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 La mission - YulVolk

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YulVolk
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MessageSujet: La mission - YulVolk   Ven 25 Sep 2015 - 17:50

Pseudo de l'auteur : YulVolk

Nombre de chapitres : 1

Rating de l'histoire : PG13
Genre de l'histoire : Policier, Action

Résumé de l'histoire :

Une enquête spéciale, 2 flics qui doivent jouer les amantes pour infiltrer la communauté gay...

Remarques diverses : Fiction courte écrite pour un concours. Il est possible qu'elle soit rééditée pour l'allonger et développer le côté enquête maintenant qu'il n'y a plus la contrainte de faire court.

Terminée et Corrigée
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Voir le profil de l'utilisateur http://lesbiennes-stories.nice-forum.com
YulVolk
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MessageSujet: Re: La mission - YulVolk   Ven 25 Sep 2015 - 17:52

- Taylor. Le Big Boss veut te voir.

- Ok, j'arrive. Je me retourne vers mon collègue. Désolée Jeff, va falloir que tu remplisses la paperasse tout seul.

Que peut bien me vouloir le Big Boss. Je n'ai pourtant rien fait de grave, du moins pas ces derniers jours. Je prends le temps de poser ma veste sur la chaise de mon bureau, enfin si on peut appeler ça un bureau, c'est juste une table et une chaise dans un coin d'une grande salle qui comportent autant de tables et de chaises que d'agents, avant d'aller vers le sien.

Je toque et attends son signal pour rentrer. Je referme la porte.

- Taylor.

Il me fait signe de m'asseoir et me désigne de la tête l'autre personne qui est assise sur la chaise à côté de moi. C'est une femme, avec le même uniforme que moi. Je l'ai déjà croisé plusieurs fois dans les couloirs. Elle a des longs cheveux blonds et des yeux verts clairs.

- Taylor, voici Alexandra Tibra. Alexandra, Taylor Armandini.

Les présentations sont courtes, comme d'habitude. Mais je me demande pourquoi il nous a convoqué toutes les deux dans son bureau. J'ai déjà un partenaire et il ne m'a pas dit qu'il ne voulait plus travailler avec moi. Et je sais qu'elle a aussi un partenaire.

- Si je vous ai fait venir toutes les deux, c'est parce que j'ai une mission spéciale à vous confier, nous annonce le Big Boss.

- Si je peux me permettre, monsieur, j'ai déjà un partenaire, je lui annonce.

- Je sais mais cette mission ne peut pas être effectuée par un homme. J'ai besoin de deux femmes pour infiltrer une association gay.

Je le regarde comme s'il venait de dire qu'il avait vu des extraterrestres. Quoique j'aurais préféré que ce soit ça. Alexandra a la bouche grande ouverte. Je devine qu'elle a la même réaction que moi.

- Depuis, un mois, il continue, il y a une série de disparitions dans la région et le lien commun entre ses disparitions est que ce sont toutes des femmes lesbiennes entre 25 et 35 ans, vivant en couple et étant inscrite dans cette association.

- Mais, je ne suis pas lesbienne. Je suis même fiancée, je ne peux pas faire ça. C'est dégoûtant, intervient Alexandra.

- Alexandra, je ne peux pas confier cette mission a quelqu'un d'autre, vous êtes mes deux meilleurs éléments féminins de cette brigade et en plus, vous feriez un beau couple. Et puis de toute façon, vous n'avez pas le choix.

Il me regarde. Alexandra a donné son avis. A moi de donner le mien. Que dire ? La mission ne m'enchante pas, c'est clair, mais je n'ai pas le choix. Je me contente de hocher la tête.

- Bien. Maintenant, les détails. Vous êtes en couple depuis deux ans. On vous fournit une maison meublée pendant toute la mission. Vous allez devoir y vivre ensemble, comme un couple. Il y a deux chambres dans la maison, mais en dehors, vous allez devoir agir comme un couple. Vous allez devoir infiltrer l'association, participer aux réunions et aux sorties. Bien sur, personne d'autre que vous, moi et vos collègues respectifs, ne doit être au courant de cette mission.

- Mais, je ne peux pas, proteste encore Alexandra. Je dois au moins prévenir mon fiancé et ma famille. Qu'est-ce qu'ils vont dire s'ils apprennent que je suis avec une femme depuis deux ans alors que je dois me marier dans six mois ?

- Ok. Prévenez votre famille mais ils devront jouer le jeu. Je veux que tout le monde pense que vous êtes vraiment en couple. Bon, allez chez vous récupérer vos affaires. Rendez-vous dans deux heures ici. Je vous ramènerais dans votre nouvelle maison et vous donnerez les dossiers de l'affaire. Vous pouvez disposer.

Je me lève en même temps qu'Alexandra. Elle semble en colère, même si elle ne le montre pas. Pendant toute la conversation, elle ne m'a pas regardé une seule fois. J'ouvre la porte et la laisse passer.

- Merci, puis elle marmonne, mon fiancé ne va pas être content. Ma famille non plus. Je ne sais même pas comment je vais leur annoncer ça en deux heures, tout en préparant mes affaires.

- Je ne pense pas que ma petite amie sera très heureuse non plus, je lui dis en m'éloignant vers mon bureau.

Je ne sais pas pourquoi mais je suis énervée contre elle. Pour qui elle se prend ? Elle n'est pas la seule dans cette histoire et elle ne pense qu'à elle. Que va dire mon fiancé ? Que va dire ma famille ? Je suis miss hétéro, je ne pourrais pas jouer les lesbiennes. Le meilleur est le regard qu'elle vient de me lancer quand je lui ai parlé de ma petite amie.

- T'en fait une tête Tay, me dit Jeff, mon partenaire.

- M'en parle pas. Big Boss m'a associé avec Tibra pour une mission spéciale. Et je sens que je ne vais pas me marrer.

- Pourquoi ?

- Miss hétéro ne veut pas jouer les lesbiennes parce que ça la dégoûte et que va dire son fiancé et sa famille.

- Oh c'est quoi cette mission ?

- Investigation dans une association gay.

- Les disparitions ?

- Ouais.

- Ben bonne chance.

- Merci, j'en aurais besoin.

*****

Je n'y crois pas. Comment ça peut m'arriver à moi ? Comment je vais annoncer à Robbie et à ma famille que je vais devoir jouer les lesbiennes pour une mission ? Avec une vraie lesbienne en plus. Comment ose t-elle me lancer ça comme ça en pleine figure et partir ensuite ?

J'espère qu'elle ne va pas durer longtemps cette mission. Je suppose que je n'aurais pas le droit de voir Robbie pendant tout ce temps. Même pas le temps de passer une soirée avec lui avant.

Et elle ? Comment elle va faire ? Qu'est-ce qu'elle pense de cette mission ? Je suis certaine que c'est plus facile pour elle. C'est vrai, elle est lesbienne. Elle n'aura pas besoin de jouer, elle.

J'attrape le téléphone.

- Robbie ?
- Eh ! Chérie. Comment ça va ? Je suis surpris que tu m'appelles à cette heure-ci. Il y a un problème ?
- Non. Enfin si. Je dois partir en mission et c'est assez compliqué.
- J'écoute.

Et je lui explique tout.

- Je n'y crois pas.
- Je suis désolée, Robbie.
- Que vont dire les autres s'ils le savent ? Mes collègues, ma famille, ta famille, les voisins ?
- Je ne pense pas qu'ils vont me voir, chéri. Je vais infiltrer le milieu gay. Aucune de nos connaissances ne fréquente ce milieu.

On continue à parler. Je lui demande de prévenir ma famille parce que je n'aurais pas le temps. Je dois faire mes valises. Puis je raccroche.

*****

Pendant tout le trajet vers la 'maison', Miss Hétéro, n'a rien dit. Je devine qu'elle est toujours en colère. Je m'en fou, après tout, ce n'est pas mon problème, tant qu'elle fait son boulot.

La voiture s'arrête devant une petite maison en pierre rouge. Elle semble conviviale. Big Boss nous fait entrer. Je n'ai jamais vu une maison aussi belle. Il faut dire que mes parents vivaient dans un appartement et moi, je vis dans un studio. Après tout, il y a des bons côtés à cette mission. Je vais pouvoir vivre dans une belle maison pendant quelques temps.

On visite la maison. Il y a un petit hall puis le salon avec quelques meubles comme une table en bois clair, un canapé en cuir noir, une télé, une grande armoire. Big Boss nous explique que tout est fourni, mais qu'on va devoir aller faire des photos de nous demain pour personnaliser un peu plus cet endroit, en cas où on doit inviter d'autres personnes de l'association. Au fond du salon, c'est la cuisine, ouverte sur le salon. A droite de la cuisine, un escalier en bois clair avec une rampe un acier gris. Très moderne. J'adore le style. A l'étage, deux chambres, à peu près identique avec un grand lit, une armoire dans chaque chambre. Les deux chambres sont côte à côte et de l'autre côté, il y a une salle de bain et un petit bureau avec un ordinateur.

On redescend au salon et le Big boss nous donne d'autres détails sur notre planning, sur l'histoire qu'il a montée sur notre couple et sur l'enquête elle-même. Je suis de nouveau en mode professionnel pendant que j'écoute et enregistre chaque détail.

Après deux heures, le Big Boss se décide à partir et nous laisse seules dans 'notre maison'. C'est à partir de là qu'il va falloir jouer le jeu.

*****

Une fois mon patron parti, je regarde Taylor. Elle semble très professionnelle mais je sens une pointe d'excitation en elle. Mais, je n'ai toujours pas envie de lui parler.

- Je vais monter mes affaires dans ma chambre, elle me lance en attrapant deux de ses sacs.

Elle a retrouvé son côté gamine qu'elle avait pendant la visite de l'appartement. J'ai cru qu'elle allait exploser de joie à chaque porte qu'on ouvrait. En fait, c'est une gamine. Je n'ai pas de détails sur elle mais elle ne doit pas avoir plus de 25 ans. Elle est assez petite. Elle a les cheveux noirs, courts, qui tombent en mèches fines de chaque côté de son visage et des yeux incroyablement bleus.

Je l'entends à l'étage. Je crois qu'elle a raison. Il n'y a rien d'autre à faire pour le moment que de s'installer. Au moins, on fait chambre à part. Je monte deux valises. Je vois qu'elle a prit la chambre de gauche, la plus éloignée de l'escalier. Sa porte est ouverte et je vois son ombre gesticuler dans tous les sens.

Ma chambre me paraît vide. Ce n'est pas comme chez moi et pourtant, ça va devoir être chez moi pendant au moins quelques semaines, le temps de l'enquête.

*****

J'ai entendu Alexandra monter. Elle doit sûrement être en train de s'installer dans sa chambre. Ca me fait bizarre de devoir être en couple et de dormir dans une autre chambre. Mais bon, on n'est pas vraiment en couple non plus, donc, c'est logique qu'on ne dorme pas ensemble. Cette mission semble encore plus compliquée que je pensais. Sans compter le fait qu'Alexandra soit hétéro, a du mal à accepter le fait de devoir être en couple avec une femme et le fait que je sois vraiment lesbienne doit lui poser quelques problèmes aussi. Elle a l'air légèrement coincé.

Un autre problème qui risque de tout compliqué : on ne connaît rien l'une de l'autre. Comment on peut jouer le rôle d'un couple qui est ensemble depuis deux ans alors que je ne connais que son nom ? Et qu'elle a un fiancé aussi, mais ça ne va pas me servir dans notre mission.

Il faudrait qu'elle se décide à me parler. Ce n'est pas de ma faute si on est dans cette situation, ça m'embête autant qu'elle.

J'ai réussi à installer la chambre le mieux possible pour la personnalisé à mon style. Quelques posters, quelques photos, quelques bibelots, mon ourson en peluche blanc posé sur mon lit.

Je passe devant sa porte. Elle est légèrement ouverte et je vois Alexandra assise devant une armoire. Je toque doucement et ouvre un peu plus.

- Ca va ? Besoin d'un coup de main ? je lui demande pour briser la glace.

- Non merci. Ca va aller.

- Ok. Si tu as besoin de moi, je suis en bas.

- Ok.

Elle retourne à son rangement alors je descends. C'était une courte conversation mais c'était une conversation.

*****

Une fois mon rangement fini, je descends dans le salon. Il est quasiment 19 heures. Taylor est dans le salon, couchée sur le canapé et regarde la télé. Je pensais qu'avec son style de gamine, elle serait en train de regarder des dessins animés et je suis très surprise de la voir regarder une émission culturelle. Quand j'arrive au pied de l'escalier, elle se relève et regarde par-dessus le dossier du canapé.

- J'ai mis des pâtes à cuire, j'espère que ça ne te dérange pas, elle me dit.

Je suis encore une fois surprise. Etonnée qu'elle ait pensé à faire à manger. Etant la plus âgée des deux, j'aurais parié que j'allais devoir tout faire. Visiblement, Taylor a l'habitude de vivre seule.

- Pas de problème. Merci.

- De rien. C'est normal.

Je m'installe à la table et feuillette une nouvelle fois le dossier de l'affaire.

- Qu'est-ce qu'on a de prévu pour demain ? je lui demande.

Elle se rassoit et me regarde.

- Le Big Boss vient demain matin pour nous ramener notre voiture, puis il veut que je te ramène faire quelques boutiques pour changer un peu ton look et après, on doit aller à l'association pour s'inscrire.

Ca me fait tout drôle quand elle a dit 'notre voiture'. Et puis c'est quoi cette histoire de relooking. Je me risque à demander. Elle me répond que le patron pense que je n'ai pas le look lesbien. C'est normal, je ne le suis pas.

Taylor se lève et va dans la cuisine. Elle ressort cinq minutes plus tard avec deux assiettes pleines de pâtes. On mange en silence mais je sais qu'on va devoir parler pour mieux se connaître, pour ne pas louper l'enquête.

Après le repas, on s'installe toutes les deux au canapé. Taylor éteint la télé puis se tourne vers moi.

- Alors, tu vas me dire des choses sur toi ou est-ce que je vais devoir demander ton dossier ?

Alors je lui raconte ma vie. Je lui dis que j'ai 29 ans, que je suis fiancée, que j'ai deux frères et une sœur et d'autres choses plus ou moins importantes mais qui pourraient lui servir si elle doit être ma petite amie. Elle me dit qu'elle a 24 ans. Je m'en doutais qu'elle était beaucoup plus jeune. Je me demande comment on peut passer pour un couple avec autant de différences d'âge et de personnalité. Elle me dit qu'elle vit seule, qu'elle a une petite amie depuis quelques mois, qu'elle est fille unique, qu'elle ne voit plus ses parents. On continue à parler de nos goûts. On a du mal à trouver un point commun. Ca va être dur.

Je commence à être fatiguée et je suis étonnée en voyant qu'il est déjà près de minuit. On a parlé pendant des heures sans s'en rendre compte. Finalement, ça a l'air de bien se passer. J'en viens même à penser que Taylor n'est pas si gamine que ça. Elle a l'air d'être très intelligente. Quand on parle de l'affaire, elle prend son sérieux immédiatement.

- Bon ben, je vais aller me coucher moi. Demain risque d'être long, elle me dit en se levant. Bonne nuit.

- Bonne nuit.

*****

Il est près de 9h30 quand j'entends toquer à la porte de ma chambre.

- Taylor, tu es réveillée ? John a téléphoné, il sera là dans 30 minutes.

- Je me lève. Merci.

Je l'entends repartir. Je me lève, passe prendre une douche et arrive au salon juste quand mon Big Boss arrive.

Je vais me chercher un verre de lait et récupère quelques biscuits dans l'armoire. Au moins, quelqu'un a pensé à remplir la maison avant qu'on arrive. Quand je reviens à table, John nous observe. Il doit être ravi de voir qu'on ne tire plus la tête. On ne fait pas couple non plus mais on se parle. L'important c'est qu'on puisse le faire en public. Il nous annonce qu'il a ramené la voiture et nous tend les clés. Pressée de voir ce qu'il nous a pris, j'attrape les clés et me précipite dehors. Alexandra et John suivent quelques secondes derrière moi.

- Waow, je suis impressionnée. Une jeep, carrément.

John rigole.

- Allez, rentrons, vous aurez le temps de l'essayer après.

Je regarde Alexandra avec des yeux les plus suppliants possibles. Elle me sourit.

- Oui, tu pourras rouler après.

*****

John est partit depuis une heure. Taylor est montée se préparer pour partir en ville. Je me demande bien ce qu'elle fait si longtemps. Quand elle redescend, elle porte un baggy vert et un débardeur blanc. Elle est musclée, c'est la première fois que je le vois. Et elle a un tatouage sur le bras droit qui fait tout le tour du bras. Ses cheveux sont coiffés comme hier, de chaque côté de son visage. Elle me sourit quand je lui tends la clé. Je lui ai promis qu'elle pouvait rouler. En plus, c'est elle qui connaît les boutiques.

Je ne savais pas du tout où elle m'emmenait mais je devais apprendre à lui faire confiance. Mais au fur et à mesure qu'on avançait, je me disais "Ca y est. On va être en public, il va falloir jouer maintenant".

Taylor s'arrête dans un parking, descend et vient m'ouvrir la portière.

Elle referme puis me prend la main jusqu'à la première boutique. Ca me faisait drôle de tenir la main d'une femme en pleine rue mais ça faisait parti de mon travail.

Elle m'emmène d'abord dans un salon de coiffure. Elle discute un peu avec une des coiffeuses puis se retourne vers moi.

- Ok. D'abord, la coupe.

- Tu veux faire quoi là ?

- Les couper, plus court, un style moins sophistiqué.

- Ce n'est pas sophistiqué.

Elle ne dit rien, va s'asseoir et me laisse aux mains de la coiffeuse. Je vois des grosses mèches de cheveux tombés au fur et à mesure. Quand elle a finit, mes cheveux sont plus courts mais ça reste très féminin. Finalement, j'ai vraiment une raison de lui faire confiance. Elle sait ce qu'elle fait.

- Parfait, elle me dit en ressortant.

On repart dans la voiture. Direction, les boutiques de vêtements. On ressort quelques heures plus tard avec des sacs pleins de vêtements. Des pantalons larges, des jeans, des tee-shirts moulants, des débardeurs. Des choses que je ne porterais jamais en temps normal. Je dois complètement changer de style. D'un autre côté, je me dis que mon style jupes, tailleurs, chemises ne fait pas très jeune lesbienne. J'espère que je vais me faire augmenter après cette mission. Je me rappelle la tête de Taylor quand elle m'a vu sortir de la cabine d'essayage avec un débardeur beige et un baggy blanc. Je crois qu'elle a été choquée, en bien j'espère. Elle m'a dit que ça m'allait super bien et que ça me rajeunissait, surtout avec ma nouvelle coupe de cheveux aussi. Je pense que même si quelqu'un de ma famille ou de mon voisinage me voyait, il ne me reconnaîtrait pas.

*****

L'inscription à l'association a été rapide. Alexandra accepte de plus en plus que je lui prenne la main. Elle a même pris elle-même l'initiative de me prendre la main en entrant dans les bureaux de l'association. J'ai été agréablement étonnée. Après, on est passé louer des films pour la soirée. Il faut bien occuper le temps. Aucune de nous ne peut sortir sans l'autre et il n'y a pas de réunions pour l'association ce soir. La première activité de groupe est une réunion dans deux jours, suivie d'une soirée dans un bar. Il va falloir préparer Alexandra à passer plus d'une heure en public, parmi d'autres gays, ce qui veut dire qu'il va falloir qu'elle accepte de m'embrasser. Je sens que ça ne sera pas facile.

Je l'entends parler au téléphone. Elle parle de la soirée. Je pense qu'elle appelle le Big Boss. Moi, je suis dans ma chambre, je me détends avec un bon disque. Je l'entends monter. Elle toque doucement.

- John est heureux pour la soirée. Il a dit qu'on devait faire attention et bien jouer le jeu.

- Ok. Pas de problème.

Elle entre et s'assoit sur le lit.

- Je… Ca va être dur pour moi… je n'ai jamais… je veux dire… te tenir la main… ok… c'était facile mais… je ne suis pas sure du reste.

- Ne panique pas. Je prendrais toutes les initiatives. Tu n'auras qu'à me suivre. Fais-moi un peu confiance.

Elle me regarde dans les yeux.

- Je te fais confiance. Je sais que tu es très professionnelle et je sais que tu sais comment faire.

- Merci.

- Il est tard, qu'est-ce que tu dirais si je commandais une pizza et on commence à regarder nos films.

- Ok. J'arrive.

Elle sort. Je la suis des yeux. Je commence vraiment à l'apprécier. Faire les boutiques avec elle était très marrant. Elle a beaucoup d'humour en fait. Je ne sais pas si c'est le style ou quoi, mais depuis qu'elle porte des tee-shirts et des jeans, elle semble plus détendu, plus amusante.

*****

Ces deux jours sont passés rapidement. On n'a rien fait de spécial à part quelques apparitions main dans la main en ville et de longues discussions pour faire plus ample connaissance avant la réunion et la soirée de ce soir. Je suis très nerveuse. J'ai peur de ce que va faire Taylor pour montrer qu'on est un couple. C'est ce qui me fait le plus peur : embrasser une autre femme et en plus, en public.

Taylor est dans sa chambre. Je crois qu'elle a eu un appel de sa petite amie tout à l'heure et ça n'a pas du bien se passer. Elle semblait en colère en raccrochant et elle a filé dans sa chambre en fermant la porte. D'habitude, elle la laisse tout le temps ouverte, sauf quand elle dort. Un moment, je me suis demandée si je devais aller la voir mais on se connaît à peine et je ne suis pas sure qu'elle est envie d'en parler avec moi.

Je dois aller me préparer pour la soirée. La réunion est dans deux heures. Pendant que je suis sous la douche, je repense à Robbie. Il me manque. Ca me fait drôle de dormir seule. La journée, quand Taylor est avec moi, je n'y pense pas autant. Ma mère a téléphoné aussi hier. Elle n'était pas contente mais elle a compris que je n'avais pas le choix. J'espère que Taylor pense à se préparer. Mais comment je fais pour penser à Taylor juste après avoir pensé à ma mère ?

Quand je sors de la salle de bain, j'entends que Taylor a mis la musique dans sa chambre, plus fort que d'habitude. Ca ne doit vraiment pas aller bien. Je devrais peut-être aller la voir. Je m'habille rapidement. Ce soir, jeans et une chemise blanche.

Je toque à sa porte. Pas de réponse. Je toque de nouveau, plus fort.

- Ouais, entre.

Je pousse la porte doucement. Elle est couchée sur son lit, les mains derrière la tête. Je baisse le son de sa chaîne hi-fi et m'assois près d'elle sur le lit.

- Ca va ?

- Ca pourrait aller mieux.

- Tu veux qu'on reste ici ce soir, on pourra toujours aller à la réunion de samedi prochain.

- Non. Le boulot est plus important.

- C'était ta copine au téléphone ?

- Oui. Elle n'est pas contente.

- Pourquoi ?

- Elle nous a vu en ville ce matin et ça ne lui a pas plu.

- Mais elle sait qu'on n'est pas vraiment ensemble ?

- Bien sur. Mais bon, j'imagine ce que ça doit être de voir sa petite amie au bras d'une autre, même si c'est pour le boulot.

- Oui c'est vrai. Ca ne doit pas être plaisant. J'imagine.

Un silence. Taylor semble réfléchir un moment. Je reste assise sans rien dire non plus.

- Bon, je vois que tu es déjà habillée. Il faudrait que je me prépare aussi alors, elle annonce d'un coup en se levant.

Elle sort de sa chambre. Je reste assise sur son lit quelques minutes de plus, regardant autour de moi, l'environnement de ma 'fausse petite amie'. La pièce lui ressemble beaucoup. Des objets d'adolescents mélangés avec des objets d'adultes. Son parfum qui envahit la pièce. Je regarde ses photos sur le mur. Plusieurs photos d'elle avec des filles, une photo de groupe où je la reconnais facilement dessus. Là où je suis étonnée, c'est de voir une photo d'elle et moi, une des photos qu'on a faites avant-hier. On en a fait pas mal, pour mettre dans le salon. Je ne savais pas qu'elle en avait pris une.

*****

La réunion de l'association a vite fini. Chacun était pressé de partir boire un verre. On a déjà commencé à faire connaissance avec quelques couples pendant la réunion.

On entre dans le bar et je traîne Alexandra par la main, vers un canapé au fond de la salle. Je m'assois à côté d'elle et continue de lui tenir la main.

Plus il y a du monde et moins Alexandra est à l'aise. Et je sais qu'elle ne va rien faire pour montrer qu'elle est vraiment avec moi alors c'est à moi de jouer le jeu.

- Tu veux boire quelque chose ? je lui demande en me penchant sur elle.

Elle hoche la tête pour répondre et me donne sa commande.

- Ok. J'y vais. Ne bouge pas et relaxe-toi. Tout va bien.

Je reviens 5 minutes après et reprends ma place à ses côtés. Deux filles viennent à notre table.

- On peut ? l'une d'elle demande.

Elle a de longs cheveux blonds lisses et un visage fin. Son amie est rousse avec les cheveux bouclés.

- Bien sur, je leur réponds poliment.

- C'est la première fois qu'on vous voit, demande la rousse.

- Oui, on vient à peine de s'inscrire à l'association.

C'est moi qui fait la conversation. Alexandra se contente de faire des sourires.

- Bienvenue alors. Moi c'est Laura, annonce la blonde, et voici Helena, en montrant la rousse.

- Enchantée, moi c'est Taylor et voici Alexandra.

Je souris en regardant celle qui doit être ma compagne. Elle me rend mon sourire, c'est déjà bien. Elle tient ma main, plus par peur, à mon avis. Pour la mettre plus à l'aise, je m'enfonce dans le canapé et passe mon bras autour de son épaule. Elle sursaute légèrement au contact mais je ne suis pas sure que les autres aient remarqué.

Pendant le reste de la soirée, on échange des regards, parle avec des membres de l'association. Le président vient plusieurs fois voir si tout va bien et si on s'intègre bien. Des personnes nous regardent discrètement. Je le sens.

- Il va falloir que je t'embrasse. Il y a des personnes qui pourraient avoir des doutes si je n'embrasse pas ma petite amie pendant toute la soirée, je lui dis doucement dans l'oreille.

- Ok.

Je la sens hésiter. Elle me regarde.

- Ferme les yeux si tu crois que ça peut être plus facile.

Elle le fait. Je me penche doucement vers elle et effleure ses lèvres avec les miennes. Je ne veux pas forcer pour le moment mais il va bien falloir le faire alors j'appuie mes lèvres un peu plus contre elle. Elle frissonne mais ne recule pas. Bien Alex. Très bien. Ca devrait le faire pour le moment. Je recule et lui souris.

*****

C'est bizarre d'embrasser une fille. C'est la première fois. Je pensais que ça serait plus atroce mais finalement c'était plutôt doux. Taylor n'a pas pressé l'action et je la remercierais pour ça. Je sais qu'on devait le faire. J'ai senti des regards vers nous. Il fallait le faire pour que notre couple soit crédible et ça a marché. Mais chaque fois que je vois le visage de Taylor et chaque fois que je vois ses lèvres, j'ai comme une boule dans le ventre.

- Je vais aux toilettes, je lui dis en me levant.

Elle me retient par la main.

- Ca va aller ?

Elle a l'air de s'inquiéter.

- Ca va. Ne t'inquiète pas. Je reviens vite.

Aux toilettes, je reste quelques minutes devant le miroir à me regarder. Je ne me reconnais plus. Tout ça, ce n'est pas moi. Je me sens comme une actrice de cinéma qui doit jouer un rôle inhabituel. Peut-être que je devrais plus me mettre dans la peau d'une actrice pour me sentir à l'aise. Pauvre Taylor. Ca doit être dur pour elle aussi. Elle est lesbienne mais non seulement, elle se dispute avec sa copine mais en plus, elle doit tout faire pour qu'on paraisse vrai.

- Eh ! Ca va ?

Je ne l'ai pas entendu arriver.

- Ca va aller. Ne t'inquiète pas, je me penche sur elle pour lui chuchoter à l'oreille la suite car il peut y avoir du monde dans les toilettes. Il faut que je me prenne l'habitude, c'est tout.

Quelqu'un entre. Pour avoir l'air d'un vrai couple, je passe mes doigts dans les cheveux de Taylor. Ils sont très doux et fins. Du coin de l'œil, je vois la fille qui se lave les mains. Taylor la voit aussi. Alors elle se penche sur moi et me fait un rapide baiser sur la bouche et me traîne vers notre table. Elle attrape nos manteaux et se tourne vers moi. Je comprends qu'elle veut rentrer et à vrai dire moi aussi. Il est près de 2 heures du matin.

Dehors, l'air est frais.

- Vous partez déjà ?

C'est la rousse de tout à l'heure. Helena, c'est ça. Je lui réponds en faisant un signe de la tête.

- De meilleures choses à faire, hein ?

Elle sourit et nous fait un clin d'œil. Elle doit s'imaginer qu'on rentre pour faire l'amour. Si elle savait qu'on a une chambre chacune. Mais pour appuyer sa thèse, Taylor se place derrière moi et glisse ses bras autour de ma taille. Je frissonne. J'espère qu'elle ne l'a pas remarqué, et surtout pas Helena. Encore une sensation bizarre à laquelle je vais devoir m'habituer. Helena voit en ce geste un besoin de s'éclipser alors elle nous laisse. On repart à la voiture mais cette fois, on se fait arrêter par le président de l'association, Eric qui nous invite à son barbecue demain dans son jardin. On accepte et on repart vite, main dans la main.

- Et bien, c'est une vraie mission pour partir et impossible à faire discrètement, plaisante Taylor.

- Je suis bien contente d'être sortie de là.

- Ce n'est pas facile pour toi, hein ?

- Pas trop, mais je fais avec et j'ai une partenaire qui m'aide beaucoup aussi.

Pour appuyer mes dires, je pose ma main sur la sienne pendant qu'elle tient le pommeau de vitesse. C'est vrai qu'elle m'aide beaucoup. Elle est formidable en fait. Elle joue vraiment très bien son rôle et elle arrive à me mettre à l'aise par moment. Bon d'accord, je dois encore arrêter de sursauter chaque fois qu'elle me touche ou qu'elle me sert contre elle.

Taylor me sourit et démarre la voiture.

*****

Quelle idée de faire un barbecue un dimanche à midi alors que tout le monde était de sortie la veille ! Pourtant jeune et habitué à sortir, j'avoue avoir eu du mal ce matin. Alexandra est pire que moi. Elle ne quitte pas ses lunettes de soleil. Je suis la seule à avoir pu voir ses beaux yeux verts aujourd'hui et je ne sais pas si c'est un privilège vu les grosses cernes noirs.

On arrive main dans la main, un grand sourire aux lèvres. Il faut faire bonne figure.

- Ah tiens, voilà le plus beau couple, crie Eric.

Au moins, on arrive à paraître un couple et en plus, on a du succès, ce qui veut dire qu'on fait partie de la catégorie des couples qui ont disparu. Bon point pour nous. Eric nous salut, nous présente à ses amis et nous offre à boire. Je sais qu'Alex n'apprécie pas la foule alors on va un peu à l'écart. D'ailleurs, depuis quand je l'appelle Alex.

Je m'assois sur l'herbe, contre un arbre et fait signe à Alex de se mettre devant moi, entre mes jambes. Quand elle se décide à s'asseoir, je passe mes bras autour de sa taille. Les autres sont tous autour de la table. Au moins, on peut observer et parler tranquillement ici.

- Je pense qu'on fait partie de la liste potentielle des prochaines disparues, elle me dit.

- Je me disais ça aussi.

- Eric a l'air bizarre.

- Encore d'accord.

Eric nous regarde alors je passe mon nez dans les cheveux et lui dépose un petit baiser. Elle frissonne moins. C'est bon signe.

- Désolée, Eric regardait.

- Je m'en doutais. Il n'y a pas de problème. Fais ce que tu sembles être bon à faire. Tu le fais si bien.

Ca me fait rire.

- Tu as l'air de commencer à être plus à l'aise, je lui dis.

- Je le suis. Vraiment. Et c'est grâce à toi. Merci.

Elle passe sa main dans mes cheveux. Dieu, que j'aime ça. Depuis qu'elle l'a fait hier dans les toilettes du bar, je rêve qu'elle le refasse. Tout va de mieux en mieux entre nous. Il n'y a pas seulement en public mais en privé aussi. Nos regards et nos gestes sont beaucoup plus amicaux, voire affectionnés ce qui rend nos gestes publics encore plus vrais. Hier soir, après être rentré, elle m'a serré dans ses bras pour me dire bonne nuit et m'a embrassé la joue ce matin.

- C'est bizarre que Laura et Helena ne soient pas là. Elles font pourtant parties du groupe de régulières, elle me fait remarquer.

- Elles sont peut-être en retard.

Un serveur vient prendre notre commande.

- Une saucisse blanche, dit Alex. Et toi ma chérie ?

Oh ! Très bien joué ça.

- Pareil. Merci.

Quand il repart, je la regarde.

- Quoi ? elle demande.

- Rien. Je me demandais d'où venait ce "ma chérie".

- Pourquoi ? Ca ne se dit pas ?

- Si, si bien sur. Je suis juste étonnée de t'entendre dire ça.

- C'est venu comme ça, sans réfléchir. Il faut croire qu'à force, je me prends au jeu.

- Les meilleures choses arrivent quand tu ne réfléchis pas.

- Oh ! Un de tes credo ?

- Si on veut, mon père disait souvent ça.

- Tu ne m'as jamais dit pourquoi tu ne parlais plus avec tes parents.

- Ils ne veulent plus me voir, c'est tout.

- Pourquoi ?

- Je suis lesbienne.

Elle ne répond pas mais me donne un baiser sur la joue et se blottit à nouveau contre moi.

- Merci de me l'avoir dit, elle me dit après quelques minutes à observer tout le monde.

*****

La semaine s'est très bien passé. Taylor et moi sommes de très bonnes amies maintenant, en dehors du fait qu'on soit amante en public. Tous les soirs, après avoir bossé sur le dossier, on a notre rituel. On regarde un film ou deux et on rigole sur les acteurs. Hier, elle a pris un film lesbien et on a parlé de ça après. J'étais moins dégoûtée qu'au début. Je n'avais plus du tout d'avis négatif sur ce sujet et j'appréciais vraiment Taylor.

On a fait quelques apparitions à l'association, pour prendre des nouvelles et suivre quelques groupes de discussions. Je n'ai plus de problème en public. Je joue même de plus en plus avec Taylor. On se promène automatiquement main dans la main, c'est devenu tellement naturel qu'on le fait des fois même en privé. J'arrive à la prendre dans mes bras aussi, lui caresser les joues, le dos quand on s'enlace et passer mes mains dans ses cheveux, ça j'adore, et regarder dans ses grands yeux bleus aussi. Il y a eu quelques baisers mais Taylor n'abuse pas de ces moments et ne va jamais très loin dans l'acte.

En privé, il m'arrive d'avoir besoin de la prendre dans mes bras, de me blottir contre elle quand on regarde la télé.

Ce soir, on a de nouveau rendez-vous pour une soirée au bar. Le même que la semaine dernière. Pendant la semaine, toujours pas de traces de Helena et Laura. On a prévenu John. Il se renseigne.

Je suis dans ma chambre pour m'habiller. Taylor a déjà fini et regarde la télé. Le téléphone sonne.

- Je décroche, me crie Taylor du bas de l'escalier.

Je l'entends parler quelques minutes puis elle monte et toque doucement à ma porte.

- Entre, j'ai presque fini.

- C'était John. Laura et Helena ont disparu. Ils ont interrogé le voisinage et elles n'ont pas été vues depuis samedi après-midi. Les voisins ne se sont pas inquiétés, pensant qu'elles étaient parties dans la famille de Laura, comme ça leur arrive souvent.

- Merde.

- Il dit qu'on doit ouvrir l'œil ce soir puisque le dernier endroit où elles ont été vues était la soirée. Il dit aussi qu'on doit être prudente.

Elle sort pour me laisser finir de me préparer. Je suis retournée par la nouvelle. On leur avait parlé la semaine dernière et maintenant, elles ont disparu.

*****

La soirée se passe bien. On passe plus de temps à observer les couples, voir qui seraient susceptibles de disparaître. Je suis assise sur le canapé et Alex est blottit contre moi. Maintenant, elle sait que je l'appelle Alex et ça n'a pas l'air de la déranger. Elle a beaucoup changé. Non seulement elle est plus détendue. Mais elle a changé du point de vue personnel. Je peux dire sans me tromper qu'elle n'a plus l'air d'une coincée, du tout. Elle en fait même de plus en plus en public. Ce n'est plus forcément moi qui dois tout guider. Sauf encore les baisers mais on gère.

- Ca a l'air calme ce soir, elle me dit.

- Ouais. Eric n'est même pas encore arrivé. C'est bizarre.

Quand on parle du loup, on le voit arriver. Il nous fait un sourire et monte un escalier.

- Je vais aller faire un tour, j'annonce en me levant.

- Tu ne devrais pas y aller seule.

- Il faut quelqu'un qui reste là pour surveiller.

Je commence à partir. Elle m'attrape la main.

- Taylor, soit prudente.

Je fais signe et m'éloigne. Je monte l'escalier. Il y a des tables et des canapés ici mais moins de monde. Je vois Eric entrer dans une pièce. Je le suis et arrive dans un couloir complètement vide avec deux portes. Des voix sortent de la première. Je reconnais Eric. Il semble s'engueuler avec un autre homme à propos du club, de l'association. Il parle d'une maison dans un village. J'entends le nom du village mais pas l'adresse de la maison. Il parle de prudence. J'espère qu'il n'a pas découvert qu'on était de la police. Les bruits s'approchent de la porte alors je pars. Eric me voit dans la salle du haut.

- Taylor. Où est alexandra ?

- En bas.

Pourvu qu'il ne demande pas pourquoi je suis là et elle en bas.

- Au fait, l'association fait une sortie en campagne le week-end prochain. Si vous pouviez vous joindre à nous.

- J'en parlerais à Alex et on vous tient au courant.

Il s'éloigne et je rejoins Alex pour lui raconter ce que j'ai entendu.

*****

La soirée est enfin terminée et je m'écroule sur le canapé dès qu'on arrive. Taylor rigole. Elle a un peu bu ce soir mais elle sait ce qu'elle fait. Elle a été assez lucide pour envoyer trois femmes promener ce soir. Je n'arrive pas à croire qu'elle s'est fait draguer trois fois en une soirée alors que tout le monde l'a vu m'embrasser plusieurs fois dans la soirée. On a dansé ensemble aussi. Deux slows. C'était étonnant mais agréable. Je me sens bien dans ses bras. Je ne sais plus si je suis encore autant actrice qu'au début. Il m'arrive de faire ça beaucoup plus volontairement maintenant et j'en arrive même à un point où ça me manque des fois, quand on est trop longtemps en privé.

Taylor me soulève du canapé et me tire vers les escaliers.

- Allez chérie, au lit maintenant.

En privé, ça fait bizarre le "chérie' mais je pardonne. Devant la porte de ma chambre, elle me regarde et devient sérieuse tout d'un coup.

- On dirait un rendez-vous amoureux. Tu sais quand le gars ramène la fille à la maison et qu'ils parlent devant la porte.

Je rigole. Mon Dieu, Taylor.

- Là la fille elle dit qu'elle a passé une superbe soirée.

- C'est vrai, j'ai passé une superbe soirée.

- Moi aussi, faudra qu'on remette ça.

- Pas de problème.

- Bonne nuit. Fait de beaux rêves pleins de moi.

- Oh non. Une Taylor, ça me suffit largement.

Elle fait semblant d'être vexée. Qu'est-ce qu'elle est mignonne quand elle fait ça ! Attends ! Est-ce que je viens de dire que Taylor est mignonne ? Oui. Mais c'est vrai. C'est une belle fille. Je comprends pourquoi elle n'arrête pas de se faire draguer. J'ai même ressenti de la jalousie en les voyant tourner autour d'elle. Je me penche sur elle pour l'embrasser sur la joue, comme tous les soirs. Mais Taylor décide de jouer encore et tourne sa tête pour que je touche ses lèvres. Ce fut rapide mais il y eut une telle étincelle que nos deux lèvres se retrouvèrent immédiatement. Elle passe ses mains autour de mon cou et appui le baiser plus profondément jusqu'à ouvrir ses lèvres et lécher les miennes. Inconsciemment, ma bouche s'ouvre et je sens sa langue délicate caresser la mienne. Quelle douceur ! Qu'est-ce qu'elle embrasse bien ! Est-ce que je viens de dire "elle" ? Au mon Dieu, mais qu'est-ce que je fais là ?

Je recule et la regarde.

- Merde Alex, je suis désolée.

Je ne sais pas quoi répondre alors je rentre dans ma chambre et referme la porte.

*****

Je ne sais vraiment pas ce qu'il m'a pris. Embrasser Alex. Mais c'est la pire chose que j'ai faite de ma vie. Je n'ai même pas réagi jusqu'à ce qu'elle se recule. J'étais dans l'euphorie du moment. On avait passé une bonne soirée, on avait bien rigolé et j'avais envie de continuer à la faire rire. J'aime quand elle rit. Elle est tellement différente de l'image que j'avais eue d'elle en la voyant dans le bureau de mon patron il y a plus d'une semaine ou de l'image que m'avaient donnée mes collègues. Elle commençait vraiment à s'amuser tout en travaillant, à être décontractée pendant qu'on était en mission et là j'ai tout gâché.

J'ai eu du mal à dormir cette nuit. La journée du dimanche était tendue. Alex a téléphoné à John pour lui parler de ce que j'avais entendu au bar la veille. Je me sens bête. Je n'arrive pas à la regarder en face ni à rester plus de cinq minutes dans la même pièce qu'elle. J'ai peur pour cette semaine. On pourra trouver pas mal d'indices pendant cette sortie le week-end prochain mais il faut tenir jusque là et ça peut être dur.

J'ai entendu Alex parler avec Robbie, son fiancé, ce matin. Elle n'arrêtait pas de lui dire qu'elle l'aimait. Elle doit se sentir aussi coupable que moi parce qu'elle s'est laissé faire pendant quelques minutes.

On n'a pas reparlé de ça, évidemment. Je crois que je n'ai jamais autant été dans ma chambre de toute ma vie. Je ne sors que pour aller chercher à boire, à manger et aller aux toilettes et j'essaye de le faire quand je sais que je ne vais pas la croiser.

On s'est vu dix minutes de toute la journée et nos conversations sont restées aussi limitées que le premier jour. A cause de moi, on est revenu au point de départ. Il va falloir tout reconstruire en une semaine pour être prête pour la sortie du week-end. Surtout que là, il va falloir passer une nuit dans la même chambre et elle doit avoir peur que je lui saute dessus maintenant.

*****

Ca fait deux jours que Taylor m'évite complètement. Je sais qu'elle se sent coupable pour samedi dernier. Pourtant, je suis autant responsable qu'elle. Je ne lui en veux pas. J'ai été choquée mais plus par le fait que j'ai répondu au baiser que par le fait qu'elle m'a embrassé. Choquée aussi parce que c'était la première fois en privé et que j'ai ressenti quelque chose que je n'aie jamais ressenti avant, ni avec Robbie, ni avec Taylor en public.

Ce soir, comme tous les mardis, c'est la soirée fitness organisée par l'association et j'ai réussi à convaincre Taylor qu'un peu d'exercice nous ferait du bien. Elle a accepté de venir. Je pense que c'est plus par obligation que par envie. Ca va être aussi notre première sortie en public depuis notre petit problème de samedi soir. Je sais qu'elle est professionnelle et qu'elle va surmonter ça. Pareil pour moi. Ce qui s'est passé en privé ne doit pas interférer dans notre mission.

Ca fait cinq minutes que je l'attends sur le pas de la porte. Qu'est-ce qu'elle fait ?

- Taylor, je l'appelle.

- J'arrive, elle me crie du haut de l'escalier.

Elle court jusqu'à l'entrée. Elle est magnifique. Elle porte un débardeur moulant noir, un short rouge et une casquette blanche. Je suis encore assise sur la marche d'escalier devant la porte. Je lui fais signe de s'asseoir deux minutes.

- On va être en retard, elle dit plus nerveusement que par souci d'être vraiment en retard.

- Pas grave, ils penseront qu'on était occupé autrement. Ecoute, pour samedi soir, on oublie, ok ? Il faut qu'on reste pro. Je ne veux pas que ça interfère dans notre mission.

- D'accord avec toi… Je suis désolée pour samedi.

Elle me regarde droit dans les yeux, avec des yeux suppliants et presque en larmes. Je me penche et l'embrasse sur le front.

- Oublie, j'ai dit. Allez viens. Je vais te faire transpirer.

*****

Je suis vraiment contente qu'Alex m'ait pardonné pour le baiser. Le reste de la semaine s'est bien passé, comme la première semaine, emploi du temps avec l'association, petites sorties en groupe, légères caresses et baisers en public, rigolades et discussions en privé.

On vient d'arriver dans une petite ferme. Il y a nous, quatre autres couples de femmes, deux couples d'hommes, Eric et quelques membres du comité. On fait le tour de la propriété puis on nous montre nos chambres. Evidemment, nous sommes coincées dans la même chambre. Ca n'a pas l'air de l'inquiéter plus que ça. Au moins, elle me refait confiance.

A part dans la chambre, il va falloir jouer 'le jeu du couple' tout le temps. L'après-midi, on part faire une balade dans les bois avec quelques autres membres. Alex et moi restons un peu à l'arrière pour observer. Les autres pensent qu'on veut simplement rester en amoureuse.

Le portable d'Alex sonne. Elle décroche. Elle me dit que c'est John. Elle lui parle quelques minutes puis raccroche.

- Il dit qu'ils ont trouvé la maison. Pour le moment, il y a du monde. Ils attendent que ça se calme pour aller jeter un coup d'œil. Il me rappelle après. Il dit aussi que tu as fait du bon boulot.

- On a fait du bon boulot, je lui réponds avec un clin d'œil. Mais ce n'est pas fini.

En rentrant, on discute autour d'un bon repas. Ensuite, Alex discute avec quelques femmes pendant que je fais une partie de carte avec trois autres membres. Le meilleur moyen d'apprendre à connaître des personnes et avoir des renseignements. Eric nous observe de loin. J'ai l'impression qu'il observe de plus en plus et ça ne me rassure pas.

- Je vais me coucher, mon cœur, tu viens aussi ? me dit Alex en me rejoignant à la table de jeu.

- Attends, laisse-moi finir et j'arrive.

Elle prend une chaise et s'assoit derrière moi en posant ses bras autour de ma taille et son menton sur mon épaule. Je sens son souffle dans mon cou et je sais que je ne dois pas mais ça m'excite. La nuit va être longue.

*****

La partie terminée, Taylor et moi montons dans la chambre. Elle est un peu bizarre depuis avant. Je ne sais pas pourquoi. Pour tenter de détendre l'atmosphère, j'essais de plaisanter mais je ne suis pas sûre que ça fonctionne.

- Il va falloir partager, je lui dis doucement.

- Je sais. Pas de problème.

Elle se couche à côté de moi, prenant bien soin d'être assez éloignée pour ne pas me toucher. Elle dort en short et en tee-shirt avec des manches coupées. Je me surprends à regarder ses bras légèrement musclés, comme à chaque fois qu'elle porte un débardeur. Autre ses bras, je me suis surprise à regarder, une fois son ventre. Je venais de rentrer dans le salon au moment où elle enlevait son tee-shirt après être aller courir. Elle ne portait plus qu'une brassière de sport et j'avoue avoir regarder. Et je ne parle même pas des longues minutes que je passe à regarder ses yeux. J'ai remarqué qu'ils deviennent encore plus clairs avec la lumière.

Des fois, je sens aussi son regard sur moi. Au début, je pensais que c'était pour m'étudier, voir comment je réagissais aux situations pour pouvoir agir en tant que couple mais au fur et à mesure, je m'imaginais qu'elle me regardait parce qu'elle me trouvait belle. Ca ne pouvait pas être ça bien sur. J'ai vu des photos des filles avec qui elle était sortie et je ne suis pas du tout son style et en plus, je vais me marier dans six mois, pourquoi j'aurais envie d'être son style de fille ? Je me rends compte que je rigole quand elle me regarde d'un air de dire 'Quoi ?'.

- Tu sais que ça fait près de deux semaines et demi et que je n'ai pas dormi avec quelqu'un, je lui dis.

Elle rit. J'adore son rire et les traits de son visage quand elle est heureuse. Arrête tes conneries Alex. Tu délires. Alex. A part elle, personne ne m'appelle comme ça pourtant c'est le surnom logique. J'adore quand elle m'appelle comme ça.

- Tu veux peut-être que je te prenne dans mes bras ?

Je sais qu'elle plaisante mais une partie de moi a envie de dire oui. Je la regarde dans les yeux et elle arrête de rire.

- Oui, je chuchote, tellement doucement que je ne sais même pas si elle a entendu.

Si, elle a entendu et elle se rapproche de moi. Je pose ma tête sur son épaule, mon autre bras hésite à aller sur son ventre mais quand elle m'embrasse sur le front en me disant bonne nuit, mon bras s'enroule automatiquement autour d'elle.

*****

Je me réveille en sursaut le lendemain matin, en sentant une peau contre moi. J'ouvre les yeux pour voir Alex, complètement enroulée confortablement autour de moi. Elle dort encore, ignorant complètement l'effet qu'elle a sur moi. Je lui caresse les cheveux, délicatement. Elle s'étire puis ouvre les yeux.

- Salut, elle chuchote en me faisant un bisou sur l'épaule. Ton bras n'a pas trop mal ?

- Non. Impeccable. Bien dormi ?

- Jamais aussi bien.

Elle a un sourire énorme et à part le fait qu'on soit en pyjama, si quelqu'un entrait dans la chambre à ce moment là, il verrait un couple heureux. Mais, on n'en était pas un. Dès que la mission sera terminée, elle retournera dans les bras de son Robbie et moi, seule dans mon petit studio.

Son portable sonne. Elle se détache de mon corps et je ressens un grand vide, au point d'avoir des frissons. Je lui fais signe que je vais à la douche. Je prends des affaires et traverse le couloir.

La salle de bain collective est à côté d'une autre chambre. J'entends des voix. Une dispute. Je reconnais la voix d'Eric qui parle avec une femme. Elle lui annonce que la police est venue dans ce qu'elle appelle l'entrepôt, pendant la nuit et que les filles ont été retrouvées. Tant pis pour la douche, je repars vers la chambre pour prévenir Alex.

Elle venait juste de raccrocher et allait venir me chercher. On commence à parler en même temps alors je lui dis de commencer. Elle m'explique que John a appelé et qu'ils ont retrouvé les filles disparues dans la maison, qu'elles étaient toutes en vie mais dans un sale état. Je lui explique que je viens d'entendre Eric parler de ça avec une femme. On se regarde puis chacune de nous se retourne pour se changer rapidement.

On attrape toutes les deux notre arme. Elle appelle John pour lui dire de nous rejoindre. Le reste se passe très vite. Quand on arrive à la chambre, Eric et la femme parlent encore.

- Reste de côté. Je toque et j'entre. Il va penser que je suis seule. Tu entres après moi, elle me propose.

- Non. J'y vais et tu me couvres, je la regarde dans les yeux. Je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose.

- Ok. Sois prudente.

Et contre toute attente, elle me fait un rapide baiser sur la bouche.

*****

L'arrestation a été rapide et sans problème. Taylor est entrée dans la chambre avec son arme sur la poitrine d'Eric. Très impressionnante. Pas étonnant que John la considère comme un des meilleurs éléments de la brigade. Je l'ai vu travailler pendant deux semaines et demi et elle est vraiment forte. L'autre femme n'a pas eu le temps de réagir que j'étais déjà en train de lui passer les menottes. Le reste de la brigade est arrivé ensuite pour les ramener. Taylor nous a ramené à la brigade. Je l'ai laissé rouler parce qu'elle m'a dit que c'était certainement la dernière fois qu'elle aurait l'occasion de rouler une Jeep comme celle-ci. Je crois qu'elle est déçue que ce soit fini. Je ne sais pas ce qui va lui manquer le plus : la voiture, la maison ou peut-être moi. Je rêve là.

A la brigade, j'ai appelé Robbie pour le prévenir que la mission était terminée et que je rentrais ce soir. Il m'attend avec impatience. Taylor est à son bureau. Elle remplit quelques papiers. Je m'approche d'elle doucement et pose ma main sur son épaule.

- Je vais y aller, je lui dis doucement.

- Ok.

Je m'éloigne, j'aurais voulu plus que ça pour se dire au revoir après ce qu'on a vécu mais je ne veux pas insister et Taylor est reparti dans ses papiers. Je sens une main attraper mon bras.

- Alex ! Attends !

Je me retourne et la regarde.

- C'était un plaisir de travailler avec toi. Si tu as besoin de quoique ce soit, voici mon adresse et mon numéro de portable.

- Ok. Merci. J'ai aimé travailler avec toi aussi. Tu es vraiment quelqu'un de formidable.

- Toi aussi. Et évite les jupes.

Elle me fait un clin d'œil et je lui souris avant de repartir.

De retour chez moi, Robbie m'accueille les bras ouverts. Je me précipite et l'embrasse. Il veut qu'on sorte pour dîner. Moi, je préfèrerais rester seul à seul avec lui, qu'il me prenne dans ses bras, me fasse l'amour. Mais, pour ne pas le contredire, je me laisse entraîner dans un restaurant. Ce qui me vexe, c'est qu'il n'y a aucune marque d'affection en public avec lui, contrairement à avec Taylor. On ne faisait que jouer mais, il y avait toujours des regards, des sourires, des caresses sur les mains. Robbie n'aime pas ça. Pour lui, ce genre d'attention doit rester dans le domaine du privé.

Il a été un peu choqué quand je suis rentrée, à cause de mes cheveux. Il a dit "Ce n'est pas grave, ça va repousser", moi j'ai envie de les laisser comme ça. Il a aussi insisté pour que je porte une jupe ce soir. Je ne me sens pas du tout à l'aise. C'était ce que je portais avant et pourtant j'ai l'impression d'être une poupée qu'on a déguisée pour sortir. J'ai envie de retrouver un bon jeans ou un baggy bien large. Je me suis regardée dans le miroir avant et j'ai l'impression de nouveau d'avoir 40 ans. Rien à voir avec ce que j'étais avec Taylor. Avec elle, j'avais l'impression d'avoir enfin mon âge, de pouvoir me libérer, ne pas avoir de contraintes. Elle me manque.

Robbie n'arrête pas de parler de son travail et de ce qu'il a fait pendant que je n'étais pas là. Il a, à peine, demandé comment s'était passé mon enquête. Avec Taylor, je serais déjà en train de rire à plein poumon. Avec lui, ce serait déplacé et il m'en ferait la remarque immédiatement. Je l'écoute me parler mais je me sens seule. Je me demande ce que fait Taylor. Elle n'est plus avec sa copine depuis une semaine. Elles se sont engueulées. Je l'imagine seule chez elle, sur son lit, avec un bon livre ou devant la télé. Elle m'a donné son adresse, j'essayerais de passer la voir une fois, je n'ai pas envie de perdre l'amitié qu'on a eue.

Après le restaurant, j'ai demandé à Robbie de rentrer directement. Je suis allée me coucher et il m'a rejoint. Il a commencé à m'embrasser et me caresser. Je ne me sentais pas à l'aise. Je ne savais pas ce que j'avais mais je n'avais pas envie de lui. Il a compris et s'est endormi à côté de moi.

Pendant deux semaines et demi, j'attendais le moment où je serais de nouveau dans ses bras. Maintenant que j'y suis, je me rends compte que je n'ai pas envie d'y être. J'aimerais être dans les bras de Taylor… Oh mon Dieu, est-ce que je viens juste de penser ça ? Oui…

Ses mains douces me manquent, sa voix me manque, son rire me manque, ses bras me manquent, son regard sur moi me manque. Même ses lèvres douces sur les miennes me manquent. La nuit dernière, j'ai senti son bras protecteur autour de moi. Je me suis réveillée au paradis. Je regrette que le reste se soit enchaîné si vite et que je ne puisse plus profiter de moments avec elle. Elle va retrouver son partenaire habituel, je ne la croiserai plus que de temps en temps dans les couloirs, entre deux missions.

'Taylor, tu me manques. De trop'. Je me retourne et regarde Robbie. Je me rends compte que je ressens quelque chose mais que c'est beaucoup moins que ce que j'ai ressenti ce matin en voyant le visage lumineux de Taylor. Je me lève doucement pour ne pas le réveiller. Dans le salon, il reste ma valise d'affaires que j'ai achetées avec Taylor. Robbie voulait les donner aux pauvres. Je l'ouvre et tombe sur le jeans noir et le débardeur blanc qu'elle m'a choisi en tout premier. Je revois son visage quand elle m'a vu avec la première fois. J'enlève ma chemise de nuit et enfile le jeans et le débardeur. Je ne vais pas partir mais j'ai envie de me sentir dans la peau de la Alex que j'étais pendant ces deux semaines et demi avec elle. Sa Alex à elle.

Sur le haut de la valise, une pochette brune. Je ne me rappelle pas l'avoir mise là. J'ouvre et je trouve une photo de Taylor et moi, la même que celle qui était accrochée dans la chambre dans 'notre maison'. Derrière, un mot : 'En souvenir de mes plus agréables moments. Tu vas me manquer. Tay'.

'Tu me manques aussi Taylor, plus que tu le crois et plus que ce que je ne le crois moi-même'. Puis, sans réfléchir, j'attrape mes clés.

Inconsciemment, pendant le trajet, je passe devant ce qui nous a servi de maison. Elle semble vide. Pas de lumière. Pas de bruits. Pas de voiture dans l'allée. Je repense à tout ce que j'ai vécu ici. Nos longues conversations, nos fous rires devant la télé, notre premier baiser en privé, complètement différent de ceux que Taylor me donnait en public. Tellement agréable. Je déraille. Je redémarre la voiture.

*****

Il est près de 2 heures du matin et je n'arrive pas à dormir. Chaque fois que je me couche, je repense à la nuit dernière, le bonheur d'avoir eu Alex dans mes bras pendant une nuit complète. C'est vide sans elle, ma vie est vide. Je me retrouve seule chez moi. Je n'ai personne à qui parler. Je l'imagine dans les bras de Robbie. Je le hais sans même le connaître. Je me rends compte que je ne pourrais plus jamais la prendre dans mes bras, plus jamais sentir ses lèvres. Je devrais me contenter de quelques conversations dans les couloirs de la brigade. Je viens de me rendre compte que je pleure de nouveau pour la troisième fois de la soirée alors je me lève et passe un coup d'eau sur mon visage. 'Taylor, ressaisis-toi. Tu savais que ça finirait comme ça'. Moi et mes idées de toujours m'attacher aux gens.

On toque à ma porte. Qui peut bien venir à une heure pareille ? J'ouvre et suis surprise de voir Alex devant moi.

- Salut, elle me chuchote. Je ne te dérange pas.

- Non. Entre.

Je ne comprends pas ce qu'elle fait là mais demander serait mal placé. Elle entre mais reste près de moi. Je referme et elle s'écroule dans mes bras, les larmes coulant sur son visage. Je pose sa tête sur son épaule et lui caresse les cheveux.

- Ca va ? Il y a un problème ? Alex ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Tu me manques.

- Je suis là. Chut.

Je lui caresse le dos et les cheveux pour la calmer. Quand elle s'arrête enfin, elle recule sa tête pour me regarder.

- Je suis désolée.

- Ce n'est rien. Pas de problème, je lui dis en écartant quelques mèches de cheveux de son visage.

Elle s'avance vers moi et pose ses lèvres sur les miennes, doucement. Je frissonne. C'est la première fois qu'elle prend l'initiative, en privé et en dehors de la mission. Qu'est-ce que ça veut dire ? Je réponds à son baiser en l'approfondissant. Elle ouvre ses lèvres pour m'inviter à aller plus loin encore. Quand ma langue touche la sienne, cette fois, elle ne recule pas. Je sens ses mains sous mon tee-shirt. C'est si doux, c'est si bon.

On arrête notre baiser d'un commun accord pour reprendre notre souffle mais elle ne se détache pas de moi. Elle me regarde intensément en souriant.

- J'avais envie de ça, besoin de tes bras.

Je crois que je rêve. Ce n'est pas possible, je vais me réveiller dans quelques minutes, seule dans mon lit. Au lieu de ça, elle m'embrasse de nouveau. Cette fois, mes mains s'aventurent sous son débardeur et je remarque qu'elle s'est habillée avec les vêtements qu'on a achetés la première fois. Doucement, elle remonte mon tee-shirt et le retire. Elle prend quelques secondes pour me regarder.

- Tu es magnifique Tay, elle chuchote dans mon oreille.

Je n'ai plus qu'une envie, sentir sa peau sur la mienne, le plus vite possible alors je lui retire son débardeur pendant qu'elle retire son soutien-gorge avec la même envie que moi. Nos deux corps se frottent l'un à l'autre. Sa peau est si douce que j'en ai la chair de poule. Je commence à déboutonner son pantalon quand elle m'interrompt.

- Doucement, prends ton temps. J'ai tout mon temps. Pour toi.

C'est la première fois que je l'entends parler comme ça. Elle est encore plus différente de celle qu'elle était avant et je comprends qu'elle est prête à complètement changer. Elle retire mon soutien-gorge et frotte sa poitrine contre la mienne. Une sensation merveilleuse. Si elle s'arrêtait là, je serais comblée mais j'ai envie qu'elle continue et elle a envie aussi. Je la pousse sur le lit et retire son jeans et le mien juste après. Je me couche sur elle et je l'entends gémir. Oh oui. Son corps, mon rêve, mon paradis, mon Eden, ma Alex. J'enlève les dernières barrières qui empêchent nos deux corps de fusionner complètement et je l'entends murmurer "Prends-moi Tay".

Je n'ai pas besoin de plus pour lui procurer le plaisir dont elle a besoin. Et je suis soulagée de voir que je ne me suis pas trompée quand je l'entends crier mon nom avant de s'effondrer sur le lit, se concentrant pour reprendre sa respiration. Elle me regarde et me tend les bras pour me faire comprendre que je dois la rejoindre. Je m'allonge à ses côtés. Elle m'embrasse sur le front en chuchotant "Je t'aime Taylor. Je t'aime". Je l'embrasse calmement mais langoureusement.

C'est comme ça qu'on s'endort ce soir là, dans les bras l'une de l'autre, heureuses, satisfaites, pleines de rêves. Je ne sais pas ce que sera le futur mais pour le moment, elle est près de moi et j'aime ça.


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