ? »
      Nous sommes toujours deuxièmes donc toujours dans la course pour le carré final.
      C’est la troisième défaite d’affilée, êtes-vous inquiète ?
      Non.
Solveig devait se maîtriser pour ne pas montrer son agacement. Elle n’avait qu’une envie rentrer et retrouver Danielle.
      Que pensez-vous des critiques qui disent que vous ne savez plus jouer sans KASLER ?
      Dane est un élément important de l’équipe mais il faut lui laisser le temps de se soigner.
      Et d’un côté personnel comment vivez-vous cet éloignement ? Le fait que votre petite amie n’ait pas fait partie de ce déplacement est-il la cause de votre baisse de rendement ?
Danielle qui se tenait derrière le groupe de journaliste avait bien compris la question et ne l’aimait pas du tout. Elle les contourna, fit face à Solveig, s’avança, posa une main sur sa nuque et l’embrassa. Son geste coupa la parole à tout le monde et Solveig en perdit le souffle.
« Salut toi ! Tu as fait bon voyage ? »
Danielle parla sciemment en français et Solveig lui répondit de la même manière. Les journalistes approchèrent leurs dictaphones, leurs micros et leurs caméras. Danielle sentait leur frustration de ne pas comprendre leur échange. Une fois leur discussion terminée, elle lui posa un dernier baiser sur les lèvres avant de passer son bras droit dans le dos de Solveig alors que celle-ci entourait ses épaules. Elles saluèrent les autres joueuses et prirent la direction du parking.
Liv rejoignit Thia :
« J’ai rêvé ou bien Dane vient de voler au secours de Sol. »
      Je ne crois pas que tu aies rêvé. Et rappelle-moi de ne pas oublier que Dane est très maligne.
      Pourquoi ?
      Elle vient de détourner l’intérêt des journalistes.
      Comment ? J’ai rien compris à ce qu’elles se sont dit.
      Justement. Ils vont se concentrer sur la traduction de leur échange et je ne serai pas étonnée que Dane ait laissé traîner une petite information pour les pousser à s’intéresser à nouveau à elle et pas à Sol.
 
***
 


Jeudi 6 Mars  2008 – 20h15
Aéroport
 
Vous avez tous vu les images de l’arrivée des joueuses de Copenhague à l’aéroport et certains d’entre vous meurent d’envie de savoir ce que se sont dit KASLER et ANDERSEN, alors en voici la traduction :
« Salut toi ! Tu as fait bon voyage ? »
      Oui ça va.
      Je ne sais pas si tu as mangé dans l’avion mais sinon j’ai préparé un petit repas.
      Merci c’est gentil.
      Comment vont tes côtes ?
      Ça tire un peu mais ça va vite passer.
      Bones est impatient de te voir. Il a passé les deux derniers jours chez moi.
      Tu l’as emmené à ton appart ?
      Ben, oui. Je n’allais par le laisser tout seul chez toi.
      Tu aurais pu rester avec lui chez moi.
      Chez toi sans toi ce n’est pas drôle. Et ne t’inquiète pas, il a trouvé sa place dans le canapé. On y va, il nous attend.
 
Voilà, vous pouvez remercier Marie (supportrice de l’équipe de Lyon que j’ai rencontrée au championnat du Monde en France l’été dernier et qui suit toujours le parcours de KASLER) pour cette traduction express.
Il semblerait que KASLER ait apprivoisé le chien d’ANDERSEN et qu’elles ne vivent décidément pas encore ensemble.
 
***
 
            Solveig était assise dans le canapé, la tête de Bones sur son genou. Le chien lui avait fait de nombreuses fêtes à son arrivée. Elle avait passé plus d’un quart d’heure à le gratouiller de partout. Elle lui fit une dernière caresse derrière l’oreille avant de se lever pour rejoindre Danielle dans la cuisine. Cette dernière enfournait un plat, qui semblait contenir un gratin de pâtes. 
Danielle sentit deux bras l’enlacer et le corps de Solveig se plaquer dans son dos.
« Dans un quart d’heure ça sera prêt. »
      Cela nous laisse quinze minutes pour faire des câlins.
      Je me demandais combien de temps tu allais encore rester sage. Tu n’as rien tenté dans la voiture. Tu n’as même pas esquissé un mouvement vers ma main quand je changeais de vitesse. Tu as caressé Bones avant moi. Je vais peut-être commencer à me poser des questions.
      J’ai mis du temps à me remettre de ton premier baiser. Tu m’as eu par surprise… et les journalistes aussi.
      C’était le but mais je n’ai aucune envie de parler d’eux pour le moment.
Danielle se tourna dans les bras de Sveig et passa ses mains sous la chemise de sa petite amie.
      C’est toi qui es entreprenante là.
      Bah tu traînes alors je prends les choses en mains.
Sur ses dires, elle remonta le long de ses flans, de ses côtes flottantes et vit Solveig avoir un léger mouvement de recul et grimacer.
      Merde tes côtes. Fais voir.
      Non c’est rien.
Mais Dane était déjà en train de déboutonner sa chemise. Elle la fit glisser sur ses épaules et inspecta le magnifique bleu qui remontait le long des quatre premières côtes.
      Elle ne t’a pas ratée. Tu as pris son genou ?
      Oui.
      Ça te fait mal quand tu respires ?
      Non je le sens quand j’appuie dessus ou que je me penche.
Solveig poussa doucement Danielle contre le plan de travail et la laissa pousser sur ses bras pour s’asseoir dessus.
      Et là, tu es exactement à la bonne hauteur, déclara la capitaine Norvégienne en prenant place entre ses jambes.
Sa chemise toujours ouverte, Solveig plaqua son bassin contre celui de Danielle. Les lèvres sur son cou et ses mains sur ses reins.
      Tu m’as vraiment manquée.
      C’était si dur que ça ?
      Horrible !
      Tu n’exagères pas un peu ?
      Non. J’en ai marre de jouer sans toi. C’est nul !
      Comment tu faisais avant ?
Solveig la tête posée sur l’épaule de Dane.
      Avant je ne savais pas que tu existais et que tu manquais à ma vie.
Danielle prit le visage de Sveig dans ses mains et plongeant dans son regard :
      Je suis dans ta vie et je vais bientôt être à nouveau sur le terrain.
Pour sceller ses dires, elle posa un tendre baiser sur ses lèvres. Le baiser devenait moins sage quand la sonnerie du four mis fin à leur « câlin ».
« Sauvée par le gong ! »
      La soirée n’est pas finie, déclara Danielle en sautant du comptoir.
 
***
 
            Les journaux du matin ne titraient pas sur la nouvelle défaite de Copenhague mais sur les problèmes de logement de Danielle KASLER. Certains de la presse people allaient même jusqu’à sous-entendre que Dane ne supportait pas de rester dormir chez sa petite amie. Et allant même plus loin en avançant que KASLER n’était pas blessée mais ne s’entendait plus avec ANDERSEN et que leur baiser n’était que supercherie.
 
            Sur les forums, le message était tout autre. Il était possible de lire ce genre de commentaires :
« C’était vraiment trop mignon de les voir s’embrasser en public c’est rare. »
« Je la comprends Dane ça doit pas être marrant d’être dans la maison de sa petite amie sans qu’elle soit là. En plus, elle est blessée et ne peut pas jouer ni les accompagner. »
« C’est marrant d’entendre Solveig parler en français. A quand Dane en norvégien ? »
« Elle forme vraiment un couple magnifique. Courage Dane, tu seras bientôt sur le terrain. »

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Oscar Wilde
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Mack
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Lun 18 Mai 2015 - 0:34

NORVEGE – Effet d’annonce
 
            Le vendredi matin suivant, avant l’entraînement, Danielle était devant le bureau de Thia. Cette dernière ne cacha pas sa surprise de la voir là alors qu’elle n’avait rendez-vous qu’à 11 heures avec Tero.
« Salut Danielle. Quelque que chose ne va pas ? »
Thia ouvrit la porte et fit signe à Dane de rentrer.
      Non tout va très bien. C’est justement pour ça que je venais te voir.
      Peux-tu être plus claire ?
      Je veux jouer.
      Tu es sûre ? Ne reviens pas trop tôt uniquement parce que les journalistes malmènent un peu le groupe. Ta santé en premier.
      Les journalistes n’ont rien à voir là-dedans. Je me sens bien. Mon dos ne me fait plus mal. Et j’en ai marre d’être sur la touche.
      Tu te sens prête pour dimanche ?
      Oui.
Thia observa Danielle. Elle avait ce regard déterminé identique à celui qu’elle avait sur le terrain.
      Tu permets que je te fasse passer un test avant, pour être sûre ?
      Bien sûr. Quand tu veux.
      Tu as tes affaires ?
      Oui.
      Alors va te changer, tu fais partie du groupe ce matin.
Thia ne sut pas quoi penser du demi-sourire qui apparut sur les lèvres de son arrière droit.
 
***
 
            Liv ne put rien faire sur le tir en extension à 9 mètres de Dane. Elle s’était appuyée sur Solveig avant de venir chercher le contact sur Linea. Une action classique.
 
« C’est bon les filles, étirements ! annonça Thia. Dane vient ici. »
La joueuse française prit la gourde que lui tendait sa petite amie et alla rejoindre Thia et Tero. Solveig tout en s’étirant surveillait la conversation.
« Comment tu te sens ? »
      Bien.
      Pas de douleur ?
      Aucune.
Tero s’avança.
      Tu permets que je regarde quelque chose.
      Je t’en prie.
Il lui fit décoller le bras du corps à 45 degrés et poussa à hauteur de son poignet. Danielle résista à la pression sans qu’aucun rictus de douleur n’apparaisse sur son visage.
      Ok. Encore un.
Il posa les deux mains sur ses épaules et alternativement poussa sur l’une et sur l’autre, forçant Dane à contre forcer pour garder son équilibre. Tero recula et se tournant vers Thia :
      C’est bon elle est réparée.
      Merci. Dane, tu es du groupe pour dimanche.
Le même sourire que plus tôt réapparut sur ses lèvres. Elle remercia Thia et rejoignit le groupe pour prendre part à la séance d’étirements. Solveig lui lança un regard interrogateur mais Dane fit mine de ne pas le voir.
           
            Sur le chemin des vestiaires, Solveig rattrapa Danielle :
« Alors ? »
      Alors quoi ?
      Ne me fait pas languir ? Qu’est-ce que Thia t’a dit.
      Jeg spiller ![url=#_ftn1][1][/url]
      Oui ?
      Oui.
Solveig attira Danielle contre elle et l’embrassa. Elle était à deux doigts de la plaquer contre le mur pour approfondir le baiser quand Katri qui passait dans leur dos dit :
« Vous avez une maison et un appart pour faire ça et au pire si vous êtes trop pressées il y a un hôtel à dix minutes ! »
Elles sourirent toutes les deux et restèrent un moment front contre front. Quelques minutes plus tard, elles rentrèrent dans les vestiaires et la porte à peine refermée, Katri en remis une couche :
« Si on en juge par le baiser torride dans le couloir et le sourire scotché à vos lèvres, nous pouvons supposer que Miss numéro 5 joue dimanche ! »
-         Bien déduit Katri, conclut Solveig.
 
***
 
            Le Copenhague Aréna était vide depuis longtemps, seul le bureau de Thia était éclairé. Elle préparait les prochaines séances d’entraînement et les spécifiques à mettre en place pour parfaire certains domaines de jeu. L’équipe allait rentrer dans la période compliquée de la saison : de plus en plus de fatigue accumulée et des matchs avec de plus en plus d’enjeux.
            Avant de partir, elle consulta ses mails et vit la confirmation de son dîner avec Ikka SORENSEN, la sélectionneuse norvégienne.  Elles devaient se rencontrer comme avant chaque échéance internationale pour un « état de santé » des joueuses norvégiennes de son équipe. La discussion de dimanche soir après le match contre Slagelse allait être intéressante et peut-être surprenante.
            Elle éteignit son ordinateur portable, la lumière et ferma son bureau. Sur le parking, elle respira l’air encore frais de ce début de mars en espérant que le retour de Danielle dans le groupe remettrait l’équipe dans les rails.
 
***
 


Dimanche 9 Mars  2008 – 19h00
LC 2ème Phase de Poule / Slagelse - Copenhague
 
Quatrième match de la saison contre Slagelse, les trois premiers se sont soldés par deux victoires à une pour Copenhague. Espérons que les adversaires n’égaliseront pas.
La nouvelle du jour est le retour de KASLER dans le groupe. Est-ce qu’elle va jouer ou bien est-elle juste là pour soutenir son équipe et rentrer en cas de blessure ? Les soixante prochaines minutes nous le diront.
 […]
1ère minute : 00 - 00
KASLER est sur le terrain, à son poste, à l’opposé du banc de touche ce qui signifie qu’elle va jouer une grande partie de la 1ère mi temps.
[…]
5ème minute : 01 - 03
ANDERSEN pénètre dans la défense, passe en retrait pour KASLER qui monte au tir : lucarne droite de la gardienne. Elle ne semble pas avoir peur de lâcher son bras. C’est de bon augure pour la suite.
[…]
29ème minute : 10 - 13
Arrêt d’ARLENSEN, récupération de KASLER, qui d’une longue passe trouve ANDERSEN en contre-attaque qui ne se prive pas pour tromper la gardienne adverse d’une feinte haute pour un tir bas.
[…]
Mi temps : 10 - 13
Des deux côtés, il y a un gros travail en défense de fait. Les espaces ne sont pas nombreux et la bataille est rude autour de la zone.
Ce match est important pour les deux équipes pour garder leur chance de qualification pour le dernier carré.
[…]
Fin du match : 20 - 27
 
Bilan de la rencontre :
Copenhague retrouve son jeu et son efficacité. La spirale de la défaite semble arrêtée. ANDERSEN finit meilleure marqueuse. KASLER semble être revenue très en forme. Utilisée uniquement en défense en deuxième mi-temps elle n’a pas lâché physiquement. Attendons la suite pour se réjouir et voir si elle retrouve le chemin de la victoire en championnat.
 
Prochain match : Copenhague - Esbjerg  le 12/03/2008
 
Bonne soirée à tous !
 
***
 
            Thia était attablée avec Ikka dans un restaurant de Slagelse. Elle avait laissé le reste de l’équipe rentrer à Copenhague. Elle louerait une voiture le lendemain pour faire le voyage retour.
« Alors pour commencer, quel est l’état physique de tes quatre norvégiennes ? »
      Katri a bien travaillé cet été pour régler son problème aux adducteurs. Lena manque un peu de temps de jeu à être la doublure de Sol mais elle a montré qu’elle sait être à 100% dès qu’elle rentre. Liv est fidèle à elle-même, pas de bobo et a encore progressée sur les balles croisées.
      Et pour Solveig ?
      Physiquement, elle est au top, elle accuse juste un peu de fatigue comme toutes ses coéquipières. Mais avec le retour de Dane, j’espère que les équipes adverses vont moins se focaliser sur elle. Elle prendra moins de coups.
      Comment ça se passe sa relation avec KASLER ?
      Aucun problème. Quand elles sont à l’Aréna, il est difficile de dire qu’elles sont ensemble. Pour ce qui est du hors terrain une seule mise au point a été nécessaire et elles l’ont faite avec intelligence.
      Bien. Alors je peux compter tes quatre joueuses dans le groupe.
      Assurément. Et pour le reste, tu gardes les mêmes que pour les Championnat du Monde en France ?
      J’aurai bien aimé mais il faut que je trouve une arrière droit. Emma vient de se faire opérer du ligament croisé antérieur gauche, six mois out donc pas de JO. Kristine pourrait prétendre au poste de titulaire mais elle a encore des faiblesses en défense et elle le sait. Il me faudrait quelqu’un qui ait le profil de KASLER : Appliquée en défense, explosive en contre-attaque et capable de marquer dans toutes les positions.
Thia eut du mal à retenir un sourire.
      Et bien sélectionne la.   
      Et je fais comment pour la naturaliser en moins de cinq mois ?
      Je crois que j’ai un cadeau pour toi.
L’entraîneur de Copenhague sortit de son sac une feuille pliée en quatre et la tendit à Ikka.
      Qu’est ce que c’est ?
      Regarde !
Ikka déplia le papier et du relire à deux fois ce qu’il y avait écrit dessus.
      C’est la couverture d’un passeport norvégien avec l’identité de KASLER dessus !?!
      Oui.
      Elle a un passeport norvégien ? Depuis quand ?
      Depuis sa naissance, je crois.
      Comment c’est possible ?
      Elle le tient de son Grand Père, il me semble.
      Tu crois qu’elle serait intéressée par une sélection norvégienne ? Elle veut sans doute privilégier la France.
      Le plus simple est de lui demander.
Ikka regarda à nouveau la photocopie.
      Tu as cette info depuis quand ?
      Depuis sa signature.
      Et pourquoi tu ne m’en parles que maintenant ?
      Car elle m’a demandé de garder cette information pour moi.
      Pourquoi ?
      Raison personnelle.
      Et tu penses qu’elle peut vouloir jouer pour la Norvège alors qu’elle ne veut pas dire qu’elle est norvégienne. C’est un peu tortueux comme raisonnement.
      Je pense qu’elle veut comme d’habitude protéger Sol.
      Protéger Solveig ? Pourquoi ?
      Depuis son arrivée au Danemark, elle fait tout pour éviter que sa relation soit dans les journaux. En Serbie, elle a mis en danger sa carrière pour protéger physiquement Sol. Pas plus tard que la semaine dernière à l’aéroport, alors que les journalistes mettaient en doute ses capacités de jouer sans Dane, cette dernière leur a donné un autre sujet de conversation pour permettre à sa petite amie d’être tranquille, de ne pas avoir la pression de leur relation sur son jeu. Tous ces exemples pour amener la conclusion suivante : Dane garde le secret de sa nationalité pour que Sol ne soit pas déçue si elle ne joue pas sous le maillot rouge. Dane ne se croit pas assez bonne pour intégrer ta sélection.
      Pas assez bonne !? Elle ne se regarde pas jouer ?
      Je crois que non. C’est la première joueuse que j’entraîne qui est si tournée vers le collectif. Pas que le reste de l’équipe soit individualiste mais… Dane a quelque chose d’autre.
      C’est ce que Solveig a dû se dire !
Elles sourirent toutes les deux à ce trait d’humour.
      Beaucoup de choses ont changé depuis sa signature… Elle ne pensait pas pouvoir gérer la pression, je pense qu’elle est prête aujourd’hui. Rencontre-la. Parle avec elle.
      Ok, ça vaut le coût de tenter les choses.
      Un dernier truc, rencontre la sans que Sol soit au courant.
      Ok, je crois que je comprends pourquoi. Tu as d’autres norvégiennes dans ta manche comme ça ?
      Non, je crois qu’il n’y a qu’une seule Dane. Quoique, elle a une petite sœur… à voir peut-être…
 
***
 
            Danielle était assise dans un bar du centre de Copenhague et attendait Thia. Son entraîneur lui avait donné rendez-vous car elle voulait lui parler. L’ex-joueuse lyonnaise se demandait quels sujets elle voulait aborder. Solveig ne lui avait été d’aucune aide, même en tant que capitaine, elle n’avait pu avoir aucune information. Dans deux jours, elles affrontaient Viborg et la victoire était importante pour assurer leur qualification dans le dernier carré de la Ligue des Champions. Son portable vibra au milieu de ses interrogations.
 
## Ne t’inquiète pas, Thia n’a jamais mangé personne… Avec Bones, on pense fort à toi et on t’attend. ##
 
            Danielle sourit devant le message de sa petite amie. Elle aimait les attentions de Solveig. C’était presque trop facile de l’aimer. Avant qu’elle ne parte dans une introspection sur sa relation avec Sveig, elle vit Thia accompagnée d’une autre femme arriver. Elle se leva pour les accueillir.
« Désolée d’être en retard Dane, je n’ai pas besoin de te présenter Ikka SORENSEN, sélectionneuse de l’équipe de Norvège. Ikka, voici Danielle KASLER. »
      Ravie de te revoir Dane.
      Moi de même.
      Vous vous connaissez déjà ?
      Nous avons eu une petite conversation sur le jeu russe pendant les Championnats du Monde en France.
      Oh je vois.
Elles prirent toutes les trois place autour de la table.
      J’ai appris une surprenante mais agréable nouvelle la semaine dernière, déclara Ikka. Une informatrice m’a dit que tu avais un passeport norvégien.
Danielle fronça les sourcils.
      Vous avez parlé avec Solveig ?
      Solveig est au courant ? demanda Thia.
      Oui, depuis fin janvier et la visite chez mon Grand-Père.
Ikka reprit la parole.
      Pour répondre à ta question, je n’ai pas parlé à Solveig. Il est prévu que nous ayons un entretien demain. Mais pour en revenir au sujet de notre rencontre ici : voudrais-tu faire partie de la sélection norvégienne ?
Danielle resta sans rien dire, comme interloquée.
      Dane ? interrogea Thia, surprise du mutisme de sa joueuse.
      Pardon. Je me suis souvent demandée quelle serait ma réponse à une telle question.
      Et à quelle réponse es-tu arrivée ?
Danielle jeta un regard par la vitre, la nuit ne lui renvoya que son reflet.
      Aucune réponse juste d’autres questions. Pourquoi me sélectionner ?  Je ne suis qu’un bébé dans le monde du hand de haut niveau. Est-ce que vous le faites pour faire plaisir à Solveig ? Ou bien parce que je rentre dans votre schéma de jeu ?
Ikka regarda cette jeune femme qui avait bien plus de maturité que son âge ne le présageait. Elle connaissait beaucoup de joueuses qui se seraient posées moins de questions et auraient accepté même pour simplement remplir les gourdes.
      Je n’ai pas pour habitude de sélectionner des joueuses pour des raisons de bien-être sentimental. J’ai besoin d’une arrière droit avec tes capacités défensives et ton explosivité en attaque. Il est vrai que tu es « un bébé » mais tu as déjà l’expérience des rendez-vous internationaux. Ne pense pas que je me sois lancée sans faire quelques recherches. Ton palmarès footballistique plaide en ta faveur.
      Vous avez analysé ma carrière de joueuse de football ?
      Bien sûr ! Que ce soit avec les pieds ou avec les mains, un match s’aborde de la même manière. Je sais que ta dernière sélection française était en espoir en 2003 et qu’il n’y en a pas eu depuis, ce qui te laisse libre de choisir n’importe quel pays à présent.
Danielle se tourna à nouveau vers la vitre et Ikka se demanda si par ce geste elle ne s’interrogeait pas elle-même. Comme si l’une des deux était norvégienne et l’autre française et qu’elles argumentaient chacune à leur tour pour arriver à une décision. Elle refit face à Ikka le regard déterminé.
      Si vous me promettez que c’est pour mes talents et pas pour le confort de Solveig alors oui, je serais fière de porter le maillot rouge de la Norvège.
      Tu as ma promesse là-dessus. J’ai une question par contre : parles-tu norvégien ?
      Quand a lieu la première échéance ?
      L’annonce de la liste est prévue mercredi prochain mais le premier regroupement est pour le début du mois de mai, une semaine après la finale de la Ligue des Champions.
      Ok, alors je saurai le parler à ce moment là.
      Je suis impatiente d’entendre ça. Une dernière chose : veux-tu que je l’annonce à Solveig demain ?
      Donnez-vous la liste aux autres joueuses ?
      Non.
      Alors ne changez pas vos habitudes.
Thia et Ikka sourirent en même temps pensant toutes les deux à la tête de leur capitaine respective dans une semaine. Elles burent toutes les trois un verre en parlant de handball et de la vie à Copenhague.
 
***
 


Dimanche 16 Mars  2008 – 18h00
LC 2ème Phase de Poule / Copenhague - Viborg
 
Match décisif ce soir pour les deux équipes afin de savoir qui rejoindra Maria Enzersdorf (AUT), Togliatti (RUS) et Györi (HON) en demi-finale de la Ligue des Champions.
Copenhague a deux points d’avance mais une défaite ce soir ramènerait les joueuses de Viborg à égalité. Elles ont toutes les deux perdu leur rencontre face aux Autrichiennes. Le match risque d’être engagé. Espérons que les joueuses locales ne seront pas crispées par l’enjeu.
Les deux équipes restent sur une victoire lors de leur dernier match de championnat : Viborg de +7 contre Ikast et Copenhague de +19 face à Esbjerg.
KASLER est titulaire et ne semble plus avoir de problème avec son dos.
[…]
Fin du match : 37 - 32
 
Bilan de la rencontre :
Beaucoup de buts dans cette rencontre. Une efficacité retrouvée devant le but dans la droite ligne du championnat. Un jeu très offensif qui a peut être laissé un peu trop d’ouvertures aux attaquantes adverses mais le principal était de faire la course en avant.
Copenhague se qualifie donc pour le dernier carré de la Ligue des Champions et affrontera les Hongroises de Györi le 27 mars à domicile et le match retour aura lieu le 1er avril.
 
Prochain match : Vejen - Copenhague le 22/03/2008
 
Rappelons que mercredi, Ikka SORENSEN annoncera la liste des joueuses retenues pour les Jeux Olympiques de Pékin.
 
Bonne soirée à tous !
 
 
***
 
            Toute l’équipe trinquait à sa qualification pour les demi-finales de la Ligue des Champions. La pression retombait et tout le monde se laissait aller. Le dernier mois avait été difficile, la fatigue, la pression avait mis à mal le mental des joueuses. Elles avaient une petite semaine pour décompresser avant de se re-concentrer sur la suite.
            Solveig tendit un verre à Danielle qui venait à sa rencontre avec une assiette remplie de petits sandwichs.
« Merci. J’ai limite dû me battre avec Katri. Elle allait manger tous ceux au poulet. »
      Tu as l’air de mourir de faim.
      Je crève la dalle[url=#_ftn2][2][/url], tu veux dire.
      Je ne maîtrise pas encore tes expressions françaises.
      Je te les apprendrai quand tu me feras travailler ma prononciation.
      Marché conclu.
Elles choquèrent leurs verres en se souriant. Liv les rejoignit. Katri  en embuscade profita que Dane était concentrée sur sa discussion avec leur gardienne pour lui voler un sandwich.
      Hey ! C’est à moi.
      Plus celui-là !
      Katri ! Tu as dû manger tous ceux du plateau.
      Oui, et les autres sont dans ton assiette.
      Oui, justement : MON assiette.
      Tout sentiment de possessivité est pervers.
      Tu veux remettre en place les kolkhozes et les sovkhozes.
      Les quoi ?
      URSS, 1928, agriculture… Laisse tomber.
      Si tes trucs kolk et sovk peuvent me permettre d’avoir tes sandwiches, je veux bien tout remettre en place.
      Ça n’a pas vraiment été une réussite à l’époque donc non, je garde le mode capitaliste égoïste et ce qui est à moi est à moi. Et ne cherche pas à ouvrir la négociation.
Danielle alla s’asseoir à une table pour manger.
      Je n’ai pas compris la moitié de ce qu’elle vient de dire. C’était une thèse économique ou du Chinois ? demanda Katri. Car je ne suis pas sûre d’avoir compris de l’anglais là.
      Ça devait être un peu des deux, conclut Liv.
 
***
 
            Comme à chaque annonce, Ikka SORENSEN prit place derrière le micro posé au milieu de la longue table. La conférence de presse avait lieu dans les locaux de la Fédération Norvégienne de Handball à Oslo. Elle était là pour donner la liste des joueuses qui participeraient aux Jeux Olympiques en août et les dates de regroupements pour préparer cet événement. Elle connaissait la plupart des journalistes présents. La majorité était norvégiennes mais elle reconnut aussi certaines télés étrangères  et des journaux exclusivement sportifs. Elle posa ses feuilles devant elle et prit la parole.
« Bonjour, Mesdames et Messieurs les journalistes. Si vous êtes tous prêts, nous allons commencer. Je n’ai pas besoin de vous faire un long discours pour vous rappeler la symbolique des Jeux Olympiques. L’équipe de Norvège n’était malheureusement pas présente à Athènes, il y a quatre ans, il est donc clair qu’une médaille est l’objectif minimum et que si elle était d’or cela serait parfait. Dans cette optique, j’ai sélectionné quatorze joueuses qui ont montré depuis plusieurs saisons leurs capacités physiques et techniques.
Au poste de gardienne, Liv ARLENSEN et Katrine LUNDE HARALDSEN sont reconduites comme pour les Championnats du Monde. En pivot Isabel BLANCO et Marit  FRAFJORD se partageront le temps de jeu. Elles ont montré qu’elles étaient parfaitement complémentaires. Les ailières : à gauche Katri AAMODT et Kari  JOHANSEN, à droite Linn RIEGELHUTH et Tonje NØSTVOLD. Quatre joueuses rapides, mobiles et précises. Les deux demi-centres seront : Lena SNORROEGGEN et Solveig ANDERSEN qui portera à nouveau le brassard de capitaine. En ce qui concerne les arrières : à gauche Edda LARSEN et Ragnhild PERSON, à droite Kristine LUNDE et Danielle KASLER. »
            Un murmure parcourut toute l’assemblée. Mais pas seulement les journalistes. Chez Thia aussi les regards aussi étaient interrogateurs. L’entraîneur de Copenhague avait invité ses cinq ressortissantes norvégiennes à assister à la retransmission de la conférence, après l’entraînement. Liv se retourna vers Danielle pour avoir des précisions mais celle-ci était dans l’incapacité de lui répondre car Solveig l’embrassait.
            A Oslo, Ikka souriait contente de son petit effet.
« Je vous entend déjà dire que j’ai perdu la tête et que KASLER est française. C’est un fait que je ne peux contredire mais elle a aussi la particularité d’être suisse et surtout norvégienne. Elle n’a jamais participé à une compétition internationale au niveau adulte avec aucun des pays qui composent son état civil. Elle était donc libre de choisir avec quel pays s’engager. Après avoir eu un entretien avec elle et clarifier certaines choses, elle a accepté de faire partie de la sélection norvégienne. Au Championnat du Monde, l’année dernière, certains d’entre vous m’aviez demandé si je pensais que KASLER avait le niveau pour une place internationale et je vous avais répondu par l’affirmatif. Je n’ai pas changé d’idée depuis et en voici la preuve. »
 
            Les journalistes en étaient presque à remercier Ikka d’avoir transformé un événement dont tout le monde connaissait les aboutissements en un véritable coup de théâtre. Elle leur avait donné matière à écrire pour les jours à venir.
 
            Solveig avait enfin lâché Danielle mais son sourire n’allait pas s’effacer de sitôt. Liv allait interroger sa coéquipière mais Katri la devança.
« Dis donc KASLER, tu nous dois quelques explications, on dirait. »
      Et que veux-tu savoir Katri ?
      Et ben, depuis quand es-tu norvégienne ? Pourquoi tu ne nous l’as pas dit ? Pourquoi tu as choisi la Norvège plutôt que la France ? Et ça fait quoi de rentrer dans le groupe de la célèbre équipe rouge ? Et tu parles norvégien ?
Danielle fronça les sourcils comme si elle se concentrait.
      Alors dans l’ordre, du moins je l’espère : depuis ma naissance, car personne ne me l’a demandé, car Ikka m’en a fait la proposition,  ça met la pression et j’y travaille.
Liv cette fois-ci arriva à prendre de vitesse Katri pour poser sa question.
      Qui est norvégien dans ta famille ?
      Mon Grand-Père ; et mon Père est norvégien et suisse.
      Mais ton Grand-Père ne vit pas en suisse ? enchaîna Katri.
      Si.
      T’es trop dure à suivre !
      Ne cherche pas à comprendre Katri, le principal c’est qu’elle joue avec nous et pas contre nous. Je ne sais pas vous mais je n’ai pas envie d’avoir à surveiller ce petit poison une nouvelle fois. Un match cela suffit, commenta Lena.
Comme si une idée venait de faire son chemin dans la tête de l’ailière gauche, elle se tourna vers Thia.
      Mais dit donc coach, tu étais au courant ?
      De quoi Katri ? De la nationalité de Dane ou de sa sélection ?
      Ben les deux.
      C’est mon boulot de savoir. Depuis la signature de son contrat, je sais qu’elle est des nôtres. Et pour sa sélection, je suis le petit doigt qui a vendu la mèche à Ikka.
Sur ces mots, elle fit un clin d’œil à Dane.
      En tout cas coach, tu fais carton plein : cinq Norvégiennes sur cinq.
      Et oui, j’attends les autres sélections pour savoir combien j’en place ailleurs. En attendant, trinquons à vos sélections.
Les verres tintèrent et les filles tapèrent sur la table basse en scandant : « Norge, Norge, Norge, Norge ! »
 
            Le calme revenait alors qu’à la télévision le journal de TV2 Norvège commençait. Thia proposa de les garder à dîner. Le portable de Danielle n’arrêtait pas de sonner et c’est l’enthousiasme de sa petite sœur qui avait été le plus éloquent à entendre. Le reste des joueuses l’avait entendu sans qu’elle ne mette le haut parleur.
            Bien plus tard alors que chacune se disait au revoir sur le perron de la maison de leur entraîneur, Katri sembla se rappeler de quelque chose.
« Au fait, tu n’es plus qu’un tiers petit suisse du coup ! »
      C’est une manière de voir.
      Un tiers petit suisse, un tiers saucisson et un tiers - le meilleur -  Norvégien.
      Il y a du parti pris dans ta phrase.
      Je ne vois pas de quoi tu parles. Ciao les filles à demain.



[url=#_ftnref1][1][/url] Je joue !
[url=#_ftnref2][2][/url] En français dans le texte

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Mack
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Dim 31 Mai 2015 - 23:20

FRANCE - Presse et Depressed
 
 


Dimanche 19 Mars 2008 – 22h00
Liste Norvégienne
 
Wow ! Premier coup de tonnerre dans la préparation aux Jeux Olympiques et il vient de la Norvège. Ikka SORENSEN a créé la surprise en appelant KASLER dans son groupe. La surprise de taille est la triple nationalité de la joueuse de Copenhague. Tout le monde la pensait française et elle se révèle franco-suisso-norvégienne. Cette joueuse est vraiment pleine de surprises.
La question est de savoir pourquoi cette information est restée « secrète ». J’espère pouvoir l’interviewer dans les jours à venir pour avoir la réponse et savoir ce qu’elle ressent de faire partie de cette sélection.
Pour le reste, le groupe est assez classique, presque le même que pour les Championnats du Monde. ANDERSEN sera à nouveau la capitaine. Il était difficile d’envisager un autre choix. ANDERSEN est le symbole, le visage de cette équipe qui gagne.
Voici donc les dates de regroupements de l’équipe nationale :
1er stage     :   5 / 15 Mai
2ème stage :   2 / 15 Juin
3ème stage :   1 / 13 Juillet
4ème stage : 21 / 27 Juillet
Départ pour Pékin le 1er Aout.
En attendant les cinq Norvégiennes de l’équipe de Copenhague vont devoir rester concentrées sur le championnat et la Ligue des Champions. Mais pour l’instant, je vais suivre les réactions sur le net.
Bonne soirée !
KASLER, Velkommen til landslaget[url=#_ftn1][1][/url]
 
***
 
            Solveig n’arrivait pas à dormir, trop excitée, trop contente, trop… pleine d’émotions. Danielle, elle dormait d’un sommeil de bienheureux. Elle comprenait à présent les légers cernes sous les yeux de sa petite amie le lendemain de son entretien avec Thia. Elle savait à présent qu’elle n’avait pas uniquement rencontré leur entraîneur. Et sa nuit d’insomnie euphorique datait d’une semaine. Ce qui impressionnait Solveig, c’était le fait que Danielle ait pu garder le secret. Aucun signe extérieur, sur son visage ou son comportement n’avait trahi la nouvelle. Et quelle nouvelle !
            Son rêve le plus fou se réalisait : Dane sous le maillot rouge. Aux Jeux Olympiques en plus. Solveig avait du mal à mettre des mots sur ses sentiments. Elle avait envie de rire et de pleurer à la fois. Elle voulait sauter partout, crier à la terre entière qu’elle était heureuse, ou simplement rester là et regarder la femme qu’elle aimait dormir. Ses mains la démangeaient de la toucher comme pour avoir la preuve que depuis un an et demi, elle ne rêvait pas. Beaucoup de questions tournaient dans sa tête cette nuit.
* A quoi tient une rencontre ? A deux clubs qui se mettent d’accord pour une opposition en début de saison ? A un geste ? A une attitude ? A un Cupidon en goguette dans les tribunes de l’Aréna ? A une fenêtre favorable dans la course de nos vies ? Peut-être même à l’alignement des planètes ? Qui sait… Qu’est-ce qui t’a mis sur ma route ? Cela remonte peut-être à avant le handball… Peut-être qu’il ne faut pas chercher à comprendre au fond et juste profiter de ce que la vie offre. Et je compte bien ne pas laisser s’égarer une miette de ce bonheur. Je t’aime mon petit lutin tout ébouriffé. *
            Dans son sommeil, Danielle vint chercher de sa main gauche le contact du corps de Solveig. Cette dernière sourit dans le noir et ferma enfin les yeux. La chaleur de la paume de sa petite amie sur sa hanche lui permettait de se laisser aller à rêver à de futures victoires en rouge.
 
***
 
            Thia ne fut pas étonnée de trouver autant de journalistes sur le parking de l’Aréna. Le scoop de la veille avait dû les tenir éveillés toute la nuit. Elle avait délibérément annulé les entraînements de la journée pour laisser retomber la pression. La presse n’avait pas accès au parking des joueuses et si elles le souhaitaient, elles pouvaient emprunter l’entrée annexe mais depuis le début, elles avaient joué le jeu de rentrer par la porte principale les jours d’entraînement et de répondre aux questions de la presse le cas échéant.
            Thia ne dérogea pas à la règle et alla à la rencontre des journalistes.
« Bonjour ! »
      Que pensez-vous de la liste d’Ikka SORENSEN ?
      Je ne vais pas m’en plaindre les cinq Norvégiennes de l’équipe sont sur cette liste.
      Et quel est votre avis sur la sélection de KASLER ?
      Qu’elle est méritée.
      Vous étiez au courant de sa triple nationalité ?
      Bien sûr ! Que croyez-vous ? Que je ne sais pas ce qui se passe dans mon équipe ?
      Vous confirmez que ce n’est pas une sélection de complaisance ?
      Où est-ce que vous avez vu que l’on portait le maillot norvégien par complaisance ? KASLER apporte beaucoup à l’équipe de Copenhague et elle en fera de même en équipe nationale.
      Est-il possible d’organiser une conférence de presse avec Danielle KASLER ?
      Pas aujourd’hui mais je demanderai à notre service de communication d’organiser une rencontre avec les cinq sélectionnées. A présent excusez-moi mais je dois aller travailler. J’ai une rencontre à préparer.
 
***
 
            Le lendemain, les journalistes étaient toujours là, peut-être encore plus nombreux que la veille. Sur le parking, Katri, Liv et Lena attendaient Solveig et Danielle pour faire une entrée commune. Elles savaient que l’ex-joueuse française serait le centre d’intérêts et elles n’allaient pas la laisser affronter le troupeau de journalistes seule. Le couple arriva peu de temps après dans la voiture de Danielle.
« Alors les filles bien dormi ? demanda Katri. »
      Comme un bébé, répondit Danielle.
Solveig avait plus de mal à faire bonne impression.
      Et ben, Cap’taine ! On a du mal à ouvrir les yeux ?
      Un peu mais j’ai connu pire.
      Ok. Il faut y aller les filles sinon nous allons être en retard, rappela Liv.
Les cinq joueuses se mirent en route, dans un mouvement naturel, Danielle se retrouva au milieu de ses quatre coéquipières. Dès leur arrivée près des portes de l’Aréna, les micros se tendirent.
« Alors les filles, contentes de partir à Pékin ? »
      Toujours contentes de repartir en compétition, répondit Liv.
      Solveig, vous êtes à nouveau capitaine, c’est une satisfaction ?
      C’est un privilège d’être capitaine de cette équipe.
      Lena vous serez aussi la doublure de Solveig en équipe nationale, quel est votre sentiment ? Pas de frustration ?
      Y’a pire dans la vie que de partager le poste de demi-centre avec Sol.
      Danielle, êtes-vous contente de rejoindre la sélection norvégienne ?
Katri passa  son bras autour du cou de Danielle et en rigolant :
      Bien sûr qu’elle est contente, quelle question…
Et les cinq joueuses rentrèrent dans l’Aréna.
 
***
 
[                                              TRAHISON
 
C’est le premier mot qui vient à l’esprit au vu du comportement de Danielle KASLER. Cette jeune Française a tourné le dos à l’équipe de France de handball après avoir évolué pendant plus de sept ans dans l’effectif de la sélection française de football. Sous prétexte d’une mère Norvégienne, elle abandonne le pays qui l’a vu grandir, pour apparaître sur la liste des joueuses qui représenteront la Norvège aux Jeux Olympiques de Pékin.
En juin dernier, elle avait déjà quitté son club de Lyon relégué en national suite à des problèmes financiers. La finale de coupe d’Europe des clubs malheureusement perdue, n’avait pas suffi à renflouer les caisses du club. Juste avant le début des Championnats du Monde, le club de Copenhague annonçait la venue de KASLER pour la saison à venir. Copenhague ayant été l’adversaire de Lyon au cours de la dite finale, on peut s’interroger sur l’esprit d’équipe de cette joueuse. A cette époque, elle devait déjà savoir de quoi serait fait son avenir sportif. Et quand on ajoute à tout ça le fait qu’elle entretenait déjà une relation avec Solveig ANDERSEN, il est facile de conclure qu’elle a très bien pu laisser un peu filer sa finale.
Et aujourd’hui, la voilà sous le maillot Norvégien aux côtés de sa petite amie. Trahison est donc bien le mot. Alors que le sélectionneur de l’équipe de France comptait sur elle, elle choisit sans rien dire à personne de s’expatrier et de changer de nationalité. Comment peut-elle être Norvégienne, elle n’en connaît sûrement pas l’hymne et encore moins la langue. Il me semble que c’est un minimum pour se dire ressortissant d’un pays.
L’on peut aussi se demander pourquoi la sélectionneuse Norvégienne l’a intégrée dans son groupe. Sûrement pour faire plaisir à sa capitaine qui peut en toute simplicité mélanger travail et plaisir à nouveau.  RG]
 
            Solveig se tenait dans le bureau de Thia et faisait les cent pas en lisant l’article que son entraîneur lui avait donné. C’était la traduction d’un papier d’un journaliste français qui n’était pas tendre avec Danielle. Elle avait envie de jeter quelque chose contre le mur à défaut de pouvoir étrangler ce scribouillard.
« Quel connard ! Il ne l’a même pas interviewée. En plus c’est plein d’erreurs. »
      Si je te l’ai fait lire c’est pour que tu en parles avec Dane. Il faut qu’elle soit préparée à ce genre d’attaques car elle va en subir jusqu’aux Jeux Olympiques.
      Qu’en pense Ikka ?
      Elle est d’accord avec moi. Il faut que Dane se blinde pour ne pas que ça la déstabilise.
      Ok. En plus, il publie ça la veille de la demi-finale aller.
      Est-ce que tu sais si Dane l’a lu ?
      Je ne crois pas. Elle ne lit pas les articles sportifs. Et elle n’a pas allumé son PC depuis hier en fin d’après-midi.
Thia se leva et vint poser les mains sur les épaules de Solveig pour l’arrêter dans sa marche.
      Bien ! Essaie de te calmer avant d’aller la retrouver sinon tu ne lui seras d’aucune aide. Tu ne dois pas t’énerver à sa place. C’est son combat pas le tien. Ton rôle c’est de la soutenir pas de partir en guerre à sa place. Sinon ce journaliste de merde aura gagné sur tous les tableaux.
Solveig inspira profondément et laissa retomber ses épaules.
      Tu as raison. Il ne faut pas que j’essaie de prendre les coups à sa place c’est comme sur le terrain. Je dois la laisser jouer son jeu. Mais que c’est dur de rester sur la touche alors qu’elle se fait malmener.
      Tu n’es pas obligée d’être sur la touche. Soit sa coéquipière, toujours en soutien pour qu’elle puisse te faire la passe quand la pression est trop forte.
      Merci du conseil Thia.
L’entraîneur de l’équipe de Copenhague regarda sa capitaine qui faisait beaucoup d’efforts pour retrouver son calme. Elle ne l’avait jamais vu avoir envie d’aller en découdre avec un journaliste. Elle avait déjà pris la défense de ses partenaires mais jamais avec une telle intensité.
      A ton service Sol.
Thia laissa passer un moment puis :
      Elle est différente de toutes les autres, n’est-ce pas ?
      Elle est bien plus que ça.
Solveig se laissa tomber sur une des chaises.
      C’est pour ça que j’ai peur de faire une bêtise si je n’ai pas la bonne réaction.
Thia n’ajouta rien au commentaire de sa capitaine. C’était une question d’ordre plus privé que handballistique.
 
***
 
 

Jeudi 27 Mars  2008 – 14h00
Play Off et Final four
 
Les choses sérieuses commencent !
De ce soir jusqu’à fin avril les joueuses de Copenhague vont jouer deux phases finales : les Play Off en championnat et le Final Four en Ligue des Champions.
 
Commençons par le Final Four qui commence ce soir.
Les demi-finales :
Le 27 mars Copenhague - Györi (Hon)
                   Togliatti (RUS) - Maria Enzersdorf (AUT)
Le 1 avril    Györi (Hon) - Copenhague
                   Maria Enzersdorf (AUT) - Togliatti (RUS)
La finale :
23 et 27 avril
 
Pour les Play Off :
Les demi-finales :
Le 5 avril   Copenhague - Slagelse
                   Viborg - Ikast
Le 13 avril  Slagelse - Copenhague
                   Ikast - Viborg
La finale :
13 et 18 avril
 
Quatre gros matchs en perspective pour atteindre deux finales. Les objectifs du club étaient la Nordéa Cup, le championnat et la Ligue des Champions. Elles ont déjà rempli une étagère avec le trophée de la coupe du Danemark, il en reste donc deux.
 
Rendez-vous donc ce soir à l’Aréna pour le premier round.
 
***
 
            Solveig se gara comme d’habitude sur le parking des joueuses devant l’Aréna. Depuis son entretien avec Thia la veille, elle avait débranché son modem pour empêcher sa petite amie de se connecter à internet et elle avait sciemment caché son téléphone portable pour qu’aucun francophone ne puisse la tenir au courant de l’article. Elle voulait qu’elle se prépare sereinement pour cette première demi-finale. Elle lui en parlerait ce soir après le match.
            Alors que Danielle, son sac sur l’épaule prenait la direction de l’entrée principale, Solveig lui prit la main pour l’entraîner vers l’entrée annexe.
« Qu’est-ce que tu fais ?  demanda Danielle, étonnée du geste de sa compagne.
-         Trop de journalistes. Je n’ai pas envie de leur parler.
-         Ok. Comme tu veux.
Solveig fut soulagée que Danielle ne pose pas plus de questions face à son changement d’habitude. Dans les vestiaires, à la question muette de Thia, elle répondit un non de la tête.     
 
***
 



Jeudi 27 Mars  2008 – 19h00
LC Demi-finale / Copenhague - Györi (HON)
 
Bienvenue à tous pour cette première demi-finale de Ligue des Champions. L’Aréna est pleine ce soir, il n’y a pas un bout de gradin vide. Beaucoup de maillots noirs dans les tribunes, les spectateurs se sont mis aux couleurs du club pour soutenir les joueuses.
L’effectif est au complet, Thia HAMERSEN peut compter sur l’ensemble de son groupe.
Les joueuses norvégiennes de l’équipe vont pouvoir à présent jouer libérées vu qu’elles sont sûres d’aller en équipe nationale. La question est de savoir si KASLER ne va pas être perturbée par son nouveau statut d’internationale.  
 
En ce qui concerne leurs adversaires, elles ont fini a égalité à la première place de leur groupe avec les russes de Togliatti avec  6 points, 4 victoires, 2 défaites, elles ont été départagées grâce à la différence de buts 184 buts marqués et 165 buts encaissés ce qui fait un +19 contre 179 pour 181 et donc -2.
[…]
L’échauffement vient de se terminer et les équipes prennent place sur leur banc respectif. Si HAMERSEN s’en tient à son plan de jeu habituel : KASLER et SHELING qui sont du côté du banc pour cette première mi-temps vont se partager le temps de jeu. KASLER sera probablement utilisée sur les phases défensives.
[…]
Mi-temps : 10 - 9
Le match est très engagé. Les deux équipes ne lâchent rien et c’est une rude bataille dans les deux défenses. La preuve la longue griffure que KASLER a sur l’avant-bras.
Un tout petit but d’avance pour Copenhague, il serait bien d’augmenter cet avantage en deuxième mi-temps pour aller en Hongrie plus sereinement.
Je pense que la différence va se faire au physique, la première équipe qui craquera le payera cher.
[…]
Fin du match : 25 - 23
 
Bilan de la rencontre :
Aucune des deux équipes n’a craqué, alternant les temps forts et les temps faibles. Le match retour reste ouvert et les joueuses de Györi peuvent encore croire à la qualification. Dans cinq jours, les coéquipières d’ANDERSEN devront faire un match sérieux pour ne pas se faire piéger et quitter la compétition si proche du but.
Du côté des joueuses, l’alternance des gardiennes a perturbé les attaquantes hongroises. Les ailières n’ont pas beaucoup marqué mais elles ont servi de relais pour déstabiliser la défense adverse et ouvrir des espaces pour leur coéquipière ANDERSEN toujours maîtresse du jeu et qui illustre parfaitement les dires de KASLER : « Elle vous rend le handball facile. »  Elle est allée chercher des tirs improbables pour garder son équipe devant au score. En parlant de KASLER, en deuxième mi-temps elle a envoyé quelques pépites qui ont laissé la gardienne sur place. Elle ne semble pas déstabilisée par les dernières nouvelles.
 
Prochain match : Györi - Copenhague  le 01/04/2008
 
Bonne soirée à tous !
 
 
***
 
            Thia regroupa rapidement son équipe après le match pour commencer tout de suite le travail de récupération, très important à ce stade de la saison. Elles n’avaient que trois jours pour travailler avant le déplacement en Hongrie pour aller chercher leur qualification en finale.
            Seule Solveig était restée pour parler aux journalistes. Elle espérait qu’ils en resteraient au sujet du match car elle n’avait pas pris de décision sur la conduite à suivre au sujet de Dane. Son instinct premier était de la défendre mais son bon sens lui répétait que ce n’était pas la bonne solution.
Elle écourta les interviews. Elle ne voulait pas parler. Elle ne se faisait pas confiance pour garder son calme. Elle voulait juste retrouver Danielle et discuter avec elle.
 
***
 
            Danielle posa son sac dans l’entrée et fit une caresse à Bones. Après cela, le chien prit la direction de la porte de derrière.
« Je sors le chien et je reviens ! »
-         Ok.
Solveig lui avait répondu mais elle semblait ailleurs. Elle sortit donc dans le jardin et s’assit sur les marches en regardant Bones faire son tour. Sveig n’avait été très bavarde dans la voiture, elle qui d’habitude aimait refaire le match en analysant les combinaisons qui avaient fonctionnées et celles qui avaient échouées. Mais ce soir le silence avait accompagné sa conduite. Danielle tâta les poches de son jeans à la recherche de son portable et se souvint qu’elle ne l’avait pas retrouvé hier. Elle pensait l’avoir oublié dans son casier aux vestiaires mais non pas de trace de son téléphone. Il ne lui restait plus qu’à le chercher chez Solveig avant d’aller se coucher car elle avait sûrement des messages si ce n’est de sa mère au moins de Zoé.
            Bones ayant fini son inspection, ils rentrèrent tous les deux. Solveig était, dans le salon, assise sur la table basse.
« Tu n’aurais pas vu mon téléphone par hasard ? Et tu sais si le modem fonctionne à nouveau ? »
      Le modem fonctionne.
      Bien. Je vais pouvoir consulter mes mails. Andy devait me donner des nouvelles pour sa prochaine venue.
Solveig attrapa sa main alors qu’elle passait devant elle.
      Avant de faire ça, tu pourrais t’asseoir un moment, j’aimerais te parler.
Danielle n’essaya pas de retarder l’échéance. Solveig était rarement aussi sérieuse. Elle s’assit en face d’elle sur le canapé.
      Je t’écoute mais tu m’inquiètes un peu.
      J’aimerais que tu lises ceci et après nous en parlerons.
Elle lui tendit une feuille de papier plié en quatre. Danielle lut l’article du journaliste français. Solveig suivait les moindres expressions de sa petite amie. Elle fronçait de temps en temps les sourcils ou bien ouvrait de grand yeux. Quand elle eut fini, elle replia le papier et le jeta sur la table basse à côté de Solveig.
      Ça va ?
      Pourquoi ça n’irait pas ?
Solveig ne s’était pas attendue à cette réaction. Elle aurait pensé que Dane serait en colère ou quelque chose d’approchant, peut-être blessée  mais pas aussi calme et détachée.
      Ce journaliste n’est pas tendre ? Il lance beaucoup d’accusations.
      Son article est bourré de fautes. Il n’a vérifié aucune de ses informations ce qui pour moi enlève toute crédibilité au reste de ses dires.
      Tu n’es pas en colère contre lui ?
      Non, je m’en moque. Ce qu’il raconte n’a pas d’importance. Je ne me sens pas plus Française qu’autre chose. Ikka a jugé que j’avais une place dans l’équipe de Norvège et c’est tout ce qui m’importe. Tout comme Thia, il n’y a que leurs appréciations sur mon jeu et mes aptitudes qui m’intéressent.
      Tu es impressionnante. Ton calme m’effraie parfois. Depuis que j’ai lu cet article hier, j’ai envie de lui faire manger.
Danielle sourit devant l’expression de Solveig. Son regard était dur et elle ne doutait pas que si elle croisait ce journaliste, il passerait un sale moment. Comme si elle se repassait leur conversation, un mot attira son attention : hier.
      Tu le sais depuis hier que cet article est paru ?
      Oui. J’ai hésité à t’en parler tout de suite mais je ne voulais pas apporter un élément perturbateur dans ta préparation pour la demi-finale. Alors j’ai préféré attendre.
      Tu te rappelles ce que tu m’as dit chez mon Grand-Père ? Dans un couple on encaisse à deux. Je te remercie de m’avoir protégée en évitant les journalistes aujourd’hui et en gardant cette pression pour toi mais si tu continues comme ça tu vas exploser.
Danielle posa ses mains de chaque côté du visage de Solveig et l’embrassa.
      Soit mon roseau et non mon chêne. Et oublie ce journaliste de merde. Et s’il te plaît aide moi à retrouver mon téléphone portable car ma mère ne doit pas être loin de déclencher le plan ORSEC.
Solveig fouilla dans la poche de son jean et sortit le portable de Danielle. Elle n’osait pas la regarder.
      Merci. Il était où ?
      Heu…
Dane passa sa main gauche sous le menton de Solveig pour lui faire relever la tête et pouvoir la regarder dans les yeux.
      Hey, j’ai compris, à présent : mon portable, le modem, tu voulais me couper du monde et des nouvelles. Je ne t’en veux pas mais il faudra que tu t’expliques avec ma mère et Zoé qui ont dû saturer ma messagerie.
      J’affronterai la terre entière pour toi.
      Wow, cela promet de grandes batailles mais la seule chose que je veux c’est que sur le terrain et en dehors nous soyons dans la même disposition tactique.
      Ok, partenaire !
Danielle embrassa Solveig et se saisit de son téléphone.
      Ecoutons l’ampleur des dégâts. 



[url=#_ftnref1][1][/url] KASLER, bienvenue en équipe nationale.

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Mack
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Lun 8 Juin 2015 - 0:45

VIBORG - Dernière ligne droite
 
            Danielle tournait autour de la table basse tout en parlant avec Andy. Solveig et elle étaient rentrées de l’entraînement depuis un quart d’heure et depuis leur départ de l’Aréna, elle était en ligne avec son meilleur ami. Bones qui au début la suivait avait renoncé et avait pris place dans le canapé.
« Tu es sûr que ça ne te dérangera pas ? »
      Mais non.
      Tu sais que ma petite sœur peut être insupportable.
      Je devrais survivre à une gamine de 15 ans tout de même.
      Ne la traite surtout pas de gamine si tu veux garder ton intégrité physique.
      Ne t’inquiète pas, nous avons tous les deux envie de te voir et nous savons tous les deux que tu n’auras pas le temps de nous baby-sitter. J’irai prendre l’avion avec Zoé à Genève et nous nous installerons chez toi pendant notre séjour.
      Ok. C’est sympa que tu fasses ça. Ma mère ne voulait pas la laisser venir si elle devait être seule.
      Pas de problème. Nous devrions arriver le 11 avril au soir. Tu t’occupes de prévenir Zoé et de son billet d’avion ?
      Bien sûr.
      On se rappelle la semaine prochaine.
      Merci encore !
Danielle coupa la communication et posa son portable sur la table basse.
« Tu as l’oreille toute rouge, lui fit remarquer Solveig. »
      Je dois encore appeler mes parents mais je vais attendre que mon père soit rentré.
      Donc Zoé vient nous voir ?
      Oui mais je crois qu’elle vient plus te voir.
Solveig attira Danielle sur ses genoux.
      Tu dis n’importe quoi. Ta sœur t’aime et tu lui manques. Elle nous a même envoyé une carte postale de Lausanne au cas où tu aurais oublié où elle habite.
      C’est vrai que depuis Noël je ne l’ai pas vue.
      Tu te sens coupable ?
      Non… Enfin peut-être un peu. J’ai un peu l’impression de l’avoir abandonnée. Nous faisions beaucoup de choses ensemble avant. Comme la fois où nous sommes venues te voir jouer à Basel. C’était une sortie entre sœurs.
      Et c’est ça qui te manque ?
      Oui. Les moments où nous ne sommes que toutes les deux. J’aime bien parler avec elle quand elle n’est pas survoltée.
      Elle a 15 ans, elle se calmera. Elle va prendre exemple sur sa grande sœur.
      On verra bien. Ça te dit un gratin de pâtes ce soir ?
      Bien sûr mais tu n’es pas obligée de te mettre en cuisine tout de suite. Nous avons un peu de temps.
Sur ses dires, elle passa sa main sous la chemise de Danielle et lui caressa le ventre.
      La fin de saison va être une véritable course, prends le temps de souffler quand tu le peux.
      Ok. Merci du conseil.
      A ton service.
Elles restèrent simplement enlacées sur le canapé à écouter les nouvelles sur Skynews.
 
***
 



Mardi 1 Avril  2008 – 18h00
LC Demi-finale / Györi (HON) - Copenhague
 
C’est donc en Hongrie que les joueuses de Copenhague vont devoir jouer un match sérieux pour rejoindre la finale. Elles sont arrivées hier en fin d’après-midi dans cette ville proche de la frontière Slovaque et Autrichienne.
En conférence de presse, Thia HAMERSEN a déclaré que le groupe était fatigué mais qu’il n’y avait pas de blessée. Elle n’a pas commenté l’article paru dans la presse française qui attaquait directement KASLER.
La joueuse non plus n’a fait aucune déclaration sur le sujet. Aux questions des journalistes, elle a simplement répondu : « je ne vois pas l’utilité d’un commentaire. ». Il n’y a pas eu plus de réaction du côté d’ANDERSEN qui s’est refusée à répondre aux questions. J’espère que ce battage médiatique ne troublera pas la concentration des deux joueuses.
L’équipe de Copenhague a deux buts à défendre mais elles ne vont pas jouer la sécurité. Liv ARLENSEN a déclaré qu’elles joueraient leur jeu comme si c’était un match sec qu’il fallait gagner.
 […]
Fin du match : 21 - 27
 
Bilan de la rencontre :
Qualification de Copenhague avec un +8 sur l’ensemble des deux matchs. Les joueuses de la capitale danoise n’ont laissé aucun espoir aux Autrichiennes. Elles ont d’entrée pris 3 buts d’avance et ont enfoncé le clou dans le dernier quart d’heure.
Ce soir, ANDERSEN avait décidé de tout démolir. Elle a transpercé la défense à chaque fois qu’elle est allée en pénétration. Plus déterminée cela aurait été difficile.
Toute l’équipe a suivi sa capitaine au niveau de l’intensité, AAMODT nous a offert un festival sur son aile gauche, ARLENSEN impériale dans sa cage a même pu compter sur la chance avec plusieurs poteaux. Si KASLER ne parle pas beaucoup en dehors des terrains, elle sait faire parler son handball sur le terrain. Elle a encore délivré bon nombre de passes décisives et envoyé quelques cartouches.
Elles retrouveront donc Maria Enzersdorf (AUT) en finale. Cette équipe les a battues deux fois en poule. Espérons que l’histoire ne se répétera pas. En attendant cette finale, ANDERSEN et ses coéquipières vont devoir récupérer et se concentrer sur les play-off qui débutent dans 4 jours.    
Prochain match : Slagelse - Copenhague  le 05/04/2008
Bonne soirée à tous !
 
***
 
[           Alors que les journalistes norvégiens encensent la sélection de Dane KASLER aucun ne s’est donné la peine d’interroger le sélectionneur français. Pour réparer cette erreur, je suis allé l’interviewer.
Paul DIEMERE, vous avez appris en même temps que tout le monde que KASLER intégrait la sélection norvégienne. Quelle a été votre réaction ?
La surprise tout d’abord, ensuite j’ai cru à une blague d’Ikka SORENSEN vu que les deux joueuses sont toujours ensemble mais après vérification de la liste enregistrée auprès des instances internationales KASLER faisait bien partie de l’équipe de Norvège. J’ai demandé que soit vérifié si elle pouvait jouer pour ce pays.
Et quelle a été la réponse ?
Qu’elle était parfaitement qualifiée.
Vous n’avez donc aucun recours ?
Non malheureusement.
Que pensez-vous du comportement de KASLER ?
Il est dommage que ce genre de joueuse privilégie le médiatique plutôt que le sportif. Elle préfère tourner le dos à son pays pour un peu de publicité. Mais comme je l’ai déjà dit, KASLER est une étoile filante dans le monde du handball. Elle disparaîtra aussi vite qu’elle est apparue. Elle est en surrégime depuis deux ans. Et puis son histoire avec ANDERSEN ne durera pas bien plus longtemps.
 
Pour rappel, KASLER s’est déjà déboîtée l’épaule et semble souffrir de problèmes de dos récurrents.  Si la Norvège peut se payer le luxe d’emmener une joueuse qui peut se bloquer le dos au moindre courant d’air, c’est qu’elle ne doit pas faire partie du groupe uniquement pour jouer au handball. RG]
 
***
 
« Zoé, calme toi, je ne comprends rien à ce que tu racontes. »
Danielle était sur le parking de la salle des sports de Slagelse, elle attendait les autres joueuses pour monter dans le car pour rejoindre leur hôtel.
« Zoé ! Parle en anglais, tu vas moins vite dans cette langue. »
      Il y a un nouvel article de ce connard de journaliste, aujourd’hui. Et papa dit que des gens sont intervenus à la radio française pour te tailler.
      Ok. Tu as l’article quelque part ?
      Je t’envoie le lien sur ta messagerie.
      Merci.
      Qu’est ce que tu vas faire ?
      Rien.
      Rien ?! Mais il dit n’importe quoi sur toi.
      Et on va le laisser dire. Promets-moi que tu ne vas pas te lancer dans la bataille et essayer de le contrer. Cela ne provoquerait que de la surenchère.
      Oui mais…
      Tête d’ampoule, rappelle-toi : la vengeance est un plat qui se mange froid.
      Je te rappelle que tu as pris le chromosome de la patience.
      Je sais mais ne t’inquiète pas et rassure maman tout ce qu’il écrit ne me touche pas.
      Ok. Comment Solveig prend les choses ?
      Comme toi. Elle a envie de le pendre par les pieds et de le mettre à sécher à la cave.
      Cool. Dis-lui que je suis pour.
      Je lui dirai.
      Je peux repasser en français pour la suite de mon appel ?
Danielle sourit, sa petite sœur montait rapidement dans les tours mais revenait tout aussi rapidement à un régime normal. Petite fille, elle piquait des colères à vous vriller les tympans et la minute d’après vous faisait des grands sourires. Aujourd’hui, les facteurs déclenchants n’étaient plus la perte de sa sucette ou de son doudou mais dès que quelqu’un s’en prenait à sa famille ou ses amis, elle se transformait. Et Dane dut reconnaître qu’elle aimait cette passion chez Zoé.
      Je t’écoute dans la langue que tu veux.
      Papa m’a réservé mon billet d’avion et maman commence déjà à faire une liste de ce que je ne dois pas oublier.
      Rappelle à maman que tu pars au Danemark et qu’elle n’a pas besoin de te faire vacciner contre la fièvre jaune ou autre maladies tropicales.
      Oui, en plus j’ai horreur des aiguilles. Papa va me donner de l’argent de poche supplémentaire pour mes vacances mais en échange, je devrai sortir le chien pendant un mois et laver quatre fois la voiture.
      C’est un bon deal, non ?
      Ouais mais pourquoi c’est toujours donnant-donnant ce n’est pas comme si on avait des problèmes d’argent.
      Zoé, tu sais pourquoi les parents agissent de cette manière. Ils ne veulent pas que tu deviennes une petite Suisse gâtée pourrie qui n’a aucune notion de l’argent.
      Je sais… Tu peux me passer Solveig ?
      Heu… Oui attends trente secondes.
Zoé et ses changements de conversation. Danielle rejoignit Sveig qui discutait avec Liv.
      Désolée de vous interrompre mais j’ai ta plus grande fan en ligne, dit Dane en tendant le téléphone à sa capitaine.
      Zoé ?
Danielle fit oui de la tête et levant les yeux au ciel comme pour signifier qu’il ne pouvait pas y en avoir d’autre. Solveig s’excusa au près de Liv et prit le téléphone.
      Salut Zoé ! Comment tu vas ?
      Super mais ça ira encore mieux quand je serai à Copenhague. Et toi prête à laminer Slagelse.
      Laminer je ne sais pas mais les battre et prendre des buts d’avance oui.
      Cool !
      Tu sais que j’arrive dans une semaine.
      Je sais.
      Tu auras le temps de me faire visiter Copenhague ?
      Je prendrai le temps.
Solveig entendit du bruit derrière la conversation de Zoé.
      Cool. Bon il faut que j’y aille, je vais au ciné avec des amis. Bon match demain !
      Merci. A dans une semaine.
Le « au revoir » fut rapide. La capitaine norvégienne rendit son portable à Danielle.
      Qu’est ce qu’elle te voulait ?
      Savoir si je pouvais lui servir de guide.
      Elle ne manque pas de culot !
Solveig enlaça Danielle.
      Je l’ai fait pour la grande sœur, je peux le faire pour la petite.
      Mouais, heureusement que Zoé n’est pas lesbienne sinon je me poserai des questions.
Sveig ne put retenir un rire à cet énoncé.
      Ta mère ne s’en remettrait pas je crois.
      Sans doute !
Elles souriaient en s’embrassant. C’était bon de se détendre. Même si Danielle voulait occulter les dires du journaliste, il n’en restait pas moins qu’ils existaient. Et elle allait jouer ses premiers Play-Off, ce qui rajoutait une pression supplémentaire. Mais à cet instant sentir les lèvres de sa petite amie contre les siennes était très relaxant. Jusqu’à…
« Hey, les amoureuses ! On vous attend pour partir ! »
Katri se tenait sur la première marche du car, les bras croisés.
« Si vous continuez comme ça vous allez donner des idées à tout le monde et je vous rappelle que nous, nous n’avons pas fait notre marché dans l’équipe. A part peut être Lena et Lotta qui à force de se tourner autour vont inverser le sens de rotation de la terre mais…»
Solveig et Danielle tournèrent en même temps la tête pour voir ce qui avait coupé la parole à Katri. Elles virent Lena bâillonner l’ailière pendant que Lotta la tirait à l’intérieur du car.
« Nous devrions les rejoindre avant que Katri ne se retrouve ligotée au fond du bus, déclara Solveig. »
      Tu ne veux pas plutôt attendre qu’elles le fassent ?
      Tu es dure !
      Non je veux juste pouvoir t’embrasser en paix mais tu as raison rentrons à l’hôtel, je préfère le faire sans spectateur.
Solveig passa son bras autour des épaules de Danielle et elles montèrent dans le car.
 
***
 



Samedi 5 Avril  2008 – 19h00
Play Off  Demi-finale / Slagelse - Copenhague
 
Quatre matchs pour un titre national !
Mais ne nous emballons pas, il ne faut pas rater la première marche. Leurs rencontres cette saison donnent le bilan suivant : 1-1 en championnat et 2-0 pour Copenhague en Ligue des Champions. Les résidentes de la capitale sont données favorites mais les efforts consentis la semaine dernière pour la qualification en finale de la Ligue des Champions pourraient peser dans la balance. Surtout si le match est physique.
Un nouvel article a été publié attaquant de nouveau KASLER. Ce journaliste prend un malin plaisir à le faire à chaque veille de match. Cette fois-ci, le sélectionneur français s’en mêle et s’autorise à prédire la fin de la carrière de KASLER et aussi sa rupture avec ANDERSEN. Pas très fair-play tout ça. Les deux joueuses n’ont souhaité faire aucun commentaire sur le sujet.
[…]
Mi temps : 11 – 12
Le match est très serré et l’engagement physique est important. Les joueuses de Slagelse font beaucoup de fautes pour casser le rythme des attaques de Copenhague. Les coéquipières d’ANDERSEN doivent s’en remettre aux tirs à 9m.
[…]
Fin du match : 20 - 25
 
Bilan de la rencontre :
Le score ne reflète pas la physionomie du match. Le +5 pourrait amener à penser que la deuxième mi-temps a été facile mais c’est tout le contraire. Copenhague a dû gérer un temps faible au retour des vestiaires permettant à Slagelse de reprendre l’avantage à +2 à la 40ème minute. Heureusement, l’effectif étant au complet, Thia HAMERSEN a pu faire tourner son groupe et sans paniquer revenir au score puis prendre de l’avance.
Ce résultat est de bon augure pour la suite. Il permettra de jouer le match retour sans trop de pression et de garder de l’influx nerveux pour gérer au mieux la fin de saison.
KASLER évite les journalistes et je n’ai pas réussi à obtenir un rendez-vous pour une nouvelle interview. D’un côté, je la comprends, elle doit en avoir assez d’entendre les mêmes questions. De l’autre il serait bien de connaître son opinion sur le sujet.
En attendant et en espérant que ce journaliste se calme, rendez-vous pour le match retour.
 
Prochain match : Copenhague -  Slagelse le 09/04/2008
 
Bonne soirée à tous !
 
***
 
            Le match retour s’était déroulé sans encombre, Slagelse n’était jamais arrivé à prendre l’avantage pour espérer rattraper son retard. Elles avaient payées en deuxième mi-temps l’intensité de jeu qu’elles avaient mis dans la première partie du match. Copenhague s’était de nouveau appuyé sur ses rotations pour contenir l’orage sans, elle aussi, y laisser ses forces. La maîtrise technique et l’expérience avaient fait le reste. La seule note négative était la blessure de Lotta touchée à nouveau à la cheville droite. Toutes espéraient que sa durée d’indisponibilité serait la plus courte possible car quatre gros matchs les attendaient à présent.
 
***
 
            Danielle était à l’aéroport de Copenhague. Elle attendait le vol de Genève. Elle ne portait pas de casquette, pas de lunettes de soleil. Elle ne voyait pas l’utilité de se déguiser. Elle n’était pas Solveig que les gens repéraient à cinq cents mètres. Quelques personnes étaient venues lui demander un autographe mais beaucoup l’avaient regardée avec cette expression qui dit : «  j’ai déjà vu cette personne quelque part mais où ? ». Elle se sentait un peu comme son banquier que l’on ne reconnaît pas sans son costume et sa cravate. Ils la connaissaient plus en short et en maillot un ballon à la main plutôt qu’en jean, pull à capuche et les mains dans les poches.
            Le répit était de courte durée. Demain en début d’après-midi, elles partaient pour Viborg pour le match aller de la finale du championnat. Elle avait une surprise pour Zoé en espérant que celle-ci ne devienne pas hystérique en découvrant de quoi il s’agissait.
            Quand elle les vit passer la double porte, Andy avait son habituel immense sac à dos de randonnée qui dépassait au dessus de sa tête et Zoé tirait ou plutôt tractait un énorme sac à roulettes. Après avoir mieux regardé, Danielle reconnut le sac de sport qu’elle utilisait en équipe de France espoir. Elle n’était jamais parvenue à le remplir mais sa petite sœur semblait avoir réussi cet exploit. Le logo de la Fédération Française de Football sur le côté la fit sourire.
            Zoé lui sauta littéralement dessus et si elle n’avait pas mesuré dix centimètres de plus qu’elle, elle aurait eu du mal à résister à l’assaut. Andy fut beaucoup plus soft. Il la serra dans ses bras et posa un baiser sur son front. Une fois les effusions terminées, Danielle ne put s’empêcher de dire :
« Dis-moi tête d’ampoule, tu es venue faire de la provoc ? »
Zoé sachant de quoi elle parlait eut ce sourire caractéristique chez elle quand « elle rentrait en guerre ».
      On peut dire que je fais de l’ironie. La FFF t’a eu, la FFHB ne te verra pas.
      Tu sais que tu viens d’un pays pacifiste ?
      Pacifiste peut-être mais pas enclin à se laisser marcher sur les pieds.
      Un nouvel article est paru. Elle est à la fois excitée de vous revoir toi et Solveig et remontée contre ce journaliste. Tu imagines le mélange, intervint Andy.
      Tu as dû trouver le voyage long.
      Elle a eu l’avantage de me distraire de mon aversion pour les avions.
Ils sourirent tous les deux d’un air entendu.
      Je vous conduis à l’appart ?
      Nous n’allons pas rejoindre Solveig ? demanda Zoé.
      Plus tard, là, elle est en conférence de presse.
      On peut aller à la conférence de presse ?
      Non, tu n’as pas d’accréditation.
      Et être la petite sœur de sa copine ça ne suffit pas ?
      Non. C’est même un motif aggravant.
      Tu n’es pas drôle. Mais dès qu’elle a fini, on y va. Promis ?
      Promis.
 
***
 
[Quel est le vrai niveau de KASLER ? On peut se poser la question. Oui son équipe va jouer deux finales dans les semaines à venir mais elle est composée d’internationales. Comme elle l’a dit elle-même : « il est facile de jouer avec ANDERSEN. » et il n’est pas difficile d’étendre ce commentaire à l’ensemble de ses coéquipières. Quand vous avez six internationales sur sept sur le terrain, la septième joueuse peut être un niveau en dessous sans que cela ne se voie vraiment.
Nous pouvons aussi nous interroger sur le fait que KASLER va très peu au tir. Aurait-elle du mal à prendre ses responsabilités ? Cacherait-elle la fébrilité de son bras en privilégiant le jeu de passe ?  On la dit engagée dans son jeu. Mais ne chercherait-elle pas le contact pour masquer son manque de technique ?
Beaucoup de questions et peu de réponses à l’heure actuelle. Les quatre matchs à venir seront peut-être un révélateur des carences de KASLER. RG]
 
« Mais quel connard ! »
            Solveig venait de finir de lire l’article qu’elle avait reçu par mail. Elle devait se retenir pour ne pas balancer son téléphone contre le mur juste pour se calmer et effacer les mots. Il fallait qu’elle prenne sur elle car dans cinq minutes, elle devait se présenter devant les journalistes pour la traditionnelle conférence de presse avant le match aller de la finale. Elle inspira un grand coup et expira à fond. C’était à Dane de choisir de répondre ou non aux attaques de ce scribouillard et non à elle.
            Solveig se répéta cette phrase jusqu’à ce qu’elle soit assise aux côtés de Thia face aux journalistes.
            La conférence de presse se déroula normalement avec les questions d’usage sur les blessées, la tactique, le groupe, le mental et tout le reste mais Solveig n’était pas dupe, elle savait qu’à un moment ou à un autre les questions personnelles seraient posées. Et il ne fallut pas attendre longtemps.
« Mademoiselle ANDERSEN, la presse française n’est pas tendre avec votre compagne, comment prend-elle les choses ? »
      Je la laisserai répondre à cette question quand elle le souhaitera.
      Et vous quel est votre sentiment ?
      Je ne ferai aucune déclaration sur ce sujet. Je ne veux pas donner plus d’importance qu’ils n’en méritent à ces articles.
      Cela ne gêne pas votre préparation pour la finale ?
      J’espère que nous sommes assez fortes mentalement pour passer au dessus de tout cela.
Thia mit fin à la conférence de presse et Solveig prit tout de suite la direction du parking. Elle brancha son kit main libre et appuya sur le raccourci du portable de Danielle.
 
            Zoé faisait le tour du propriétaire du loft et s’extasiait sur tout.
« Il est encore mieux que ton appart à Lyon. Tu as une vue d’enfer et il est super grand. Vous êtes toutes logées comme ça ? »
      Oui.
      Mais Solveig a une maison.
      Thia aussi.
      On va y aller ?
      Chez Thia ?
      Oui.
      Aucune idée. Zoé calme toi, s’il-te-plaît, ou tu ne vas pas tenir les deux semaines. Range tes affaires ça t’occupera.
Zoé traîna son sac dans la partie chambre en marmonnant un truc incompréhensible.
      Et moi je fais quoi ? demanda Andy moqueur.
      Tu veux boire quelque chose ?
Andy allait répondre mais la sonnerie du portable de Danielle l’en empêcha.
      Excuse-moi. Salut Sveig. Tu as fini ?
      Oui je suis sur la route de la maison. Vous arrivez ?
      Nous allons nous mettre en route.
      Se deg snart.[url=#_ftn1][1][/url]
Danielle raccrocha et avant d’avoir pu appeler Zoé, sa petite sœur était déjà devant elle.
      C’était Solveig ?
      Oui.
      On y va alors ?
      Oui.
      Cool. Il faut combien de temps pour aller de chez toi à chez elle ?
      Une vingtaine de minutes.
Zoé était déjà devant la porte. Danielle prit les clés de sa voiture et croisant le regard d’Andy dit :
      Et ça risque d’être les vingt minutes les plus longues de notre vie.
 
***
 
            Solveig les attendait debout au bout de l’allée. Bones était assis à ses pieds. Danielle se gara à sa place habituelle à côté du garage. Andy prit un malin plaisir à être le premier dehors et à embrasser Solveig sur les deux joues au grand dam de Zoé qui dû patienter. A défaut, elle salua le golden retriever en le caressant derrière les oreilles. Quand enfin, elle put saluer la capitaine norvégienne, elle le fit avec beaucoup de calme comme pour narguer sa sœur.
            Et toute la soirée fut sur le même rythme, au son des différents accents anglais. Il était facile de reconnaître les traces Sud Africaines dans l’articulation d’Andy. Zoé et Danielle avait le même phrasé très tea time. Quand à Solveig, elle ne pouvait dissimuler l’accentuation de certaines syllabes plus gutturales que nasales.
            Danielle alla rejoindre Solveig qui préparait le dessert dans la cuisine.
« Tu as besoin d’aide ? »
      Tu peux sortir le cidre qu’Andy a apporté, il est dans le frigo.
      Alors qu’elle passait dans son dos pour rejoindre le dit frigo, Danielle vola un peu de chantilly que sa petite amie venait de mettre à côté de la part de tarte.
      Hey ! s’exclama Solveig en lui tapant sur la main. Tu es priée d’attendre comme tout le monde.
      Mais j’adore la chantilly.
      Ce n’est pas une raison. Tu dois être sage.
Danielle fit la moue.
      En parlant de sage, ta petite sœur est plutôt calme.
      Méfie-toi, c’est le calme avant la tempête. Dès que tu lui auras annoncé la nouvelle, elle va sauter au plafond et faire le tour de la maison en courant.
      On va voir ça tout de suite.
De retour dans le salon, Solveig servit le dessert et se tourna vers la plus jeune de la table.
      Zoé, si tu veux, tu peux faire le déplacement à Viborg avec les supporters de Copenhague. Nous avons réservé deux places dans l’un des multiples cars qui partent après-demain.
Danielle vit les yeux de sa petite sœur s’éclairer mais ce fut d’une voix posée qu’elle répondit :
      C’est cool ça. Merci. Le départ est à quelle heure ?
      9 heures sur le parking de l’Aréna.
      Bien.
Solveig regarda Danielle et lui sourit d’un air de dire : tu vois, tu as perdu.
 
            De retour dans le loft de la joueuse, Andy n’eut pas la chance de profiter du calme qui avait duré pendant tout le repas. Comme une cocotte minute sur le point d’exploser, Zoé s’était lâchée dès la porte franchie.
« Tu te rends compte, nous allons être avec les supporters de Copenhague à l’aller et au retour, il va y avoir une super ambiance. Et on va pouvoir apprendre leurs chansons. Et on va être dans leur KOP. C’est sûr ce sera pas aussi bien qu’à Basel quand nous étions avec les joueuses mais ça va tout de même être cool. Et je vais pouvoir étrenner mon nouveau maillot, je l’ai commandé sur internet. Et je vais pouvoir faire plein de photos et de films pour les mettre sur mon blog. Et…
Andy jeta l’éponge et arrêta d’essayer de suivre tout ce qu’elle disait. Il n’avait même pas compris la moitié de tous les mots qui venaient de sortir de sa bouche et son débit de parole s’accélérait encore. A cet instant, il ne regrettait plus d’être fils unique.
 
***
 
            Johanne avait décidé de faire le voyage avec les supporters pour saisir l’ambiance d’avant match. Elle avait aussi appris par l’organisatrice du déplacement qu’une certaine Zoé KASLER serait dans un des cars. Elle n’avait aucunement l’intention de jouer les intrusives mais elle était curieuse de savoir comment Danielle KASLER était perçu hors du Danemark et de la Norvège. Surtout après les différents articles qui étaient parus dans la presse française. Marie lui en avait envoyé des traductions et tout ce qu’elle avait lu était révoltant.
            Il ne lui avait pas été très difficile de repérer la jeune KASLER. Elle était la seule à parler français avec un grand type qui n’était autre que celui des photos du mois d’octobre.
« Zoé KASLER ? »
      Oui ?
      Je m’appelle Johanne, je suis des études de journalisme et…
      Je sais. Tu es celle qui commente tous les matchs de ma sœur en direct sur ton site. J’ai vu ta photo sur ton profil. Je me connecte à chaque rencontre.
      Tu serais d’accord pour que je t’interview ? Enfin tous les deux si vous voulez ?
En regardant la jeune femme Andy fit le lien avec la journaliste dont Danielle lui avait déjà parlé. Si sa meilleure amie lui faisait confiance, il pouvait en faire de même. Il répondit donc :
      Cela devrait être possible.
      Merci beaucoup. Je vous propose de le faire après la finale retour.
Les numéros de téléphone furent échangés et Zoé commença à se familiariser avec les chants des supporters de Copenhague.
 
***
 



Dimanche 13 Avril  2008 – 18h00
Play Off  finale / Viborg - Copenhague
 
Bonjour tout le monde et bienvenue pour cette finale aller du championnat du Danemark. Les pronostiques de début de saison se sont avérés exacts. Viborg et Copenhague s’affrontent pour le titre national.
J’ai fait le voyage avec les supporters de la capitale et les 4 heures de bus n’ont pas eu raison de leur ferveur. Dans le car, j’ai rencontré Zoé KASLER qui n’est autre que la petite sœur de Danielle KASLER. Elle est venue de Suisse pour encourager l’aînée de la famille. Elle a créé la surprise en arborant un maillot sur lequel était floqué KASSEN, mot que les fans utilisent quand ils parlent du couple que forment KASLER et ANDERSEN. Si je peux donner un conseil au responsable de la boutique de Copenhague c’est de se préparer à en floquer beaucoup d’autres.
Les deux KOP ont déjà commencé leur match, le rouge de Viborg d’un côté et le noir de Copenhague de l’autre. Ça en est presque assourdissant.
Les deux équipes sont au complet, pas de blessée, pas d’absente, tous les ingrédients sont réunis pour un très bon match. Copenhague est pour l’instant invaincu face à Viborg dans toutes les compétitions mais HAMERSEN a dû parfaitement motiver son groupe pour ne pas tomber dans la facilité.
ANDERSEN est en train de faire son discours d’avant match, ses coéquipières sont très resserrées autour d’elle pour pouvoir l’entendre.
 
            Solveig se tenait au milieu de son groupe un genou au sol, elle essayait de faire entendre son message.
« Comme l’a dit Thia, on reste concentrées, pas de jeu facile, pas de précipitation, on respecte le plan de jeu. Et écoutez ça les filles, ils sont là pour nous soutenir. On assure le résultat ici et chez nous, nous pourrons leur offrir une vraie fête. Il nous reste quatre matchs pour créer l’exploit mais nous devons les prendre un par un. Chaque match est une finale sèche, c’est en les abordant de cette manière que nous gagnerons. Confiance dans notre jeu et tout se passera bien. Bon match ! »
Toutes les joueuses se claquèrent dans la main. De son banc, Thia pouvait sentir l’envie qui animait ses joueuses.
 
 
15ème minute : 07 – 08
Le ballon tourne jusqu’à décaler AAMODT sur l’aile gauche pour aller au tir. Action classique.
[…]
Mi temps : 14 – 16
Copenhague joue un handball très sérieux pas d’extravagance ni de geste fou. L’engagement physique est très présent mais elles semblent vouloir empêcher Viborg d’emballer le match et de profiter de l’appui de ses spectateurs pour hausser leur niveau de jeu.
[…]
Fin du match : 27 - 32
 
Bilan de la rencontre :
Copenhague repart de Viborg avec un +5 dans son sac de sport. Le choix tactique fait par HAMERSEN a été efficace. Rien de spectaculaire mais un sujet parfaitement maîtrisé. Les supporters de Viborg sont un peu douchés mais gardent tout de même espoir d’un retournement de situation au match retour.
Les deux équipes vont devoir récupérer avant de se retrouver dans cinq jours. En cette fin de saison les efforts physiques à répétition laissent plus de traces sur l’organisme.
De mon côté, j’ai 4h de car pour entendre chanter les supporters de Copenhague.
 
Prochain match : Copenhague -  Viborg le 18/04/2008
 
Bonne soirée à tous !
 
***
 
            Zoé, Solveig, Danielle et Andy étaient tous les quatre attablés dans un restaurant non loin du canal. Au lendemain de leur victoire à Viborg, ils fêtaient l’anniversaire du seul homme du quatuor. Il était né la même année que sa meilleure amie, ses huit mois de plus lui avaient octroyé le rôle du protecteur. Si tant est qu’il était possible de protéger Dane, mais il aimait à le penser. Elle était rayonnante, malgré la fatigue qu’il pouvait lire dans ses yeux. Il émanait d’elle un sentiment de bonheur presque enivrant. Elle donnait envie de croire aux contes de fées et aux happy end. Elle avait encore des défis à relever mais dès à présent, elle avait gagné. Elle avait survécu au championnat Danois, aux journalistes et à la vie avec Solveig. Et c’était sans doute ce dernier point qui avait dû être le plus dur. Laisser cette belle norvégienne prendre de plus en plus de place dans sa vie avait dû être compliqué pour Dane. Car aimer Solveig ANDERSEN, c’était aimer la Norvège toute entière. Mais Danielle était depuis longtemps tombée amoureuse de ce pays. Bien avant Solveig et même bien avant qu’elles se rencontrent. Dans ses veines coulaient une part de sang de son Grand Père, un peu de ce pays scandinave aux jours sans soleil et aux nuits sans lune. Le paradoxe c’est qu’elle n’avait jamais donné d’importance à cette part de son héritage alors que c’était assurément ce qui la caractérisait le plus. Si Dane était une viking, Zoé par opposition était Heidi, cette gamine qui vivait chez son Grand-Père dans les alpages Suisse. Deux physiques, deux caractères mais avant tout deux sœurs unies par un cocktail sanguin.
            Au milieu de son analyse, Andy fut frappé par une constatation.
« Dites les filles, je pensais à quelque chose : le drapeau Norvégien est rouge avec une croix bleue et celui de la Suisse est rouge avec une croix blanche. Ce qui nous donne : du bleu, du blanc et du rouge donc le drapeau français. En fait c’est logique que tu sois née en France, Dane. »
Trois regards le fixèrent, l’un se demandant s’il avait bien tout compris, l’autre s’interrogeait sur sa santé mentale et le dernier souriait.
      Andy a des envolées théoriques quand il est gai ou fatigué. Il ne faut pas s’inquiéter, déclara Danielle. 
Tous les quatre rirent.
      J’aimerais bien t’y voir après quatre heures à entendre chanter cinquante supporters et surtout ta petite sœur.
      C’est horrible surtout quand on y comprend rien, compatit Solveig.
      Merci de ta sollicitude. Je voulais vous remercier toutes deux d’avoir permis que nous soyons tous les quatre réunis pour mon anniversaire. Je sais que vous avez des échéances super importantes et que votre planning devait indiquer « soirée tranquille à la maison pour récupérer avant la finale retour ». Alors encore merci.
Le regard d’Andy et de Danielle se verrouillèrent et d’une même voix :
« Rien ne nous empêchera d’être présents à l’anniversaire de l’autre sauf guerre, bombe atomique ou la mort. »
Ils l’avaient dit en français mais Solveig avait parfaitement compris le sens des mots. Ce serment était le symbole de tout ce qu’ils représentaient l’un pour l’autre.          
 
***
 



Vendredi 18 Avril  2008 – 19h00
Play Off  finale / Copenhague - Viborg
 
Finale retour entre les deux équipes phares du championnat danois. Copenhague va débuter ce match avec un avantage de 5 buts. De quoi enlever un peu de pression mais qui ne doit pas amener un sentiment de facilité. Au match aller les joueuses de la capitale avaient pratiqué un jeu très traditionnel, s’appuyant sur les bases de leur jeu. HAMERSEN a-t-elle reconduit la même stratégie ? Il faudra attendre le début de la rencontre pour avoir la réponse car rien n’a filtré en conférence de presse.
Du côté des spectateurs, les tribunes sont remplies de personnes habillées en noir mais rassurez-vous nous sommes loin de l’ambiance d’un enterrement. Ça tape des mains, des pieds et ça donne de la voix.
A une heure et quelques minutes d’un titre national, la pression monte. Les joueuses sont en place, le deuxième round va débuter.
 
1ère minute : 01 – 00
Wow ça commence fort. Attaque placée de Copenhague. MERTENS quitte son aile pour rentrer dans l’axe. Elle feinte le tir et fait une passe à KASLER qui a croisé dans son dos. Appui intérieur pour s’ouvrir la cage mais alors que la gardienne ferme le premier poteau, KASLER fait une passe au deuxième poteau pour ANDERSEN qui se saisit du ballon dans les airs et marque. KASLER et ANDERSEN attaque le match par un Kung Fu. Le ton est donné !
[…]
25ème minute : 14 – 13
ARLENSEN sort son troisième pénalty de la soirée. Les attaquantes de Viborg sont en échec dans ce secteur de jeu. Cela pourrait faire la différence.
 […]
Mi temps : 16 – 14
Le score à la mi-temps est identique au match aller. J’ignore si les deux équipes vont pouvoir tenir une telle intensité physique pendant toute la deuxième mi-temps mais en attendant, c’est du handball magnifique qu’elles nous proposent. La tactique de jeu est différente d’il y a cinq jours. C’est du handball total avec tout de même énormément de maîtrise. Viborg cherche à rendre le match complètement fou pour réaliser l’exploit. Copenhague répond coup pour coup pour doucher leurs ardeurs.
KASLER et ANDERSEN sont à 100% de réussite sur leurs tirs.
[…]
53ème minute : 30 – 26
KASLER monte au tir, décalée par ANDERSEN, et lâche son bras. La gardienne n’a pas bougé. J’aurais aimé que la vitesse de cette balle soit mesurée car c’est un vrai missile qui vient de faire trembler les filets de Viborg.
[…]
59ème minute : 34 – 27
Copenhague avait commencé par un Kung Fu et bien elle termine de la même façon. AAMODT à la passe, KASLER à la conclusion.
 
Fin du match : 34 - 27
 
Bilan de la rencontre :
Copenhague conserve son titre de championne du Danemark grâce à son collectif :
ARLENSEN en bourreau des tireuses de penalty, 5 arrêts à son actif dans cet exercice sur ce match.
AAMODT et MERTENS en feu follet sur les ailes.
BLANKAERT et BILTOFT pour user la défense.
TORSTENSON très efficace en contre-attaque.
KASLER à la dernière passe et au tir.
Et ANDERSEN en chef d’orchestre de tout ça.
HAMERSEN peut être contente de son groupe !
 
Prochain match : Maria Enzersdorf - Copenhague le 23/04/2008 en finale aller de la Ligue des Champions.
 
Bravo les filles pour ce nouveau titre. Faites nous encore vibrer dans cinq jours.
 
Sur ce, je vais aller trinquer à la santé du handball féminin.
 
Bonne soirée !
 
            Dans les vestiaires c’était la folie, toutes les joueuses se congratulaient. Elles étaient à nouveau championnes de Danemark. Viborg n’avait pas réussi à récupérer son titre perdu l’année dernière. Les schémas tactiques avaient été effacés du tableau remplacés par des « We are champions ! », « Vi er mestre ! », « Vi er mestere ! », « Vi är mästare ! », « Wir sind Weltmeister ! », « Nous sommes championnes ! ». Katri était debout sur la table centrale qui servait normalement à poser les gourdes et le reste de l’équipement.
            Solveig avait enfin réussi à prendre Danielle dans ses bras et l’embrassait. Elle se retenait de se laisser aller sinon, elle entendrait les railleries de Katri. Elle posa ses mains sur les joues de Dane et appuya son front contre le sien.
« Tu as les yeux qui brillent, remarqua Solveig. »
      Je ne suis pas la seule.
      On dirait un ciel étoilé.
      Et les tiens, du caramel liquide.
      C’est ton troisième titre dans ta carrière de handballeuse.
      C’est ton ixième titre.
      Oui mais ramené au nombre d’années de pratique, tu dois me battre.
      Comme si j’ignorais que tu as remporté le championnat de Norvège en catégorie jeune à trois reprises, sans compter les coupes et…
      Restons-en au palmarès adulte.
      Ok alors : deux championnats de Norvège, deux au Danemark, deux Nordea Cup, une coupe EHF, deux championnat d’Europe, un championnat du monde, si tu me laisses réfléchir un peu, je dois pouvoir allonger la liste.
      Ok, je capitule mais les titres gagnés à tes côtés ont une saveur toute particulière.
Pour appuyer ses dires Solveig l’embrassa avec moins de retenue. Danielle s’accrocha au maillot de sa petite amie, ses jambes menaçaient de fléchir. Entre les efforts du match et les sensations qui se diffusaient dans son corps, galvanisé par les lèvres de Solveig sur les siennes. Elle n’avait plus conscience du vestiaire, de ses coéquipières, du brouhaha, des rires, des chants, des bouchons de champagne qui sautaient. Elle ne ressentait que Solveig et ne voulait pas que cela cesse. Mais elle revint sur terre en sentant un liquide froid lui couler sur la nuque et le long du dos. Elle ne put retenir un léger cri de surprise et se retourna d’un bloc pour voir d’où venait l’attaque. Katri, un grand sourire sur les lèvres tenait une bouteille de champagne à la main. Elle semblait très fière d’elle.
« Ne te plains pas, ça aurait pu être un seau d’eau froide. »
      Merci Katri pour toute l’application que tu apportes à mon bien-être.
      Pas de problème, à ton service. En attendant, un peu de bulles les filles ? Dans un verre, il va s’en dire.
 
            Thia n’échappa pas à sa douche toute habillée. Les journalistes avaient été laissés à la porte du vestiaire. La seule qui ne faisait pas partie de l’équipe ou du staff à avoir été autorisée à entrer était Zoé et elle profitait au maximum de l’expérience. Elle était sagement assise à la place attitrée de sa sœur. Cela lui faisait bizarre de voir son nom inscrit au dessus de sa tête. Elle avait eu l’occasion de le prendre en photo après un entraînement. Elle allait avoir tellement de choses à raconter qu’elle ne savait pas par quoi commencer.  Liv s’approchait d’elle. Elle tenait plusieurs verres à la main. Elle interpella Danielle.
« Dane, ta petite sœur peut boire du champagne ? »
      Tant que ce n’est qu’un seul verre pas de problème. Cela ferait désordre si notre mère apprenait qu’elle a pris une cuite à Copenhague.
Zoe accepta le verre et se fit la remarque que le hand c’était plus cool que le foot. Elle n’avait jamais eu le droit de rejoindre sa sœur quand elle jouait encore avec ses pieds. Alors qu’ici, le fait qu’elle soit là semblait naturel et logique.
 
            Andy était resté dans les tribunes, il avait eu trop peur de cette bande de filles surexcitées. Il n’avait jamais compris l’engouement que les gens pouvaient avoir pour un événement sportif mais aujourd’hui il avait eu sa réponse. Elle était venue de lui, il s’était surpris à se lever pour encourager l’équipe de Copenhague avec le reste des spectateurs. Il avait applaudi à s’en rougir les mains les buts de Dane. Et surtout, il avait aimé faire partie de cet ensemble de personnes passionnées. La seule petite ombre au tableau pour lui avait été le comportement de Danielle à la fin du match. Il était clair que Solveig voulait partager leur victoire mais elle, s’était esquivée, se noyant dans le groupe. Il allait vraiment falloir qu’elle arrive à assumer cette part de sa relation car sa petite amie n’allait pas supporter ça encore longtemps.



[url=#_ftnref1][1][/url] A tout de suite.

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Oscar Wilde
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Mack
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Lun 15 Juin 2015 - 0:01

MARIA ENZERSDORF – Sprint et émotions
 



Lundi 21 Avril  2008 – 15h00
Interview de Zoé et Andy
 
A deux jours de la finale aller de la Ligue des Champions, je vous propose l’interview de Zoé KASLER et Andy AMOND. La première comme vous le savez est la petite sœur de l’arrière droit de Copenhague. Le deuxième est le « mystérieux » grand brun que les journalistes de la presse people avaient présenté comme le petit ami de Danielle KASLER.
Alors pour commencer, pouvez-vous nous dire deux trois choses sur vous ?
Zoé : J’ai bientôt 16 ans, je vis en Suisse à Lausanne et je vais au lycée.
Andy : Je viens d’avoir 26 ans, j’habite en France à Lyon et je tiens un bar.
 
Pouvez-vous nous donner vos nationalités ?
 Zoé : Suisse et norvégienne
Andy : Française
 
Zoé pas de 3ème branche française ?
Non, Dane a la nationalité française car elle y est née.
 
Et toi où es-tu née ?
En Angleterre, à Londres.
 
Andy ?
Baden-Baden, Allemagne.
 
Vous êtes de vrais globe-trotters.
Zoé tu as 10 ans de moins que ta grande sœur, pourquoi cet écart ?
Elle a du être tellement pénible petite que les parents ont dû avoir besoin de temps pour s’en remettre. Non sans déconner, Dane est arrivée un peu sans prévenir dans la vie de nos parents. Elle n’était pas vraiment planifiée. Alors du coup, ils ont attendu d’être plus installés pour lancer ma conception.
 
Pouvez-vous nous parler de Danielle avant ANDERSEN ?
Zoé : D’après ce qu’en dit la famille, enfant Danielle était plutôt calme et appliquée dans ses activités disons cérébrales. Mais complètement survoltée quand elle faisait du sport.
Andy : Au lycée, elle ne faisait pas de vague, elle était très discrète mais était très efficace quand il s’agissait de défendre nos intérêts.
 
Comment la voyez-vous aujourd’hui ?
Zoé : Comme un parfait exemple à suivre. Le fait de venir au Danemark ne l’a pas changée. Elle est toujours la grande sœur qu’elle était quand elle habitait Lyon.
Andy : Comme quelqu’un qu’il est facile d’admirer. Elle a toujours su ce qu’elle voulait et a toujours fait ce qu’il fallait pour l’obtenir. Sans oublier le monde qui l’entoure.
 
Comment avez-vous pris sa relation avec Solveig ANDERSEN ?
Zoé : C’était la nouvelle de la décennie. C’est trop la classe ! Solveig ANDERSEN ! Sérieux pour faire mieux va falloir se lever tôt !
Andy : Quand on connaît Dane, ce n’est pas une surprise de la voir en couple avec Solveig. Ses relations amoureuses, n’ont jamais été très banales.
 
Quel est votre sentiment face à son homosexualité ?
Zoé : ça ne change rien au fait qu’elle soit une super grande sœur. C’est sans doute pour elle que ça doit être le plus dur. Etre toujours jugée, devoir toujours défendre sa manière de vivre et d’aimer cela doit être usant. Heureusement les pays scandinaves ont l’air plus ouverts sur ce sujet.
Andy : Je suis allé à ma première Gay Pride avec elle, on devait avoir 16 ans. Et depuis cette époque, je suis toujours fier de marcher à ses côtés. Et étant moi aussi Gay, je ne peux que l’encourager à défendre ses idées.
 
Comment vit-on le fait d’être la petite sœur ou l’ami d’une star montante du handball ?
Zoé : Cela pourrait être un problème si nos parents me mettaient la pression pour que je sois au même niveau qu’elle mais ce n’est pas le cas. Pour eux je suis un être différent qui se débrouille en sport mais n’excelle pas. Ils savent que j’ai d’autres centres d’intérêts. Et puis Dane n’a jamais eu la grosse tête même quand tous les clubs de football féminin du championnat de France s’intéressaient à elle.
Andy : Quand elle jouait à Lyon, plein de gens venait au bar en espérant la voir. Je pourrais juste me plaindre d’avoir perdu ma meilleure pub. Non sérieusement ça ne change rien que Dane soit une star ou non. Je suis toujours Andy son meilleur ami Gay. J’ai toujours eu cette étiquette et j’espère l’avoir encore très longtemps.
 
Depuis quelques semaines, un journaliste français attaque Danielle. Qu’en pensez-vous ? Et savez-vous pourquoi elle ne fait aucun communiqué ?
Zoé : Ce mec est un abruti, il ne sait même pas de quoi il parle. J’aurais bien envie de lui faire manger ses articles.
Andy : Dane n’a jamais aimé les vagues. Si elle doit prendre la parole elle le fera mais ce sera où et quand elle l’aura décidé. Pour l’instant, je pense qu’elle est concentrée sur autre chose.
 
Comme la finale de le Ligue des Champions ? Vous serez là pour la soutenir encore ?
Zoé : Bien sûr !
Andy : Nous ne serons pas du déplacement en Autriche mais bien à Copenhague pour le match retour.
 
Les sentiments que j’ai ressentis en interviewant Zoé et Andy c’est que si Andy est le meilleur ami de Danielle, il joue aussi le rôle du grand frère auprès de Zoé. Ils parlent tous les deux un anglais très lisse et agréable à entendre. Et ils sont d’un naturel désarmant. Il y a un vrai lien fraternel entre les deux KASLER. Et je peux vous assurer qu’ils sont tous les deux prêts à se battre pour défendre leur Dane.
 
***
 
            Andy et Danielle étaient assis dans le pub proche du loft de cette dernière. Ils avaient décidé de passer un moment seuls tous les deux. Le lendemain Dane partait pour l’Autriche avec le reste de son équipe.
« Je ne sais pas si c’était une bonne idée de laisser Zoé seule avec Solveig. »
      Ne t’inquiète pas, ta copine sait se défendre. A mon avis, elle a déjà dû gérer des fans plus excités que ta sœur. Et elle est tellement impressionnée par Solveig qu’elle va se tenir à carreau.
      J’espère que tu dis vrai. J’ai pas envie que…
      Que tes mondes se mélangent ?
      Pardon ?
      Tu as toujours tout cloisonné, ton job, ton sport, ta famille, tes amis. Tu n’as jamais mélangé personne. Je sais que c’est ta manière de trouver ton équilibre mais tu ne peux pas continuer.
      Pourquoi tu me parles de ça ?
      Pourquoi ? Tu n’en as pas une petite idée ?
      Non.
      Attends, je vais te montrer quelque chose.
Andy sortit son téléphone portable et ouvrit la vidéo qu’il avait téléchargé sur youtube plus tôt dans l’après-midi.
      Regarde ce sont les images après votre titre. Regarde, Solveig te cherche, elle veut le partager avec toi et toi tu l’esquives. Et ne me dis pas que tu ne l’as pas fait exprès. Je te connais trop bien.
      Mais on l’a partagé dans les vestiaires. Demande à Zoé elle doit sûrement avoir des photos où l’on s’embrasse avec Solveig.
      Tu fais exprès de pas comprendre. Solveig a besoin de ces moments là. Elle a besoin d’interaction avec toi. Vous êtes en couple arrête de faire comme si ce n’était pas le cas. Vous vous êtes outter alors assume le. Aies le courage de l’embrasser sur le terrain.
      Tu crois vraiment que ça dérange Solveig ?
      Tu vas me faire croire qu’elle ne t’en a pas déjà parlé ?
Danielle détourna le regard.
      Une fois, nous nous sommes disputées à cause de ça.
      Et comment vous avez réglé le problème ?
      Je lui ai fait l’amour dans la douche de notre chambre d’hôtel.
Andy vit rougir son amie. Il secoua la tête de gauche à droite en levant les yeux au ciel.
      Pas très féminine comme réaction. Je croyais que vous les lesbiennes vous passiez votre temps à parler de vos problèmes.
      Tu ne va t’y mettre avec les clichés sur les lesbiennes. Je ne sais pas comment gérer cette situation. J’ai bien conscience que je blesse Sveig mais je ne veux pas être le centre d’attention. Si je commence à l’embrasser à chaque fois que j’en ai envie, je vais remplir les pages des journaux people et des blogs.
      Je ne te dis pas de vous rouler des patins à tous les instants. Juste que ça ne te tuera pas de la prendre dans tes bras et de lui poser une bise sur la joue ou dans le cou.
Andy laissa passer un silence.
      Tu lis ses interviews ?
      Pas tous, elle en donne tellement.
      Tu devrais. Elle prend ta défense. Non plutôt, elle défend votre amour. Elle est prête à tout pour toi. Même à renier une partie de son caractère. Elle est expansive, elle aime partager, elle a toujours été abordable pour ses fans et elle veut leur montrer à quel point elle t’aime. Arrête de la priver de ça.
Danielle regarda Andy comme Zoé la regardait quand elle lui faisait la morale. Elle savait qu’il avait raison mais elle ne voulait pas de la lumière. Elle aimait cette ombre que Solveig lui apportait. En tant que joueuse de hand, elle grandissait justement dans son ombre, elle était en partie à l’abri. Sortir en pleine lumière lui faisait peur. Mais il faudrait qu’elle y arrive pour Solveig. Pour le respect de leur amour.
      C’est pour ça que tu voulais que nous soyons seuls un moment ?
      Oui. J’avais déjà ce sentiment au mois d’octobre. C’est bien que votre relation n’interfère pas dans votre manière de jouer mais si tu n’y prends pas garde ce qui fait votre force pourrait devenir votre faiblesse.
      J’ai compris. Merci.
      Pour t’avoir limite engueulé ?
      Pour m’avoir ouvert les yeux. Tu es celui qui me comprend le mieux.
      Il en va de même pour toi. Et sache que je serai toujours là pour toi, Ok ?
      Oui. La réciproque est vraie.
      Bien. En attendant, je crois qu’il est temps de voler au secours de Solveig.
      Tu crois ? Et ta théorie sur le côté impressionnant de ma copine ?
      Je ne suis pas sûr qu’il puisse tenir plus de deux heures.
      Alors en route.
Alors qu’ils se levaient pour quitter la table, Danielle passa ses bras autour du large torse d’Andy et posa le front sur son sternum. Ce dernier l’enlaça et la serra contre lui.
      Tu vas t’en sortir, je ne m’inquiète pas. Ecoute les instincts de ton cœur.
 
            Quand ils rentrèrent tous les deux dans la maison de la capitaine norvégienne, ils trouvèrent Zoé et Solveig en train de jouer au curling sur la wii. La jeune KASLER avait le sourire de ceux qui vivent un rêve éveillé et Solveig le regard indulgent d’une grande sœur. A ce moment là Danielle se dit qu’elle avait une super petite amie.
 
***
 
 



Mercredi 23 Avril  2008 – 18h00
Finale aller Ligue des Champions  /
Maria Enzersdorf - Copenhague
 
Bienvenue dans la banlieue de Vienne en Autriche. Copenhague retrouve l’équipe de Maria Enzersdorf pour le titre suprême en club. Les deux clubs n’ont encore jamais remporté cette compétition et c’est même leur première finale à ce niveau mais pour l’instant les autrichiennes mènent deux victoires à zéro avec un avantage au score de +10.
HAMERSEN a déclaré en conférence de presse que l’équipe avait fait un gros travail tactique cette semaine pour contrer les attaquantes adverses. Elle pourra compter sur la présence de KASLER absente des deux oppositions entre ces deux clubs, à cause de douleurs dorsales.
De toutes les manières tous les sportifs vous diront que les finales sont des matchs particuliers où toute hiérarchie peut être bousculée.
Les visages sont sérieux, les joueuses entre elles parlent beaucoup. Est-ce un moyen de faire tomber la pression ou une manière de s’encourager ? Peu importe tant que cela fonctionne.
 
0ème minute : 00 – 00
Les équipes sont en place, les arbitres aussi, le match commence !
[…]
Mi-temps : 12 – 08
ANDERSEN est en échec total face à la gardienne autrichienne. Les joueuses de Maria Enzersdorf mettent une grosse pression sur elle. SHELLING et TORSTENSON limitent la casse en arrivant à placer des tirs à 9 mètres. Aucune opportunité ne s’ouvre sur les ailes, AAMODT et MERTENS n’ont qu’un rôle de relayeur. KASLER n’est pour l’instant utilisée qu’en défense mais pour la deuxième mi-temps, elle va se retrouver à l’opposé du banc donc si HAMERSEN garde son schéma de jeu, l’arrière droit devrait prendre part aux attaques. Peut-être un moyen de faire sauter le verrou Autrichien.
 
            Dans les vestiaires Thia traçait de nouveaux systèmes de jeu. Solveig essayait de se calmer et de faire redescendre la pression. Elle était à côté de son match pour l’instant et si la situation n’évoluait pas, elle allait grandement pénaliser son équipe. Les yeux fermés, elle écoutait le discours de son entraîneur.
« Dane tu débutes la deuxième mi-temps. Tu es une anguille avec de la puissance. Bouge-moi cette défense. Elles lisent trop facilement nos attaques il faut que nous les trompions. Quatre buts les filles c’est pas la fin du monde. Nous appliquons la même rigueur défensive mais à présent nous marquons. Chaque attaque doit se traduire par un but. Si vous voulez que le match à l’Aréna ait un sens, il faut se battre maintenant ! »
 
[…]
32ème minute : 12 – 09
KASLER est à la lutte avec son adversaire directe. Elle feinte la remise dans l’axe sur ANDERSEN et pose un volt à gauche pour un tir bras droit. Elle a pris par surprise tout le monde. Sonnerait-elle la révolte Danoise ?
[…]
34ème minute : 12 – 10
Copenhague a mis la marche avant, sous l’impulsion de KASLER qui se sert d’ANDERSEN en relai, avant de servir AAMODT qui trouve enfin la faille. Elles semblent avoir toutes retrouvées leur tempo.
[…]
59ème minute : 24 – 24
ARLENSEN stoppe le dernier tir Autrichien, KASLER à la bagarre pour la récupération, passe longue et tendue pour ANDERSEN qui va au face à face avec la gardienne. Cette fois-ci, elle ne rate pas sa chance et son seul tir de la deuxième mi-temps fini au fond des filets.
 
Fin du match : 24 - 24
 
Bilan de la rencontre :
Une deuxième mi-temps bien différente de la première pour Copenhague. Légèrement hors sujet pendant 30 minutes, la pause a fait du bien et c’est un tout autre visage que les joueuses danoises ont proposé.
ANDERSEN pas dans un grand soir au tir a endossé le rôle de passeuse, s’appuyant sur le bras de KASLER et TORSTENSON. Ses passes dans le dos de la défense pour BLANKAERT et BILTOFT ont fait mouche. Elle a prouvé ce soir qu’elle était capable de s’adapter, qu’elle n’était pas qu’une machine à buts. Et ses coéquipières ont démontré qu’elles pouvaient palier les défaillances de leur capitaine, chose qu’elles avaient du mal à faire la saison dernière.
 
Prochain match : Copenhague - Maria Enzersdorf le 27/04/2008 en finale retour de la Ligue des Champions.
 
Bonne soirée !
 
***
 
[Samedi 26 avril 2008
 
Après s’être interrogé sur le talent (ou l’absence de talent) de KASLER, qu’en est-il de sa vie personnelle ? Aujourd’hui tout le monde sait qu’elle est Lesbienne et qu’elle « vit » avec Solveig ANDERSEN. Certains de mes confrères se sont posés la question sur la réalité de leur couple. Depuis leur coming out c’est le calme plat. Il y avait plus de chaleur dans les étreintes de son soi-disant meilleur ami. Si j’étais médisant j’appellerais ça un gros coup de pub !
Et que dire de sa famille ? Fille non désirée de parents toujours mariés, une petite sœur, un chien, sûrement un poisson rouge… la famille idéale en somme. Tout ce petit monde habite en Suisse, sur les bords du lac Léman. Son père est dans la finance dans le sens large du terme. Sa mère est le stéréotype même de la femme au foyer. Après quelques recherches, elle serait norvégienne grâce à son grand père et cet homme serait arrivé en Suisse en 1945, nous sommes en droit de nous poser des questions ? Comme quand un argentin à un nom à consonance Allemande. Le grand Père KASLER n’aurait-il pas « aidé » l’armée allemande au cours de l’occupation ? Et sentant le vent tourner, il serait venu se réfugier en Suisse pour ne pas subir le sort réservé aux collabos. On pourrait presque croire qu’elle a caché sa nationalité norvégienne pour éviter que le passé qui y est attaché ne refasse surface. GR ]
 
***
            Zoé était installée dans le salon de Solveig. Les deux jeunes femmes étaient revenues de l’entraînement depuis peu et elles vaquaient à leurs occupations dans la maison. Andy était allé faire un tour en ville pour trouver des verres sympa. La dernière des KASLER avait emprunté le PC portable de sa sœur pour consulter ses mails, donner des nouvelles sur son blog et répondre à certains commentaires. Tous les fidèles de son site internet étaient enthousiasmés par son voyage à Copenhague, espérant plein d’informations sur KASSEN.
            Son après midi aurait pu être parfait si un nouvel article n’avait pas fait son apparition. Le journaliste qui avait pris Danielle en grippe venait de décocher une nouvelle flèche. Elle était en train de le lire pour la deuxième fois pour être sûre d’avoir tout compris. Il écrivait tellement d’horreurs qu’elle avait d’abord cru ne pas saisir son ton ironique ou moqueur. Mais non, c’était bien des questions qui n’en étaient pas. Sous couvert de s’interroger, il imposait ses idées et son ressentiment.
 
« Alors la reine d’internet, tout se passe bien ? »
Zoé sursauta et referma précipitamment l’écran de l’ordinateur. Danielle venait de rentrer dans la pièce. Devant la réaction de sa sœur, Dane fronça les sourcils.
« Qu’est-ce qui t’arrive ? »
      Rien.
      Zoé, tu n’as jamais su mentir et encore moins me cacher quelque chose. Alors ?
A contre cœur, Zoé rouvrit le PC et le tourna pour qu’elle puisse voir l’écran.
      L’autre abruti a publié un autre article.
      Ah !
      Et tu ne vas pas aimer.
Danielle se saisit de l’ordinateur et lut. Après quelques minutes :
« Putain quel fumier. »
Solveig, alertée par l’éclat de voix  de sa petite amie, arriva dans le salon.
      Qu’est-ce qui se passe ?
      Ce connard traite Grand-Père de collabo !
C’était la première fois que Solveig voyait Danielle s’énerver. Elle avait les mâchoires serrées, les poings fermés et les yeux légèrement plissés. Tout cela lui donnait un côté bad girl très sexy mais la capitaine norvégienne se garda bien de faire tout commentaire à ce sujet. Elle ne connaissait pas les réactions de Dane quand elle était dans cet état d’esprit. Elle se concentra plutôt sur le sujet de l’article.
      Il a écrit que ton Grand-Père était un collabo ?
      Il dit qu’il a quitté la Norvège pour échapper aux représailles. Il dit aussi que notre histoire est un coup de pub.
      Il te traite aussi d’enfant non désiré, rajouta Zoé.
      Ouais mais ça ce n’est pas important. Je ne le laisserai pas s’en prendre à mes proches.
Solveig ne put s’empêcher de sourire et d’attirer Danielle dans ses bras. Les articles ne l’avaient pas touché tant qu’elle n’en était que la cible. Mais le fait que ce journaliste s’en prenne à sa famille avait réveillé la guerrière en Dane.
      Tu vas encore me dire qu’il ne faut pas réagir ? questionna Zoé.
      Non, je ne te le dirai pas mais reste en dehors de tout ça Zoé. C’est à moi de régler les choses. Si son but est de me déstabiliser, il peut toujours essayer. Sa bêtise ne me fera pas rater ma finale. Après, je m’occuperai de lui et je te promets petite sœur qu’il va apprendre à connaître la famille KASLER.
      Cool, j’adore quand tu es comme ça. KASLER Power !
      KASLER Power ? s’étonna Solveig en levant un sourcil interrogatif.
      C’est une vielle histoire.
      Que tu me raconteras un jour si je suis sage, c’est ça ?
      Oui.
Solveig l’embrassa sur le nez et retourna dans la cuisine pour finir de remplir la gamelle de Bones. Les prochains jours allaient être mouvementés si Danielle décidait de répondre aux attaques.
 
***
 
            Thia intercepta Solveig alors qu’elle allait rentrer dans les vestiaires. Comme tout le monde dans le club et l’équipe, elle avait pris connaissance du nouvel article que les médias danois et norvégiens avaient commenté.
« Comment elle a pris les choses ? »
      Plutôt bien ne t’inquiète pas. Elle a décidé de lui répondre dans les jours à venir. Et si tu veux mon avis, il l’a galvanisée. Elle va faire un gros match.
      Ok, il commence à m’agacer ce journaliste à chercher à déstabiliser les membres de mon équipe. Et toi comme tu vas ?
      Si elle va bien, je vais bien. Gagner cette finale est la meilleure arme que je puisse lui donner face à ce genre de commentaire.
      Je suis tout à fait d’accord avec toi. Allez va te changer, nous avons une finale à gagner.
 
***
 
 
 



Dimanche 27 Avril  2008 – 18h00
Finale retour Ligue des Champions  /
Copenhague - Maria Enzersdorf
 
Dernier match de la saison régulière pour les deux équipes mais sûrement le match le plus important de l’année. Egalité au match aller ce qui donne au match de ce soir un goût de finale sèche. L’équipe qui gagnera repartira avec le trophée.
Pendant les diverses conférences de presse, les entraîneurs ont mis l’accent sur la fatigue physique accumulée. La nouvelle formule de la Ligue des Champions a multiplié le nombre de matchs et de déplacements, réduisant les temps de récupération.
La clé du match pourrait être le pourcentage de réussite au tir. ANDERSEN a complètement raté son match aller dans ce secteur de jeu.
 
            Solveig comme à l’accoutumé se tenait au milieu de ses coéquipières. C’était son dernier discours de la saison avec l’équipe de Copenhague ensuite elle endosserait son rôle de capitaine de la Norvège.
« Ce soir, nous pouvons montrer que nous sommes une des meilleures équipes d’Europe, que nous méritons notre place. Il va falloir nous battre pendant 60 minutes et pas une seconde de moins. Chaque ballon va être important. Nous n’avons pas le droit de nous déconcentrer. Il va falloir aller puiser dans nos ressources mentales et physiques pour gagner. Préparez-vous à devoir livrer un gros combat. Si nous sommes solidaires, tout roulera. Pas de précipitation mais pas de retenue excessive. Jouons notre jeu. »
Elles se claquèrent toutes dans les mains et prirent leur place. Solveig observa Danielle se positionner à sa droite. Même si sa petite amie lui avait assurée que les dires du journaliste ne la perturbaient pas, elle était tout de même inquiète. Elle plus que les autres n’avait pas le droit à l’erreur car tout le monde l’attendait au tournant. La moindre de ses faiblesses serait relevée et analysée. Et même avec tout l’amour qu’elle lui portait Solveig savait qu’elle ne pouvait pas la protéger contre ça.
 
 […]
Mi-temps : 15 – 15
Les attaques ont décidé de faire plier les défenses et les deux équipes se rendent coup pour coup. ANDERSEN a retrouvé son efficacité et c’est elle qui conclut la plupart des actions danoises. Elle peut pour cela s’appuyer sur KASLER toujours aussi précise dans ses dernières passes et MERTENS et AAMODT qui ouvrent des brèches en étirant le bloc adverse.
Côté défense de Copenhague, KASLER souffre physiquement face aux impacts des adversaires qui viennent la défier dans sa zone comme si elles voulaient l’user pour qu’elle soit moins efficace dans ses passes.
[…]
40ème minute : 20 – 20
KASLER est à nouveau envoyée au sol cette fois-ci sur une phase d’attaque. Il semble de plus en plus difficile pour elle de se relever. La fin de match va être longue car SHELLING ne semble pas dans un grand soir pour assurer les rotations.
 […]
58ème minute : 29 – 29
Il va falloir aller au bout du suspense. Copenhague vient d’égaliser mais les autrichiennes ont le ballon. Elles vont sûrement aller à la limite du refus de jeu avant de tirer en espérant prendre l’avantage et avoir mangé assez de temps pour empêcher Copenhague de pouvoir prétendre à une dernière action.
59ème minute : 30 – 29
ARLENSEN sort l’arrêt du match, relance rapide sur ANDERSEN qui alerte KASLER en contre-attaque. Balle de match sinon prolongation. KASLER rentre dans l’axe pour s’ouvrir l’angle de tir. Elle prend son impulsion et elle est déséquilibrée par la demi-centre adverse en repli défensif. KASLER bascule sur l’avant mais arrive tout de même à déclencher son tir. Le rebond au sol trompe la gardienne.
 
            Danielle retomba lourdement au sol et sentit une décharge électrique partir de son poignet droit et remonter jusqu’à son épaule. Elle eu vaguement conscience d’entendre le buzzer retentir mais pour l’instant, elle avait juste peur.
  
Fin du match : 30 - 29
      KASLER reste assise au sol et semble se tenir l’avant bras.
 
            Solveig se précipita vers Danielle et s’agenouilla à ses côtés.
« Qu’est ce qui se passe ? »
      J’ai mal.
      Où ? Solveig ne chercha même pas à cacher son inquiétude.
      Au poignet, je crois mais c’est diffus. Je n’arrive pas à le plier.
      N’essaie pas. Ne bouge pas.
Alors que Solveig se tournait pour appeler Tero, elle le vit juste dans son dos. Le kiné fit une rapide analyse de la situation et enveloppa tout de suite le poignet de Dane dans une gangue de froid.
      Il faut que ça évite d’enfler. Je vais tout de suite t’emmener passer des radios. Tu peux te lever ?
      Oui.
Pendant que Tero lui tenait le bras, Solveig aida Danielle à se remettre debout.
 
KASLER est en train de se faire soigner, ANDERSEN est à ses côtés et l’inquiétude transparaît sur son visage. Ses coéquipières attendent le verdict avant de laisser exploser leur joie.
Si KASLER venait à être blessée, ses chances de participer aux Jeux Olympiques s’envoleraient.
 
            Alors que le trio sortait de la salle, Thia les rejoignit.
« Alors ? »
      Je ne veux pas me prononcer, nous allons au centre médico-sportif pour faire des examens, répondit Tero. Je te tiens au courant.
      Ok. Sol, tu viens ?
      Je préférerais les accompagner.
      Je sais mais tu as des obligations ici.
      Thia, s’il te plaît.
Dans les yeux et dans la voix de Solveig, Thia vit et entendit tout le déchirement de sa position. A cet instant, elle voulait être simplement la petite amie et pas la capitaine de l’équipe. Elle ne voulait pas lâcher la main de Dane. Elle ne voulait pas la laisser seule avec sa douleur. A contre cœur, Solveig fit signe à Thia qu’elle arrivait. Elle vint ensuite poser ses mains sur les joues de Danielle et plongea son regard dans le sien.
      Ça va aller, je te le promets.
      Sveig, ne fait de promesse sur des choses que tu ne maîtrises pas. Mais merci d’essayer de me rassurer.
Avec précaution, elle attira Dane dans ses bras et l’embrassa. Elles étaient à l’abri des regards dans le couloir et aucune caméra ne pouvait capter leur image.
  
KASLER a quitté ses coéquipières, les infos données par le staff font craindre une fracture du poignet. Elle est donc partie avec Tero PITKAMAKI, le kiné pour passer des examens en urgence. ANDERSEN a rejoint le reste de l’équipe mais cela va être difficile pour elle de profiter de cette victoire sans nouvelle de sa petite amie.
 
            Zoé et Andy s’étaient rapprochés du banc de touche  pour avoir des nouvelles. Zoé avait déjà eu sa mère au téléphone qui s’inquiétait de l’état de santé de sa fille aînée. Au milieu de l’effervescence des journalistes et des interviews, Solveig était venue les informer des événements à venir. Il fallait attendre à présent.
 
ANDERSEN soulève le trophée et si son habituel sourire est là, ses yeux manquent cruellement d’étincelles. En attendant des nouvelles de KASLER, voici un petit bilan de la saison :
Copenhague a rempli tous ses objectifs de la saison. Elles ont conservé la Nordéa Cup, remporté leur deuxième titre national et elles terminent par la plus belle des coupes : celle de la Ligue des Champions.
Saison pleine donc pour l’ensemble des joueuses. Certaines vont pouvoir partir en vacances et d’autres vont devoir se concentrer sur un autre objectif : les Jeux Olympiques.
 
Il est donc temps pour moi de vous remercier d’avoir suivi mon travail tout au long de cette saison. Je vous donne rendez-vous d’ici peu pour les Jeux Olympiques. Je ne serai pas à Pékin malheureusement mais je compte bien ne rater aucun match même s’il faudra mettre le réveil.
 
Bonne soirée !
            Danielle avait l’avant-bras posé sur une plaque noire et un carré de lumière avec une cible au milieu qui se déplaçait pour se positionner au dessus de son poignet. Elle avait depuis longtemps perdu le compte du nombre de radios qu’elle avait fait. Enfant, son côté casse cou, lui avait très vite appris la patience nécessaire aux urgences. Les fractures n’avaient pas été nombreuses mais les entorses, les hématomes et les contusions divers, elles, avaient rempli une longue liste. Danielle essayait d’analyser et de classer sa douleur par rapport aux précédentes. En 1 venait sa rupture du ligament croisé antérieur, elle s’était concentrée sur sa colère pour ne pas pleurer de douleur. En 10 était classé les simples entorses fait inhérent à la pratique d’un sport. Aujourd’hui, elle était de force 5 mais les muscles étaient encore chauds et en refroidissant la douleur pouvait s’amplifier.
 
            Solveig répondait de façon mécanique aux interviews. Elle voulait des nouvelles de Dane. Non, elle voulait être avec Dane. Sa place était auprès de sa petite amie et pas ici à écouter toujours les mêmes questions. Elle avait un peu perdu la notion du temps et ne savait plus si Tero et Danielle étaient partis depuis cinq minutes ou une heure. Elle avait la médaille de Dane dans la main. Elle voulait lui passer elle-même autour du cou. L’année dernière, elle avait déjà dû savourer sa victoire toute seule, Miss numéro 16 étant son adversaire. Aujourd’hui elle était sa partenaire dans tous les sens du terme mais leur communion dans la victoire lui échappait encore.
 
            Tero rentra dans la salle d’examen un dossier à la main. Il plaqua des radios sur l’écran lumineux.
« Il n’y a pas de fracture, ni d’arrachement osseux. L’échographie a montré une légère distension sur les ligaments internes de ton poignet. Et il y a un peu de liquide dans ton articulation. »
        Je suis out combien de temps ?
Pour la première fois, Tero vit de l’inquiétude dans le regard de Danielle. Il y avait vu de la douleur en Serbie mais aujourd’hui, elle avait peur de rater son rendez-vous avec les Jeux Olympiques.
      Ton poignet ne t’empêchera pas d’aller aux Jeux si tu fais ce que le staff médical te dit. Ta préparation sera un peu différente, tu devras faire attention mais tu porteras le maillot norvégien. En attendant, on va te poser une belle attelle faite sur mesure.
      Merci Tero. Tu peux demander à quelqu’un de prévenir ma petite sœur ? Elle doit flipper.
      Je m’en occupe.
Tero laissa Danielle aux mains d’un spécialiste en orthopédie et sortit son portable déjà à la main.
 
            Le vestiaire de Copenhague était une vraie piscine, entre le champagne et la bataille d’eau dans la douche qui s’était étendue à l’ensemble de la pièce et même au couloir, plus un bout de carrelage n’était sec. Solveig traînait à ranger ses affaires. Le reste de l’équipe avait déjà rejoint le foyer avant de terminer la soirée ailleurs. Le sac de Danielle posé sur le banc semblait lui aussi l’attendre. Thia l’avait rassurée. La fracture aurait été rédhibitoire pour sa participation aux Jeux mais une entorse même importante ne lui fermait pas les portes de la sélection. Les nouvelles étaient donc plutôt bonnes mais tant qu’elle ne l’aurait pas vue, elle s’inquièterait encore. La porte s’ouvrit mais pas sur la personne qu’elle espérait. Liv passa la tête :
« Je venais voir si ça allait. »
      Ça va, j’ai presque fini. J’avais besoin d’un peu de calme après toutes ces questions. Je ne suis même pas sûre de la langue que j’ai utilisée pour répondre.
Liv s’assit à côté d’elle et posa sa main sur sa cuisse.
      Elle va bien. Plus de peur que de mal. Alors détends-toi.
      Ça m’énerve presque que tu me connaisses aussi bien.
      Nous jouons ensemble depuis nos quinze ans à quelque chose près. Il est normal que je te connaisse.
      C’est plus que ça. Je suis incapable de faire la même chose avec toi.
      C’est parce que je suis gardienne. J’ai plus le temps d’observer que toi.
      Si tu le dis. Merci d’être toujours là Liv.
      Pas de problème.
      Faudra qu’un jour, je te renvoie l’ascenseur.
      Tu le sauras quand j’en aurai besoin.
Solveig prit Liv dans ses bras. Elles étaient amies depuis leurs premiers pas en sélection nationale chez les jeunes. Et s’étaient suivies dans tous les clubs où elles avaient joué. Solveig s’était parfois demandé si elle n’éprouvait pas pour Liv un sentiment plus fort mais depuis Dane, elle savait exactement ce que voulait dire être amoureuse.
 
            Les deux joueuses norvégiennes sursautèrent en entendant la porte se refermer.
« Pardon, je ne voulais pas vous déranger. »
Danielle se tenait au milieu du vestiaire encore en tenue de match.
« Ce n’est pas ce que tu crois, se précipita de se justifier Liv en se levant. »
      Ne panique pas Liv, je sais reconnaître les câlins d’amitié. 
      La gardienne lui sourit et en passant à côté d’elle lui serra l’épaule gauche.
      Je suis contente que ce ne soit pas trop grave. Je vous laisse. On se retrouve au foyer.
Liv partie, elles restèrent un moment face à face. Solveig semblait faire un inventaire pour être sûr que l’attelle au poignet droit de sa petite amie était bien le seul dégât physique. Et comme une bande son qui se synchronise sur des images, les mots rassurants de Thia se superposèrent avec l’image de Dane devant elle. Elle allait bien. Toutes les visions d’opérations, de plâtre, de rééducation disparurent.
            Solveig avança et enlaça Danielle, elle serrait le maillot de Dane entre ses doigts. Cette dernière était sur la pointe des pieds, les bras autour du cou de sa petite amie.
      J’ai cru comprendre en rentrant que tu avais besoin d’un câlin.
      Tu ne peux pas savoir à quel point. J’ai eu tellement peur.
      Je sais mais ça va. Je vais te suivre à Pékin. Tu ne me laisseras pas ici.
Sveig prit possession des lèvres et de la bouche de Dane. L’intensité du baiser était proportionnelle à toutes les émotions qu’elles avaient ressenties à la fin du match. Danielle recula légèrement la tête en sentant les larmes de Solveig mouiller ses joues.
      Hey tout va bien, ne pleure pas.
      C’est la pression qui retombe.
      Alors on va rester un moment comme ça le temps que toute la pression disparaisse.
Dane garda Solveig contre elle, essuyant les larmes qui coulaient, mélange de peur, de peine et de joie.
 
            Le sport a cet aspect qui peut vous faire connaître les plus beaux moments de votre vie mais aussi les pires. Passer de l’ombre à la lumière et inversement. Et il faut savoir gérer les deux. Ne pas se laisser griser par la notoriété pour ne pas se disperser et rester au plus haut niveau. Ne pas devenir arrogant ou sûr de soi nécessite une remise en question permanente. Il faut aussi accepter les moments de moins bien, quand le corps exprime son trop plein. Quand les blessures à répétition vous empêchent de revenir à votre meilleur niveau. Quand la peur de la blessure vous fait déjouer. Beaucoup de travail, d’efforts, de douleurs pour un instant de bonheur. La drogue du sportif est sans doute cette envie de revivre l’euphorie d’une victoire. Certains vous dirons que grande ou petite toutes les victoires ont une saveur particulière. Certaines victoires restent même dans l’histoire, d’autres s’effacent pour la mémoire collective mais restent indélébiles pour celui qui les a remportées.
           
« Il faut que j’aille à la douche, je sens le renard. »
      Le petit renard alors car même comme ça, j’aime ton parfum.
      Je n’en ai pas pour longtemps. Je vais faire vite. Les autres nous attendent au foyer pour décider de la suite des opérations.
      J’ai très envie de prendre cette douche avec toi.
      C’est tentant mais si nous faisons ça, Katri va débarquer. Elle a un sixième sens pour repérer à distance les gens qui sont en train de faire des trucs pas sages.
      Tu as raison. Allez file sous la douche. Tu as besoin d’aide ?
      Ça devrait aller.
Solveig alla sagement s’assoir à sa place mais ne détourna pas le regard quand sa petite amie se déshabilla. Avec ou sans vêtement pour le cacher, son corps lui faisait toujours de l’effet.
 
            Leur arrivée au foyer ne passa pas inaperçue. Katri y alla de son commentaire plein de sous-entendus sur le temps qu’elles avaient mis à quitter les vestiaires. Zoé sauta dans les bras de sa sœur, trop impatiente de la féliciter. Elle prit ensuite des nouvelles de son poignet et lui recommanda de rappeler leur mère. Andy fut plus mesuré mais était très fier de sa meilleure amie. Elle avait raté la coupe EHF l’année dernière mais la Ligue des Champions ne lui avait pas échappé cette saison. Mais à la voir arriver avec Solveig, main dans la main, il se disait que son « trophée » préféré c’était sa bombe norvégienne.
 
            La bière, le champagne et bien d’autres alcools coulaient à flots. Les deux seules personnes sobres devaient être les sœurs KASLER, l’une parce qu’elle n’avait pas l’âge de boire de l’alcool et l’autre car elle était sous anti-douleurs. Solveig l’avait deviné en regardant ses yeux. Ils brillaient trop pour que ce ne soit que de l’euphorie. Andy était complètement pinté ayant bu la part de sa meilleure amie. Il était en grande discussion avec Katri et ils se tordaient de rire à intervalles réguliers. Zoé se déchaînait sur la piste de danse. A plus de 4 heures du matin, l’adolescente tenait le choc. Danielle était beaucoup plus calme, assise dans un fauteuil club son avant-bras gauche posé sur son ventre, elle discutait avec Liv. Sveig la rejoignit et lui tendit sa bouteille de jus d’orange. Quand elle la porta à ses lèvres, la capitaine norvégienne n’eut qu’une envie, sentir sa bouche sur son corps.
 
***
 
            Le jour se levait sur Copenhague quand Solveig et Danielle rentrèrent. Bones leva juste la tête pour voir qui faisait du bruit, quand il eut reconnu sa maîtresse, il se rendormit. Sveig grisée par l’alcool n’arrêtait pas d’embrasser Dane. Elle laissait à présent libre cours à ses envies qui avaient pris forme dans les vestiaires de l’Aréna. Elle retira avec précaution la chemise de sa petite amie et la laissa tomber au sol suivie de sa brassière. Les bouts de ses doigts caressèrent sa peau de son cou jusqu’à son nombril. Les rayons orangés du soleil donnaient à la peau de Dane une couleur pain d’épice clair. Les ombres jouaient sur sa poitrine.
« J’ai quelque chose à te donner. »
Devant le regard interrogatif de Danielle, Solveig sortit de sa poche la médaille de la jeune femme.
      Tu n’étais pas là lors de la remise.
Elle la lui passa autour du cou, le disque vint se loger entre les seins de l’arrière droit.
      Tenue pas très correcte pour une remise de médaille, tu ne trouves pas ? demanda Danielle.
      Non, tu es magnifique comme ça.
Danielle oublia sa douleur au poignet tout le temps que dura leur câlin vraiment pas sage.
 
***
 
            Le quatuor se trouvait à l’aéroport. Le réveil avait été difficile, entre le manque de sommeil et d’autres désagréments, les visages n’étaient pas très reposés. Ils finissaient leur repas croisement de petit déjeuner et de déjeuner dans un des cafés du Terminal 1.
« Zoé promets moi que tu vas dormir dans l’avion car si maman te voit débarquer avec cette tête là, elle va me passer un savon mémorable. Et tu vas bien en cours demain. J’ai pu négocier un jour mais pas plus, si tu en rates un autre, tu n’auras même plus le droit de sortir de Lausanne.   »
      Je sais. Je vais m’endormir avant le décollage ça tu peux en être sûre, Dane. Et pour le lycée, ne t’inquiète pas, j’y serais et même en avance. Je vais pouvoir aller frimer avec ton maillot.
      Je te reconnais bien là. Pense à le laver tout de même.
Danielle serra Zoé dans ses bras et lui posa un baiser sur la joue. Elle dit aussi au revoir à Andy qui dormait littéralement debout. Elle les accompagna jusqu’à la porte d’embarquement puis rejoignit Solveig qui l’attendait dans le hall. Elle avait besoin d’une sieste et de cachets contre la douleur.

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Mack
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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Lun 22 Juin 2015 - 22:35

OSLO  – Rectificatifs en rouge
 
            Danielle se tenait dans l’ombre du couloir. Elle entendait le brouhaha des journalistes dans la salle voisine. Deux jours après la finale, elle avait demandé à la responsable communication d’organiser une conférence de presse. Le dernier article du journaliste français avait directement attaqué sa famille et cela avait été la goutte de trop. Il était temps de se mettre en mode KASLER Power comme disait Zoé mais elle n’était toujours pas plus à l’aise avec les journalistes dix mois après son arrivée à Copenhague. Elle inspira un grand coup et rentra dans la salle.
« Bonjour. Tout d’abord merci d’être venus à cette conférence de presse. Si je vous ai convié c’est pour mettre certaines choses au clair. Je vous demanderais donc de me laisser parler et ensuite je répondrai à vos questions.
Si je n’ai pas tout de suite relevé certains propos parus dans une série d’articles, c’est que l’on m’a appris à gérer les choses dans leur ordre de priorité. Et la priorité à ce moment là était la finale de la Ligue des Champions, titre qui manquait à Copenhague. A présent que le trophée est bien rangé sur les étagères du club, je vais m’occuper de ce deuxième problème.
Pour commencer, je vais corriger quelques petites erreurs de votre confrère. Tout d’abord, c’est mon Grand-Père paternel et donc mon père qui sont norvégiens et non ma mère. Aux dernières nouvelles, elle était encore et toujours suisse. En ce qui concerne ma croissance, j’ai grandi en Angleterre, à Londres dans le quartier de Notting Hill. J’ai quitté la France avant mes 1 an pour n’y revenir qu’à 15 ans. Il est plus naturel pour moi de parler anglais que français vous comprendrez aisément pourquoi. Et pour compléter mon état civil, je suis aussi suisse. Je n’ai joué qu’en équipe de France de football Espoir et j’insiste sur le mot Espoir que pendant cinq ans et non sept. Sinon j’aurai commencé vraiment jeune. Je l’étais déjà bien assez lors de mon premier match contre l’Allemagne. Mais la pire des erreurs que je ne peux accepter est qu’il ose accuser mon Grand-Père d’être un collaborateur. Il y a des phrases que l’on ne devrait pas écrire sans avoir vérifier ses dires. Si ce journaliste avait fait son travail, il aurait vu que Hans KASLER a été fait chevalier de l’ordre de Saint Olaf pour son engagement contre l’ennemi. Il aurait aussi appris qu’il avait quitté la Norvège après la fin de la guerre et qu’il avait voyagé dans toute l’Europe en ruine avant de s’installer en Suisse. Mon Grand-Père a perdu beaucoup de ses amis et sa voix en refusant l’occupation. Et je peux vous faire la promesse que le prochain qui ose mettre en doute le patriotisme de mon Grand-Père aura sérieusement à faire à l’ensemble de la famille KASLER.   
Après ces précisions revenons-en au terme principal de ses attaques : la trahison. Action que je semble affectionner. Dans un ordre chronologique, le journaliste parle de la finale de coupe d’Europe. Je pense que ceux qui ont vu le match ne peuvent en aucun cas m’accuser d’avoir fait exprès de perdre. J’ai joué mon jeu et qui était mon adversaire n’avait rien à voir dans l’histoire. Il écrit aussi que je savais avant la finale que j’irais jouer à Copenhague la saison suivante. Faux ! La proposition du club est arrivée une semaine après le match. Et elle a été faxée au siège du club de Lyon. Mon ancienne équipe était parfaitement au courant de ce qu’il se passait et ils ont été les premiers informés de ma décision. Ils m’ont même encouragé à tenter l’expérience étant donné que la situation du club était déjà fixée et la relégation entérinée.
En ce qui concerne ma relation avec Solveig ANDERSEN, elle ne regarde que nous et mes sentiments envers elle n’ont jamais interféré dans ma manière de jouer. Pour preuve, notre cher journaliste ignore la relation que j’ai entretenue avec une joueuse suisse au cours de l’Euro Espoir 2001 qui se jouait en Belgique. Le tirage et les qualifications ont fait que nous nous sommes affrontées en demi-finale. Pour la petite histoire, l’équipe de France Espoir cette année est devenue championne d’Europe. Je vous laisse le soin de deviner si j’ai laissé gagner ma copine en demi.
Je finirai cet argumentaire sur le sujet de ma sélection en équipe norvégienne. Comme vous le savez à présent, j’ai la triple nationalité. Je suis française de par le sol où je suis née. Mon père étant norvégien, ma première nationalité est la sienne. J’ai pu jouer en équipe de France car je n’intéressais pas la Norvège à cette époque et dans ce sport. Ma dernière participation sous le maillot national français date de juillet 2003 et s’est déroulée au cours d’une compétition dite de jeunes. Ce qui fait qu’à partir de 2005, j’étais libre de choisir de jouer pour un autre pays qui compose ma nationalité. Quand j’ai été appelée en équipe de Norvège, je n’en ai pas cru mes oreilles car je ne pensais pas un jour avoir le niveau pour pouvoir prétendre porter le maillot rouge. Surtout après avoir entendu le sélectionneur français dire six mois plus tôt que je n’étais qu’une étoile filante dans le monde du hand. Ikka SORENSEN m’a expliqué que je rentrais dans son schéma de jeu. Paul DIEMERE n’a jamais pris contact avec moi, que ce soit quand je jouais à Lyon ou cette saison à Copenhague. Si comme il le dit, je l’intéressais, une simple visite ou un coup de fil aurait mis les choses à plat. Je n’ai pas le pouvoir de lire dans les pensées et encore moins la prétention de savoir à quoi le sélectionneur français pense. Pour l’instant, mon objectif est de faire honneur aux couleurs et au drapeau chers à mon Grand-Père. Il y en aura toujours pour penser que j’ai trahi la France même après mes explications. Et je n’y peux rien. Car quelque soit ma décision, il y aura toujours deux pays qui crieront au scandale, à la trahison, à l’abandon ou à bien d’autres choses encore.
Les dernières choses que j’ai à dire c’est que je parle le norvégien, je connais l’hymne national, et comme l’a dit Thia HAMERSEN : on n’intègre pas l’équipe nationale norvégienne  juste sur des sentiments.
Maintenant si vous avez des questions, je vais tâcher d’y répondre.
« A cet instant vous vous sentez de quelle nationalité ? »
      Européenne je dirais. J’ai grandi en Angleterre, je vis actuellement au Danemark, mes parents sont en Suisse, mon meilleur ami vit en France et dans peu de temps, je vais migrer en Norvège pour la préparation avant les Jeux Olympiques.
«  Depuis votre plus jeune âge, vous voyagez beaucoup. J’ai suivi votre parcours grâce à la liste des clubs dans lesquels vous avez évolué et dans l’ordre ça donne l’Angleterre, la Suisse, la France et enfin le Danemark. Si on rajoute à ça votre triple nationalité, n’est-il pas difficile de s’identifier à une culture ? »
      Le paradoxe est que la culture que je connais le plus c’est la culture Helvète car mes parents étant nés tous les deux dans ce pays, et la majorité de ma famille y habitant c’est le point d’encrage pour nous tous. Mais c’est le pays pour lequel je n’ai jamais porté le maillot national. Je connais la Norvège à travers mon Grand-Père paternel qui prenait le temps de rédiger des histoires de Trolls en anglais pour que je puisse les comprendre avant qu’il ne m’enseigne sa langue maternelle. Je ne pourrai jamais dire que je suis complètement norvégienne car ce serait manquer de respect à ma mère.
«  Qu’elle est votre réaction quand on vous traite d’enfant non désiré ? »
      Il devrait y avoir plus d’enfant non désiré comme je l’ai été… Mes parents ont toujours voulu de moi sauf que je suis arrivée plus vite que prévu mais ça ne les a pas empêché de m’aimer et de m’offrir une vie très équilibrée.
« En parlant de votre famille, comment a-t-elle pris les choses ?  Votre sélection je veux dire. »
      Mon Grand-Père était très fier comme vous pouvez l’imaginer mais triste que je sois accusée de la sorte. Ma petite sœur Zoé a envoyé un SMS à tout son répertoire. Et mes parents partent du principe que si la situation me convient, tout va bien. Ils sont plus supporteurs de leur fille que de l’équipe dans laquelle j’évolue.
      « Et quelle a été leur réaction face à la révélation de votre homosexualité ? »
      Ils étaient au courant de mon homosexualité bien avant une certaine émission de télé et ma rencontre avec Solveig. Ils connaissent mon orientation sexuelle depuis mes 15 ans.
« Comment envisagez-vous votre avenir avec ANDERSEN ? »
      Vous m’excuserez mais je ne répondrais pas à cette question qui ne concerne que Solveig, moi et nos familles respectives.
« Certains journalistes vous reprochent votre non communication à ce sujet. »
      Je suis quelqu’un de réservée et de plutôt pudique quand il s’agit de sentiment. En public, je ne suis pas très démonstrative mais cela ne veut pas dire que je n’éprouve rien.
« Pouvez-vous nous dire si ANDERSEN fera toujours partie de l’équipe de Copenhague la saison prochaine ? Vu que son contrat arrive à terme. »
      Son contrat a déjà été prolongé.
« Pour quelle durée ? »
      un an.
« Et le vôtre ? »
      L’année dernière, j’ai signé un contrat de deux ans, je vous laisse faire le calcul.
« Si aux Jeux Olympiques la Norvège rencontre la France, quelle sera votre attitude ? »
      La même que j’ai à chaque fois que je rentre sur un terrain.
« Vous pouvez préciser ? »
      Respect de l’adversaire, respect du public, respect de mes partenaires et surtout respect du jeu. Avec toujours l’envie de gagner.
« Comment va votre poignet suite à votre mauvaise réception sur la dernière action de la finale de Ligue des Champions, il y a deux jours ? »
      C’est heureusement moins grave que le choc pouvait le présager. Il faudra être patiente, ne pas faire n’importe quoi et je ne devrais avoir aucun problème pour les Jeux Olympiques.
 
            La conférence s’arrêta là. Danielle salua tout le monde et prit le chemin de la sortie. Dans les rangs des journalistes certains se dépêchèrent de rejoindre le parking. On pouvait entendre dans les conversations : « ANDERSEN doit sûrement l’attendre. Un bon cliché toutes les deux ensemble ça clôturerait bien l’article. Si en plus elle l’embrasse on a le jackpot. »
Mais sur le parking, il n’y avait qu’un taxi qui attendait Danielle. Elle monta dedans et donna l’adresse de chez Solveig au chauffeur. Elle était contente que ce soit fini. Elle n’avait pas réussi à évacuer sa nervosité. Elle n’était pas aussi à l’aise que Sveig dans ce genre d’exercice. Cette dernière lui avait demandé si elle voulait qu’elle l’accompagne mais Danielle avait préféré y aller seule avec juste la responsable de la communication de l’équipe de Copenhague.
 
            Il ne lui fallut pas plus d’une demi-heure pour être devant le portail. Cette dernière l’attendait assise sur les marches du perron.
« Tu as été parfaite. »
      Merci. Bien contente que ce soit fait.
      Tes parents ont téléphoné il y a moins d’un quart d’heure, ils pensaient que c’était enregistré et ils n’arrivaient pas te joindre sur ton portable alors ils ont essayé ici.
      C’est bizarre, j’ai l’impression que ça te fait plaisir quand mes parents appellent ici.
      Oui beaucoup.
      Pourquoi ?
      Parce que ça me donne l’impression que tu vis ici.
      C’est tout comme, je suis presque tous les soirs chez toi.
      Oui, presque tous les soirs.
      Ok. Si nous remportons les Jeux, j’emménage ici et je rends le loft au club.
      Sûre.
      Sûre.
Pour sceller le deal, Danielle se pencha et embrassa Solveig.
« Et puis comme ça je suis sûre que tu seras motivée pour courir. »
      Je suis toujours motivée pour courir. Surtout après toi.
      J’espère bien. Je vais rappeler mes parents et après on s’installe dans le canapé tranquille, j’ai eu assez de pression aujourd’hui.
      Pas de problème. Je vais tout installer pour regarder un film.
      Merci.
 
            Danielle ne vit pas la fin du film en question car elle s’endormit dans le canapé, calée contre Solveig qui lui caressait doucement la nuque. Cette dernière voyait bien que sa compagne était fatiguée. Bien qu’elle ne le dise pas, elle se rendait bien compte qu’elle avait mal à son poignet. Le premier regroupement national avant les JO était pour dans moins d’une semaine. Solveig allait tout mettre en œuvre pour que Danielle se repose au maximum. Quitte à l’attacher au canapé.
 
***
 
            En revenant des courses, Solveig trouva Danielle calée dans le fauteuil, un livre dans les mains.
« Qu’est ce que tu lis ? »
Il n’y eu aucune réaction. Sveig s’approcha et remarqua que Dane avait les écouteurs de son casque de lecteur MP3 dans les oreilles. Elle lui toucha doucement l’épaule. Le regard étonné de sa petite amie lui confirma qu’elle ne l’avait pas entendue.
« Tu es rentrée depuis longtemps ? »
      Non, je viens d’arriver. Je me demande comment tu arrives à lire en écoutant de la musique ?
      Je n’écoute pas de la musique, j’écoute le livre.
      Pardon ?
      C’est un livre audio. J’ai dit à Ikka que je parlerai norvégien pour le premier rassemblement et tu sais que je sais le lire et l’écrire mais pas le prononcer alors le moyen le plus facile que j’ai trouvé pour palier cette lacune c’est d’écouter une histoire en même temps que je la lis.
      C’est astucieux. Et tu as choisi quoi ?
      J’en suis à la petite sirène.
      Tu lis les contes d’Andersen ? Intéressant.
      Je partage la vie d’une autre ANDERSEN, c’est logique.
      Ne fais pas une overdose.
      Aucun risque.
 
***
 
            Toute l’équipe de Norvège posait pour la photo officielle. Elles se trouvaient dans les installations de l’équipe de Larvik au sud du pays. C’était le premier rassemblement de préparation. Danielle avait de bons souvenirs ici. Elle était allée au bout du suspens pour décrocher une qualification avec Lyon. Tout le monde était présent, pas de changement par rapport à la liste donnée par Ikka un mois plus tôt. La veste de survêtement rouge, cachait l’attelle de Danielle. La semaine de calme avait permis à l’arrière droit de se reposer et Solveig avait veillé à ce qu’elle ne force pas sur son bras. Elle ne pouvait pas encore espérer s’entraîner sans son attelle mais les choses étaient très encourageantes.
            Elle était à présent debout entre Solveig et Liv et se sentait petite. Le contraste entre le noir du bas de survêtement et le rouge de la veste semblait les rendre encore plus grandes.
 
***
           
Les norvégiennes en étaient à leur troisième jour de stage. Ikka avait prévu dans son programme d’entraînement une alternance de physique, de technique et de tactique. La saison avait été très dense pour la majorité des joueuses et l’objectif était d’arriver début août dans les meilleures dispositions. Les semaines de travail étaient alternées avec des semaines de semi-vacances.
 
            Après un après-midi de travail tactique et alors qu’elles étaient en pleine séance d’étirement, Liv prit des nouvelles de Dane.
« Comment va ton poignet ? Tu n’as pas trop mal ? »
      Ça va. C’est supportable.
      Continue comme ça et nous allons arriver à faire de toi une vraie norvégienne, commenta Katri.
      Jeg er norsk ![url=#_ftn1][1][/url]
Toutes rigolèrent sous l’affirmation de Danielle.
      Il va vraiment falloir faire quelque chose pour ton accent. Ce n’est vraiment pas possible.
      Qu’est ce que tu lui reproches ?
      Il a des traces de Petit Suisse.
      Ok, alors j’ai l’accent Suisse quand je parle anglais, quand je parle français et même quand je parle norvégien. Je suis peut-être plus suisse qu’autre chose en fait ?!
Solveig se leva et vint poser ses mains sur les épaules de Danielle.
      Tu es juste un petit Troll[url=#_ftn2][2][/url] qui parle bizarrement. Mais nous t’aimons comme ça.
      Toi, tu l’aimes comme ça. Nous nous l’apprécions, nuance, déclara Katri avant de rigoler. Ou alors faut que tu deviennes prêteuse Sol.
      Ne compte pas trop là dessus Katri.
      Et après on parle d’esprit d’équipe…
 
***
 



Jeudi 15 mai 2008 – 14h00
Conférence de presse
 
Ce matin à 10h, Liv ARLENSEN, Danielle KASLER, Solveig ANDERSEN et Ikka SORENSEN étaient en conférence de presse. La première officielle sous le maillot norvégien pour KASLER. C’était aujourd’hui le dernier jour du premier stage. Les joueuses vont quitter Larvik pour dix jours de vacances.
La première question a été d’un journaliste du Oslo Tribune qui voulait savoir s’il pouvait poser ses questions en norvégien à KASLER. Réponse de l’intéressée :
-         Mes coéquipières trouvent mon accent déplorable mais si cela ne vous fait pas peur, je peux utiliser le norvégien pour vous répondre.
De l’avis des personnes présentes, son accent serait un peu déroutant mais charmant.
La deuxième question était sur l’état de sa blessure au poignet après une semaine de stage.
-         Tout va bien, encore 15 jours et je pourrai à nouveau jouer sans l’attelle. Il faudra encore quelques semaines pour être à 100% opérationnelle sans strap mais je ne suis pas inquiète.
Les journalistes ont cherché à savoir quel numéro lui avait été attribué mais rien n’a filtré. Il faut savoir que pour l’instant KASLER a un trait d’union sur son maillot d’entraînement et son survêtement.
ANDERSEN s’est exprimée sur la vie du groupe. A la question sur ses projets pour les 10 jours de vacances à venir, elle a répondu :
-         Aucune folie, je vais en profiter pour aller voir ma famille et me reposer.  
La question suivante a été biensûr de savoir si KASLER l’accompagnait ?
-         Je ne sais pas, je dois encore essayer de la convaincre.
Tout cela accompagné d’un grand sourire.
ARLENSEN s’est plus orientée sur les séances de travail et SORENSEN a présenté les futures échéances.
 
L’ensemble de la conférence de presse était très détendu. Est-ce que ARLENSEN et KASLER seront les autres porte-parole de l’équipe derrière ANDERSEN aux Jeux Olympiques ? Possible… Elles ont toutes les trois un caractère différent :
ANDERSEN : capitaine charismatique, toujours disponible et souriante.
ARLENSEN : en grande sœur du groupe qui fait attention au bien être de tout le monde.
 KASLER : en petite dernière de la famille, timide mais qui a du répondant quand on l’attaque et qui possède un très bon esprit d’analyse.
Rajoutez à ça la délurée Katri AAMODT, l’impressionnante Edda LARSEN et Isabel BLANCO à l’organisation des activités hors terrain, vous obtenez l’équipe de Norvège qui gagne…
 
***
 
            Solveig et Danielle déposèrent Liv à l’aéroport d’Oslo. La gardienne norvégienne partait pour Trondheim.
« Passe le bonjour à ta sœur et à son nouveau copain, lui dit Dane. »
      Et si tu veux faire une halte au chalet avant de redescendre sur Larvik, n’hésite pas. Tu sais que tu es toujours la bienvenue, compléta Solveig.
      Ok, merci. Je te tiens au courant.
Après les au revoir, les deux jeunes femmes prirent la direction de Lillehammer. Elles allaient rejoindre les parents de Solveig dans le chalet familial.
« Je pense que demain nous reviendrons à Oslo pour profiter de la fête nationale. »
      Demain c’est aussi le jour de ton anniversaire.
      Nous fêterons les deux en même temps.
 
***
 
            La grande maison en bois était aussi accueillante que quand elle était venue l’année dernière au mois de janvier. Danielle avait retrouvé sa place dans le fauteuil près de la cheminée éteinte en cette saison. Marit lui apporta un verre de lait et s’assit en face d’elle.
« Tes parents ne sont pas déçus que tu n’ailles pas leur rendre visite ? »
      Je suis arrivée à faire comprendre à ma mère que pendant la préparation pour les Jeux Olympiques, il valait mieux que je reste en Norvège. Certains journalistes me reprochent de ne pas être norvégienne, alors si je quitte le pays à la moindre occasion, je vais leur donner de la matière pour leurs articles. Et j’ai encore besoin de travailler mon accent.
      Ne fait pas une fixation là-dessus, déclara Jørgen, il est ta marque de fabrique. Laisse les autres parler avec leur accent à eux.
      Si je veux progresser c’est pour faire taire Katri, les autres je m’en moque un peu. C’est un peu comme un défi personnel.
      Il faut toujours avoir des défis dans la vie, cela aide à avancer et celui là ne te fait courir aucun risque.
      Je trouve que tu parles très bien norvégien pour une expatriée, osa Marit.
      Expatriée ? C’est comme ça que vous me voyez ?
      Et bien tu es norvégienne et tu vis à Copenhague et si tu le prends dans l’autre sens tu es suisse et tu vis toujours à Copenhague. Donc oui tu es expatriée.
      C’est une manière intéressante de voir les choses. Merci Marit.
 
***
 
            En ce matin du 17 mai, Danielle et Marit étaient dans la cuisine. La première préparait de la pate à pancakes alors que la deuxième l’observait en se retenant d’intervenir. Elle la regarda ensuite couper des fruits, préparer le café et mettre la table. Tout ça en évitant de trop forcer sur son poignet.
            A l’étage Solveig émergeait doucement. Elle se tourna pour se blottir contre Danielle mais ne rencontra que le vide. L’espace d’un instant, elle se crut à Copenhague un de ces matins où Dane avait décidé de rentrer dormir chez elle. Mais le décor qui l’entourait était bien celui du chalet de Lillehammer. Sur l’oreiller, se trouvait une feuille de papier. Elle la déplia en se frottant les yeux et lut :
« Jeg venter på kjøkkenet  til frokost dagen.[url=#_ftn3][3][/url] »
Elle sourit, sauta hors du lit, enfila un jean et un pull et descendit en courant. Elle fut accueillie par un :
« Gratulerer med dagen ! [url=#_ftn4][4][/url]»
Dans le salon, il y avait son père, sa mère et Dane affublée d’un tablier. Elle eut le droit aux bises habituelles et ne se gêna pas pour embrasser sa petite amie comme elle aurait souhaité le faire dans leur chambre.
            Le petit déjeuner avait été délicieux, Solveig avait dévoré ses pancakes, Jørgen n’avait pas laissé traîner sa part et Marit avait reconnu que Dane se débrouillait très bien en cuisine du moins pour le petit déjeuner.
            Danielle lui avait offert son cadeau qui tenait dans une enveloppe. En l’ouvrant, elle découvrit une photo des iles Lofoten situées au nord de la Norvège à plus de 200 kilomètres au delà du cercle polaire. Au dos, était inscrit :
« J’aimerais voir le soleil de minuit avec toi. Pour cela, je te kidnappe du 19 au 26 juin. »
Elle avait attiré sa petite amie sur ses genoux et le baiser qu’elle lui avait donné avait exprimé la joie qu’elle éprouvait de faire ce voyage avec elle.
            Ils avaient ensuite pris la direction d’Oslo où ils avaient retrouvé Janna et Erick venus de Bergen pour passer quinze jours de vacances dans la ville des Jeux Olympiques de 1994. Le petit garçon avait été très content de pouvoir communiquer avec Danielle et ne l’avait pas lâchée de la journée. Dane n’avait jamais éprouvé une grande passion pour le défilé du 14 juillet en France, l’armée ne l’ayant jamais attirée. Mais aujourd’hui, elle aimait ce défilé de couleur et l’enthousiasme de la foule. Elle retrouvait un peu les sentiments qu’elle éprouvait quand le premier août, en Suisse, elle allait assister à l’embrasement de grands feux de joie, qui célébraient la création de la confédération. Ils avaient assisté à des spectacles de rue, mangé des spécialités norvégiennes et Dane avait fait connaissance avec la morue séchée. Le soir, ils avaient dîné dans un restaurant où Nils, Grethe, Silje et Rebekka les avaient rejoints pour fêter en famille l’anniversaire de Solveig.
            Pour le voyage retour, dans le monospace sept places des ANDERSEN, Erick et Danielle s’étaient installés sur la banquette arrière alors que Solveig et Janna se mettaient au milieu, Jørgen au volant et sa femme à ses côtés. Avant d’avoir quitté les faubourgs d’Oslo, les deux plus jeunes de la voiture avaient rejoint Morphée.
« Regardez comme ils sont mignons tous les deux, commenta Janna. »
Erick s’était laissé glisser contre Danielle. Celle-ci la tête calée contre l’appui-tête, l’entourait de son bras gauche comme si elle cherchait à le protéger. Son poignet droit encore protégé par l’attelle reposait sur sa cuisse.
« Je ne sais pas ce que vous avez fait pendant votre stage mais elle est KO, remarqua Janna. »
      Hier, nous avons fait la route depuis Larvik et Dane s’est levée de bonne heure ce matin pour me préparer mon petit déjeuner. Et je crois que sa blessure lui pompe pas mal d’énergie, expliqua Solveig.
      Elle a l’air d’une gamine ainsi endormie.
      Oui. Il y a ce mélange en elle de force et de fragilité.
      Et c’est ce qui t’a fait craquer petite sœur ? demanda Janna en donnant un petit coup de poing dans l’épaule de Solveig.
      Comment veux-tu résister à ce petit lutin ?
Solveig ne pouvait détacher son regard de Danielle. Elle n’avait qu’une envie la prendre dans ses bras et la garder contre elle pour la protéger du monde entier.
 
***
 
            Janna rentra dans le salon et trouva Danielle en train de faire des mouvements lents avec son poignet. Son attelle reposait sur la table basse. La joueuse de hand avait l’air très concentrée sur ses gestes. De temps en temps une grimace venait changer son expression. La douleur semblait latente dans ses rotations. Et si trois jours plus tôt, elle l’avait trouvée fragile, endormie à côté de son fils, aujourd’hui son regard montrait une détermination capable d’aller affronter tous les obstacles. Quand Danielle posa sa main à plat sur sa cuisse, Janna avança plus avant dans la pièce.
« Ça va ? demanda-t-elle. »
      Oui.
      Tu as encore mal ?
      Un peu.
Janna la regarda plus attentivement.
      C’est un truc qui fait partie de votre formation à vous les sportifs ?
      Quoi donc ?
      Masquer la douleur. Et ne me dis pas que tu ne le fais pas, j’ai vu Solveig le faire de nombreuses fois avant toi. Pour ne pas rater un match important, elle était capable de mentir comme un arracheur de dents.
      J’ai vu sa pub avec la liste de ses blessures.
      Et toi si tu tournais la même pub ça donnerait quoi ?
      Fracture du gros orteil, multiples entorses des chevilles, rupture du ligament croisé genou gauche, écrasement du muscle dorsal droit, enfoncement du cartilage des côtes, luxation de l’épaule droite, entorse du poignet et des deux pouces.
      Belle liste. A part l’épaule et le poignet, tout le reste est dû au football ?
      Rajoute une entorse du pouce droit pour le hand et oui le reste est dû au foot.
      Tu as arrêté le foot à cause des blessures ?
      Tu poses beaucoup de questions.
      Je suis psychologue. C’est une déformation professionnelle, désolée.
      Y’a pas de mal. Je crois que la flamme s’est simplement éteinte. J’ai été opéré du genou et pendant ma rééducation d’autres choses ont pris plus d’importance. Et personne n’a pu me redonner l’envie nécessaire pour reprendre.
      Tu as retrouvé de l’envie avec le handball ?
      Ça s’est fait en douceur.
      En douceur ? Seulement trois ans pour rejoindre l’élite, c’est une définition étrange de la douceur.
      Ce n’était peut-être pas le bon mot. Ce que je veux dire c’est que je n’avais pas de pression, personne n’attendait rien de moi. Je n’ai jamais été comme Solveig sous le feu des regards scrutateurs. En tout cas pas dans le handball.
      « Les regards scrutateurs » ont bien failli décourager Solveig.
      Comment ça ?
      C’était pendant sa dernière saison à Oslo. Elle jonglait entre les cours et les entraînements. Elle et son équipe n’arrivaient pas à décrocher un titre. Elle avait l’impression de tourner en rond et les journalistes trouvaient qu’elle mettait du temps à confirmer. Elle jouait presque tout le temps blessée. Je sais qu’elle a pensé à tout plaquer un soir où elle avait mal partout. Elle voulait rentrer à Bergen. Et puis la proposition de Larvik est arrivée. Un nouveau challenge et un nouveau groupe, l’ont reboustée. Ils l’ont laissée au repos un moment pour qu’elle soigne toutes les blessures qui polluaient son jeu. Ensuite la machine Solveig ANDERSEN était lancée. Tu connais la suite. Tu as connu ça toi aussi au foot ?
      Non pas vraiment, je crois que c’était tellement une course en avant que je n’avais pas le temps de m’interroger.
Janna observa encore Danielle. Cette fille avait vraiment quelque chose.
      C’est bien que vous vous soyez trouvées avec Solveig. Je me suis toujours demandé si elle arriverait à rencontrer quelqu’un qui la comprendrait, elle et son sport. Le fait que tu aies connu tout ça au football me rassure sur le fait que tu pourras épauler ma petite sœur le moment venu.
      Merci de ta confiance. Vous êtes tous importants pour Solveig et je ne veux surtout pas être un obstacle entre elle et sa famille mais je peux t’assurer que je me battrais contre tous ceux qui voudront la blesser.
      Comme en Serbie ?
      Comme en Serbie.
Si le ton Danielle avait surpris Janna, elle tâcha de ne pas le montrer. Il y avait une véritable promesse dans la froideur de sa voix.
 
***



[url=#_ftnref1][sup][1][/sup][/url]  Je suis norvégienne
[url=#_ftnref2][sup][2][/sup][/url]  Les Trolls font partie intégrantes du folklore norvégien
[url=#_ftnref3][3][/url] Je t’attends dans la cuisine pour un petit déjeuner d’anniversaire.
[url=#_ftnref4][4][/url] Joyeux anniversaire

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Mar 7 Juil 2015 - 22:12

LARVIK  – Discussion entre femmes
 
           
[Mercredi 21 Mai 2008
 
Après Martine à la plage, au marché et à l’école voici Danielle à la fête nationale. KASLER et ANDERSEN ont été vues au défilé du 17 mai dans les rue d’OSLO. Il semblerait qu’elle profite des vacances pour découvrir le pays dont elle va porter le maillot. Un bon moyen pour la nouvelle arrière droit norvégienne d’apprendre l’histoire de « son pays ». Elle pourra par la même occasion faire des progrès dans sa langue paternelle car elle parle norvégien comme un basque l’espagnol. A moins que pour lui faire plaisir, l’ensemble de l’équipe parle anglais, vu que mademoiselle déclare que la langue de Shakespeare est celle qui lui vient le plus naturellement. Mais je ne pense pas qu’elle puisse chanter God Save the Queen aux JO. GR ]
 
Pour le deuxième stage, l’intensité était montée au fil des jours. Danielle avait pu enlever son attelle et la remplacer par un strap. Elle devait toujours éviter de forcer dessus mais au moins elle se sentait plus légère. L’équipe de Norvège ressemblait beaucoup à celle de Copenhague. Elle avait peut-être cette impression car Katri était fidèle à elle-même. Liv la pilotait comme lors de son arrivée au Danemark. Ikka n’était pas très différente de Thia dans sa vision du handball. Solveig était à ses côtés ainsi bien sûr qu’en dehors du terrain. Et le reste des joueuses l’avaient acceptée comme une norvégienne à part entière.
La surprise était venue de Zoé. Elle avait débarqué la veille de son anniversaire accompagnée de leurs parents. C’était Solveig qui avait organisé tout cela. Qu’elle ait obtenu d’Helena de laisser sa fille aller à Larvik était une chose mais qu’elle l’ait convaincue de l’accompagner était un exploit.
Le lendemain après la séance de l’après-midi, Danielle avait laissé une Zoé surexcitée avec Solveig et d’autres joueuses et était allée rejoindre leurs parents à leur hôtel. En la voyant arriver avec son survêtement aux couleurs de la Norvège, son père avait ce sourire fier que Dane aimait tant. Il était la preuve qu’il était en accord avec ses choix. Sa mère avait pris des nouvelles de son poignet, de son alimentation, de son sommeil et de Solveig, dans cet ordre. Elle l’avait rassurée sur son articulation, son estomac, ses nuits mais surtout avait beaucoup parlé de Solveig et de ce qu’elle faisait hors du handball. Elle leur racontait la visite d’Oslo en leur montrant les photos qu’elle avait prises avec son portable. Danielle surprit un sourire sur les lèvres de sa mère quand elle la vit accroupie devant Erick. Mais ce fut très fugace comme si d’un coup elle se souvenait que sa fille aimait les femmes.
En tout début de soirée, Solveig avait ramené Zoé qui était en mode parlote. Pendant qu’elle racontait ses aventures, Danielle entraîna sa petite amie à l’écart.
« Ça va, elle ne t’a pas saoulée ? »
      Non ça va. C’est vrai qu’elle parle moins vite en anglais. C’est presque reposant.
      Je t’avais prévenue, Zoé au milieu de l’équipe de Norvège c’est comme un accro au sucre dans un magasin de bonbons.
      Je voulais lui faire plaisir. Mon anniversaire était super avec toi et ma famille. Je voulais que pour le sien, elle ne soit pas loin de sa grande sœur.
      Merci mais tu sais Zoé est déjà complètement dingue de toi. Tu n’as pas besoin de faire tout ça, dit Danielle en souriant.
      Regarde-la, elle est heureuse c’est le principal.
Danielle attira Solveig à elle et l’embrassa.
      Merci pour elle.
La capitaine norvégienne dut se secouer pour reprendre ses idées. Le baiser de Dane l’avait eu par surprise et avait laissé un long frisson le long de son dos. Elle ne s’attendait pas à ce qu’elle l’embrasse avec ses parents juste à côté.
      De rien mais tu n’as pas peur de froisser un peu plus ta mère à m’embrasser comme ça ?
      Tu fais partie de ma vie et j’ai pour théorie que plus elle nous verra ensemble, plus elle s’y habituera.
      Ok. En attendant, je t’ai amené des affaires de rechange car même si ce survêtement te va très bien, je pense que tu seras mieux dans un de tes jeans pour aller au restau.
      Tu as réservé pour quelle heure ?
      Dans une heure, ça nous laisse le temps de faire une petite balade le long de la plage.
      Bon programme. Je vais me changer alors.
 
***
 
            Peter, Zoé et Danielle était descendus sur la plage, la plus jeune des KASLER voulant ramener du sable de Norvège. Solveig et Helena étaient restées sur la promenade. La mère de sa petite amie n’avait rien d’une personne froide ou distante. Elle avait même un visage plutôt avenant mais Solveig sentait bien qu’il y avait un malaise entre elles. Et c’est en appliquant le principe qui dit que la meilleure défense c’est l’attaque, qu’elle s’entendit dire :
« Vous savez, je ne veux pas vous voler votre fille. »
Helena regarda avec étonnement la joueuse de handball. Elle ne s’était pas attendue à ce que ce soit elle qui aborde le sujet mais il était temps qu’elles aient une discussion toutes les deux.    
« Allons-nous asseoir sur ce banc pendant qu’ils explorent la plage, proposa Helena. »
Elles prirent place face à la mer. Il y eut un long silence avant qu’Helena ne reprenne la parole.
      Quand Danielle nous a annoncé qu’elle préférait les femmes, elle l’a fait avec une telle décontraction que nous avons d’abord cru que c’était une passade, une expérience. Mais à part Andy, aucun garçon ne rentrait dans son univers. Un soir, je l’ai surprise en train d’embrasser une fille sous notre porche pour lui dire au revoir. Il y avait un tel naturel dans son geste que j’ai compris que c’était son choix de vie. Et à cet instant, j’ai fait, passez moi l’expression, le deuil de beaucoup de choses : un mariage, une belle robe blanche, des petits enfants…
      Le fait d’être lesbienne n’empêche pas tout cela. En Norvège, le mariage est un droit pour les couples gays et il est toujours possible d’avoir des enfants.
      Vous en voulez ?
      Oui, je pense jouer encore quelques années et ensuite, j’aurai une famille.
      Seriez-vous prête à épouser ma fille ?
      Bien sûr.
      Malgré la presse, les journalistes et vos fans ?
      Mon coming out n’a rien changé au comportement de mes fans. J’en ai même des nouveaux qui saluent notre courage d’avoir osé le faire. Et pour les journalistes peu importe. Qu’il se passe quelque chose ou rien du tout, ils trouvent toujours matière à écrire. Je n’ai pas peur d’aimer votre fille au grand jour et encore moins que tout le monde le sache. Après c’est à vous de me dire si cela vous dérange.
      Vous êtes célèbre Solveig et cela met ma fille en danger. La preuve a été donnée en Serbie.
      Le fait que nous soyons ensemble n’a pas été le déclencheur de cette émeute.
      L’émeute non mais le fait que Danielle vous ait protégée oui. Elle est comme son père et son grand-père à vouloir défendre sans limite les gens qu’elle aime. Elle est allée jusqu’à se battre pour défendre sa petite sœur, elle qui déteste la violence. Elle est revenue avec la lèvre fendue, l’arcade ouverte et les phalanges bleues d’avoir frappé. Et elle fera la même chose pour vous. Sauf que vous ce n’est pas un grand frère racketeur que vous lui offrez comme adversaire mais le monde. Un jour elle m’a dit qu’elle affronterait tous les homophobes de la terre pour vous. Et même si Zoé me répète souvent que les pays scandinaves sont plus tolérants, vous serez toujours exposées.
      Je ne peux pas changer le fait d’être médiatique mais je peux faire mon possible pour que Dane soit le moins possible exposée. Je sais que vous avez failli la perdre alors qu’elle n’était qu’une enfant et je suis sûre que vous en faites encore des cauchemars parfois. Je sais aussi qu’il n’y a rien de plus fort que l’amour d’une mère mais s’il y a un podium vous me trouverez sur la deuxième marche. J’aime votre fille comme je n’ai jamais aimé auparavant. Si vous êtes prête à tout pour elle, je suis dans le même cas et si elle n’était pas aussi obstinée à vouloir se défendre toute seule, je serais constamment à ses côtés pour la protéger. Et je n’aurais aucun scrupule à piétiner tous les journalistes qui s’en prendront à elle.
      Qu’est ce qui vous plaît chez Danielle ? Je suis sûre que vous pouvez avoir toutes les filles que vous voulez. Pourquoi elle ?
      Je pourrais vous faire la liste de toutes ses qualités mais vous les connaissez déjà. Ce que je peux vous dire c’est qu’elle est la première depuis longtemps à avoir vu en moi la personne et non la joueuse de handball. Elle a cherché à connaître qui j’étais vraiment et cela n’a pas de prix pour moi. Et je respecte les valeurs qui régissent sa vie parce qu’elles font d’elle ce qu’elle est. Elle est mon équilibre. Elle n’a sûrement pas besoin de moi mais moi j’ai besoin d’elle.
Helena dut admettre que le regard que Solveig posait sur Danielle était rempli d’amour et de tendresse. Il n’y avait aucun faux semblant, aucun jeu malsain dans cette relation, juste des sentiments sincères et partagés. Elle ne connaissait rien du monde gay ou lesbien avant que sa fille leur annonce son orientation sexuelle. Elle n’avait pour représentation que les images du journal télévisé le jour de la Gay Pride et elles n’étaient pas très rassurantes. Elle avait comme ressenti celui d’un monde destructeur, rempli de soirées alcoolisées, de drogues et de multiples partenaires. Comme si elle avait eu peur de trouver quelque chose de plus sordide encore, elle n’avait pas cherché plus loin. Mais au fil des mois et des années, elle s’était rendue compte que les petites amies de sa fille étaient des jeunes filles tout à fait convenables et étaient même plutôt féminines.
Solveig semblait être une jeune femme solide avec la tête sur les épaules. Elle semblait aussi faire très attention à Danielle. Elle donnait l’impression d’avoir compris son fonctionnement. Elle ne la brusquait pas, ne lui mettait pas la pression, la laissant avancer à son rythme dans leur relation. Helena sentait que Solveig en voulait plus mais elle réfrénait ses envies pour laisser du temps à sa petite amie.
      Vous me promettez de la protéger ?
      Autant qu’elle me laissera le faire.
      Elle pourra compter sur vous ?
      A chaque instant.
      Vous ferez en sorte de ne pas la blesser ?
      Jamais intentionnellement. Et je peux vous promettre aussi d’être à ses côtés pour soigner ses blessures.
      Bien.
Il n’y eut pas d’autres mots mais ce fut sur ce banc face à la mer, un soir de juin, dans la ville de Larvik, en terre norvégienne que Solveig et Helena s’accordèrent sur l’amour différent mais inconditionnel qu’elles portaient l’une et l’autre à Dane.
 
            Plus bas sur la plage Danielle avait observé du coin de l’œil sa mère et sa petite amie discuter. Elle n’entendait bien sûr pas ce qu’elles se disaient. Elle espérait juste que sous couvert de sourires, elles n’étaient pas en train de se dire leurs quatre vérités.
« Papa, tu crois qu’il faut que j’aille voir ce qu’elles se disent ? »
      Il y a des choses qui doivent se faire sans toi Dane. C’est à Solveig de gérer ça. C’est à elle de convaincre ta mère.
      Ce n’est pas plutôt toi qu’elle devrait convaincre ? Ce n’est pas le père qui s’enquiert des intentions du prétendant ?
      Sûrement mais tu as choisi une prétendante alors je suis hors jeu. Et puis ta mère fait ça beaucoup mieux que moi.
    Quoi ? Torturer psychologiquement les gens ? C’était Zoé qui revenant avec plusieurs coquillages venait de se mêler  à la conversation avec son naturel habituel.   



***
 
            Alors que Dane et Solveig étaient à l’entraînement, la plus jeune des KASLER avait réussi à convaincre ses parents d’aller rouler le long de la côte pour admirer les falaises, les fjords et toutes les curiosités du sud de la Norvège. Helena avait regardé sa fille cadette courir partout. Zoé était l’opposé de sa sœur et les années qui passaient accentuaient leurs différences. Danielle avait toujours été une enfant posée qui analysait le plan et lisait les panneaux avant de commencer sa visite. Zoé, elle, fonçait. Comme si elle avait toujours peur de manquer de temps pour faire les choses. Cette part de caractère allait sûrement lui jouer des tours dans la vie. Mais si elle avait compris depuis peu que Solveig avait remis en route la vie de Danielle, elle espérait que Zoé trouverait quelqu’un pour la canaliser. Sa discussion avec la capitaine norvégienne lui avait fait prendre conscience que Dane était en sommeil à Lyon et que ce qu’elle avait connu avec le foot était sa vraie nature. Que sa fille n’était pas faite pour rester assise derrière un écran d’ordinateur. Elle était faite pour l’effort physique, pour le dépassement de soit, pour l’adrénaline des rencontres et pour le défi. Et elle méritait que tout le monde se rende compte de son talent. Assise sur un banc de ce musée à ciel ouvert, dans ce pays berceau de la famille de son mari, cette nation dont sa fille voulait porter les couleurs, elle se fit la promesse de faire des efforts afin de plus soutenir Danielle dans ses choix. Elle sentit également qu’il était  temps que la famille KASLER recommence à bouger.
 
***
 
            Danielle brûlait de curiosité de demander à Solveig le contenu de la discussion avec sa mère mais elle avait peur d’apprendre que les deux femmes ne s’étaient pas entendues et que leur relation était toujours quelque peu tendue. Deux jours plus tôt, elles avaient fini la deuxième session de stage et la veille, elles avaient accompagné Peter, Helena et Zoé à l’aéroport d’Oslo. Dans trois jours, elles partaient pour les iles Lofoten et en attendant elles se reposaient toutes les deux installées dans le salon des ANDERSEN à Lillehammer.
            Solveig sentant le regard de Dane sur elle inclina son journal avant de lui demander.
« Tu comptes me poser la question à un moment ou bien continuer d’imaginer la conversation ? »
      Ça se voit tant que ça ?
      Oui. Je commence à savoir déchiffrer le lutin.
      Dis-moi juste à quel niveau vous en êtes : Guerre Froide, Coexistence pacifique ou pire ?
Solveig se redressa avant de répondre ce qui ajouta un cran à l’angoisse de Dane.
      Aucune des trois propositions. Nous sommes arrivées à un accord qui satisfait les deux parties.
      C’est-à-dire ? interrogea Dane en fronçant les sourcils.
      Que nous sommes deux à te surveiller maintenant.
      Oh misère. Je crois que j’aurais presque préféré la Guerre Froide.
      Ta mère t’aime et moi aussi et nous voulons toutes les deux ton bonheur. C’est assez simple en fait.
Danielle qui s’était elle aussi redressée au vu du sérieux de la conversation, se pencha pour embrasser sa petite amie et lui dire.
      Je suis contente que vous ayez discuté. J’espère qu’elle s’inquiètera moins à présent.
    Fais-lui confiance comme elle t’a toujours fait confiance dans tes choix même si son instinct maternel la poussait à vouloir te protéger.
    Comment tu connais tout ça sur les mères ?
    Parce que je sais que la mienne affronterait un ours à mains nues pour nous protéger Nils, Janna et moi.
Dane se blottit un peu plus dans les bras de sa capitaine avant de murmurer :
    Et je suis sûre que l’ours prendrait une raclée.

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MessageSujet: Re: Soleil de minuit, Aurore boréale - Tome 2 - Mack   Dim 12 Juil 2015 - 23:08

LOFOTEN  – Tolga
 
Les îles Lofoten, connues pour la pêche à la morue et leur méthode de séchage traditionnel au grand air, sont situées à l’ouest de la Norvège au-delà du cercle polaire. Mais c’était aussi des paysages à couper le souffle, des lacs à l’eau turquoise, des plages de sable blanc, des étendues de bruyère qui colorent en vert les pentes des collines et des falaises qui plongent dans l’océan atlantique. Les Rorburs, cabanes traditionnelles de pécheur construites au-dessus de l’eau, sont visibles tout le long de la côte, facilement reconnaissables à leur couleur rouge. C’est dans ce décor que Danielle et Solveig étaient venues passer leurs vacances.
 
« Nous ne devrions pas faire ça. Ce n’est pas une bonne idée et ce n’est pas l’endroit pour ce genre de choses. »
    Ne t’inquiète pas tout va bien. Il ne va rien arriver de mal.
    Je n’en suis pas sûre.
    Détends-toi et profite…
 
            Solveig et Danielle étaient toutes les deux dans la salle de bains de leur Rorbur. Elles étaient assises l’une en face de l’autre dans la grande baignoire, de la mousse jusqu’à la poitrine. Sveig lançait une balle en caoutchouc à Dane qui l’attrapait main droite et lui renvoyait.
    Je pense toujours que ce n’est pas une bonne idée. C’est trop tôt pour que tu forces sur ton poignet, surtout sans strap.
    Tout va bien, c’est une petite balle légère et mes muscles sont tous chauds grâce à l’eau du bain.
    Si tu te re-blesses, Ikka et Sven ne vont pas nous le pardonner.
    Je sais.
Danielle posa la balle sur le rebord et se déplaça dans la baignoire jusqu’à s’allonger sur Solveig.
    Nous pouvons changer d’activité si tu le souhaites.
    Qu’as-tu en tête ?
    A ton avis ?
Dane vint poser ses lèvres sur celles de sa petite amie pour faire clairement passer son message.
    Comme ça, tu n’auras pas peur que je me blesse…
Solveig passa une main sur la nuque de sa petite amie l’autre sur le bas de son dos et dans un mouvement souple, elle leur fit faire un demi-tour pour que Dane se retrouve sous elle.
    Comme ça je suis sûre que tu n’appuieras pas sur ton poignet. Et nous éviterons les en…nuis.
La star norvégienne avait eu du mal à finir sa phrase car Danielle, en petit lutin diabolique, venait de glisser sa main entre leur corps et avait parfaitement trouvé son chemin vers le point le plus sensible du corps de sa capitaine.
    T’es infernale !
Seul le sourire mutin de Dane lui répondit.
    Tu veux jouer à ça, liten alv[url=#_ftn1][1][/url].  A la première qui bascule.
Solveig, en appui sur un bras, commença à caresser le corps de son arrière droit préférée. Elle vit le regard de Danielle s’assombrir, signe du mélange de désir et de plaisir. Leur respiration à toutes les deux devint plus rapide, leurs gestes plus saccadés, l’eau déborda quelque peu. Dane étouffa un gémissement dans le cou de Solveig et cette dernière serra les dents pour faire refluer la vague de plaisir qui montait un peu trop rapidement. La légère morsure de Danielle sur son épaule lui envoya une décharge dans tout le corps et le barrage céda. Elle sentit l’orgasme exploser dans toutes les fibres de son être. De son côté, Dane n’avait pas plus de maîtrise sur ses sensations. La contraction des muscles de Solveig avait sonné le glas de son contrôle intérieur. Elles gémirent toutes les deux en même temps. Solveig se relâcha et vint s’appuyer contre Danielle. Elles reprenaient leur souffle en se caressant doucement.
    Match nul, murmura Solveig.
    C’est le score que je préfère avec toi.
 
***
 
            Un petit vent qui venait du nord soufflait le long de la plage, la température avait chuté par rapport à l’après-midi. Le thermomètre était passé en dessous des dix degrés. Il n’y avait pas grand monde dehors malgré le spectacle qui se préparait. Danielle était assise entre les jambes de Solveig sur un rocher qui surplombait l’océan. Elle était appuyée contre la poitrine de sa petite amie, le menton caché dans le pull à capuche qu’elle lui avait emprunté. Il était presque minuit et le ciel était clair. Le soleil était sur le point de toucher l’eau. L’horizon s’embrasait d’orange.
            Solveig resserra ses bras autour de Danielle. Ce n’était pas son premier Tolga mais ce soleil de minuit avait une saveur toute particulière. Comme cet hiver et l’aurore boréale, elle avait l’impression de redécouvrir les choses. Alors que l’astre solaire semblait caresser l’océan, elle sentit Danielle tourner la tête et poser un baiser sur sa joue. Une douce caresse sur sa peau en complète adéquation avec la lumière de ce milieu de la nuit. Elles restèrent un moment silencieuses alors que le soleil reprenait sa course ascendante. Pas du tout de nuit pour encore quelques jours dans le nord de la Norvège. Pas de lune, pas d’étoiles, juste un gros disque orangé qui vient, à chaque Tolga, embrasser l’océan.
            Solveig sentit de nouveau le souffle de Danielle sur sa joue et les inflexions de son accent à son oreille.
« Si pour toi, je suis une aurore boréale alors pour moi tu es ça, le soleil de minuit. Tu es magnifique, puissante, solide, avenante… On n’a qu’une envie c’est de rester là et observer. C’est comme quand tu joues, je pourrais m’asseoir dans les gradins et te regarder pendant des heures. Tu es comme le solstice d’été, une longue journée d’été lumineuse. Tu as le contact facile. Les gens sont sous ton charme au premier regard. »
    Et toi, tu as été sous le charme au premier regard ?
    Probablement. 
    Probablement ? Il me semble qu’en 2004 tu me trouvais canon.
    En 2004, de quoi tu parles ?
    Finale du Championnat d’Europe en Hongrie, tu étais devant ta télé, il me semble.
    Heu oui…
    Et tu as dû avouer que tu me trouvais canon.
    Oui mais… Comment tu sais ça ?
    Tu en as parlé lors de ton premier délire médicamenteux.
    Oh non tu avais promis d’oublier tout ce que je dirais.
 Solveig la fit basculer sur le côté pour l’embrasser sur les lèvres.
    Comment veux-tu que j’oublie ce genre de chose.
Après une pause.
    Tu veux rentrer ? demanda Solveig.
    Non, je veux encore regarder. Et je suis bien là.
    Tu n’as pas froid ?
    Non ton corps me tient chaud.
Solveig resserra encore son étreinte. Elle aussi était bien, complètement détendue en sentant la femme qu’elle aimait se laisser aller contre elle. Elle profitait à fond de ces moments de calme car dès le début des Jeux Olympiques ça serait de la folie. 
 
***
 
[Mercredi 25 Juin 2008
 
Après Danielle à la fête nationale voici Danielle sur les Iles LOFOTEN. KASLER poursuit sa découverte de la Norvège. Elle est allée se rendre compte par elle-même que le soleil ne se couchait pas dans son pays en été. ANDERSEN était bien sûr avec elle pour lui servir de guide sur les routes de la pêche à la morue. Il reste un mois et demi à la néo-norvégienne pour être au niveau en histoire et en géographie. Sera-t-elle capable de donner les noms de la famille royale ? L’avenir nous le dira.  GR]
 
***
 



Vendredi 27 juin 2008 – 20h10
Contre attaque
 
Les fans du couple KASSEN se rebiffent sur la toile. Suite aux articles d’un journaliste français, traduits sur de nombreux blogs, qui se moquent de ce que fait KASLER pendant ses vacances, certains internautes ont pris leur crayon ou leur palette graphique pour justement dessiner les aventures de Danielle.
Vous pouvez retrouvez la numéro 5 de Copenhague habillée du survêtement officiel avec son trait d’union comme numéro et portant le drapeau norvégien en guise de cape. Loin du côté inculte que le journaliste veut nous vendre, sur les minis bandes dessinées, KASLER apparaît en professeur de géographie ou d’histoire.
Manquerait plus que la « néo-norvégienne », comme il la surnomme, devienne un ouvrage de référence de l’apprentissage chez les plus jeunes.
 
Dans un autre registre, une association d’aide humanitaire norvégienne en partenariat avec la fédération de handball a mis en place une campagne de dons sous forme de paris. Pour 100 NOK, vous misez sur le numéro qui va être attribué à KASLER. Tous ceux qui trouveront le bon chiffre seront invités à une réception lors de la remise du chèque des dons à la dite association en présence de la principale intéressée. Alors à votre bon cœur et en plus c’est marrant.        
 





[url=#_ftnref1][1][/url] Petit lutin

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