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 A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack

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Mack
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MessageSujet: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mar 10 Mai 2016 - 23:44

Pseudo de l'auteur : Mack

Nombre de chapitres : 61



Rating de l'histoire : NC18 (scènes très détaillées)
Genre de l'histoire : Romance  - Fantasy

Résumé de l'histoire :
Journal personnel de Léa qui habite "à la ville" et qui pendant ses vacances d'été chez son Grand père de l'autre coté de l'île va découvrir des choses étranges qui vont changer sa vie.

Remarques diverses : Réécriture du tome 1 anciennement sur le site



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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mer 11 Mai 2016 - 0:14

Lundi 11 Juillet / dé luain 11 Iúil
 
Bonjour, permettez-moi de me présenter. Je m'appelle Léa Sullivan, j'ai 21 ans et je ne suis pas d'ici. Je viens de l'Est, de Baile Átha Cliath, de l'autre côté de cette île. Je viens de finir mon année d'étude et j'ai tellement insisté auprès de mes parents qu'ils ont enfin accepté, après des années de demandes, de me laisser venir passer les vacances d'été chez mon grand-père. A chacune de ses visites "à la ville" comme il dit, il me racontait tellement d'histoires formidables sur sa région que je voulais à chaque fois rentrer avec lui. Je n'ai jamais compris pourquoi mes parents n'ont pas voulu que je vienne ici plus tôt. Je suis arrivée début juillet. Vous devez vous demander pourquoi j'écris ces mots. Je ne suis pas sure de le savoir moi-même, cela me semble naturel et nécessaire. Mais je ne vous embête pas plus avec mes états d'âme (enfin pour le moment) et je vous laisse au récit de mes aventures…
Mais toute aventure a un décor. Laissez-moi vous présenter le village peu banal de mon Grand-Père. Il se nomme Finscéal ce qui veut dire « Légende ». Et des légendes il y en a beaucoup par ici, à commencer par l’architecture du village. Si vous regardez une vue aérienne sur Google Map vous aurez l’impression de voir une cible. Toutes les rues forment des cercles concentriques qui ont pour centre la fontaine. Les seules routes qui permettent de rentrer dans le village viennent des points cardinaux. Bon nombre d’historiens, d’architectes, de magnétiseurs, d’adeptes du symbolisme, et bien d’autres encore sont venus étudier ce lieu. Des mesures ont été faites, des analyses du sol, des calculs des vents dominants, des relevés des ondes magnétiques. Les textes les plus anciens ont été traduits, étudiés et interprétés. Mais le bilan de tout ça, c’est que personne ne peut dire pourquoi les rues forment des cercles, pourquoi les pâtés de maisons sont identiques entre eux, reproduit selon une répétition circulaire (à quelques exceptions près dues aux aléas du temps qui passe), pourquoi les quatre tours rondes à l’extérieur du village sont disposées à 45° des points cardinaux, ou pourquoi personne n’a jamais réussi à ouvrir leurs portes. (bien que pour cette dernière, la thèse du folklore pour touristes ait été avancée).
.


Finscéal est donc un village plein de questions et de mystères, au climat changeant, où les amoureux des vieilles pierres d’horizons différents viennent se promener dans les rues. Elle est accessible par quatre routes. Le centre névralgique est Ionad (La Place), avec sa fontaine en granit gris violet,  son église mainte fois reconstruite au fil des siècles et l’ensemble de ses commerces où les habitants viennent échanger nouvelles et ragots. 
 


Grand-père habite une petite maison  à la limite Sud-Ouest du village. Pas très loin coule la June Abhainn, c’est une rivière à l’eau translucide mais qui parfois change de couleur aux dires des habitants.



Mais le vrai lieu de rendez-vous, pour ceux qui ne sont pas des grenouilles de bénitier et qui aiment le sport et la bonne bière, c’est le pub situé dans le seul pâté de maisons qui ne ressemble pas aux autres. 
 

 
Alors voilà pour la visite rapide de Finscéal. D’autres détails viendront sûrement au cours de ce récit.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mer 11 Mai 2016 - 0:27

Mardi 12 Juillet / dé máirt 12 Iúil
 
Aujourd'hui est différent d'hier et des cinq jours précédents. En quoi aujourd'hui est-il différent, me demanderez-vous ? Le marché est là comme tous les jours, les mêmes habitants, les mêmes visages, la cloche de l'église en retard comme d'habitude... mais ce qui change c'est que la bruine, le vent et le brouillard ont enfin laissé place à un doux et chaud soleil. Bien sûr, pour vous, habitants du sud, il serait juste tempéré et vous n'enlèveriez pour rien au monde votre pull mais pour nous, habitants du nord, il fait chaud. L'air s'est asséché, laissant la place aux senteurs propres à ce pays. L'humidité s'est évaporée comme par magie. Et il est bien question de cela aujourd'hui, de magie, car "Elle" est là.
 
Les Anciens du village disent qu'elle a été conçue grâce à la lune et mise au monde avec l'aide du soleil. Qu'elle maîtrise les éléments et qu'à chaque fois qu'elle descend au village, elle entraîne avec elle le beau temps.
Les moins Anciens la craignent comme tout ce qu'ils n'arrivent pas à cerner ou à diriger. Certains se signent sur son passage, surtout les grenouilles de bénitiers qui usent les bancs de l'église pour s'échanger leurs ragots plus que pour prier le seigneur.
Les plus jeunes voudraient s'en faire une amie pour désobéir aux Moins Anciens mais elle les impressionne tellement qu'ils n'osent tenter quoi que ce soit. Aucun d'entre eux ne peut se vanter de s'être assez rapproché d'elle pour connaître son nom de famille.
 
Mais une chose est sure, une fois que vous avez croisé son regard, vous ne pouvez plus l'oublier. Elle a les yeux d'un bleu indescriptible, aucun nuancier ne pourrait vous en donner la couleur exacte. Et pour accentuer encore ce regard difficile à soutenir au demeurant, il y a cette lumière. Les Anciens prétendent qu'il y a deux éclats de lune dans ses prunelles.
 
Assise sur le banc devant l'église, je l'ai regardée arriver du haut de la rue. Elle semblait avancer en ignorant le monde et les gens qui l'entouraient. Elle faisait mine de ne pas entendre les chuchotements dans son dos, ni de faire attention au fait que les conversations  cessaient quand elle passait. Quand elle est arrivée à ma hauteur je ne n'ai pu m'empêcher de la regarder. Elle s'est tournée vers moi et c'est là que j'ai croisé ses yeux si énigmatiques. Elle n'a pas souri mais rien dans son comportement n'était agressif. Elle m'a sondée de haut en bas et ce que je vais dire est stupide, mais je vais le dire quand même : j'ai eu l'impression qu'elle voyait à travers mes vêtements et même qu'elle voyait à travers moi. Je n'ai pu retenir un frisson et j'ai vu apparaître une moitié de sourire ironique sur ses lèvres. Elle m'a tourné le dos et a pris la rue de gauche.
 
C'est mon Grand Père qui m'a sortie de mon immobilité en s'asseyant à mes cotés.
 
« Pour faire cette tête, c'est que tu as dû la croiser !
       Qui ?
       La fille de la forêt.
       C'est comme ça que vous l'appelez ?
       Oui, mais son nom est Lexie.
       Lexie, c'est joli. Qui est-elle ?
       Personne ne le sait vraiment. Certains disent qu'elle parle aux fées.
       Rien que ça !
       Que veux-tu, les croyances ne sont jamais bien loin ici. Tu n'es pas à la ville.
       Où habite-t-elle ?
       Dans la forêt, près du lac. Mais fais attention, Léa, elle n'est pas comme toi.
       Qu’est-ce que tu veux dire, Grand Père ?
Je crois qu'elle a quelque chose que nous n'avons pas, mais je me garde bien de vouloir savoir ce que c'est, a-t-il conclu.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mer 11 Mai 2016 - 0:28

Vendredi 15 Juillet / Aoine 15 Iúil
 
            Deux jours sont passés depuis ma première vraie rencontre avec "Elle". Personne ne prononce son prénom, c'est toujours : "Elle". Si mon Grand Père n'est pas curieux, moi je le suis. C'est pour ça que j'ai décidé de partir en randonnée vers la forêt et le lac.
J'ai fait le tour du lac mais n'ai vu aucune maison. J'ai bien regardé, j'ai cherché un chemin mais rien. Je suis rentrée quand la pluie a commencé à tomber. Je demanderai discrètement à Grand père.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 21 Aoû 2016 - 19:40

Dimanche 17 Juillet : dé domhnaigh 17 Iúil
 
            Je ne suis toujours pas arrivée à apprendre quelque chose de la bouche de Grand-Père. Ni de personne d'autre dans le village. J'ai même demandé au facteur mais il m'a répondu qu'elle n'avait jamais de courrier.
 
Le temps est redevenu tout gris.
 
J'ai même fait des recherches sur Internet. Et oui Internet, ce n'est pas parce que ça ressemble à un trou perdu qu'il faut croire que la technologie n'est pas arrivée jusqu'ici. Le satellite c'est magique. Bon, revenons à mes recherches. Vous vous en doutez, elles ont été infructueuses. Tapez "Lexie" dans n'importe quel moteur de recherche et vous trouverez tout et n’importe quoi.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 21 Aoû 2016 - 19:41

Lundi 18 Juillet / Dé luain 18 Iúil
 
Je suis retournée autour du lac et je l'ai vue. Pas sa maison,  "Elle". Elle était debout sur un rocher et regardait au loin.
 
« Bonjour, j'ai dit pour attirer son attention. »
 
            Elle m'a fait face. Elle avait ôté ses lunettes de soleil pour mieux me détailler et j'ai ressenti la même chose que la première fois.
 
« Je m'appelle Léa, j'ai fait un peu mal à l'aise. »
 
Elle n'a pas répondu, a remis ses lunettes et s'est contentée de sauter de son rocher. Je n'aurais jamais osé faire un saut pareil et pourtant j'ai la réputation de ne pas être une peureuse. Elle s'est approchée de moi toujours sans rien dire. Ses verres me renvoyaient ma propre image ce qui aidait grandement pour me permettre de la détailler. Elle est grande, enfin je la trouve grande. Il faut dire que tout ce qui me dépasse me semble grand. Des cheveux mi-longs, couleur miel foncé, viennent frôler ses épaules. Elle portait un jean noir et un t-shirt blanc. Elle n'avait pas l'air d'avoir froid.
 
« Je suis en vacances chez mon Grand père. Il s'appelle –
       Je sais qui est ton Grand Père.
Sa voix…
       Ah oui ?
       Oui. Que cherches-tu ?
       Rien de spécial, je me balade.
 
Plutôt sauter dans le lac que lui avouer que je les cherchais, elle et sa maison.
       Tu devrais rentrer, il va pleuvoir d'ici une heure. Tu as juste le temps d'arriver.
 
Je la fixais. Sa voix. Je n'avais jamais entendu cette… c'est quoi le mot… Heu… Mélodie oui c'est ça, sa voix est une mélodie aux accents inconnus.
 
       Tu m'as entendue ?
       Oui, ai-je fini par répondre en sortant de ma torpeur. Une heure avant la pluie.
       C'est ça. Rentre chez toi maintenant ou bien tu finiras trempée.
 
Elle n'a pas bougé, m'obligeant par ce geste à prendre le chemin du retour. J'ai juste eu le temps de franchir la porte de la maison que la pluie s'est mise à tomber à grosses gouttes. J'ai regardé ma montre : une heure pile depuis ma deuxième rencontre avec "Elle".

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 21 Aoû 2016 - 19:42

Mardi 19 Juillet / Dé máirt 19 Iúil
 
Il a plu toute la journée avec juste quelques pauses pour pouvoir mettre le nez dehors, mais pas assez longues pour repartir en recherche.
 
Ils ont annoncé une journée sans pluie demain. Allongée dans mon lit, je n'arrive pas à dormir. C'est décidé, je repars autour du lac dès demain matin. Non mais je vais bien finir par la trouver cette baraque, foi de Sullivan !

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 21 Aoû 2016 - 19:42

Mercredi 20 Juillet / Céadaoin 20 Iúil
 
J'ai dû attendre la fin du repas avec Grand-Père et je suis partie avec dans mon sac à dos : une carte, une boussole, mon goûter et de l'eau.
J'ai crapahuté pendant des heures, analysé tous les sentiers qui quittent le tour du lac, j'ai regardé partout à en avoir mal aux yeux. Je venais de prendre la décision de rentrer, lasse de ne rien trouver, quand le ciel s'est assombri encore plus et que des trombes d'eau sont venues s'abattre sur le sol. Dans mon paquetage d'exploration, j'avais oublié l'essentiel : une protection contre la pluie. J'ai vite été mouillée jusqu'aux os et il n'a pas fallu attendre bien plus longtemps pour que je sois gelée jusqu'à la moelle. Tout est devenu si sombre que je ne voyais presque plus à trois mètres devant moi.
La pluie, le froid et l'obscurité nouvelle sont rapidement venus à bout de mon calme et de mon self-control. J'allais devenir hystérique quand j'ai vu une lueur à travers les arbres. A l'aveuglette, sans lâcher "mon étoile du berger", j'ai avancé.
Et quelle a été ma surprise en atterrissant dans une clairière devant une maison tout en bois et en pierre. Je me suis approchée de la fenêtre d'où s'échappait la lumière. Assise à une table devant un livre, "Elle" se tenait là.
En avançant vers la maison, j'avais ressenti une étrange sensation de chaleur, comme quoi le subconscient est très fort. Une lumière et vous avez déjà l'impression de vous réchauffer. Mais quand j'ai posé la main sur le mur pour mieux regarder à l'intérieur, la pierre était chaude sous mes doigts et là, mon subconscient n'y était pour rien.
Elle était en train d'écrire mais pas avec un stylo : avec une plume et un antique encrier. Elle semblait parler à quelqu'un mais je ne voyais personne dans la pièce. En reportant mon regard sur elle, je l'ai vue relever la tête et fixer quelque chose devant elle. J'ai suivi la direction de son regard. Sur la table, posé sur une boîte en bois, ce que j'avais pris pour une lumière, une bougie ou un truc du genre, bougeait. J'ai retenu de justesse un cri de surprise en reconnaissant la Fée Clochette. Je me suis fortement frottée les yeux et j'ai à nouveau observé. Le froid devait me jouer des tours. Ce n'était pas possible.
Alors que je restais incrédule devant ma vision, je me suis mise à éternuer…
 
En relevant la tête, la première chose que j'ai vu a été son regard pénétrant. La cousine de la Fée Clochette avait disparu. Elle s'est levée et a disparu de mon champ de vision pour réapparaître non loin de moi, dehors sous la pluie.
Alors que l’eau continuait de pénétrer mes vêtements et ma peau, elle semblait ne pas se mouiller. Comme si les gouttes l'évitaient. Elle me fixait et j'étais incapable de dire un mot et encore moins de soutenir son regard. Dans cette atmosphère sombre, l'éclat de ses yeux était encore plus impressionnant.
Mais chose bizarre, je n'avais pas peur. Il y avait toujours ce sentiment qu'elle provoquait en moi à chaque fois qu'elle me dévisageait, comme elle le faisait encore maintenant. J'essayais de trouver quelque chose à dire quand : « Viens. »
 
Je n'ai pas cherché à discuter et je l'ai suivie dans sa maison. Il y faisait chaud, mais je ne voyais ni cheminée, ni poêle. Elle a disparu derrière une porte et est revenue quelques minutes plus tard avec une serviette de bain.
 
« Tiens, sèche-toi. »
 
J'ai attrapé la serviette et j'ai commencé à me sécher les cheveux.
 
Elle m'a indiquée une porte : « Va dans la salle de bain, j'ai posé des affaires sèches sur le tabouret. Changes-toi ou bien tu vas tomber malade. »
 
Je suis allée dans la salle de bain et j'ai enfilé le t-shirt, le pantalon et le pull bien chaud. Quand je suis ressortie, elle était toujours assise au bout de la table. Elle m'a tendue un téléphone.
 
« Appelle ton grand-père pour lui dire où tu es et que tu partiras dans une heure à la fin de la pluie. Je te raccompagnerai. »
 
Elle semblait hésiter entre l’agacement et la lassitude. Comme si j’étais une petite fille turbulente. J'ai obéi une nouvelle fois sans rien dire. Mon grand-père était inquiet de ne pas me voir rentrer et les conditions climatiques n'arrangeaient rien. Quand je lui ai dit où je me trouvais, il a été surpris et m'a répété de faire attention. Je ne comprenais pas pourquoi il avait si peur d'Elle. Il a proposé de venir me chercher, mais j'ai refusé.
J'ai raccroché le téléphone et lui ai rendu en la remerciant.
 
« De rien. Tu veux boire quelque chose de chaud ?
       Ce n’est pas de refus.
       Chocolat ?
       Oui, merci. »
 
Elle s'est levée et est allée vers le fond de la pièce, dans une grande tasse qu’elle venait de sortir du placard, elle a mit une cuillère de cacao.  Elle a décroché une casserole du mur pour mettre à chauffer le lait. Elle n'a rien dit pendant toute la préparation. Elle en était à verser le mélange fumant dans la tasse quand j'ai enfin osé prendre la parole.
 
« Alors, comme ça tu parles aux fées ? »
 
Il n'a eu aucun changement dans son comportement, elle n'a eu aucun mouvement de surprise, ni de prise en faute.
 
« Tu écoutes trop les histoires du village.
       Et la Fée Clochette, assise sur cette boîte en bois, là sur la table, tu ne lui parlais pas peut-être ?
       Tu as rêvé.
       Je suis sûre que non.
       Et moi, je suis sûre que oui, dit-elle en me tendant ma tasse. Bois pendant que c'est chaud. Son ton était péremptoire et n’invitait pas à la contradiction.
 
Ses yeux étaient encore plus lumineux et c'était frustrant de ne pouvoir soutenir son regard. D'habitude, c'est ma force, ne jamais baisser les yeux, toujours gagner ce genre de duel, mais avec elle ça semblait impossible.
 
« Comment t'appelles-tu?
       Tu le sais, ton grand-père te l'a dit.
       Comment le sais-tu ?
       Je le sais.
       Eh ! Ce n’est pas tout à fait vrai. Je connais ton prénom, pas ton nom.
       Tu connais l'essentiel.
       Lexie, c'est joli.
Elle s'est levée.
       Viens, la pluie a cessé de tomber. »
 
Je l'ai suivie en jetant tout de même un dernier regard circulaire à la pièce. Je n'avais pas rêvé, bon sang !
Dehors, il faisait nuit. Je ne voyais rien, mais elle ça n'avait pas l'air de la gêner.
 
« Tu vois dans le noir ?
       Tu poses toujours des questions aussi stupides ou j'ai le droit à un traitement de faveur ?
Le demi-sourire sur ses lèvres démentait la dureté de sa voix.
       Heu…
       Avance, le chemin est dégagé. »
 
Je marchais derrière elle et dans ses pas, du moins je l'espérais. Quand nous sommes arrivées sur les bords du lac, j'ai essayé de repérer le chemin, mais même la moitié de lune qui nous éclairait ne suffisait pas à ce que je vois quelque chose. Elle était toujours en t-shirt alors que moi, je frissonnais dans son pull.
Alors que je cherchais un sujet de discussion, j'ai vu apparaître les lumières du village. Elle m'a raccompagnée jusqu'à l'approche des premières maisons.
 
« Je te laisse là. Tu sauras rentrer maintenant.
       Merci pour les vêtements, le chocolat et de m'avoir raccompagnée, Lexie.
       Évite de prononcer mon prénom dans le village, les gens n'aiment pas ça et il serait dommage que tu en subisses les conséquences.
       Pourquoi ? Et quelles conséquences ?
       Tu poses beaucoup trop de questions, Léa Sullivan.
       Comment tu connais mon nom ?
       Je sais beaucoup de choses, on ne te l'a pas dit ? M’a-t-elle lancé en repartant. Bonne nuit, Léa. »
 
Et elle a disparu dans la nuit. Pendant les cinq minutes qu'a duré ma marche pour arriver chez grand-père, je n'ai pu m'empêcher de penser à autre chose qu'à elle, à ce que j'avais vu et à la manière dont elle prononçait mon prénom…

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 28 Aoû 2016 - 19:53

Jeudi 21 Juillet / Déardaoin 21 Iúil
 
Quand j'ai ouvert les yeux, la lumière rentrait à flot dans le salon où je dormais. Grand-Père était assis à la table dans la petite cuisine.
 
« Bonjour.
       Bonjour Léa, bien dormi ? sa voix était légèrement froide.
       Je ne sais pas trop...
       Tu devrais faire attention.
       A quoi ?
       Tu parles en dormant.
       Oh ! Et j'ai dit quoi ?
       Tu parlais d'Elle.
       Oh..., j'ai répété en me sentant rougir. »
 
Il n'en a pas dit plus, mais j'ai deviné qu'il n'en pensait pas moins. Il a trouvé à m'occuper toute la journée pour m'éviter de retourner près du lac.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 28 Aoû 2016 - 19:53

Vendredi 22 juillet / Aoine 22 Iúil
 
Grand-père m'a emmenée à la "ville" la plus proche pour soi-disant assister au festival culturel et folklorique. Tu parles ! Il ne veut pas que je la revois, oui ! Mais pourquoi ?
Nous étions attablés dans un pub quand n’y tenant plus, je me suis mise à l'interroger.
 
« Pourquoi vous la craignez ?
       Qui ?
       Tu sais très bien de qui je veux parler : Lexie.
       Je ne la crains pas.
       Alors pourquoi ?
       Parce qu'elle pourrait te blesser.
       Me blesser ? Comment ?
       Elle n'est pas comme toi.
       Et alors ?
       J'aimerais que tu ne cherches pas à la revoir.
Ses sourcils froncés montraient qu’il ne plaisantait pas. 
       Pourquoi ?
       Parce que les seules choses que l'on sait d'elle ne sont pas pour une jolie fille de la ville comme toi.
       Je suis plus une enfant Grand-Père !
       Face à elle, tu l'es.
       Je ne comprends pas...
       Il n'y a rien à comprendre. Arrête de parler d'Elle, s'il te plaît, et profite du spectacle. »
 
Grand-père n'a rien dit de plus et à chaque fois que j'ai voulu aborder à nouveau le sujet, il m'a arrêtée tout de suite.
Ce soir, je suis allée me coucher frustrée et un peu en colère.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 28 Aoû 2016 - 20:00

Samedi 23 Juillet / Dé sathairn 23 Iúil
 
Je suis, comme qui dirait, tombée du lit aujourd'hui. Je sais que j'ai rêvé cette nuit, mais impossible de me rappeler de quoi. Et c'est comme ça depuis mon arrivée ici.
Le jour commençait à peine à se lever, Grand-Père dormait toujours, c'était le moment. Je me suis habillée rapidement et en silence j'ai quitté la maison en laissant tout de même un mot sur la table de la cuisine.
J'ai pris directement la direction du lac. J'avais mis dans mon sac à dos les vêtements qu'elle m'avait prêtés avant-hier. Bonne excuse pour aller la trouver que de vouloir lui rendre ses affaires ! Pourtant j'aurais beaucoup aimé les garder, je m'étais sentie très à l'aise dans son pantalon et son pull. Et autant l'avouer tout de suite, son t-shirt ne faisait pas partie du paquetage, je le porte encore sur moi en ce moment.
 
Le soleil était passé au-dessus des collines et éclairait un bout du lac. Alors que j'arrivais à hauteur de ce que j’ai cru être le chemin de sa maison, j'ai entendu du bruit du côté du lac. Je me suis retournée et Wow, le spectacle était Wow !
Elle était là, dans cette étendue nimbée des rayons du soleil, sortant de l'eau. J'étais déjà impressionnée qu'elle ose se tremper, car la température du lac est loin d'atteindre les 12°C. Le haut de son corps a émergé, elle a continué à avancer vers le rivage et, oh surprise, elle était entièrement nue ! Alors qu'elle attrapait son pantalon, j'ai aperçu le tatouage dans son dos. Ce n'était pas un de ces vulgaires petits symboles que l'on voit la plupart du temps en ville, mais presque toute une fresque. Je distinguai une sorte de pierre, un truc qui pourrait être le soleil et un autre la lune mais elle a enfilé son t-shirt et je n’ai pu voir le reste.
Je vous entends déjà dire que la bienséance aurait voulu que je me retourne pour ne pas la regarder comme cela... mais que celui ou celle qui n'a jamais joué les voyeurs me jette la première pierre !
Elle était en train de remettre ses chaussures et moi j'étais toujours là, sur le chemin, à la regarder. Elle a remonté le talus et est arrivée à quelques mètres de moi.
 
« Que fais-tu par ici cette fois-ci ?
 
Savait-elle que je l'avais observée ou pas ? Si elle l'a vu, elle n'en a rien laissé paraître.
 
       Je suis venue te ramener les vêtements que tu m'as prêtés.
       Bien. Donne-les moi.
       Heu… Tu ne m'invites pas à prendre le petit déj ?
       En quel honneur ?
       Pour discuter.
       De quoi ?
       De plein de choses.
       Rends-moi mes vêtement et-
Elle s'est arrêté net et a fixé quelque chose sur sa gauche.
       Et… ?
       Chut !
Je l’ai regardée, puis j’ai essayé de suivre son regard, mais je n’ai rien vu.
       Reste là », m'a-t-elle intimé avant de partir en courant.
 
Reste là, elle en a de bonnes elle ! Qu'est-ce qu'elle croyait ? Je suis partie à sa poursuite, mais j'avais du mal à la suivre. Parfois je la perdais de vue, mais la retrouvais à la sortie d'un méandre du chemin. On avait parcouru la moitié du tour du lac quasiment tout en sprint quand je l’ai rejointe (enfin). Elle était à genoux dans l'herbe et semblait s'occuper à quelque chose. Je me suis approchée encore et n’ai pu retenir une onomatopée de surprise.
 
« C'est quoi ??
       Je t'avais dit de rester là-bas.
       C'est quoi ? Réponds !
       On ne dit pas c'est quoi, mais c'est qui.
       Heu, c'est qui ?
       Je te présente le petit Scotty.
       Heu… »
 
        Je sais, j'ai énormément de conversation parfois. Alors que j'allais encore me frotter les yeux, sa voix m’a ramenée à la réalité.
 
«  Passe-moi mon t-shirt.
       Pardon ?!
       Tu as dit que tu me ramenais mes affaires, alors passe-moi mon t-shirt.
       Heu… (Je sais) Désolée, ça ne va pas être possible, il ne fait pas vraiment partie de ce voyage.
       Mon pull alors, il fait partie du voyage lui ?
       Lui oui.
 
            J'ai ouvert mon sac et ai sorti son pull.
 
       Tiens.
       Merci. »
 
       Et sans me regarder, elle l'a attrapé. Elle a reporté toute son attention sur le petit Scotty. Mais avant d'aller plus loin, il faut peut-être que je vous dise à quoi ressemble Scotty.
 
        Scotty est aussi grand que mon téléphone portable, il ne doit pas mesurer plus de 10 cm. Il doit avoir 9 ou 10 ans. Il porte – en tout cas c'était le cas à ce moment-là – un petit costume marron et vert avec ce qui semble être une petite veste de tweed. Ses cheveux sont roux. Au début, j'ai cru qu'il était endormi, mais à l'expression que j'ai déchiffrée sur le visage de Lexie, j'ai compris qu'il devait plutôt être inconscient.
        Je l’ai regardée plier son pull sur l'herbe et soulever délicatement le petit Scotty, le posant tout aussi délicatement sur le vêtement. Elle s’est relevée en l'emmenant dans ses bras. Elle semblait avoir oublié ma présence. Elle a repris le chemin en sens inverse, mais sur un pas très posé et souple, comme si elle ne voulait pas le secouer.
        Je l’ai suivie un mètre derrière elle. Elle lui parlait, mais je ne comprenais pas ce qu'elle lui disait, ça ressemblait à des encouragements. Nous sommes passées devant le chemin que je pensais être celui de sa maison, mais elle a continué. Quelques dizaines de mètres plus loin, elle a tourné à droite et c'est comme si la forêt s'était ouverte devant elle. Je la suivais toujours. Elle est rentrée dans sa maison, moi aussi.  Elle a posé son blessé sur la table et s'est dirigée vers la salle de bain. Quand elle en est ressortie, c'est comme si elle avait repris conscience de ma présence.
 
«  Rentre au village.
       Qui est-ce ?
       Rentre au village, a-t-elle insisté.
       Non.
       Qu'est-ce que tu cherches ?
Toujours cette dureté.
       A savoir qui tu es.
       Ce n’est pas une bonne idée. Pars, rentre chez ton grand-père et oublie ce que tu as vu.
       Hors de question. Qu'est-ce qu'il a ? Que vas-tu faire ?
       Tu poses trop de questions, Léa Sullivan.
       Je sais, tu me l'as déjà dit. Réponds-y pour une fois !
       Il s'est fait attaquer, je vais le soigner et espérer que tout ira bien.
       Attaqué ? Par qui ? Et pourquoi il est si petit ?
       Léa ! »
 
      Léa, juste mon prénom, comme l'autre nuit. J'aime sa manière de le prononcer même quand elle a l'air exaspérée par mes questions. La plupart des gens croit que parce que mon prénom est court, il faut le dire vite ou en le faisant claquer. Mais elle, elle laisse glisser les trois petites lettres avec sa voix si particulière.
        Mais revenons au petit Scotty.
 
«  Je sais, ai-je répondu d'un ton qui se voulait désolé mais qui ne montrait pas le moindre regret pour autant, mais réponds s'il te plaît.
       C'est un être de la forêt, voilà pourquoi il est si petit.
       Mais-
       Léa.
       Je me tais. Je peux t'aider ? »
 
        Elle ne m’a pas répondu, elle avait commencé à dévêtir le petit bonhomme. Elle lui a enlevé sa petite veste, sa petite chemise, ses petites chaussures, son petit pantalon et je n’ai pas pu retenir un petit rire en le découvrant dans son petit caleçon, son petit t-shirt et ses petites chaussettes blanches.
 
« Pourquoi ris-tu ?
       Pour rien, il est drôle comme ça.
       Tu rigoles aussi devant ton mec quand il se déshabille ?
       Heu… –
 
        Elle a soulevé le petit t-shirt et a regardé en-dessous. Je l’ai vue prendre dans la trousse de toutes petites compresses. Tout était tout petit : le matériel pour soigner, le patient, j'avais même l'impression que les fioles étaient petites aussi. Elle lui a fait un pansement sur son ventre, puis un autour de sa tête. Elle l’a pris ensuite dans ses mains et s’est dirigée vers la chambre. J’ai voulu la suivre, mais elle m'a arrêtée du regard. J'en suis restée figée.
 
        Elle est revenue peu de temps après, a rangé tout son petit cabinet miniature et m’a fait face. J'étais sur le point d'ouvrir la bouche, mais…
 
« Si c'est pour poser une autre question, n'y pense même pas. Je n'y répondrais pas.
       Mais-
       Non. Maintenant, tu vas t'asseoir sur cette chaise et ne plus bouger.
       Mais-
       Assise ! »
 
        J'obéis. De ma chaise, je l’ai regardée préparer quelque chose dans la cuisine. Elle est revenue vers moi, une tasse à la main et me l’a tendue : « Bois. »
 
       J'ai attrapé la tasse, senti ce qu'il y avait dedans. Ça sentait bon, mais alors que j'étais sur le point de porter le breuvage à mes lèvres, je me suis arrêtée.
 
« Attends, qu'est-ce que c'est ?
       Une tisane.
       Pourquoi tu veux que j'avale une tisane maintenant ? Pour le petit dej, je préfère du café.
       Ce n’est pas le petit dej, c'est pour que tu oublies.
       Que j'oublie ? Tu rêves, je ne veux pas oublier !
       Tu dois.
 
Je me suis levée et lui ai fait face.
 
       Au nom de quoi ?!
       Au nom que tu ne dois pas savoir.
       Et qui a décidé ça ?
       Eux. »
 
        Elle n'a pas crié contrairement à moi, mais ses yeux m'ont fait reculer.
 
« Et arrête avec tes yeux, c'est déloyal. »
 
        Elle me regardait droit dans les yeux et je commençais à avoir peur. Mais plus je la fixais et plus une chose me troublait puis j’ai compris : ses yeux venaient de changer. Ils étaient toujours aussi bleus, peut-être un peu plus foncés, mais l'éclat de lune avait disparu.
 
« Tu te sens plus à égalité comme ça ?
       Oui c'est mieux.»
 
        Mais je savais pertinemment que je ne tiendrai pas longtemps. Comme dit une chanson d'un pays du sud, "elle a les yeux revolver". J’ai perdu face à elle et ai détourné le regard.
 
« Ca n'a pas l'air de suffire, constata-t-elle
       Ne m'oblige pas à oublier, plaidai-je.
       Je suis obligée.
       Non, je ne dirais rien ! Je te le promets.
       C'est prendre trop de risques. Il y avait une certaine fatalité dans cette phrase.
       Pour qui ?
       Pour toi, pour eux.
       Et pour toi ?
       Je n'entre pas dans l'équation.
       Quelle équation ?
       Léa.
       Je sais, mais ne me forces pas à oublier ce que j'ai vu.
       Donne-moi une bonne raison de ne pas le faire.
       Je ne suis pas d'ici. Et je n'ai pas peur de toi. Enfin la plupart du temps. Je veux savoir qui tu es. Qui est le petit bonhomme endormi dans la pièce à coté. Je ne suis pas comme les gens du village. Tu es bizarre, ça c'est une certitude, mais il doit y avoir une explication à tout cela. Tes yeux, ton corps, ta maison, ta vie, je veux comprendre. Je ne dirai rien, promis. S'il te plaît déan muinín. »
 
        J'ai parlé d'une traite. J’ai repris mon souffle. Elle m’a fixée dans les yeux, plissant légèrement les paupières et j'ai eu la désagréable sensation qu'elle lisait en moi, qu'elle sondait mon esprit, mon âme ou quoi que ce soit se trouvant de l'autre côté de mes pupilles.
        Elle a attrapé la tasse.
 
« Ne m'oblige pas à boire », ai-je demandé encore, légèrement suppliante.
 
        Elle m’a tournée le dos et est allée vers l'évier en pierre. Elle a jeté le contenu de la tasse.
 
«  Merci. Et celui-là était très sincère.
       Si tu trahis ta promesse... A t-elle dit en me faisant face.
       Je sais, tu me tueras.
       Moi, non. Eux, oui. Et je ne serais pas là pour te défendre.
       Pourquoi ?
       Parce qu'ils m'auront tuée avant toi. »
 
        Je devais avoir des yeux comme des soucoupes.
 
«  Tiens ta langue et il ne nous arrivera rien, conclut-elle.
       C'est qui "Eux" ?
       Petite, tu devais être très pénible.
       Sûrement. Tu vis seule ?
       Tu arrives à ne pas mettre de question dans toutes les phrases que tu prononces ?
       Ca arrive des fois. La preuve.»
 
       Son regard est allé à la fenêtre, je me suis retournée pour voir ce qu'elle regardait, mais rien ne bougeait à l'extérieur.
 
« Il faut que tu partes maintenant.
       Et si je veux revenir ?
       Evite. »
 
        En avançant, elle m’a forcée à reculer vers la porte. Son regard avait retrouvé son éclat de lune. J'ai eu l'impression que la porte s'ouvrait toute seule. Sa présence en face de moi me mettait dehors. Le soleil, qui était maintenant passé au-dessus des collines, baignait tout le lac, mais les nuages commençaient à arriver.
 
« Rentre chez ton grand-père.
       Un jour, j'arriverai à te comprendre et à savoir ce qu'il y a derrière ce regard impénétrable.
       Ne perds pas ton temps et profite de tes vacances. Oublie-moi. »



        Et elle est rentrée chez elle, me claquant la porte au nez. J'avais très envie de crier que ça ne m'arrêterait pas, mais le tonnerre s’est mis à gronder juste au-dessus de ma tête comme un avertissement.



Maintenant je suis chez Grand-Père, assise à la table de la cuisine, la nuit est tombée depuis peu. Quand je suis rentrée, Il m'a interrogée sur ma promenade matinale. J'ai juste répondu que je m'étais réveillée de bonne heure et que j'avais voulu voir le lever du soleil sur les collines. Je n'ai pas parlé de Lexie même quand il m'a pressée de questions. Il m'a refait un discours sur le fait qu'elle était dangereuse pour moi. Que je devais l'éviter. Qu'elle n'était pas comme nous.
J'ai fait de nouvelles recherches sur le net avec "Etre de la Forêt" et si pour Lexie je n'avais rien trouvé, là, ce fut tout le contraire. J'ai trouvé tout un tas de choses, mais pas vraiment d'informations concrètes qui me permettent de comprendre qui elle est. Et puis les descriptions et les illustrations des Etres de la Forêt étaient tellement différentes les unes des autres que je n'ai pas vraiment reconnu le petit Scotty sur toutes ces pages.
Grand-père est rentré dans la cuisine. Il n'avait pas son sourire habituel.
 
« Qu'est-ce qu'il y a Grand-Père ? Lui ai-je demandé.
       J'ai appelé tes parents, ils viennent demain. Ils arriveront en début d'après-midi.
       Pourquoi ?
       Il faut que je parle avec eux.
       Pourquoi pas par téléphone ? »
 
       Il ne m'a pas répondu. Il est parti dans sa chambre sans un "bonne nuit". Vraiment pas comme d'habitude.


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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Lun 5 Sep 2016 - 22:04

Dimanche 24 Juillet / Dé domhnaigh 24 Iúil
 
       Grand Père ne me lâche pas d'une semelle. Il me surveille comme le lait sur le feu. Mes parents seront là dans moins d'une heure maintenant et je n'ai aucune envie de les voir. Si j'ai voulu venir ici, c'était pour être loin d'eux pendant deux mois.
        
...
 
        « Et voilà, ils sont partis » Grand Père et eux ont discuté sans moi pendant une bonne heure, puis on s'est tous les quatre assis autour de la table. Ils m'ont regardés tous comme si j'avais fait une énorme bêtise et qu'ils ne savaient pas comment me punir. Le silence est vite devenu pesant. C'est mon père qui s'est lancé.
 
« Léa, on en a discuté avec ton Grand Père, tu vas rentrer avec nous.
       Quoi ?!
       Ne fais pas l'enfant, tu as bien entendu, tu rentres avec nous. Tes vacances ici sont terminées, a confirmé ma mère.
       J'ai peut-être mon mot à dire. Je ne suis plus une petite fille !
       Tu rentres. Tu vas travailler au bureau avec moi, m'a contredit mon père.
       Mais la finance n'est pas mon domaine, et j'ai choisi de venir ici pour mes vacances ! J'ai encore un mois à y passer, et je compte bien rester.
       Tu as beaucoup changé depuis ton entrée à la fac.
       J'ai commencé à changer avant la fac mais vous ne vous en êtes pas aperçus. »
 
Je me suis levée, repoussant ma chaise.
 
« Pour vous, je suis toujours la gentille petite Léa. Vous ne m'avez pas vu grandir. Vous vivez dans votre monde et vous me forcez à y vivre aussi. Mais j'étouffe, j'ai besoin d'air, d'espace ! Et ici, je me ressource.
       En allant traîner autour du lac... »
 
        La petite phrase de mon Grand Père m'a stoppée net.
 
« Quoi ?
       On sait ce que tu vas faire là bas, a ajouté mon père.
       Comment ça ?
       On va arrêter de perdre du temps, je dois être ce soir à une réunion. C'est simple, si tu veux rester ici, tu arrêtes d'aller voir la fille de la forêt.
       Mais...
       C'est ça ou tu rentres.
       Je reste, j'ai affirmé avec mon regard des mauvais jours.
       Bien, ton Grand Père nous tiendra au courant et si tu la revois, tu rentres.
       Merci j'avais compris. »
 
            Juste après le départ de mes parents, mon Grand Père était en train de déposer les tasses dans l'évier quand je suis rentrée dans la cuisine.
 
« Merci Grand Père. Je croyais que tu étais de mon côté ! Ai-je attaqué avec colère.
       Ça n'a rien à voir.
       Pourquoi ? Qu'est ce qu'elle vous a fait ?
       Ne t'occupes pas de ça.
       Oh si. Mes parents ont traversé l'île pour venir me menacer de me rapatrier chez eux si je la revoyais. Alors qu'avez-vous contre elle ?
       Elle n'est pas comme toi.
       Comment ça pas comme moi ?
       Laisse-moi, je ne te répondrais pas. Si tu dois savoir une seule chose, c'est qu'elle a du sang sur les mains.
       Hein ?!? »
 
       Mais Grand Père était déjà sorti.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Lun 5 Sep 2016 - 22:05

Lundi 25 Juillet / Dé luain25 Iúil
 
            Je n'ai pas pu remettre un pied autour du lac. Je suis constamment surveillée. Si ce n'est pas par Grand Père, c'est par la bande de grenouilles de bénitiers.
 
J'en ai marre, il est minuit passé et je suis assise sur le canapé qui me sert de lit. La lune est voilée par des nuages noirs qui courent devant elle. Je ne peux m'empêcher de regarder le ciel et de penser à toi.
            Lexie… Qui es-tu ? Tous les mots que j'entends à ton sujet dans leurs bouches commencent à me faire douter de ton humanité. Ils disent que tu as pactisé avec le diable, que tu fricotes avec les forces obscures, que tu pratiques la magie noire et que tu sacrifies des animaux au cours de rituels sataniques.
 Mais je t'ai vue avec ce petit bonhomme, tu l'as soigné, tu m'as ouvert ta porte sous la pluie, tu m'as raccompagnée. Qui es-tu ? Qui es-tu vraiment ? Je me pose tellement de questions sur toi.
Es-tu la fille de la lune et du soleil ? Pourquoi je me sens aussi bien dans tes vêtements ? Pourquoi sous la pluie les murs de ta maison étaient chauds à l'extérieur ? Pourquoi quand tu me regardes, je ne peux plus penser ou bouger comme je le voudrais ? Pourquoi le son de ta voix me fait frissonner ? Pourquoi quand tu me regardes, j'ai l'impression que tu lis en moi ? Si tes yeux ont l'éclat de la lune, ta peau a-t-elle la chaleur du soleil ? Est-ce que tes lèvres sont aussi douces que parfois tes mots sont durs ? Est ce que tes mains sont aussi tendres quand tu fais l'amour que quand tu soignais le petit Scotty ? Suis-je la seule à avoir eu la chance de voir ton autre regard ?
 
            Houlà ! Là vous devez vous dire que je suis devenue dingue. Mais non, ou peut-être si, un peu je crois. Ce n'est pas comme si c'était la première fois qu'une femme provoquait en moi des sensations de ce type, mais jamais avec cette intensité. Vous devez vous dire que j'ai un peu triché en me présentant. Mais c'est un peu dur de le dire de but en blanc. Et pour vous rassurer, il n'y a que certaines choses que je ne vous ai pas dites à mon sujet. Je n'en ai pas honte, mais si je pose beaucoup de questions je n'aime pas répondre à celles que l'on me pose sur ma vie privée. Je n'aime pas me raconter, mais sur ces pages c'est comme si une force me poussait à le faire. A dire ce qu'il y a au plus profond de mon cœur et de mon âme. J'habite la Capitale de l'île, encore chez mes parents mais plus pour très longtemps. A la rentrée j'emménage près du campus. Mes parents sont des bourgeois conservateurs. Ils ont beaucoup de connaissances mais très peu, voire pas du tout, d'amis. Ils vivent dans le centre dans un duplex où, si je le souhaite, je peux ne pas les croiser tellement il est grand. Je vais à l'université. J'étudie la biologie et la chimie, je veux faire de la recherche. J'ai toujours besoin de comprendre et d'expliquer ou de me faire expliquer les choses. J'aime sortir et aller à la rencontre de nouvelles personnes.
            Vous allez me dire que je tourne autour du pot. Il fait nuit noire maintenant, dehors et les bruits semblent atténués. Dans cette atmosphère, il est plus facile pour moi de vous dire la suite. Dans mon portefeuille, vous ne trouverez pas de photos de garçons. Quelques mois en arrière vous auriez trouvé la photo d'une jeune femme blonde aux yeux marrons (aucun point commun avec Lexie, je vous l'accorde). Et oui, vous l'avez sûrement deviné maintenant, j'ai une forte préférence pour les femmes et pour ceux qui auraient encore besoin de sous-titres : je suis lesbienne (enfin je pense). Mes parents le savent mais font comme si de rien n'était. Mon Grand Père l'ignore par contre. Et en ce qui me concerne, pour la communauté gay, je suis encore soumise à controverse.           
 
Après ces aveux, vous comprenez mieux mes divagations plus haut. Depuis quelque temps, je sens au fond de moi que quelque chose va m'arriver... 

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Lun 5 Sep 2016 - 22:07

Mardi 26 Juillet / Dé máirt 26 Iúil
 
            Après les courses, Grand Père est parti dans la forêt avec d'autres hommes du village. J'en ai profité pour fausser compagnie aux grenouilles en leur disant que j'allais en ville, que je prenais ma voiture et que je rentrerai tard. Sur la table de la cuisine, j'ai laissé un mot à mon Grand Père en lui disant que j'allais au pub pour m'amuser avec des jeunes de mon âge. Mais je n'ai du tout pris la direction de la ville, j'ai pris celle du lac. Cinq jours sans la voir, ça commençait à faire long. Chaque nuit pendant tout ce temps, j'ai rêvé, beaucoup, mais dès que j'ouvrais les yeux, les images disparaissaient en même temps que les dernières brumes du sommeil.
 
            J'ai marché vite, j'ai planqué la voiture sous un arbre aux branches basses, j'avais hâte d'arriver. Mais ce que je craignais au fond de mon esprit est arrivé, je n'ai d'abord pas trouvé le chemin de sa maison. Je savais que je n'étais pas loin. C'était comme si sa maison se cachait. J'ai cherché à travers les arbres pendant une heure et n'étant pas très patiente quand il s'agit de moi j'ai vite commencé à fulminer. J'en étais à jeter des cailloux dans le lac quand j'ai remarqué que quelque chose bougeait sur l'étendue verte sur la rive d'en face. Une tâche blanche et rouge. Je savais d'instinct qui c'était. Je me suis élancée sur le chemin qui contournait le lac.
 
            Il ne m'a pas fallu longtemps pour rejoindre l'autre côté. Et je ne m'étais pas trompée. Elle était là, Lexie, dans son baggy rouge et son t-shirt blanc sans manche.
 
« Salut Lexie.
 
            Elle s'est retournée d'un bloc.
 
       Léa.
       Comment vas-tu ?
       Que fais tu là ?
       Merci très bien.
       … »
 
            Son regard était interrogatif et étonné à la fois.
 
« Je t'ai demandé comment tu allais. La moindre des choses est de me répondre, j'ai repris.
       Ca va merci.
       Bien. Tu prévois quelle météo pour aujourd'hui, vu que tu prédis la pluie à la minute près ?
       Il ne pleuvra pas aujourd'hui.
       Bien. »
 
            J'ai commencé à m'approcher d'elle. C'était comme si elle ne faisait pas attention à moi.
 
« Que fais-tu ? Je lui ai demandé
       Je cherche quelque chose.
       Quoi donc ?
       Quelque chose.
       T'es pas drôle. Allez, dis moi. »
 
            Elle ne me répondait toujours pas. Elle scrutait le sol, je me suis approchée en faisant le moins de bruit possible. Arrivée dans son dos, j'ai posé ma main sur son épaule, elle a sursauté, s'est retournée, a fait un pas en arrière et pouf a disparu de ma vue. A sa place il n'y avait plus qu'un grand trou rectangulaire de trois mètres sur deux. Je ne sais pas qui l'a creusé mais il était bien caché. J'ai entendu un magnifique : "Saperlipopette". J'ai retenu un éclat de rire, me suis avancée un peu plus et me suis penchée un peu en avant pour la voir étendue environ deux mètres et demi plus bas. Elle se mit sur le dos et son regard croisa le mien.
 
« Ca va, rien de cassé ?
       T'es contente, tu m'as déconcentrée. »
 
            Je la vis se relever, épousseter son pantalon et regarder le haut du trou. Elle prit son élan et sauta, essayant d'atteindre la surface. Mais il avait bien plu la nuit précédente et sa main glissa au moment où elle essayait de s'accrocher. Elle retomba une deuxième fois.
 
«  Et merde !
       Je préférais saperlipopette. »
 
            Elle me regarda de nouveau et son regard se fit plus perçant. Je ne pu m'empêcher de reculer.
            Elle essaya plusieurs fois de sortir par ses propres moyens mais au bout d'une vingtaine de tentatives infructueuses, elle changea de stratégie.
 
« Ok, tu veux bien m'aider à sortir ?
       Pas de problème. »
 
            Je commençais à me mettre en place pour lui tendre la main quand une idée diabolique fit son chemin dans mon cerveau. Je me suis assise tranquillement au bord du trou en prenant garde qu'elle ne puisse pas m'attraper et lui ai lancé : « Tu sais quoi, vu que tu es coincée dans ce trou, tu vas prendre le temps de répondre à certaines questions.
       Quoi ? Tu n'oserais pas ?
       Oh que si. Quel est ton nom ?
       Rêve.
       Tu ne veux pas répondre ? Quel âge as-tu ?
 
            Elle alla s'asseoir de l'autre côté, contre la paroi. Assise en tailleur, la tête posée légèrement en arrière, elle regarda le ciel.
 
« Très bien, alors reste dans ton trou. J'ai dit à mon Grand Père que je passais l'après-midi et la soirée en ville donc j'ai tout mon temps ! »
 
            J'ouvris mon sac à dos, attrapai mon livre et commençai à lire, attendant qu'elle craque.
            Le temps passa, les heures défilaient et elle n'avait toujours ni bougé, ni prononcé un mot. Pour ma part, j'avais presque fini mon pavé. Ce n’est pas possible qu'elle soit aussi patiente... ou têtue peut-être bien. Le soleil commençait à décliner et je commençais à frissonner. La nuit n'allait pas tarder à tomber. Elle n'allait qu'en même pas passer la nuit dans ce trou, tout ça pour ne pas répondre à une question ! Et si elle pensait que j'allais craquer, elle se mettait le doigt dans l'œil. Je refermai mon bouquin et dépliai mes jambes. J'étais sur le point de me lever quand j'entendis : « 21.
       Pardon ?
       J'ai 21 ans.
       Bien. »
 
            Après m'être levée, je me penchai et je croisai à nouveau son regard.
 
« Tu viens d'où ?
       Du Nord.
       Où au Nord ?
       Au Nord.
       Où es-tu née ?
       Entre l'Est et le Nord.
       Tu ne peux pas être plus précise ?
       Non.
       Quand es-tu née ?
       Le 21 décembre.
       C'est…
       Yule, le Solstice d'hiver.
       A quelle heure ?
       Léa...
       Réponds.
       A 6h50.
       Exactement quand…
       Oui.
       Qu'est-ce que tu es ?
       Une femme.
       Ça je le sais, mais je t'ai vu parler avec la Fée Clochette et puis le petit Scotty. Qui es-tu ?
       C'est compliqué à expliquer.
       Essaies.
       Aides-moi à sortir d'abord.
       Non réponds d'abord.
 
            Elle me lança ce regard qui, malgré le fait qu'elle soit loin de moi et que je sois hors de sa portée, me donnait envie de reculer. Dans le noir qui commençait à engloutir son trou, je ne voyais plus que ses yeux. Vous avez vu "Les Chroniques de Riddick" ? Pareil.
 
« Alors ?
       Je suis là pour les protéger.
       Comment ?
       Léa...
       Allez !
       Tu en sais déjà beaucoup trop.
       Une dernière chose.
       Oui ?
       Je veux bien t'aider, mais je ne te vois plus.
       T'inquiètes pas pour ça. Donne-moi ta main. »
 
            Pas très sure de sa solution, je me mis en place et tendis ma main. Si je ne la voyais pas, comment pourrait-elle voir ma main ? Ou alors, elle a vraiment le pouvoir de voir dans la nuit. Alors que j'en étais là de mes analyses, je sentis sa main attraper la mienne et avant que je ne puisse pousser un cri de surprise, elle était debout à mes cotés.
 
« Mais… Mais… Comment tu …?
       Merci. »
 
            Et elle repartit en direction du lac.
 
« Hey, attends ! »
 
            Elle ne se retourna pas. Il faisait presque complètement noir et je ne voyais pas où je mettais les pieds. Et ce qui devait arriver arriva. Je tombai et une douleur à la cheville me fit pousser un cri plaintif. Je maudis intérieurement tous les saints de la terre quand je sentis deux mains se poser sur ma jambe.
 
« Ca va ? Demanda une voix familière.
       Ca fait mal.
       Laisse-moi voir.
       Voir quoi ? Il fait nuit.
       Tu peux marcher ?
       Je ne sais pas ! » Je ne pouvais pas empêcher l'énervement de poindre dans ma voix.
           
            Elle m'aida à me relever et j'essayai d'avancer, mais ma cheville se dérobait et j'aurai une nouvelle fois fini le nez dans l'herbe si elle ne m'avait retenue.
 
« On dirait bien que non. Qu'est-ce qu'on fait ?
       Laisse-toi faire.
       Hein ? »
 
            Je sentis son bras s'enrouler autour du bas de mon dos et sa main se poser sur le côté de mon ventre. Son autre bras passa sous mes genoux et je me retrouvai soulevée du sol.
 
« Passe tes bras autour de mon cou. Je te ramène chez moi. »
 
            Je fis ce qu'elle me dit et me retrouvais dans ses bras. Elle commença à avancer, j'entendais son souffle saccadé. Comment pouvait-elle me porter ? Ce n'est pas que je sois un hippopotame mais bon, mon mètre soixante et mes quarante-huit kilos ne sont pas faciles à transporter, surtout de la manière dont elle me portait. Je sentais sa cage thoracique bouger contre mon flan. La chaleur de son corps à travers mes vêtements me réchauffait. Et toujours cette lumière dans son regard.
            Elle fit le tour du lac et j'aperçus les lumières de sa maison. Comme la première fois, la forêt sembla s'ouvrir devant elle pour laisser place au chemin.
 
« Il faudra que tu m'expliques ça.
       Ouais un jour peut-être. »
 
            Elle poussa la porte et entra. Elle me posa, assise sur la table en bois.
 
« Reste là, je reviens. »
 
            Et elle disparut derrière une porte. Elle ne mit pas longtemps à revenir, à la main elle tenait une trousse de secours.
 
« Les bandages sont à ma taille ?
       T'inquiète pas pour ça. Tu peux retirer ta chaussure ou il faut que je t'aide ? »
 
            Je me penchai et commençai à défaire mes lacets, mais en tirant sur ma chaussure pour l'enlever je dus faire une grimace assez expressive car Lexie posa ses mains sur les miennes pour arrêter mon geste :  « Laisse moi faire. »
 
            Je ne sais pas si c'est sa voix dont le timbre avait changé ou bien le contact de ses mains, mais je ne pus retenir le frisson qui parcourut mon dos.
 
« Tu as froid ?
       N... Non. Non, non. »
 
            Elle arriva à m'ôter ma chaussure sans douleur, s'assit sur une chaise et posa mon pied sur sa cuisse. Elle palpa ma cheville qui avait commencé à enfler légèrement.
 
« Ok, ne bouge pas, je vais essayer de réparer ça, m'informa-elle d'une voix concentrée.
       De… de réparer ? »
 
            Elle posa à nouveau ses deux mains sur ma cheville et exerça une pression. Je sentis quelque chose craquer, puis une douleur pendant une seconde et plus rien.
 
« Ca va ?
       Heu… Oui. Mais comment tu…?
       Je vais te mettre une attelle pour soutenir. »
 
            Elle disparut à nouveau par une porte. Je regardai autour de moi et cherchai les ampoules qui éclairaient la pièce. Elle revint et se rassit devant moi. Elle positionna l'attelle et referma les fixations.
 
« Voilà, avec ça tu ne devrais pas trop boiter mais il faudrait éviter que tu t'appuies dessus ce soir pour laisser le temps à ton articulation de se souvenir de la bonne position.
       Tu peux me passer mon téléphone, je vais prévenir Grand Père que je reste dormir en ville. Comme ça je resterai là cette nuit et je retournerai au village demain pour midi.
       Hein !?! Tu veux faire quoi ?
       Appeler mon Grand Père.
       Non après.
       Oh. Dormir ici.
       Ah non ça ce n’est pas possible, ce n’est pas possible !
       C'est toi qui a dit qu'il ne fallait pas que je force... Tu veux quand même pas que j'aille dormir dehors ?
       Non. Appelle ton Grand Père.
 
            Elle sortit de la pièce, me laissant téléphoner. Grand Père préféra cette solution, il n'aimait pas trop l'idée de me savoir seule sur les petites routes en pleine nuit. Je raccrochai en lui souhaitant bonne nuit.
            Je sautillai sur un pied pour rejoindre la porte derrière laquelle Lexie avait disparu, mais avant que je puisse attraper la poignée, elle ouvrit la porte et je me retrouvai face à elle.
 
« Tu ne peux pas rester en place cinq minutes ! »
 
            Je fus incapable de répondre car j'étais hypnotisée par son regard. Elle était tellement proche que je dus relever la tête. Elle n'est pas une montagne de muscles, ce serait même plutôt l'inverse, mais elle m'impressionne. Il se dégage d'elle une force, une puissance surprenante. Je la vis se baisser et me charger sur son épaule comme un sac à patates.
 
« Mais qu'est ce que tu fais ?!
       Je te ramène à ton point de départ que tu vas me faire le plaisir de ne plus quitter. »
 
            Elle me posa sur une chaise au bout de la table. La même qu'elle occupait le soir de pluie. Elle n'avait pas l'air de vouloir faire la conversation. Elle était debout au milieu de la pièce, ne sachant pas quoi faire. Comme si elle n'avait pas l'habitude que quelqu'un d'autre soit là.
 
« Comment va le petit Scotty ?
       Mieux.
       Il est encore là ?
       Oui.
       Je peux le voir ?
       Léa...
       Je sais, mais s'il te plaît ! Et puis je l'ai déjà vu, et en petite tenue en plus alors… »
 
            Elle se retourna et sortit de la pièce pour revenir très rapidement. Elle s'approcha de moi. Dans sa main, il y avait le petit Scotty debout dans sa paume se tenant à son pouce replié.
 
« Scotty, je te présente Léa. »
 
            Je regardai ce petit bonhomme qui me sourit timidement. Il portait un petit pyjama tout vert.
 
« Bonjour Scotty. Ca va mieux ?
       Bonjour Léa. Oui merci ça va. »
 
            Et il devint tout rouge.
 
 « Il est timide, m'informa Lexie.
       Je vois ça. »
 
            Elle posa Scotty sur la table.
 
« Tu as faim ? » Demanda-t-elle.
 
            Scotty et moi avons répondu en même temps d'un oui franc. Elle s'est retournée vers nous et a souri. Et ce sourire était wow. C'était la première fois que je la voyais sourire et c'était merveilleux. Son visage si sérieux s'illuminait d'un coup. Mais quand elle a croisé mon regard elle a cessé tout de suite et a repris son masque de dureté.
            Elle prépara le repas sans rien dire. Elle installa les assiettes et, pour Scotty, elle posa une petite table et un petit tabouret sur la grande table. Elle y déposa une assiette, une fourchette, un couteau, une cuillère et un verre, tout ça à sa taille. Et pour finir elle lui tendit une micro serviette qu'il se noua autour du cou.
            Je regardai ça, fascinée. Alors que la situation aurait du me paraître tout ce qu'il y a de plus incongru, elle me semblait tout à fait naturelle. Je la regardai, elle, en train de servir les assiettes et de s'asseoir en face de moi à l'autre bout de la table. Elle dut sentir mon regard sur elle car elle releva les yeux.
 
« Quoi ?
       Combien de personnes sont entrées dans cette maison ?
       Tout dépend de la taille des personnes auxquelles tu penses.
       Je parle d'humains.
       Ah, alors le calcul est simple. Depuis que j'y habite, tu es la première. »
 
            J'en avalai de travers. Je toussai un bon coup, ce qui fit rire Scotty.
 
« Personne n'est jamais venu ?                                    
       Non, répondit-elle comme si c'était tout naturel.
       Pourquoi ?
       A ton avis ?
       Heu…
       Tu es là, mais tu as menti à ton Grand Père.
       Il ne veut pas que je vienne.
       Je sais. Mange. »
 
            Elle baissa à nouveau la tête dans son assiette et ne dit plus rien. Le petit Scotty mangeait tranquillement sa soupe quand d'un coup il éternua, manquant de tomber de son tabouret. Je ne pus m'empêcher de rigoler ce qui le fit rougir. Lexie se leva et alla vers un petit placard accroché au mur. Elle ouvrit une porte, attrapa quelque chose et revint vers la table. Elle tendit au petit bonhomme un bout de tissu. Il le déplia et se mit à souffler dedans. Je n'y croyais pas, elle lui avait amené un mouchoir !
 
« A tes souhaits Scotty, fit-elle.
       Merci. Désolé.
       C'est pas grave, termine de manger. »
 
            Je ne ris plus car j'étais fascinée par les deux personnes qui se trouvaient en face de moi. L'une adulte mais indéchiffrable et l'autre tout petit mais tout mignon. Il semblait y avoir une tendresse indéniable entre eux deux. Je sentis au fond de moi un sentiment de jalousie envers Scotty car lui avait le droit à cette part de Lexie qu'elle me refusait encore. J'avais l'impression d'être l'ennemie dans cette maison alors que je veux juste la connaître et comprendre qui elle est.
 
            Le repas terminé, je l'ai regardé s'affairer dans le coin cuisine. Je n'ai pas bougé de ma chaise. Scotty était toujours à sa table mais maintenant il était entrain de dessiner sur - vous l'aurez deviné - une petite feuille avec un petit crayon. Elle est revenue à la table avec une petite bassine, elle a fouillé dans un tiroir et en a sortit une serviette et une petite tenue. Le petit dessinateur voyant ça, s'est levé et est allé vers la bassine. Il était en train d'ôter sa veste de pyjama quand il s'est tourné vers moi puis a regardé Lexie. Elle lui a souri.
 
« Léa tu pourrais te tourner ou bien regarder ailleurs ? A-t-elle demandé.
       Pourquoi ?
       Car Scotty voudrait se déshabiller pour aller dans son bain et il est très pudique.
       Oh pardon. »
 
            J'ai fais un quart de tour sur moi-même et regardé le mur en face de moi.
 
« C'est bon, tu peux à nouveau regarder, il est dans l'eau. »
 
            Et c'était vrai. Je ne voyais que sa petite tête dépasser.
            Elle m'a demandé de faire la même chose quand il est sorti de son bain. Puis elle l'a fait monter sur sa main et s'approcher de moi. Elle a passé son bras autour de ma taille pour me soutenir et elle m'a guidé vers une des portes.
            De l'autre côté, c'était sa chambre (enfin je crois), elle m'a laissé près du lit et est allée déposer Scotty de l'autre côté de la pièce dans un petit lit en bois posé sur un bureau. Et, chose qui m'a surprise, il y avait un ordinateur portable sur le bureau. Elle l'a aidé à s'allonger et l'a bordé. Elle lui a caressé la joue et lui a souhaité une bonne nuit.
            Elle a fait un léger détour par une commode avant de venir me rejoindre. Elle m'a tendu un short et un t-shirt. Alors que je commençais à me déshabiller, elle m'a tourné le dos. Elle a soutenu ma cheville pendant que je m'allongeais et a rabattu ensuite la couette sur moi.
 
« Et toi où vas-tu dormir ?
       Ne t'occupe pas de ça. Endors-toi.
       Il y assez de place pour deux, je peux me pousser et-
       Non, c'est bon, repose toi, tu en as besoin et moi je dois veiller sur le petit Scotty.
       Comme tu veux, tu es chez toi. »
 
            Et je me suis calée dans l'oreiller très douillet sans pouvoir m'empêcher de la regarder assise à son bureau entrain de lire un livre dont je n'arrivais pas à déchiffrer le titre. J'ai senti mes yeux se fermer tout seul, et j'ai sombré dans les bras de Morphée.
 
            Je suis assise sur le bord d'une falaise, le vent souffle fort mais je ne le sens pas. En bas les vagues viennent se fracasser contre les rochers. Je n'ai pas peur, ce qui est très étonnant vu que j'ai le vertige en temps ordinaire. Des oiseaux passent au dessus de ma tête et j'ai l'impression de pouvoir les toucher, juste en tendant le bras. La lune et le soleil sont là, tous les deux dans le ciel en même temps. Je regarde ce spectacle. J'entends des voix, une conversation entre deux personnes mais je ne les vois pas. Je cherche à gauche et à droite. Je ferme les yeux car j'ai croisé les rayons du soleil. Quand je les rouvre, le décor a changé.
 
            Je me suis retrouvée dans une chambre, couchée dans un lit. Je n'ai pas reconnu les lieux sur le coup. Les voix se faisaient toujours entendre. J'essayais de comprendre où j'étais. Je rêvais encore ? Non je refaisais surface. J'étais chez Lexie, dans son lit (j'en étais sure, l'oreiller avait le parfum de sa peau). Et c'était elle que j'entendais parler. J'ai regardé dans sa direction et j'ai vu de nouveau la Fée Clochette. Je n'ai pas bougé, écoutant.
 
« Non, tu te trompes.
       Tu n'aurais pas dû, a répliqué la fée.
       Elle était blessée. Je ne pouvais pas la laisser là-bas.
       Tu aurais dû.
       Je suis là pour protéger.
       Notre peuple, pas le sien.
       Mais c'est aussi le mien.
       Non.
       Je suis humaine.
       Tu sais d'où tu viens.
       Non. Ma mère n'est pas la lune et je ne suis pas la fille du soleil. J'ai une mère et un père quelque part.
       Si tu as besoin d'y croire...
       Arrête. Je sais que j'ai un passé.
       Ah oui ? Où es-tu née ?
       Arrête.
       Tu n'aurais pas dû répondre à ses questions.
       Elle était là quand j'ai trouvé Scotty.
       Tu aurais dû lui faire boire la tisane d'oubli.
       Elle n'est pas comme eux…
       Ca tu n'en sais rien !
       Elle a raison, je ne suis pas comme eux, suis-je intervenue à ce moment là. »
 
            Lexie s'est tournée vers moi. Son regard m'a transpercé. La Fée Clochette s'est cachée derrière un livre mais je voyais sa lumière. Je me suis levée et j'ai sauté à cloche-pied jusqu'au bureau. Lexie s'est levée et m'a tendu la main pour m'aider à rétablir mon équilibre. Sa main était chaude, ce qui a provoqué un nouveau frisson dans mon corps. Comme si elle l'avait elle-même ressenti elle m'a fixé, cherchant de nouveau à lire au plus profond de mon âme.
 
« Je ne suis pas comme eux, j'ai répété, essayant de reprendre mes esprits. Je ne te veux aucun mal. Je veux juste savoir qui tu es.
       Tu devrais te recoucher.
       Pas avant que tu ne m'aies présentée ta copine d'insomnie. »
 
            Ma main était toujours dans la sienne et j'avais du mal à me concentrer. Elle semblait ne pas se rendre compte de son geste.
 
« Chloé sort.
       Non, a fait sa voix de derrière le livre.
       S'il te plaît. Elle t'a vue deux fois. Sors. »
 
            J'ai vu une fée voleter vers la main droite de Lexie et s'y asseoir. Elle avait un air buté. La Fée Clochette en vrai.
 
« Chloé voici Léa. Léa voici Chloé. »
 
            Je la regardais et j'étais fascinée, comme dans mes contes de petite fille. Elle avait de belles grandes ailes de plusieurs couleurs, de grands yeux verts, la bouche un peu boudeuse. Elle me fixait les bras croisés.
 
« Enchantée Chloé. »
 
            Elle a tourné la tête sur le côté en relevant le menton. Lexie l'a poussée avec son pouce et a secoué la tête pour lui faire comprendre quelque chose. Chloé lui a tiré la langue mais m'a à nouveau fait face.
 
« De même Léa.
       C'est mieux, a approuvé Lexie.
       Mais si tu t'avises de vouloir lui faire du mal, je te retrouverais et je te-mmmmhhhmmmm- »
 
            Lexie avait posé son doigt sur la bouche de la fée, rendant la fin de son avertissement incompréhensible.
 
« Chloé !
Celle-ci a repoussé le doigt qui lui coupait la parole.
       Il ne faudra pas venir te plaindre quand tout ira mal et que tu auras des problèmes.
       Merci pour ton soutien Chloé. »
 
            La petite fée a été se placer sur une pile de livres sur le bureau et nous a tourné le dos pour bien nous faire comprendre qu'elle boudait. Lexie, en me soutenant, m'a gentiment mais fermement poussée vers le lit. Je ne pouvais pas lutter. Je me suis rallongée et avant qu'elle ne me tourne à nouveau le dos, j'ai retenu sa main.
 
« Attends. S'il te plaît.
       Quoi ?
       Je veux être ton amie.
       Tu demandes trop Léa. »
 
            J'ai baissé la tête. Je n'arrive pas à la suivre. Elle est prévenante avec moi, me soigne, m'aide mais quand je rentre sur un terrain qui implique son relationnel, elle se referme.
 
« Ne fais pas cette tête-là. Je t'avais prévenue.
J'ai relevé les yeux et essayé de soutenir son regard.
 
       Je préfère quand tu as ton autre regard et j'aime sentir ta main dans la mienne. »
 
            Elle a secoué la tête. Puis comme si ce que je venais de dire faisait son chemin dans son cerveau, elle a regardé nos mains liées et, comme si elle se rendait compte brusquement de ce contact, elle a retiré sa main comme si elle s'était brûlée.
 
« Pourquoi ? Ai-je demandé, un peu blessée.
       Léa.
       Parle-moi.
       Léa.
       Allez, dis moi qui tu es.
       Arrête. Laisse-moi tranquille. Dors. Ferme les yeux. »
 
            Je suis resté interdite. J'avais l'impression de lui avoir fait mal. Comme si je l'avais frappée. Pendant trente secondes, je l'ai trouvée fragile. Elle est retournée s'asseoir à son bureau, son livre ouvert. Elle ne me regardait plus. Moi je l'observais et je cherchais à comprendre.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mar 13 Sep 2016 - 21:43

Mercredi 27 Juillet / Céadaoin 27 Iúil
           
            Je ne me rappelle pas m'être endormie, je me souviens avoir fermé les yeux à un moment car ils commençaient à piquer à force de la fixer et puis plus rien. Mais maintenant ils sont de nouveau ouverts et le spectacle qui s'offre à moi est attendrissant. Lexie est endormie les pieds sur son bureau, les jambes semi fléchies, la tête en arrière sur le dossier de sa chaise, les bras croisés, le visage détendu, elle semble tellement jeune comme ça. Je me saoule de cette image où elle semble accessible, où elle me donne l'impression que nous ne sommes pas si différentes l'une de l'autre (sauf que moi je suis incapable de dormir comme ça sur une chaise).
 
            Je me suis levée et sans faire de bruit j'ai posé mes deux pieds au sol. Ma cheville ne me faisait plus mal. J'ai avancé jusqu'à elle, remarquant le rythme de sa respiration très lente, très très lente. Je ne pus m'empêcher de poser ma main sur sa joue. Elle sourit et ce sourire m'alla droit au cœur. J'ai laissé mon pouce glisser sur ses lèvres. Elles étaient douces. J'ai détaché mon regard de sa bouche et l'ai remonté juste au moment où elle ouvrait les yeux. Ils étaient bleus, simplement bleus, pas d'éclat de lune. Elle m'a découvert et pendant un laps de temps, elle n'a pas bougé. Puis elle a sursauté, remué un peu trop rapidement et ai tombé de sa chaise en entraînant avec elle deux ou trois bouquins.
 
« Mais… Que… »
 
            Allongée face contre le sol, elle s'est retourné et j'ai pu voir une jolie bosse commencer à se former sur son front. Elle y a passé la main. Scotty, réveillé par le bruit, s'est levé et penché sur le bord du bureau, il a regardé Lexie, hésitant entre rire de sa situation ou s'inquiéter de son état. Et j'étais dans le même cas que lui. J'avais envie de rire, mais sa réaction me laissait perplexe. Je n'ai jamais vu quelqu'un réagir aussi violemment à un pareil réveil.
 
« Ca va ? Je ne voulais pas te faire peur.
       Tu ne m'as pas fait peur.
       Tu te réveilles toujours comme ça ? »
 
            Elle était debout à présent et son regard comme son expression avaient retrouvé leur froideur habituelle. Elle m'a tourné le dos et a ramassé les livres.
 
« Lexie, laisse-moi voir ta tête. »
 
            Alors qu'elle était de nouveau face à moi, j'approchais mes mains de son front, mais elle recula.
 
« Ne me touche pas. »
 
            Elle est sortie de la pièce. J'ai regardé Scotty qui regardait le bois du bureau. Vraiment étrange. Je pris le petit bonhomme dans ma main et changé de pièce.
            Le petit déjeuner se fit en silence, comme mon passage dans la salle de bain et le chemin jusqu'à ma voiture. Elle a tenu à m'accompagner par sécurité. Je ne sentais plus aucune douleur à ma cheville, mais elle m'a conseillée de garder l'attelle quelques jours. Alors que je voulais lui faire la bise pour lui dire au revoir, elle a encore reculé. Je n'ai pas insisté. Je suis remonté dans ma voiture et juste avant de reprendre la route, j'ai baissé ma vitre pour lui dire merci, mais elle n'était déjà plus là.


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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mar 13 Sep 2016 - 21:43

Vendredi 29 juillet / Aoine 29 Iúil
 
            J'ai enlevé l'attelle ce matin. Grand-père n'y a vu que du feu. Il n'a rien remarqué pendant ces jours. Je n'ai pas revu Lexie. Elle n'est pas venue au village, je ne l'ai pas vue autour du lac et vous vous en doutez, je n'ai pas retrouvé le chemin de sa maison à travers la forêt.
            C'est fou, mais j'ai encore l'impression de sentir la chaleur de sa main sur ma paume, le parfum de sa peau, la douceur de ses lèvres. Mais qu'est-ce qu'elle m'a fait ? Je pense à elle tout le temps. Est-elle capable de jeter des sorts ? On dit que le démon se cache souvent sous des airs angéliques, mais plus je me le répète, moins je crois aux dires du village. Je la vois plus en Gandalf qu'en Saroumane. (Excusez, je suis un peu contaminée par le Seigneur des anneaux). Si j'arrive à la côtoyer encore, peut-être que je rencontrerais des Hobbits ou bien des elfes, un nain ? J'ai déjà croisé un petit bonhomme haut comme une pomme et une fée. Les fées peuvent-elles être maléfiques ? Où est la famille de Scotty ? Pourquoi je ne suis pas paniquée devant tout ça ? Pourquoi ça me semble normal ?
            J'en ai marre de me poser des questions sans arrêt. Je vais finir avec un mal de tête terrible ou alors complètement dingue. J'ai eu certaines réponses à certaines de mes questions, mais c'était un peu vague. Et puis c'est quoi cette histoire de père et de mère et Chloé semblait sure que Lexie ne saurait pas lui répondre quand elle lui a demandé où elle était née.
            Je me couche en essayant de ne pas penser ni à Elle, ni à son monde.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mar 13 Sep 2016 - 21:44

Samedi 30 Juillet / Dé sathairn 30 Iúil
 
            Il pleut depuis ce matin et Grand-père a l'air fatigué. J'ai l'impression qu'il veut me dire quelque chose, mais il ne semble pas trouver les mots. Je tourne en rond. Ce soir, il y a la fête au pub du village. J'irai pour me changer les idées.
           
--
 
            Je suis au pub depuis deux heures maintenant, j'ai demandé à Grand-père s'il voulait venir, mais il a dit que non. Il avait le teint pâle et semblait avoir du mal à se déplacer. Je m'inquiète et je m'ennuie, j'espère secrètement qu'Elle va venir.
            A-t-elle entendu mes pensées ? Car c'est elle qui vient de pousser la porte. La musique s'est arrêtée, les conversations se sont tues. Tous la regardent. Elle s'approche du comptoir et commande un verre. Margarett, la patronne, lui ramène une pinte pleine de lait (du lait ?!?) et se tourne vers la salle.
 
« Alors on fait la fête ici ou pas ? On n'est pas à l'église. Allez musique ! »
 
            La musique repart de plus belle. Lexie la remercie d'un signe de tête. Elle reste assise au bar et ne vient pas me retrouver. Je suis partagée entre deux sentiments : la colère qui gronde en moi car elle m'ignore et la tendresse qu'elle me fait ressentir pour elle alors qu'elle se trouve seule au bar avec cet air de grande solitude devant son verre de lait. Le comportement de la patronne est bizarre aussi, elle n'a pas l'air de la détester. Dans son regard, il a le même respect que celui des Anciens à son égard.  Je regarde le pouce de Lexie tracer des cercles sur la paroi pleine de condensation de son verre. Son pied, sur le barreau du tabouret, bat la mesure. Elle a l'air dans la musique. A ma grande surprise, Margarett dépose devant elle une assiette dans laquelle il y a plusieurs tartines. Ce qui renforce encore mes interrogations. Lexie lui répond par un petit sourire et je suis jalouse. (Je sais, ça devient une habitude).
 
Une heure s'écoule. Elle mange ses tartines, finit sa pinte et prend le chemin de la sortie. Je décide de la suivre.
 
--
 
Elle a fait quelques pas dehors, puis s'est arrêtée. Elle savait que j'étais derrière elle.
 
« Lexie ?
       Comment va ta cheville ?
       Bien merci. Je n'ai plus mal. Mais j'aimerais…
       Retourne à l'intérieur, retourne profiter de la musique et des rires.
       Arrête de me mettre hors de ta vie.
       Tu dois rester hors de ma vie pour le bien de tout le monde. »
 
            Et sur ce dernier argument, elle a disparu dans la nuit. Une rafale de vent froid m'a fait frissonner. Je suis retournée dans le pub.
 
            La fête a duré jusqu'à tard dans la nuit. Quand la patronne a sonné la cloche de fermeture, tout le monde a pris le chemin de sa maison. Pour certains, la route a dû être deux fois plus longue tellement ils zigzaguaient. Pour ma part, j'étais un peu saoule, juste un peu. J'étais dans la case euphorique. J'ai fredonné un des rythmes entendus plus tôt en esquissant quelques pas de danse sur le trottoir. Si j'avais su ce qui allait arriver ensuite, je serais rentrée plus tôt et moins joyeuse.
            Quand je suis arrivée chez Grand-père les lumières du salon étaient allumées, ce qui m'a étonné. Je suis rentrée et à peine la porte refermée, j'ai vu Grand-père écroulé au sol entre le canapé et la table basse. Ça m'a d'un coup dessaoûlée. Je me suis approchée de lui.
 
« Grand-père ? Grand-père, ça va ? »
 
            Je l'ai aidé à se retourner sur le dos. Il était conscient, mais il semblait avoir du mal à parler ou à respirer. Son teint était grisâtre.
 
« Qu'est-ce qui se passe ? Où as-tu mal ?
       Va chercher le Docteur.
       Le Doc est plein comme un théâtre. Il est tombé de sa chaise au pub. Les autres l'ont amené au lit. Je vais prévenir les secours.
       Non.
       Grand-père, tu ne peux pas rester comme ça.
       Va la chercher.
       Qui ?
       Elle. Lexie. »
 
            Si j'en avais eu le temps, j'aurais ouvert de grands yeux étonnés, mais le temps, je n'en avais pas. Je suis ressortie et partie en courant en direction du lac. La pluie s'était remise à tomber abondamment. J'étais trempée en moins de deux minutes. Pourquoi voulait-il Lexie ? C'est la question que je me posais en arrivant sur le chemin du lac. Alors que je continuais de courir, ma lampe torche à la main, j'invoquais tous les dieux de la création que je connaissais pour qu'ils m'aident à trouver sa maison.
            Et comme par miracle, je vis les lumières de sa demeure apparaître au détour du virage. Je n'y comprenais plus rien. Fallait-il que je sois trempée jusqu'aux os pour qu'elle se montre ? J'eus l'impression que la porte s'ouvrait toute seule à mon arrivée. C'est peut-être mieux ainsi, car il n'y a pas de poignée. Je n'avais pas fait attention à ça les autres fois. Je suis entrée dans la grande pièce, qui était tout éclairée, mais elle n'était pas là. J'ai poussé la porte de ce qui semblait faire office de chambre et de bureau. La lumière paraissait venir du sol. Elle était là, couchée sur la couette, toute habillée. Elle semblait avoir le sommeil agité. Je m'approchais, mais une boule jaune à hauteur de mon nez m'arrêta.
 
« Qu'est-ce que tu fais là ? M'invectiva Chloé.
       J'ai besoin de Lexie.
       Laisse-la tranquille.
       Je ne peux pas.
       Pourquoi ?
       Je ne sais pas. Je ne peux pas c'est tout. Laisse-moi passer maintenant s'il te plaît. »
 
            Alors que j'affrontais la Fée Clochette, une petite voix se fit entendre dans mon dos.
 
« C'est déjà le matin ? Fit un petit Scotty tout endormi. Qu'est-ce qui se passe ?
       Rien, rendors-toi Scotty.
       Léa ?
       Oui.
       Tu es venue pour que Lexie arrête de faire des cauchemars ?
       Je vais essayer. »
 
            Je profitais de la diversion de Scotty pour contourner Chloé. Je m'approchais doucement du lit. Sa tête roulait de droite à gauche et ses poings se serraient et se desserraient. Je m'assis au bord et posai ma main sur sa joue. Elle arrêta de bouger.
 
« Lexie ? »
 
            Elle bougea légèrement la tête.
 
« Lexie, réveille-toi s'il te plaît. J'ai besoin de toi. »
 
            Ses yeux se sont ouverts. Elle m'a regardée comme ce matin. Et comme ce matin, elle a sursauté et, en se redressant, a reculé vers l'autre côté du lit.
 
« Calme-toi.
       Qu'est-ce que tu fais là ?
       J'ai besoin de toi ou plutôt mon Grand-père a besoin de toi.
       Pourquoi ?
       Il ne se sent pas bien. Je l'ai laissé couché au sol dans le salon. Il ne va pas bien et le Doc est hors course. Il m'a demandé de venir te chercher. S'il te plaît. »
 
            Je voyais dans son regard qu'une lutte intérieure faisait rage. Je la comprenais. Pourquoi aiderait-elle des gens qui la méprisent ? Je la vis se lever, se diriger vers le fond de la pièce, ouvrir une petite armoire et sortir plusieurs fioles qu'elle glissa dans un sac à dos.
            Elle se tourna vers Scotty qui regardait la scène, assis dans son lit.
 
« Rendors-toi, je reviens tout à l'heure.
       Tu peux ramener de la brioche ? Demanda-t-il en baillant.
       J'essayerai… »
 
Elle me fit à nouveau face.
 
« Allons-y. Il ne faut plus perdre de temps. »
 
            Je suis passée devant et me suis retrouvée à nouveau dehors sous la pluie. Nous avons couru sur le chemin à présent détrempé. Alors que j'allais tourner à droite, elle a attrapé ma main et m'a tirée vers la gauche.
 
« Suis-moi, on ira plus vite par là. »
 
            Je n'ai rien dit, la suivant. On a débouché juste derrière la maison de Grand-père. On l'a contournée et je suis entrée en courant sans penser à m'essuyer les pieds. Lexie s'est penchée tout de suite sur Grand-père.
 
« Léa, aide-moi. On va le porter sur le canapé. »
 
            J'ai pris les pieds et elle les épaules et nous l'avons déposé sur le canapé. Elle s'est agenouillée et a posé ses doigts sur sa carotide.
 
« Monsieur Sullivan ? »
 
            Grand-père a ouvert difficilement les yeux. Il les a posés sur Lexie. Il semblait vouloir dire tellement de choses dans ce regard.
 
« Où avez-vous mal ?
       J'ai du mal à respirer, lui a-t-il répondu avec difficulté. J'ai l'impression que ma poitrine est comprimée.
       D'accord. Essayez de respirer calmement. »
 
            Elle a attrapé un coussin et l'a calé entre les omoplates de Grand-père.
 
« Ça va vous aider à mieux respirer. »
 
            Elle a fouillé dans son sac, en a sorti une fiole et un sachet. Je l'ai regardée ouvrir la chemise de Grand-père. Elle avait l'air si calme alors que moi j'étais à la limite de la panique. Elle s'est tournée vers moi.
 
« Tu peux faire une infusion à ton Grand-père avec ça ? »
 
            J'ai pris le sachet et je suis allée dans la cuisine. J'ai posé la bouilloire sur le feu et, alors que j'attendais que ça siffle, je l'ai observée, appuyée (ou plutôt accrochée) au chambranle de la porte. Elle était en train d'appliquer une pommade sur le torse de Grand-père. Elle faisait ça avec des gestes très doux et très calmes.
 
« Qu'est-ce que c'est ?
       Un baume qui va dégager ses bronches et l'aider à mieux respirer.
       Et la tisane ?
       C'est un décontractant.
       Ok. Comment il va ?
       Il reprend des couleurs. Est-ce que ton Grand-père est sujet aux crises d'angoisses ?
       Je ne sais pas. C'est ce qu'il a eu ?
       Ça y ressemble. Mais si tu veux être sure, il faudrait mieux appeler les secours et le conduire à l'hôpital. »
 
            A ce moment, une main s'est posée sur l'avant bras de Lexie.
 
« Pas l'hôpital.
       Monsieur Sullivan, vous avez déjà fait des crises comme celle-là ?
       Oui.
       Toujours à la même période ?
       Oui.
       Je vois. Reposez-vous. Votre petite-fille va vous apporter une infusion. C'est fait pour vous décontracter. Ensuite, on vous aidera à vous mettre au lit. »
 
            Grand-père avala sa tisane et se laissa soutenir jusque dans son lit. Alors que Lexie sortait de la chambre, il a murmuré.
 
« Merci Lexie.
       De rien. Reposez-vous.
       Pouvez-vous rester ?
       Je serai dans le salon jusqu'au lever du soleil. Reposez-vous. Dormez. Avec un nouveau matin, les choses iront mieux. »
 
            Elle a disparu dans le salon. Je l'ai rejointe après avoir déposé un baiser sur le front de Grand-père. Elle était en train de ranger la fiole dans son sac.
 
« Merci.
       De rien.
       Tu as l'air d'avoir compris de quoi souffrait Grand-père.
       Hier n'était pas un jour particulier pour ton grand-père ?
       Je ne sais pas.
       Ta Grand-mère ?
       Heu… Laisse-moi réfléchir… C'est la date de leur mariage, je crois.
       Tu as ta réponse.
       Il est malheureux ?
       Mélancolique, ce qui lui donne des crises d'angoisses qui se traduisent par des problèmes à respirer. Il se sent oppressé par son chagrin.
       J'ai rien vu.
       Ton Grand-père est un homme fier.
       Oh que oui. »
 
            Elle était debout au milieu du salon, avec encore une fois cette expression sur le visage qui montrait qu'elle ne savait pas quoi faire. Je me suis assise sur le canapé et lui ai fait signe de faire de même. Elle s'est installée mais le plus loin possible de moi. J'ai croisé son regard.
 
« Tu pourrais transformer ton regard. Je préfère quand tes yeux sont seulement bleus. »
 
            Sans détourner le regard, elle a fait disparaître l'éclat de lune.
 
« Comme ça ?
       Oui, comme ça c'est plus facile pour moi. »
 
            Je lui ai souri, elle semblait moins inaccessible comme ça.
 
« Je peux te poser une question ?
       Tu demandes avant maintenant ?
       Heu…
       Vas-y, de toutes les manières, tu la poseras même si je dis non.
       Ouais. Pourquoi tu fais des cauchemars ?
       Qui te dit que je fais des cauchemars ?
       Tu réponds toujours à une question par une autre question ? Je t'ai vue, tu en faisais un quand je suis arrivée chez toi
       Ca arrive des fois comme tout le monde.
       Ce n’est pas l'avis de Scotty.
       Scotty est un enfant.
       Scotty m'a l'air très sensible.
       C'est ce qui le différencie des autres.
       Comment ça ?
       Léa.
       Je sais. Pourquoi Chloé était sure que tu ne saurais pas répondre sur ton lieu de naissance ?
       Léa.
       Je sais. Réponds.
       Parce que je ne m'en souviens pas.
       Comment ça, tu ne t'en souviens pas ?
       Non, je ne m'en souviens pas.
       Tes parents ont bien dû te dire où tu es née. A moins que tes parents soient vraiment la lune et le soleil.
       Non, j'ai des parents quelque part.
       Quelque part ? J'y comprends plus rien. Tu ne connais pas tes parents ?
       C'est flou. J'ai des images, mais c'est comme si elles étaient surexposées.
       Comment est-ce possible ? On a toujours des souvenirs ?
       Pour moi, c'est différent. Je suis différente, je pense.
       Raconte-moi.
       Non.
       Pourquoi ?
       C'est trop dangereux.
       Tu me l'as déjà dit, mais je veux prendre le risque.
       Pas moi. Tu n'as aucune idée de ce qui est en jeu.
       Explique-moi.
       Léa, il ne s'agit pas uniquement de toi et de moi, mais de tout un monde, un peuple, des plus petits au plus grands et puis ce n'est pas moi qui décide.
       Qui décide ?
       Eux.
       C'est qui "Eux".
       ...
       Tu n'as pas le droit de me le dire non plus.
       Tu commences à comprendre. »
 
            J'étais sur le point de poser une autre question, mais elle m'a interrompue.
 
« Tu devrais dormir. Ton Grand-père aura besoin d'une petite fille en forme tout à l'heure.
       Je voudrais bien, mais tu es dans mon lit, ai-je répondu un peu espiègle. »
 
            Elle a regardé autour d'elle en commençant à se lever.
 
« Pardon.
       Non reste assise là. Ne bouge pas. »
 
            J'ai attrapé ma couette et me suis allongée sur le canapé en posant ma tête sur sa cuisse. J'ai remonté ma couverture jusque sous mon menton. Je sentais les muscles de sa jambe se contracter. Je sentais aussi la chaleur de sa peau à travers le tissu de son jeans.
 
« Voilà. Tout est parfait. Tu veux peut-être t'allonger aussi.
       N- non, non. C'est bon.
 
            Je me suis mise sur le dos et l'ai regardée. Elle a incliné la tête vers moi.
 
« Tes yeux ont l'air verts, vu d'ici.
       Les tiens brillent de fatigue. Tu ne veux tout de même pas me faire le même cinéma que Scotty à l'heure du coucher.
       Que fait Scotty avant de s'endormir ?
       Il veut que je lui chante une chanson.
       Ça ne me déplairait pas.
       Rêve, tu as passé l'âge.
       S'il te plaît. »
 
            Je lui ai fais ma tête de petite fille malheureuse.
 
« Si c'est le seul moyen pour que tu me laisses en paix. »
 
            Elle a commencé à murmurer un air d'une vieille chanson de l'île, très calme, très doux. J'ai fermé les yeux au moment où elle a commencé les premiers mots. Sa voix entrait en moi et me réchauffait de l'intérieur. Je sentais mon corps se détendre, mes pensées divaguer. A tâtons, je cherchai sa main et la pris dans la mienne. Elle ne s'échappa pas. Je crois que j'ai souri alors que je me sentais partir dans les limbes du sommeil. Ses inflexions m'emmenèrent ailleurs. Pas encore endormie, mais plus très consciente de la réalité j'avais l'impression d'avoir changé de dimension.
 
Elle était dans mon imaginaire, différente et à la fois semblable. Elle était habillée comme d'habitude. Elle était au bord du lac comme souvent. Mais ce qui changeait, c'était qu'elle me souriait et qu'elle me tendait la main en me disant qu'elle m'emmènerait à la découverte du monde. Elle m'entraînait dans les bois, je courais derrière elle, elle tenait toujours ma main. Dans une clairière, elle s'arrêta et me dit de m'asseoir. On attendit un petit moment, puis tout un tas de personnages sortirent du bois. Des fées, des trolles, des gnomes, des leprechauns et pleins d'autres que je ne connaissais pas.
 
« Voilà mon monde Léa. Celui que je protège. »

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 25 Sep 2016 - 22:22

Dimanche 31 juillet / Dé domhnaigh 31 Iúil
 
            Je me suis réveillée seule sur le canapé mais cela ne m'étonne même pas. Elle avait dit qu'elle resterait jusqu'au lever du soleil. Et celui-ci est déjà haut dans le ciel. Je ne l'ai pas sentie
partir, ni même remplacer sa cuisse par un coussin. Elle n'a pas laissé de mot mais ça non plus ça ne m'étonne pas.
            Grand Père dort encore. Je le laisse tranquille, il a besoin de récupérer. Il m'a fait une belle frayeur cette nuit. Dans la cuisine, je vais préparer un truc qui se situe entre le petit déjeuner et le déjeuner.
 
            Choses que je dois absolument penser à faire : emmener Grand Père voir un médecin et pas le puit sans fond qui officie au village, aller remercier Lexie, interroger Grand Père, faire parler Margarett, appeler l'université.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 25 Sep 2016 - 22:23

Lundi 1 août / Dé luain 1 Lúnasa
 
            J'ai passé la journée de dimanche à veiller et à surveiller Grand Père. Ce matin, je ne lui ai pas laissé le choix, je l'ai " forcé " à monter dans ma voiture et je l'ai conduit dans la grande ville la plus proche. J'ai bien cru qu'il allait me fausser compagnie à l'entrée de l'hôpital mais son malaise l'avait vraiment affaibli et il n'avait pas encore repris toutes ses forces donc je n'ai eu aucun mal à le traîner jusqu'au comptoir des entrées. J'ai oublié de préciser que j'avais appelé la veille les urgences pour prendre un rendez-vous.
 
            Nous nous sommes assis l'un en face de l'autre sur des chaises en plastique pas très confortables. Je n'ai pu retenir un bâillement dû à mon manque de sommeil de la nuit dernière et aux deux heures passées à conduire sur la route sinueuse et mal goudronnée et même parfois dans le brouillard.
            Un médecin est venu chercher Grand Père et m'a fait signe de les suivre. Dans son cabinet, il a posé plein de questions à Grand Père qui a répondu du bout des lèvres. Je sais bien qu'il n'avait aucune envie d'être là mais si Lexie avait refusé de me suivre, si ses potions et pommades n'avaient pas fonctionné… Je me refuse à imaginer ce qui aurait pu se passer.
            Au cours de l'auscultation, le médecin a décidé qu'il fallait faire des examens plus poussés et il m'a annoncé qu'il le gardait pour la journée. Grand Père a voulu protester mais le regard du praticien l'a arrêté et il s'est contenté de marmonner son désaccord. Je lui ai fait un bisou sur la joue et j'ai promis de revenir à quatre heures pour le récupérer. Il ronchonnait encore quand j'ai attrapé ma veste.
 
            Pour passer le temps, je me suis baladée dans le centre ville. Depuis mon arrivée chez Grand Père et, mise à part la fois où il m'a emmenée à la fête, je ne suis pas venue en ville et, pour être franche, ça commençait à me manquer un peu.
 
            J'ai commencé par acheter le journal pour me tenir au courant des nouvelles nationales et internationales car au village, il n'y a que les infos régionales. Si au début, il est drôle de savoir quel éleveur détient le plus de moutons ou qui fait pousser les plus gros légumes du canton, il n'en reste pas moins qu'au bout d'un moment avoir des nouvelles du reste du monde devient nécessaire.
            Parfois j'ai l'impression qu'ils vivent hors du temps, comme si de l'autre côté de la frontière du comté il n'y avait plus rien. Rien n'a dû changer au village depuis au moins un siècle. Certains se déplacent encore à cheval, continuent de puiser l'eau à la fontaine… Je me demande ce qu'ils ont dû penser quand je suis arrivée avec ma voiture, la musique un peu trop forte, mes jeans taille basse et l'oreillette de mon portable dans l'oreille.
            La seule concession flagrante au modernisme se trouve dans le pub de Margarett (lieu où j'aime de plus en plus aller), avec son écran géant au mur pour diffuser les films ou les rencontres sportives, l'ordinateur dans un coin tranquille, le tout relié au monde via la seule parabole de la région posée sur son toit.
 
            Mon ventre m'a rappelé que le petit déjeuner de ce matin était très matinal. Je me suis donc installée à la terrasse d'un petit restaurant et ai passé ma commande. J'ai pris le temps de rallumer mon téléphone portable (qui était resté éteint depuis le malaise de Grand Père, le réseau étant de toute façon capricieux dans la zone, prenant un malin plaisir à éviter le village. Par contre sur les berges du lac aucun problème. Y'a vraiment des trucs pas nets des fois) et là c'est la valse des SMS, des appels en absences et des messages sur ma boîte vocale. Il m'a fallu pas moins d'une demi-heure pour tout lire, décrypter, écouter et répondre. Il faut vraiment que je rappelle l'université.
 
            Après un bon repas traditionnel, j'ai pris le chemin de la zone piétonne. J'ai profité du soleil qui chauffait ma peau pour flâner dans le quartier commerçant. Les collections d'hiver partagent la vedette avec les t-shirts dans tous les magasins de vêtements, comme si par leur présence ils voulaient faire de la résistance face à l'hiver qui se rapproche inéluctablement. Il paraît qu'il va être rude cette année.
 
            Je suis passée devant la vitrine d'une librairie, le décor ressemblait beaucoup à une scène du dessin animé Merlin l'Enchanteur. Sachant que j'allais bientôt avoir fini mon roman, et ne voulant pas rester sans lecture, j'ai poussé la porte. L'intérieur était un peu sombre mais pas un sombre qui fait peur, un sombre qui vous met dans l'ambiance. Je suis passée entre les tables où des tas de livres étaient exposés. Les thèmes du moment sont : la magie (Harry Potter oblige), les contes pour enfants et les histoires fantastiques. Dans le fond sur une étagère, un livre était éclairé. Je m'en suis approchée et l'ai pris. J'ai lu le titre sur la couverture imitant un vieux grimoire : " Le monde des invisibles ". J'ai ouvert à la première page et je n'ai pu retenir un hoquet de surprise. Le personnage dessiné sur la page ressemblait étrangement à Chloé. J'ai commencé à lire.
 
 
            Plongée dans ma lecture expliquant la vie et la hiérarchie du monde du petit peuple, j'ai sursauté violemment quand dans mon dos j'ai entendu :
 
" Il est passionnant et captivant mais ça vous vous en étiez rendu compte. "
 
 Je me suis retournée et me suis trouvée face à face avec une vieille dame qui me regardait à travers ses lunettes et qui me souriait.    
 
« Si vous permettez, je vous conseille de lire celui-ci aussi. »
 
Elle a attrapé un autre livre sur une étagère en dessous. Je l'ai accepté, encore perdue dans l'autre livre.
 
« Vous aimez le monde féerique ?
       Je me documente.
       Vous verrez, vous allez trouver plein de choses intéressantes dans ce livre.
       Vous aimez aussi le monde féerique ?
       Je suis passionnée. Je rêve de rencontrer un être de la forêt ou de devenir " une Cahomnoire ". »
 
En l'entendant exprimer son envie de rencontrer un être de la forêt j'ai repensé au petit Scotty, mais la fin de sa phrase m'a interpellée.
 
« C'est quoi " une Calomnoire " ?
       "CaHomnoire" du Gaélique " caomhnóir " qui veut dire Protectrice ou Gardienne. C'est une femme qui est désignée pour protéger le petit peuple ou plus largement le monde de l'invisible.
       Qui sont ces femmes ?
       Je vois que j'ai piqué votre curiosité, mais nous n'allons pas en parler debout à ce comptoir. Si vous avez le temps, venez dans mon bureau nous serons plus à l'aise pour discuter devant une tasse de thé. »
 
            Je l'ai suivie, impatiente de connaître la suite. Grâce à cette vieille dame, j'allais peut-être en apprendre plus sur le monde de Lexie.
 
« Que voulez-vous savoir ? M'a-t-elle demandé.
       Comment sont-elles choisies ?
       L'hérédité est le premier critère, le pouvoir se transmet de mère en fille. »
 
            J'ai repensé aux réactions de Lexie quand on l'approche de trop près.
 
« Et s'il n'y a pas de fille ?
       La lignée s'éteint et une autre est choisie.
       Sous quels critères ?
       Nul ne le sait vraiment mais il est raconté que toutes les Cahomnoires sont nées ou au solstice d'hiver ou au solstice d'été. »
 
            Solstice d'hiver pour Lexie.
 
« Vous avez parlé de pouvoir, quel est-il ?
       Celui de vivre avec les éléments.
       Elles peuvent les contrôler ?
       Non, elles les écoutent.
       Ont-elles d'autres pouvoirs ?
       Leurs sens sont plus développés que les nôtres. Elles ressentent les maux de la terre, du peuple qu'elles protègent mais aussi les sentiments des humains.
       Elles ne sont pas humaines ?
       D'apparence si. On peut les reconnaître grâce à leur longue chevelure rousse et à leur robe d'un autre temps. »
 
            J'ai retenu de justesse un sourire en pensant à Lexie qui ne ressemble pas trop au portrait que m'a fait la vieille dame. Ses cheveux sont certes couleur miel foncé mais on est loin de la longue chevelure puisque les siens lui arrivent aux épaules. Et pour les vêtements que dire... seulement que son baggy rouge et ses t-shirts sans manches n'ont rien à voir avec une robe médiévale.
 
« Ont-elles une particularité dans le regard ?
       Pas que je sache... Auriez-vous d'autres informations que je n'aurais pas ?
       Heu non, j'ai lu différentes choses sur Internet au cours de mes recherches, je voulais savoir s'il y avait un lien.
       Elles sont de très grandes alchimistes aussi. Elles préparent des potions et des filtres. »
 
            Une nouvelle image est venue s'imposer dans mon cerveau, celle de la petite armoire accrochée au mur dans sa chambre de laquelle elle a sorti la fiole qui a aidé à soigner Grand Père.
 
« Ont-elles un signe distinctif ? Une marque de naissance ? Un tatouage ?
       Certains disent qu'elles ont la marque du diable inscrite au creux des reins.
       Vous semblez les associer aux fées alors que d'autres les associent au diable, pourquoi cette divergence flagrante ?
       Les Cahomnoires sont comme les loups, à la seule différence qu'elles ne vivent pas en meute. Si vous comprenez le dilemme que provoque le loup vous comprendrez pour les Cahomnoires. »
 
            J'étais sur le point de poser une nouvelle question quand j'ai entendu le carillon de l'horloge égrainer 16 heures. Mince Grand Père ! Je me suis levée en m'excusant et en expliquant la cause de mon départ précipité. La vieille dame m'a raccompagnée jusqu'à la porte de sa boutique et, pendant qu'elle me tendait le sac contenant mes achats, je n'ai pu m'empêcher de…
 
« Une dernière question si vous le permettez.
       Bien sûr.
       Vous savez s'il y a des Cahomnoires dans la région ?
       Certains bruits racontent qu'il y en avait une pas très loin au nord ouest, elle vivait dans la forêt mais elle a quitté les lieux il y a longtemps maintenant.
       C'était quand ?
       Il y a plus d'un demi-siècle.
       Merci.
       Mais de rien. Revenez quand vous voulez.
       Merci. Au revoir. »
 
            J'ai pris la direction de l'hôpital en vitesse car Grand Père devait déjà être en train de ronchonner.
 
            Quand je suis arrivée, Grand Père m’attendait dans le hall et il ne ronchonnait pas, il râlait carrément. Il m'a dit que le médecin voulait me parler, j'ai donc pris la direction de son cabinet.
 
            Bilan de la discussion avec le médecin :
 
Mon Grand Père va très bien. Sauf certains jours par an.
 
            J’ai eu droit à une explication très poussée sur le fonctionnement du conscient, du subconscient, du cerveau et la part de choses que l’on n’explique pas.
 
            Traitement : Le surveiller les jours de moins bien et un décontractant en gélule pour les crises. A choisir, je préfère la tisane de Lexie.
 
            Grand Père a fait la tête pendant tout le voyage retour. Ce n’était pas le moment de lui poser des questions. Je n'avais qu'une envie : que l’on soit rentré, que l’on mange et que je me couche. Demain j’irai voir Margarett et j’appellerai l’université.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 25 Sep 2016 - 22:26

Mardi 2 août / Dé máirt 2 Lúnasa
 
J’ai fait un rêve étrange cette nuit. Ce qui est déjà bizarre, c’est que je m’en souvienne. Depuis mon arrivée ici, c’est le premier rêve dont je me rappelle vraiment. Il n’a pas disparu comme les autres avec la lumière du jour en ne me laissant rien ou bien juste une ou deux images incompréhensibles.
 
            Dans mon rêve, la nuit est tombée, la lune est pleine et Grand Père est assis sur le ponton de pierre qui s’avance dans le lac pas très loin de la maison de Lexie, les jambes pendantes, les semelles de ses chaussures touchant presque la surface. Lexie arrive derrière lui et s’installe en tailleur à ses côtés. Tous les deux regardent le reflet de l’astre sur l’étendue d’eau devant eux. Ils ne parlent pas pendant un moment. C’est Grand Père qui rompt le silence.
 
« Merci d’être venue.
       Elle n’aurait pas compris si je ne l’avais pas fait.
       Tu lui ressembles, et à Elle aussi.
       Et c’est ce qui vous inquiète ?
       Oui et Non. Tu as les mêmes yeux qu’Elles mais pas le même regard. Je sais que tu ne lui feras pas de mal mais je connais ton monde et lui peut la blesser, voire la tuer.
       Je ne laisserai jamais faire ça.
       Je sais, tu es différente à ce niveau. Tu es plus forte, tu affrontes ton monde mais aussi le nôtre. Tu ne te caches pas comme Elle le faisait et tu ne le convoites pas comme l’Autre le faisait.
       Je ne sais à leur sujet que ce que les rêves m’ont dit.
       Que t’ont dit tes rêves ?
       Je sais qu'Elle vous l’avez aimée mais que l’Autre vous l’avez haïe.
       Tu ne peux pas imaginer à quel point ces deux sentiments étaient forts.
       Pourquoi le jour de votre mariage vous la rappelle autant ?
       Car c’est ce jour-là que je l’ai définitivement perdue. En disant « oui » à l’église, je lui ai dit adieu.
       Si vous l’aimiez tant que ça pourquoi en avoir épousé une autre ?
       C’est elle qui m’avait quittée avant.
       Racontez-moi s’il vous plaît.
       Je n’en ai pas très envie. Sache juste qu’elle n’avait pas ton caractère, si bien que quand son monde a fait pression, elle a capitulé. Quand elle a trouvé le courage de se battre, il était trop tard. Je ne l’ai jamais revue après le jour de mon mariage mais je ne l’ai jamais oubliée.
       Vous n’avez jamais aimé votre femme ?
       Que sais-tu des sentiments ?
       Pas grand-chose.
       Et des sentiments amoureux ?
       Rien.
       De l’Amour ?
       Il y a une différence ?
       Oh oui et de taille.
       Expliquez-moi s’il vous plaît.
       Dis-moi ce que tu ressens.
       A quel niveau ?
       Les gens du village, quels sentiments t’inspirent-ils ?
       Ils me détestent.
       Non, pas ce qu’ils pensent de toi mais ce que toi tu penses d’eux.
       De l’indifférence et de la douleur.
       Et les grenouilles de bénitier ?
       Du mépris.
       Les jeunes ?
       De l’incompréhension.
       Les Anciens.
       Du respect.
       Margarett du pub ?
       Je l’apprécie beaucoup.
       Léa ?
       … Je ne sais pas, répond-elle après une longue pause.
       Tu connais les sentiments, mais pas l’amour.
       Pourquoi me parlez- vous de Léa au milieu de votre explication sur les sentiments amoureux ?
       Je ne te parle pas de sentiments amoureux au sujet de Léa mais d’amour tout court.
       Ca se voit que vous aimez Léa.
       Et ça se voit qu’elle t’aime aussi.
       C’est impossible.
       Pourquoi ?
       Et bien parce que…
       C’est une fille ?
       Non, ça n’a rien à voir, mais elle ne me connaît pas et vous vous connaissez mon monde, le but de mon existence.
       L’histoire prend un malin plaisir à se répéter.
       Vous… Léa…
       Mon fils.
       Avec-
       Oui.
       C’est pour ça qu’il est à la ville ?
       De l’autre côté.
       C’est pour ça que vous la haïssez, parce qu’elle vous a obligé à éloigner votre fils de la région et de vous ?
       Non, je l’ai haïe car à cause d’elle et de la vie qui lui a été imposée à la capitale, il est devenu un étranger froid et distant.
       Léa ne lui ressemble pas alors. »
 
            Ils se taisent un moment, perdus dans leurs pensées respectives, laissant leur regard dériver sur l’eau, la berge, le ciel…
 
« C’est pour ça alors, reprend Lexie.
       La maison a été vide pendant un moment, Léa pouvait venir me voir. Quand tu l’as de nouveau occupée, son père l’a gardée en ville.
       Pourquoi maintenant ?
       Il voulait la couper des gens qui avaient une mauvaise influence sur elle.
       C’est paradoxal.
       Entre ce qu’il croit être deux mondes dangereux, il a choisi celui qu’il pensait être le moindre. J’ai essayé de la protéger de toi mais son cœur t’a reconnue. »
 
            Il y a un nouveau silence.
 
« Protège-la comme tu le fais avec tous les êtres de ta forêt.
       Je vous le promets mais en échange vous devez vous aussi me faire une promesse.
       Laquelle ?
       De me parler d’Elle et de l’Autre un jour.
       Je promets de te parler un jour de ta Grand-mère et de ta Mère. »
 
            Grand Père se lève, pose sa main sur l’épaule de Lexie et sans rien dire d’autre, reprend le chemin du village. Elle, elle reste là, le regard perdu dans le lac. Avant qu’il ne tourne à droite, il s’arrête et sourit.
 
            Je me suis réveillée sur cette image.
 
            Était-ce vraiment un rêve ? M’a-t-elle envoyée un message ? Tout paraissait tellement vrai. J’ai tourné et retourné la question dans ma tête toute la journée. Au repas du soir, j’ai interrogé Grand Père.
 
« Tu as parlé à Lexie ces derniers temps ?
       La dernière fois que je lui ai parlée tu étais là.
       Tu n’es pas allé au bord du lac ?
       Pas depuis trois jours.
       Tu ne t’es pas assis sur le ponton de pierre ?
       Pas depuis trois jours.
       Tu es sûr ?
       Qu’est ce qui t’arrive Léa ?
       Rien. C’est juste que… Je… C’était…
       Quand ce sera un peu plus claire dans ta tête, on en reparlera.
       Tu as sans doute raison. Dis Grand Père, est-ce que tu rêves ?
       Comme tout le monde.
       Tu te rappelles de tes rêves ?
       La plupart du temps, comme tout le monde.
       Parce que moi je les oublie, ils disparaissent en ne laissant que de petites traces... sauf celui de cette nuit.
       Tu t’y habitueras, ça fait partie des conséquences.
       Des conséquences de quoi ?
       De trop poser de questions.
       Très drôle Grand Père ! »
 
            Mais vu son air sérieux je ne suis plus très sure qu’il rigolait Je suis maintenant partagée entre deux sentiments : si tout ceci est réel je veux allez dormir le plus vite possible pour apprendre de nouvelles choses (même si je ne suis pas certaine d’avoir tout compris dans le premier), par contre si ce n’est que mon esprit qui me joue des tours cela devient dangereux car je suis déjà chamboulée avec un rêve alors si je commence à en faire d’autres du même genre à chaque fois que je m’endors je crois que je préférerais encore ne rien me rappeler. D’un autre côté, elle a dit que ses rêves lui avaient appris des choses. Ouais, mais elle l’a dit dans mon rêve. Et puis la description de mon père était juste, mais c’est peut-être moi qui l’ai pensée.
            Oh mais arrête ça, tu vires au dingue. Prendre l’air. C’est ça je vais faire prendre l’air. Un tour au pub me fera du bien. Je vais aller interroger mes mails, surfer un peut sur la toile et questionner Margarett. Voilà, ça c’est un bon programme.
 
-
 
            Au pub, il y avait les accros au foot australien qui ne lâchaient pas l’écran des yeux de peur de rater la raclée du siècle. Je me suis assise devant l’ordinateur et j'ai commencé à lire mes messages. Il y en avait plusieurs d’amis de la fac qui me demandaient quand je rentre, quelques invitations à des soirées ou brunchs, deux mails de la fac - il faut vraiment que je les appelle -, et un dernier de mon père me rappelant les conditions fixées. J’aurais aimé lui répondre qu’il pouvait se les mettre où je pense mais je me suis retenue, ce n’est pas encore le moment.
            J'ai répondu à mes amis que je n’avais pas encore arrêté la date de mon retour mais que dès que ce serait fait ils seraient les premiers avertis. J'ai décliné les invitations. Et transmis à la fac que je n’avais pas encore pris de décision mais que ce serait fait avant la fin de la semaine. Je me suis déconnectée et je suis retournée m’asseoir à une table pour suivre la fin de la retransmission de ce sport de brutes.
            J’ai eu l’impression que Margarett m’évitait alors que d’habitude quand il n’y a pas grand monde dans le pub (comme c’était le cas à ce moment-là) elle vient s’asseoir à ma table et l’on discute un petit moment. Ou alors c’est encore mon imagination qui me jouait des tours et le fait qu’elle essuie et range des verres pendant tout ce temps n’était autre que son activité habituelle.
            Quand la cloche de fermeture a tinté, je me suis levée, lui ai fait un signe pour la saluer, suis sortie et ai pris la direction de chez Grand Père. J’ai eu envie d’aller voir Lexie mais il ne pleuvait pas et je ne voulais pas prendre le risque de me reperdre dans la forêt.  
 
            Alors que je suis maintenant allongée dans « mon lit », je n’arrive pas à fermer les yeux.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 23 Oct 2016 - 23:41

Mercredi 3 août / Céadaoin 3 Lúnasa
 
            Ce matin, au petit déjeuner, Grand Père m'a fait remarquer que j'avais une tête bizarre... mais n'importe qui aurait une tête bizarre s'il avait fait le même rêve que moi. Bien différent de celui de la veille (ça c'est sûr). Tellement "WOW" que je suis incapable d'y penser sans rougir et encore moins capable de le retranscrire sur cette page. C'était… Doux… Tendre… Sensuel… ça a commencé au creux de mon ventre… Et puis comme une explosion qui irradie dans toutes les fibres de mon corps… Jusqu'à mon âme… La sensation de chaleur…Le sentiment d'une première fois….
Est-ce que ça existe dans la vraie vie tout ça ? Si oui je le veux, je la veux.
Arrête tes fantasmes Léa et va enquêter !
 
-
 
Je suis donc allée dans le pub de Margarett. Il n'y avait personne, je me suis installée au comptoir et j'ai attaqué :
 
« Pourquoi ?
       Pourquoi quoi ?
       Pourquoi vous ne la détestez pas comme les autres ?
       Qui ?
       Vous savez très bien de qui je parle.
       Je sais mais prononce son prénom.
       Lexie.
       Que veux-tu savoir ?
       Tout, mais pour commencer pourquoi vous l'appréciez ?
       Parce qu'elle a sauvé ce que j'ai de plus précieux.
       Quoi ?
       Plutôt qui.
       …?
       Ma fille.
       Oh. Vous avez une fille ?
       Oui.
       Où est-elle ? A la ville ?
       Elle voyage de par le monde. C'est une des raisons pour lesquelles il y a internet ici.
       Je comprends. Elle l'a sauvée de quoi et comment ?
       Pourquoi veux-tu tout savoir ?
       Parce que je l'ai- je l'apprécie. Et puis je veux comprendre.
       Ton Grand Père avait raison.
       A quel sujet ?
       Tu es… têtue.
       Vous n'avez pas répondu pour votre fille.
       D'une créature de la forêt qui voulait en faire son dîner annuel. Je sentais que quelque chose n'allait pas, je suis allée demander de l'aide aux villageois pour la chercher dans la forêt. Ils ont tous répondu qu'elle devait être avec un garçon dans les tourbières. Je sentais qu'elle était en danger. C'est ton Grand Père qui m'a dit d'aller trouver Lexie. Et elle m'a aidée sans poser plus de questions que ça. Elle m'a dit de rentrer chez moi et d'attendre. Au petit matin, juste avant que le jour ne se lève, je l'ai vue arriver avec ma fille, un peu choquée mais souriante. Lexie saignait au niveau de son avant- bras et portait des traces de lutte sur le visage.
       Et depuis vous lui servez des verres de lait et des tartines à chaque fois qu'elle vient.
       C'est ce qu'elle préfère.
       C'était il y a combien de temps ?
       Trois ans.
       Elle a cherché à vous faire oublier ?
       Non, car c'est moi qui suis allée demander son aide.
       Et votre fille ?
       Elle a oublié.
       Vous connaissez les Cahomnoires ?
       Je connais Lexie. »
 
J’ai hoché la tête pour dire que j’avais compris l’allusion et que nous étions sur la même longueur d’onde
 
 
Sans me demander, Margarett m'a servi un verre de lait et une assiette de tartines. On a discuté encore un peu. Je l'ai aidée pour le service de midi plus par jeu que par besoin. J'ai toujours voulu travailler dans un pub. Je ne sais pas pourquoi, l'ambiance, les rires, les gens…
Il était plus de trois heures quand je suis rentrée chez grand père. Il m'a prévenue qu'une lettre était arrivée pour moi. Je l'ai ouverte et j'ai trouvé dedans ce que j'attendais, l'acceptation de mon bail. J'ai mon appartement. Alors que je dansais au milieu du salon, Grand Père m'a regardée d'un œil mi-amusé, mi-interrogatif.
 
J'ai passé le reste de l'après midi à travailler quand même un peu mes cours - si je veux mener à bien mon projet à la rentrée, il va falloir que je cartonne au premier semestre. Maintenant il est 23 heures et je vais enfin me coucher.
-
 
A 2 heures du matin, une main s'est posée sur ma bouche, me réveillant en sursaut. Alors que je cherchais à hurler et à me débattre, j'ai vu deux éclats qui me regardaient, une lueur est apparue, a grandi et une voix a chuchoté.
 
« Chut, n'ai pas peur c'est moi. »
 
Le visage de Lexie est apparu grâce à la boule de lumière qui brillait dans sa main.
 
« Qu'est ce qui se passe ? J'ai demandé, pas vraiment remise de ma frayeur.
       J'ai besoin de ton aide.
       Tu as besoin de moi ? Cette fois j'étais remise, mais surprise.
       Oui. Habille-toi et suis-moi.
       On va où ?
       Dans la forêt. »
 
            Je n'étais pas très rassurée mais j'ai sauté dans mon jeans, enfilé un pull et mes baskets. Elle m'attendait déjà dehors. Je me suis cognée contre la table basse. Je ne vois pas dans le noir moi !
 
 Dehors il faisait nuit noire, pas de lune et je n'aime pas ça. Lexie courait devant.
 
« Lexie attend, je ne vois pas vraiment où je mets les pieds et tu vas trop vite ! » Je lui ai crié, essoufflée.
 
            Elle s'est retournée et une nouvelle boule de lumière blanche apparut et se dirigea vers moi. Elle s'arrêta et sembla attendre.
 
« Avance, elle précèdera tes pas. »
 
            Et elle est repartie en courant. J'ai hésité puis l'ai suivie et, en effet, la lueur éclairait mon chemin. On s'est enfoncées dans une partie de la forêt que je ne connaissais pas. J'avais la désagréable impression qu'on nous observait. Elle s'est arrêtée d'un coup et j'ai failli lui rentrer dedans. J'ai regardé par-dessus son épaule et dans une trouée dans la forêt il y avait un petit feu de bois autour duquel étaient regroupés… Quoi au juste ? Des gnomes ? Elle s'est approchée, ils avaient l'air terrorisé.
 
« Ne vous inquiétez pas, elle est là pour nous aider, les rassura-t-elle immédiatement.
       Tu es sûre ? Elle ne va pas parler ? S'enquit un des petits êtres.
       Non, fais-moi confiance.
       On te fait tous confiance. »
 
Je leur ai dit bonsoir, puis voyant un tout petit, sûrement un enfant, se cacher derrière l'ample jupe de sa mère, j'ai ajouté : « N'ayez crainte, je ne dirai rien sur vous. »
 
Lexie était en train de préparer quelque chose, je me suis tournée vers elle :
 « Lexie ? Qu'est ce que je dois faire ?
       Ils sont en danger s'ils restent ici, on n’a pas beaucoup de temps pour les mettre à l’abri. Ils vont monter dans ces boîtes en bois et on va les transporter.
       Ils sont combien ?
       Beaucoup. »
 
Elle a sifflé 3 fois et plein de petits êtres sont sortis de partout et sont montés dans les caisses.
 
« Léa, on ne doit pas traîner, c'est pour ça que je suis venue te chercher, je n'avais pas le temps de faire deux voyages.
       Pas de problème, je te suis. »
 
J'ai ramassé une des caisses pendant qu'elle en accrochait une autre dans son dos grâce à des sangles et prenait la dernière dans ses bras. Tous les habitants de mon paquet me regardaient comme si j'étais une extraterrestre. Ils devaient en fait penser la même chose que moi à leur sujet mais eux ont un avantage sur moi, ils ont déjà vu une humaine puisqu'ils connaissent Lexie. Mais Lexie n'est peut-être pas humaine après tout et... Arrêteeeeeeeeeeee Léa ! Lexie est humaine comme toi, enfin presque comme toi.
On a traversé une rivière, escaladé une colline, redescendu de l'autre côté, traversé une forêt et enfin dans une clairière elle s'est arrêtée. Je n'en pouvais plus. Elle a posé son chargement. Les petits êtres sont sortis et comme s'ils avaient l'habitude, ils sont directement allés vers certains arbres et bosquets.
 
« C'est bon, ils sont en sécurité, on peut rentrer. »
 
            Rentrer, encore marcher ? A ce moment-là je commençais presque à regretter mon lit.
 
« Léa.
 
            Rien que de l'entendre prononcer mon prénom m'a redonné des forces.
 
       Oui ?
       Tu ne dois parler de ça à personne. Ni du lieu, ni des personnes.
       Lexie, je ne sais même pas où nous sommes ! Si tu me laissais là, je serais incapable de rentrer au village. Et puis je ne sais pas qui ils sont. »
 
            La petite lueur flotta entre nous deux et - était-ce un sourire sur ses lèvres ? On dirait bien.
 
« On rentre ? Le jour ne va pas tarder à se lever.
       Je te suis. Mais on peut aller moins vite s'il te plaît ? J'ai demandé.
       Tu manques d'exercices "cailín ó an baile mór"
       Qu'est- ce que ça veut dire ?
       "Fille de la ville". »
 
            Le silence retomba entre nous mais il n'avait rien de pesant, je marchai à ses côtés tranquillement. Enfin, j'aperçus les lueurs de sa maison.
 
« Tu n'éteins jamais quand tu sors ?
       Éteindre quoi ?
       La lumière.
       Pour cela il faudrait un interrupteur. »
 
            Elle a poussé la porte et m'a fait signe d'entrer.
 
« Prend une chaise. Tu veux un chocolat chaud ?
       Si tu ne l'arroses pas de ta potion d'oubli je veux bien. Et puis après il faudra que je rentre, Grand père risque de s'inquiéter.
       Ton Grand Père sait où tu es, aucun souci.
       Comment ?
       Il a été prévenu.
       Comment ?
       Tu ne peux pas tout savoir Léa.
 
            Je me suis approchée d'elle dans son dos pendant qu'elle préparait notre breuvage.
 
« Tu peux-
 
            Elle a dit ça en se retournant, je ne m'y attendais pas si bien qu'on s'est rentrées dedans et… Ai-je rêvé ? Est-ce arrivé ? Nos lèvres se sont-elles vraiment touchées ?
 
 -rester dormir ici si tu veux. »
 
            Elle m'a regardée de son regard normal, sans bouger.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 23 Oct 2016 - 23:43

Jeudi 4 aout / Déardaoin  4 Lúnasa
 
Un bruit étrange m'a réveillé, une odeur de pain chaud est arrivée à mes narines, j'ai ouvert les yeux, déconcertée un instant de ne pas me trouver dans le canapé de Grand Père. Et puis je me suis souvenu : la nuit dans la forêt, le chocolat chaud, ses lèvres…Ses lèvres, oui.
Juste après, elle avait fait comme si de rien n'était, buvant son mug. J'avais fais de même, elle m'avait prêté un pyjama, m'avait offert son lit, je m'y étais allongée, elle s'était assise au bord du matelas, j'avais essayé de garder les yeux ouverts mais je n'y été pas arrivée, et alors que je m'endormais je l'avais bien sentie m'embrasser sur le front et dire :
 
            "Fais de beaux rêves Léa."
 
Je ne me souviens pas de mon rêve après ça, mais il était apaisant.
 
Je me suis levée et  j'ai suivi le bruit et l'odeur. J'ai découvert Lexie en train de jouer de la batterie sur les casseroles accrochées au mur, accompagnant la musique qui ne venait de nulle part, tout en surveillant des œufs qui cuisaient dans une poêle.
 
« Bonjour.
       Oh bonjour, a-t-elle répondu en arrêtant de taper. Excuse-moi, je ne voulais pas te réveiller. L'habitude de vivre seule. Tu as faim ?
       Heu… Oui.
       Tu aimes les œufs et les tartines ?
       Heu ... Oui.
       Installe-toi, ça arrive !

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 23 Oct 2016 - 23:44

Dimanche 7 aout / Dé domhnaigh 7  Lúnasa
 
            Il pleut à torrent depuis 2 jours, je suis à l'église avec Grand Père et j'ai du mal à tenir en place. Le sermon est interminable ce matin. Et bla bla bla, il ne faut pas… et bla bla bla, la tentation… bla bla bla, le péché… bla bla bla. Quelqu'un devrait lui dire que l'on ne sacrifie plus de vierge au dieu soleil, que la terre n'est pas plate et que le ciel ne va pas nous tomber sur la tête. Les grenouilles de bénitier sont bien rangées au premier rang. Par contre Margarett n'est pas là, elle en a de la chance ! Je soupire bruyamment je suppose car Grand Père me met un coup de coude. Je n'attends qu'une seule chose : que ce soit fini. J'ai autre chose à faire. Je dois retrouver Lexie. Elle m'attendra à la croisée des chemins à la pointe nord du lac. Depuis notre sauvetage des gnomes en pleine nuit, je passe plus de temps avec elle. Elle m'accepte à ses côtés, comme si j'avais passé et réussi un test. Elle m'apprend des choses sur la nature, la vie, elle me dévoile un peu de son monde. J'ai fait la connaissance d'un buisson farceur, on est allées rendre visite à Scotty, je l'ai écoutée parler à la forêt. En fait, je l'ai regardée vivre et c'était agréable.
 
-
 
            Quand le blablateur en a enfin eu fini, Grand père m'a fait comprendre que je pouvais filer. Et je ne me suis pas faite prier. Avant que les grenouilles aient eu le temps de s'insurger j'étais déjà à la sortie du village. La pluie qui tombait fort quand on était entré pour l'office avait miraculeusement cessé. Est-ce un de tes tours de magie, Lexie, parce que je venais te voir ou une coïncidence ? Je me suis retenue de courir, bien que j'en avais très envie. Alors que la pointe nord du lac s'avançait vers moi, je l'ai vue assise sur un rocher. Il faudra un jour que je lui demande pourquoi elle se perche comme ça. Elle était en tailleur, les yeux fermés, le vent soulevait ses cheveux sur sa nuque. Je l'ai regardée, fascinée. Il se dégage toujours d'elle quelque chose que j'aurais bien du mal à expliquer, mais je vais tout de même essayer. Il émane d'elle un mélange de force et de réserve comme cette expression : "Une main de fer dans un gant de velours". Il semble y avoir tant de souffrance enfermée dans son cœur, bien plus ancienne que son existence comme un héritage inoubliable.
 
            En la regardant je me demande souvent : à quoi pense-t-elle quand elle fait ça ? Qu'entend-elle ? Qui écoute-t-elle ?
 
« Bonjour Léa, a-t-elle dit, interrompant mes pensées avec sa manière de prononcer mon prénom qui me fait frissonner.
       Bonjour Lexie.
       Le sermon était bien ?
       Pas vraiment écouté.
       Tu veux entendre un autre discours ?
       S'il est aussi barbant que le dernier pas vraiment.
       Aucun risque. »
 
            Comme à son habitude, elle a sauté pour me rejoindre, elle s'est approchée de moi et son regard a changé, elle le fait naturellement sans que je n'ai besoin de lui demander. Alors que l'on traversait les tourbières, je n'ai pu m'empêcher de lui poser la question qui me brûlait les lèvres depuis plusieurs jours.
 
« Pourquoi ?
       Pourquoi quoi ?
       Pourquoi tu as changé à mon égard ?
       Tu n'aimes pas ? Tu préférais comme c'était avant ?
       Non, non mais je voudrais comprendre.
       Tu es venue me demander de l'aide. Et quand je suis venue t'en demander à mon tour tu as répondu présente sans poser de questions, sans trahir le secret.
       Il fallait juste que je te demande de l'aide ?
       De l'aide pour quelqu'un d'autre. Cette nuit-là, tu n'es pas venue pour toi, tu es venue pour ton grand-père. Comme Margarett est venue pour sa fille. Tu n'as pas hésité à courir sous la pluie sans savoir si tu allais me trouver. Mais tu l'as fait. Tu as sans le savoir répondu à la question.
       Quelle question ?
       Celle sur tes intentions.
       Oh.
       Souviens-toi de ça. Dans mon monde, il existe des règles bien plus vieilles que toi et moi. Ne t'amuse pas à aller à leur encontre sinon…
       Sinon ?
       L'histoire finira mal.
       Pour qui ?
       Toi, moi, peut-être d'autres. Chaque chose en entraîne une autre. Tu connais la théorie des dominos ?
       Oui.
       Alors regarde, écoute mais n'interviens jamais sauf si je te le demande. Je n'interviens dans ton monde que si on me le demande. Tu n'interviens dans mon monde que si quelqu'un de mon monde te le demande. Compris ?
       Oui.
       Bien. Viens, suis-moi. »
 
            Elle a frappé trois coups rapides puis deux lents sur l'écorce d'un chêne.
 
« Donne-moi ta main. »
 
            J'ai posé ma main dans la sienne et je me suis sentie me dissoudre pour me reconstituer dans une salle au plafond de pierre. J'avais la tête qui tournait un peu.
 
« Où sommes-nous ?
       Dans leur "église". Regarde et écoute. »
 
            De la musique se mit à retentir, gaie, joyeuse, entraînante et de partout des hommes, des femmes, des enfants arrivaient et se mettaient à danser. J'ai reconnu Scotty et ce qui m'a frappée tout de suite c'est que je faisais la même taille que tous ces gens. Scotty n'était plus tout petit, il avait la taille normale d'un enfant.
 
« Lexie, je ne comprends pas.
       Ne t'inquiète pas. Sortie d'ici tu reprendras ta taille d'humaine. Profite, c'est un honneur d'être ici.
       Ok.
       Tu veux danser ?
       Je ne suis pas sure de savoir.
       Laisse-toi guider.
       Par toi ?
       Par la musique et la magie. »
 
            Et je me suis laissée entraîner par la musique, par la magie et par elle. Elle avait des faux airs de gamine insouciante ici. Comme si le fait d'être de la même taille que ce peuple réduisait le poids qui pesait sur ses épaules. J'ai bu leur bière, plutôt costaude, qui fait vite tourner la tête. Sailbheastar (je crois que c'est le chef) m'a raconté une histoire de bataille contre - je n'ai pas compris qui - mais il faut dire que je n'écoutais pas vraiment. Je regardais Lexie jouer à un dérivé de Pierre/feuille/puit/ciseaux avec Scotty. J'ai vu une jeune femme arriver dans son dos et passer ses bras autour de ses épaules et là mon compteur jalousie est passé au rouge. J'ai planté Sailbheastar et suis allée rejoindre le trio.
 
« Tiens Léa, je te présente Brídín. »
 
            Et elle dit ça tout naturellement, sans la moindre gêne que cette fille ait les mains sur ses épaules.
 
« C'est la grande sœur de Scotty, a-t-elle précisé.
       Enchantée, j'ai répondu, glaciale. »
 
            Comme si elle sentait quelque chose Lexie a fait signe à Scotty et Brídín de nous laisser.
 
« Qu'est ce qui se passe ?
       Rien. »
 
            Elle a changé son regard et j'ai ressenti à nouveau ce sentiment qu'elle lisait en moi.
 
« Arrête. Arrête de faire ça. Tu ne peux pas lire en moi comme ça sans mon accord.
       Je ne lis pas en toi.
       Si, c'est ce que je ressens. »
 
            Elle a attrapé ma main et m'a entraînée à l'écart. Elle s'est retournée et a lancé
 
" Slán agus Beannacht"
 
            Et elle a frappé sur la roche toujours en tenant ma main. Nous nous sommes retrouvées devant le chêne et j'ai repris ma taille normale.
 
« Bon, tu m'expliques ?
       Je n'ai rien à expliquer, je me suis entêtée.
       Pourquoi tu lui en veux ? Tu ne la connais pas.
 
            Elle avait toujours son regard de lune.
 
« Change ton regard.
       Non. »
 
            Je lui ai tourné le dos. Je ne voulais pas qu'elle puisse lire en moi. J'ai pris une grande inspiration et lui ai posé la question.
 
« Il y a quelque chose entre vous deux ?
       Avec Brídín ? T'es dingue.
       Ce n’est pas ce que ça montrait.
       Ils ne sont pas comme vous, régis par les mêmes lois de rigidité affective.
Cette fois j'étais en colère.
       Rigidité affective ? C'est toi qui ose dire ça ! Toi qui ne dis rien, qui ne montres rien face aux gens comme nous ! Et je suis quoi pour toi, une autre race, un autre peuple à protéger ou bien à écraser de ton mépris car nous ne sommes pas parfaits ? Oui nous ne sommes pas parfaits mais au moins nous vivons alors que toi tu es seule dans ton monde. Si tu les aimes tant que ça reste dans cette grotte à leur taille. Dans le rêve, tu disais éprouver quelque chose pour moi. C'était qu'un rêve, je le sais, et ça me rend dingue. Alors maintenant explique moi comment je rentre chez Grand Père.
       Je ne t'écrase pas de mon mépris. Je te protège. »
 
            La colère faisant faire des choses que l'on n'aurait pas fait en temps ordinaire, je me suis approchée d'elle, elle a reculé mais j'ai continué. J'ai fais tout mon possible pour résister à son regard. Elle a été arrêtée par le tronc du chêne. J'ai attrapé les passants de ceinture de son pantalon et l'ai attirée vers moi. J'ai plaqué mes lèvres sur les siennes. Elle a eu un mouvement de recul que j'ai accompagné et au moment où j'ai senti qu'elle s'abandonnait je l'ai repoussée.
 
« Je n'ai pas besoin que tu me protèges. »
 
            Et je lui ai tourné le dos sans la regarder. J'ai pris le chemin et, arrivée à une fourchette, je me suis rendue compte que j'ignorais lequel je devais choisir. A ce moment-là, j'ai eu l'impression qu'une voix me chuchotait à l'oreille.
 
                        "Celui de gauche."
 
            C'était sa voix, un peu voilée mais sa voix.

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Mack
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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 23 Oct 2016 - 23:52

Mercredi 10 août / Céadaoin 10 Lúnasa
 
            Les cloches de l'église viennent de sonner sept heures du soir. Cela fait trois jours que je n'ai pas de nouvelles de Lexie. Avec le recul, je me rends bien compte que ma réaction était stupide mais personne n'a jamais dit que la jalousie faisait faire des choses intelligentes. Ce qui me tue c'est que je ne sais pas pourquoi j'ai réagi comme ça, enfin si je sais mais… D'habitude je sais maîtriser mes émotions. Ce que je ne m'explique pas ce sont mes gestes et ce baiser ; mais je n’étais pas dingue de lui rouler un patin comme ça, sans aucune autre forme de tendresse ou de romantisme ou… d'amour ? C'est elle qui provoque ça. J'ai l'impression qu'en sa présence tout est plus exacerbé, amplifié, galvanisé, surmultiplié, plus "violent"…
 
Un pas en avant trois en arrière.
 
Je vais aller au pub pour me changer les idées et sortir de mes livres. Et puis de toute façon, je dois envoyer un mail à la fac pour leur donner ma réponse. Je vais aller noyer ma colère contre moi-même dans… Quoi ? Un verre de lait ? Non, une bonne bière bien fraîche.
 
-
 
            Alors que j'étais devant l'ordinateur, en train de surfer sur divers sites, le volume des conversations dans mon dos est monté de plus en plus. D'un seul coup, j'ai vu tous les hommes sortir. Je me suis approchée du comptoir et de Margarett.
 
« Qu'est-ce qui leur arrive ?
       Le fils des Bradford a disparu.
       Depuis quand ?
       Il n'est pas revenu de sa promenade vers le lac.
       Ils sont tous partis à sa recherche.
       Oui.
       Ils ne vont pas s'en prendre à…
       Pour ça, il faudrait qu'ils la trouvent déjà.
       Je peux faire quelque chose ?
       Tu sais parfaitement quoi faire. »
 
            Je lui ai souri et je suis sortie, prenant la direction du lac. J'appréhendais de ne pas trouver sa maison car il ne pleuvait pas et qu'elle n'était pas avec moi. Mais comme elle l'a dit les choses ont changées car je l'ai vue au bout de son chemin de terre protégé par les arbres. La porte s'est ouverte toute seule. Je suis entrée, l'appelant, je suis allée dans la chambre. Personne. J'ai décidé de l'attendre un moment.
            J'étais assise à la table en train de feuilleter le livre posé sur celle-ci, quand j'ai entendu dans mon dos.
 
« Que me vaut ta visite ? »
 
Je lui ai fait face.
 
« Je suis venue te dire que le fils Bradford a disparu. Et que tous les hommes du village le cherchent.
       C'était donc ça. "Ils" ont essayé de me dire quelque chose mais c'était incompréhensible et décousu.
       Qui ça "Ils".
       Léa.
       Je sais, tu ne peux pas me le dire. Que vas-tu faire ? »
 
« Léa que fais-tu là ? »
 
Je me suis retournée d'un bloc en entendant cette voix masculine, pour m'apercevoir que j'étais dans la clairière mais que la maison de Lexie n'était plus là. Il se passait quoi, là, bordel ?! J'étais face au groupe de recherche du village.
 
« Heu… Ben… Je cherche Coilín, j'ai réussi à balbutier.
       Rentre chez ton Grand Père. Les bois ne sont pas sûrs pour une jeune fille.
       Je vais y penser. Bonne chance. »
 
Ils ont continué leur chemin et comme par magie la maison est réapparue autour de moi.
 
« Tu m'expliques là ?
       Je t'explique quoi ?
       Ta maison, pourquoi toi et elle avez disparu et pas moi.
       C'est son mode de protection. Elle disparaît quand des gens mal-intentionnés s'en approchent.
       Pourquoi tu as disparu toi aussi ?
       Parce que c'est logique.
       Si c'est logique, pourquoi moi je n’ai pas disparu ?
       Parce que tu ne fais pas partie de la maison.
       Parce que je ne fais pas partie de la maison ? Et si ça s'était produit la nuit, quand j'ai dormi dans ton lit, je me serais retrouvée allongée sur la mousse ?
       Non car tu portais mes vêtements, la maison t'aurait assimilée à moi, expliqua-t-elle d'un ton patient comme si tout cela était infiniment raisonnable.
       Cool. Vraiment super. Ton monde est dingue.
       Je sais.
       Et tu vas faire quoi maintenant ?
       Partir à sa recherche. Je crois savoir où il est.
       Je peux venir avec toi ?
       Non tu restes là ou tu retournes chez ton Grand Père.
       Pourquoi ?
       C'est trop dangereux.
       Pour moi oui mais pas pour toi, c'est ça ?
       C'est ça. »
 
            J'allais protester encore mais elle ne m'en a pas laissé le temps. Elle a attrapé son sac qu'elle a passé autour de son cou et de son épaule et est sortie. Si elle croyait que j'allais faire ce qu'elle disait elle se mettait le doigt dans l'œil et jusqu'au coude.
 
            Je l'ai suivie discrètement. On a traversé une rivière, une forêt, une partie des tourbières. Et je dois l'avouer j'étais morte de trouille. Alors qu'elle avait déjà traversé la clairière et que je n'en étais qu'au milieu j'ai entendu un grognement dans mon dos. Je me suis retournée, pétrifiée. Face à moi les buissons bougeaient. Quelque chose allait sortir. Une main s'est plaquée sur ma bouche, ce qui étouffa mon cri.
 
« Chut, ne dis plus rien et ne bouge pas. »
 
C'était elle. Elle m'a tenue serrée contre elle, mon dos plaqué contre sa poitrine. Je sentais son souffle à mon oreille. Des buissons sont sortis un autre groupe de recherche. Ils ont marché tout droit, droit sur nous. Je voulais bouger mais elle m'en empêchait. Mon esprit n'arrêtait pas de se répéter ils vont nous marcher dessus c’est pas possible ! Mais ils ne nous voient pas ou quoi, leur lampe éclaire exactement où l'on est ?! Et là, je n'ai pas vraiment tout compris, ils nous ont traversées, exactement comme si on était des fantômes. C'était une sensation très bizarre. J'ai serré plus fort la main de Lexie que j'avais saisie par réflexe. Quand les hommes se sont éloignés et sont rentrés à nouveau dans la forêt, elle m'a lâchée.
 
« Mais… Mais… Mais qu'est ce qui s'est passé là. Pourquoi ils ne nous ont pas vues ? Pourquoi ils nous ont traversées ?
       Parce que l'on est devenues invisibles.
       Invisible ? Mais comment ?
       Tu recommences à poser trop de questions. Et je t'avais dit de rester à la maison ou de rentrer chez toi.
       Et tu espérais que j'allais t'écouter ?
       Non, c'est pour ça que je te surveille depuis tout à l'heure.
       Tu savais que je te suivais ?
       Tu n'es pas très discrète.
       On fait quoi maintenant ?
       Je suppose que je dois t'emmener avec moi, mais tu dois me promettre de faire ce que je te dis.
       Promis. »
 
Nous avons marché encore un moment puis elle s'est arrêtée à l'entrée d'une grotte.
 
« Tu sais te battre ?
       J'ai quelques notions d'auto-défense.
       Super. Bon écoute, ce que tu vas voir là dedans ne ressemble à rien de ce que tu connais. Ce qui vit là-dedans n'a rien de gentil. Alors tu ne prends pas de risques. Si Coilín est là comme je le suppose, je vais faire diversion et toi tu récupères le gamin et tu sors. C'est bien compris ? Tu ne fais rien d'autre.
       Oui. »
 
Tout s'est alors passé très vite. Au fond de la grotte, il y avait un monstre vraiment impressionnant. Coilín était assis dans un coin, terrorisé, il avait les pieds et les poings attachés. Lexie a fait ce qu'elle avait dit en lui jetant une pierre en pleine tête. Alors qu'il grognait de mécontentement, elle m'a fait signe de récupérer le gamin. Grâce au couteau qu'elle m'avait donné j'ai coupé les cordes et entraîné Coilín vers la sortie mais alors que l'on était presque hors de danger je me suis retournée et j'ai vu le monstre entrain d'étrangler Lexie. J'ai ramassé une pierre et à mon tour lui ai lancée dessus. J'ai moins bien visé, mais cela eu l'avantage de le faire lâcher prise. Mais à présent c'était vers nous qu'il se dirigeait. Coilín s'est caché derrière moi. J'ai commencé à reculer. Alors qu'il tendait son bras pour m'attraper, Lexie lui a sauté sur le dos.
 
« Sors d'ici ! Emmène-le. Allez ! »
 
            Cette fois, je l'ai écoutée et, traînant Coilín, j'ai couru vers notre survie. Je ne fus qu'à moitié étonnée de trouver Grand Père à la sortie.
 
« Grand Père, qu'est-ce que tu fais là ? Comment tu as su ? Elle est dedans, il y a un monstre. Il va la tuer ! Il faut…
       Que tu te calmes et que tu lui fasses confiance. Elle ne t'a pas attendue pour mener ce genre de combat.
       Mais…
       Arrête avec tes mais et tes questions ! »
 
            Je me suis tu et j'ai attendu en croisant les doigts. Le temps m'a semblé long, j'étais glacée de l'intérieur, l'inquiétude me nouait le ventre. Coilín tremblait comme une feuille dans mes bras, le choc sûrement. J'étais à deux doigts de craquer et de retourner dans cette grotte pour la chercher ou au pire pour récupérer son cadavre avant que cette immonde chose ne le dévore.
 
« Arrête de t'inquiéter, la voilà. »
 
            Elle est arrivée en titubant, Grand Père est allé à sa rencontre.
 
« Ca va aller ?
       Oui. Merci d'être venu.
       J'ai beaucoup aimé ton messager.
       Vous devez ramener Coilín chez lui. »
 
            Elle a fouillé dans son sac et en a sortie une fiole.
 
« Faîtes lui boire ça et racontez lui une histoire, qu'il s'est égaré en poursuivant un mouton ou quelque chose du genre, demanda-t-elle à Grand-Père.
       Pas de problème. Tu vas réussir à rentrer ?
       Ne vous inquiétez pas pour moi.
       Lexie, je vais te raccompagner, je suis intervenue.
       Non, va avec ton Grand Père.
       Viens Léa, on perd du temps. »
 
            J'ai donc suivi Grand Père, non sans me retourner une dernière fois avant qu'elle ne disparaisse au détour du chemin.
            Nous avons ramené Coilín chez lui. Grand Père lui a fait boire la fiole et lui a raconté une histoire. Alors que j'allais prendre le chemin de la maison Grand Père m'a arrêtée.
 
« Va chez elle, elle a besoin de toi.
       Comment le sais-tu ?
       Arrête de poser des questions et file ! »
 
            Je l'ai embrassé sur la joue et j'ai repris le chemin du lac.
 
            Je suis le stéréotype même de la fille de la ville : j'ai peur au milieu d'une forêt quand il fait trop sombre, je n'ai pas l'endurance nécessaire pour courir dans les collines toute la nuit, j'ai un sens de l'orientation proche de zéro dans cette région alors que dans n'importe quelle ville je sais me repérer très facilement et depuis que j'ai vu ce truc, tous les bruits d'animaux que j'entends me font penser à des monstres horribles.
 
            Quand j'ai débouché sur le lac, un mauvais pressentiment s'est emparé de moi. Lexie était blessée quand on l'a quittée, elle avait du sang sur ses mains. "Du sang sur les mains "… N'est-ce pas ce que disent les gens du village sur son compte ?
 
J'ignore ce qui m'a poussée à le faire mais je me suis mise à courir. La lune semblait éclairer mon chemin. Les arbres se sont ouverts sur ma gauche alors que j'allais rater le chemin. Étrange ces arbres, ils ne semblaient pas se trouver là un peu plus tôt. Pourquoi auraient-ils bougés à mon arrivée ? La réponse n'a pas tardé à arriver. Lexie était étendue, le dos appuyé contre un rocher, la tête penchée sur le coté, son front reposant contre la pierre. Je me suis jetée à genoux près d'elle. Elle saignait au niveau de son épaule droite, son t-shirt bleu était noir de sang. Elle était très pâle, son souffle était très lent presque inexistant, elle semblait lutter pour rester à demi-consciente.
 
« Lexie ! Répond moi s'il te plaît ! »
 
            Elle a difficilement entrouvert les yeux.
 
« Léa ? M'a-t-elle répondu faiblement. Qu'est-ce que tu fais là ? Retourne chez ton Grand Père.
       C'est ça oui et je te laisse là !
       Ça va aller.
       Oui c'est sûr. Tu perds ton sang et tu fais concurrence à un fantôme avec ta peau presque transparente !
      
       Dis-moi ce que je dois faire.
      
       Lexie ?!
 
            Je l'ai un peu secouée.
 
       La maison… » A t-elle réussi à dire dans un souffle avant de perdre complètement connaissance.
 
            J'ai passé son bras valide autour de mon cou et mon bras autour de sa taille et je l'ai traînée jusqu'à sa maison. J'ai traversé la pièce principale et suis entrée dans sa chambre. Je l'ai déposée sur son lit et, alors que je me retournais pour aller chercher de quoi la soigner, j'ai vu une boule lumineuse arriver droit sur moi et stopper juste à hauteur de mon nez. Ce n'était autre que Chloé.
 
« Qu'est ce que tu lui as fait ? Attaqua-t-elle.
       Moi rien. Je l'ai trouvée comme ça au bout du chemin.
       Elle est blessée. Il faut la soigner.
       C'est bien mon intention. »
 
            Chloé virevoltait partout dans la pièce. Elle marmonnait bon nombre de phrases et quand elle est repassée devant moi j'en saisis une : « Si au moins je savais ce qui lui a fait ça ! 
       C'est un monstre d'environs 2 mètres, je l'ai informée. Le haut du corps lisse comme les fesses d'un bébé et le bas plein de poils, il avait les doigts crochus et était très costaud.
       Oh non pas ça... ! C'est lui qui lui a fait cette blessure ? Avec sa main ?
       Je suppose, je n'ai pas assisté à tout l'affrontement. Pourquoi est-ce si important ?
       Le poison qui se trouve sur ses ongles est mortel pour les femmes de la lignée de Lexie !
       Il y a un antidote ?
       Pas vraiment, mais il y a une potion qui peut aider son corps à lutter.
       Où est-elle ? »
 
            Chloé n'a pas répondu et a foncé vers l'armoire au fond de la pièce, la même d'où Lexie avait sorti les fioles pour Grand Père. Je me suis approchée et j'ai regardé l'alignement de petites bouteilles contenant des liquides de toutes les couleurs. J'ai déchiffré les étiquettes, certaines semblaient très anciennes, écrites à la plume d'une main très sure et d'une calligraphie très belle.
            D'un seul coup je vis Chloé éclater en sanglots.
 
« Chloé, qu'est-ce qui se passe ? La potion n'est pas là ?
       Elle avait dit qu'elle écrirait les couleurs sur les étiquettes... Si elle ne le fait pas comment je peux l'aider et comment je peux savoir ? Elle le savait qu'il fallait le faire sinon je ne peux rien faire moi ! Je ne peux pas deviner…
       Hey, Chloé ? Calme-toi. Explique-moi. Pourquoi devait-elle écrire les couleurs ? Les bouteilles sont transparentes.
       Parce que… Parce que… Elle a reniflé et m'a tourné le dos avant de d'avouer : Je confonds les couleurs.
       Tu es daltonienne ?
       Non. Je confonds les couleurs c'est tout.
       C'est bien ce que je dis tu es dalt… »
 
            Elle s'est mise de nouveau à pleurer à chaudes larmes. J'ai regardé de plus près les fioles et en ai fait tourner une d'un quart de tour. J'ai tapoté avec mon index sur l'épaule de la petite fée.
 
« Chloé, regarde, elle l'a fait. Il faut juste un peu tourner les bouteilles. »
 
            Elle a séché ses larmes et m'a regardée, peu convaincue, avant de s'avancer vers les étagères et de tourner celle posée face à elle. Elle a esquissé un sourire et s'est remise en activité intensive.
 
« Tu cherches quoi ? Je peux t'aider à chercher.
       La potion est bleue, sur l'étiquette il y a écrit "fleur du ciel nocturne". Mais méfies toi, elle existe en vert, jaune et noir aussi. »
 
            Après un inventaire de toutes les fioles on a fini par trouver celle que l'on cherchait. Chloé m'a expliqué la marche à suivre pour utiliser au mieux la potion. Je devais entailler sa peau et verser la moitié du contenu directement dans la plaie. J'ai hésité un instant puis j'ai déchiré le t-shirt de Lexie. Sa blessure m'a donné un haut le cœur. J'ai attrapé le couteau que j'avais pris soin de passer à la flamme. J'ai hésité un peu plus longtemps avant de faire mordre la lame dans sa peau. Elle n'a pas bougé d'un pouce quand j'ai entaillé sa chair. Je tremblais en retirant le couteau. J'ai respiré un grand coup avant de vider le liquide. J'ai senti tout le corps de Lexie réagir comme s'il le prenait pour une attaque. Elle avait l'air de souffrir. Chloé a pris place sur le montant en bois qui forme la tête de lit. Elle a abandonné l'air méprisant qu'elle avait depuis la première fois que je l'ai rencontrée. Nous avons toutes les deux commencé à attendre, espérant de toutes nos forces que ça allait marcher et qu'elle soit assez forte. Je ne savais pas quoi faire, je n'avais jamais été dans cette situation. Veiller quelqu'un, je ne l'avais jamais vraiment fait. Quand Grand Père avait été mal, Lexie avait été là avec moi et je n'avais pas eu peur, ensuite j'avais davantage surveillé Grand Père pour qu'il se repose que parce qu'il était vraiment malade. 
            J'étais sur le point de poser ma tête dans mes mains quand je me suis aperçue qu'elles étaient pleines de sang à leur tour. Son sang. Et je n'ai pas pu le supporter, je me suis levée et je suis allée jusque dans la pièce principale pour me laver les mains et faire disparaître ces traces trop révélatrices de l'état critique de Lexie.
            Alors que je reprenais la direction de la chambre une voix venue de nulle part s'est manifestée.
 
            « Léa ! Léa ! Stop, arrête-toi. Tu vas m'écraser. C'est Scotty. Je suis par terre. Juste devant tes pieds. »
 
            Je me suis arrêtée net et j'ai regardé vers le sol. Il était là, le petit Leprechaun au costume vert avec cette fois une petite veste de tweed par-dessus. Je me suis penchée et comme j'avais vu Lexie le faire je lui ai présentée ma paume ouverte. Il est monté et s'est accroché à mon pouce.
 
« Bonjour Scotty.
       Bonjour Léa. Je suis venu dès que j'ai su mais le chemin était long.
       Je comprends.
       Comment elle va ?
       Elle se bat.
       Elle est très malade ?
       Oui.
 
            Le regard du petit bonhomme s'est noyé de larmes.
 
       Elle ne va pas… Elle ne va pas… Elle ne va pas mourir dis ?
       J'espère que non. De tout mon cœur j'espère que non. »
 
            Nous étions trois à présent à veiller sur elle : une fée, un Leprechaun et une humaine. Nous étions trois mais nous étions seuls. J'aurais voulu consoler Scotty mais comment console-t-on un petit homme pas plus grand qu'une pomme ? Et Chloé ? J'ai lu que les fées étaient dénuées de sentiments mais à la vue de son visage cela semble faux. La seule chose qui réunissait nos mondes était peut-être en train de mourir sur ce lit.
            Je ne pouvais plus rester assise sur cette chaise à réciter toutes les prières que je connaissais et toutes celles que j'inventais. Je me suis levée et, comme Scotty qui faisait les cent pas sur le lit et Chloé qui faisait les mille coups d'ailes au-dessus, moi j'ai fait les cent pas sur le plancher. J'ai enfilé des vêtements de Lexie pour parer à l'éventualité que la maison disparaisse sans moi. 
Sur son bureau, il y avait un livre. Sur la couverture était écrit :
 
"La VIE DE LEXIE"
 
            J'ai hésité un moment. Je n'avais sûrement pas le droit de le lire mais cette nuit je n'avais pas envie d'être raisonnable. Je l'ai ouvert et je n'ai pas été surprise de ne trouver que des pages blanches. Je l'ai reposé et j'ai pris celui juste en-dessous. Celui-ci ressemblait à un album-photos mais dedans ce n'était pas des photos mais des lieux, des gens. Les images semblaient peintes directement sur le papier. Est-ce qu'elles ont toutes un rapport avec Lexie ? J'ai refermé le livre et l'ai reposé sur le bureau. Même ma curiosité légendaire semblait en berne.
            Je suis retournée vers le lit, il était temps de passer à la troisième étape. Son front était moite et brûlant de fièvre. J'ai posé ma main sur sa nuque et ai soulevé sa tête pour lui faire boire le reste de la bouteille. Alors que j'épongeais son front, je ne pus me retenir de poser mes lèvres sur les siennes. Elles étaient brûlantes.
 
Je me suis allongée à ses côtés, Chloé s'est endormie sur l'étagère au-dessus du lit et Scotty s’est installé sur l'oreiller à sa droite. Blotti sous sa petite couverture lui aussi attend. Il attend un signe de vie de son amie. J'ai glissé ma main dans celle de Lexie et je la serre un peu comme pour lui transmettre la force qui pourrait lui manquer. Pour la première fois de ma vie j'éprouve vraiment de la peur, la peur panique de la perdre. Un jour je comprendrai pourquoi j'ai ce sentiment envers elle. Celui de l'avoir chercher depuis longtemps, depuis très longtemps. J'ai un étrange sentiment de déjà vu et de déjà vécu. Un autre décor, une autre époque mais nous deux toujours semblables.

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Mack
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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 20 Nov 2016 - 19:57

Jeudi 11 août / Déardaoin 11 Lúnasa
 
            Ce matin est venu avec une mauvaise nouvelle, son corps froid, ses lèvres glacées. Est-ce ça qui m'a réveillée, le froid ? Le soleil n'est pas là, de la fenêtre la forêt semble fânée. Scotty pleure toutes les larmes de son corps, Chloé est éteinte et je me sens vide. J'ai essayé de secouer Lexie, de la réanimer, chose inutile mais je me sens tellement inutile. Tu as sauvé Grand Père et moi je suis incapable de te sauver. Je voulais connaître ton monde. Je n'avais pas compris que tu voulais me protéger de ça. Tu ne me montrais que les choses belles et sympathiques. Tu disais que c'était dangereux, je ne voulais pas te croire. Et si ça se trouve c'est moi qui t'ai tuée. Je n'ai pas écouté ce que tu m'as dit. Je ne suis pas sortie comme tu me l'avais demandé. Et c'est de ma faute si le monstre t'a eue. Je ne savais pas. Pardonne-moi Lexie.
Je tenais toujours sa main je ne pouvais me résoudre à la lâcher, à l'abandonner. Du lac me venait des sons. Je suis allée voir.
 
-
 
Je suis sortie. Le ciel était plombé, noir d'une tempête proche. Ce que j'avais entendu, c'était des sanglots. Une famille de petits êtres se tenait les mains. La plus petite d'entre eux serrait contre elle une poupée qui épongeait ses larmes. De l'eau montait des plaintes, du grave à l'aiguë. De partout des exclamations de désespoirs me provenaient. C'était comme si la  terre elle-même se déchirait. Comme si son monde entier pleurait sa protectrice disparue. J'ai eu l'impression d'entendre des cloches sonner. Pas celles de l'église, d'autres, une autre musique. D'abord faiblement puis de plus en plus forte, un crescendo, une course folle, un envol, un envol !
Et puis d'un seul coup, le silence. Plus rien. La terre s'est tue pour laisser gronder le ciel. La pluie s'est mise à tomber, les éclairs à zébrer le décor gris jusqu'au sol. Le tonnerre grondait, sa colère me rendant sourde l'espace d'un instant. Et brusquement j'ai l'impression que l'on m'arrachait le cœur de la poitrine. J'ai couru vers la maison mais il n'y avait plus rien. Plus de chemin, plus de maison, juste de la mousse, des feuilles, de la terre, des arbres mais plus de traces de Lexie. Je suis tombée à genoux là où aurait du être sa chambre. J'ai laissé la pluie me mouiller, détremper ses vêtements que je portais encore, noyer ma peine, ma douleur et mon chagrin. J'aurais voulu me dissoudre pour faire partie de la terre qu'elle a protégée. Je n'avais même plus la force de hurler mon dégoût de la vie, je me contentais juste de pleurer en répétant inlassablement :
 
                        "Non, non, non, non, non…"
 
"NON"! Je me suis réveillée en sursaut. Il faisait jour mais pas froid. Le soleil était là. Les branches des arbres bruissaient tout doucement. A côté de moi, il n'y avait plus personne mis à part Scotty qui dormait toujours sous sa petite couverture. Rêvais-je encore ou bien étais-je vraiment réveillée ?
Avait-elle déjà disparu comme dans mon précédent rêve ? Etait-elle morte ? Les questions tournaient dans ma tête. Je voulais me lever pour la chercher mais je me sentais tellement lasse. C'était comme si je n'avais plus d'énergie. Scotty avaient l'air amorphe aussi. Je me suis frottée les yeux.
A côté de moi, Scotty s'étira sous sa couverture. En bougeant, il glissa et roula en bas de l'oreiller. Pas préparé à un tel réveil le petit bonhomme se retrouva tout retourné. J'ai presque eu envie de sourire.
 
«  Bonjour Scotty, lui ai-je dit. »
 
            Il essayait de se remettre d'aplomb mais tout entortillé dans sa couverture il avait du mal.
 
«  Bonjour Léa. »
 
            Je l'ai aidé un petit peu. Il s’est mis debout et sembla s'apercevoir que Lexie n'était pas là.
 
«  Mais… Mais… Mais… Elle est où ? 
       Je ne sais pas. »
 
            Son visage était tout paniqué.
 
«  Elle ne peut pas être morte. Ce n'est pas possible. Qui va nous protéger ? Qui veillera sur moi ? »
 
            Il pleurait maintenant comme dans mon rêve. Et alors que je voulais le consoler, je m'aperçus que je pleurais aussi. Des larmes coulaient sur mes joues. Sans que je puisse les retenir.
 
"Qu'est-ce qui vous arrive tous les deux ? Quelqu'un est mort ?"
 
            Cette voix ! C'était la sienne. Je me suis retournée vers la porte et elle était là, debout dans un t-shirt blanc immaculé, son demi sourire sur les lèvres. Dans ma panique de ne pas la voir dans le lit, je n’avais même pas fait attention que Chloé n’était plus là. Mais la priorité n’était pas la fée à cet instant.  Je me suis levée et je suis allée vers elle. Comme pour me persuader qu'elle était bien là, j'ai avancé ma main jusqu'à la toucher. Mes doigts ont frôlé son ventre. Sa peau était chaude à travers le tissu et l'air semblait vibrer autour d'elle.
 
« Pourquoi tu me regarde comme ça ? me demanda-t-elle étonnée. 
       Pourquoi je te regarde comme ça ? Tu oses poser la question ?
Je n’en croyais pas mes oreilles.
       Ben oui. Tu me regarde comme si j’étais un fantôme.
       Tu le fais exprès ?
       Non. »
 
            Le pire était qu'elle semble sérieuse mais elle est tellement forte pour jouer. Alors j’ai décidé d'agir. Elle m'a fait la peur de ma vie et maintenant elle se moquait. Elle allait voir.  Elle avait toujours son regard interrogateur sur moi. J’ai levé ma main et tapé en plein sur sa blessure. Je sais ce n'était pas très sympa. Mais elle ne broncha pas et me regarda encore plus étonnée.
 
« Qu'est-ce qui t'arrive ? »
 
            Je ne lui ai pas répondu. J’ai attrapé son t-shirt et j’ai commencé à lui enlever.
 
« Hey ! Ho, ho ! On se calme là. »
 
            Elle me repoussa en me tenant les bras.
 
«  Tu m'expliques. »
 
            Je lui racontais tout mais plus je parlais moins elle avait l’air de savoir de quoi je parlais.
 
«  Tu ne te souviens de rien ?  Vraiment ?
       Oui. La dernière chose dont je me souvienne avant mon réveil de ce matin c’est ton arrivée hier.
       Et au milieu ?
       Rien. Le trou noir. Quand je me suis réveillée à tes côtés avec Scotty sur mon oreiller, je me suis posée des questions. Mais au final je me suis dit que les réponses arriveraient d’elles même.
       Mais ta blessure, tu devrais avoir mal normalement. »
 
            Et là, à ma grande surprise, je l’ai vue ôter son t-shirt.
 
« J’étais blessée où ? »
 
            Je lui ai indiqué son épaule gauche. La seule trace que je pouvais voir était une ligne blanche représentant le chemin de l’entaille que la lame avait fait dans sa chair. Je la suivis de mon doigt.
 
«  Tu ne sens rien ?
       Si mais pas ce à quoi tu penses. »
 
            J’allais lui répondre mais une petite voix nous a interrompues. 
 
«  T’es vivante ! T’es vivante ! T’es pas morte ? Hein dis t’es pas morte ? s’exclamait Scotty. »
 
Elle se pencha pour ramasser Scotty au sol.
 
« Non tu vois je vais bien.
       Tu as encore oublié ? demanda le Leprechaun.
       On dirait bien.
       Tu oublies souvent ? je demandais à mon tour.
       Parfois. Mais j’ai un moyen de me rappeler. Viens.
 
            Elle est allée jusqu’à son bureau. Elle n’avait pas ré-enfilé son t-shirt et lorsqu’elle me tourna le dos, je pouvais à nouveau voir le dessin qui y était représenté. Certaines zones m’étaient cachées par la brassière qu’elle portait. Elle posa Scotty sur le plateau en bois et se saisit de l’album photo que j’avais ouvert la veille. Elle tourna les pages et s’arrêta sur la dernière photographie. Dessus il y avait Lexie et moi à l’entrée de la grotte. Dire que j’étais étonnée était un euphémisme. Elle saisit ma main et l’image se mit à bouger. Nos personnages commencèrent à se mouvoir.
 
«  On dirait comme dans Harry Potter. Je me suis exclamée »
       Tu sais Léa tout n’est pas toujours inventé. Il y a toujours une part de vrai  dans les contes et les légendes.
            Le film du combat se déroulait sur le papier. Je vis le moment où le monstre l’avait blessée, c’était juste après ma sortie. Je voulais détourner les yeux mais je n’y arrivais pas. Je serrai plus fort sa main quand elle assomma son adversaire.
 
«  Il n’est pas mort ? demandais-je pleine d’espoir.
       Non.
       ça veut dire qu’il recommencera ?
       Pas tout de suite.
       Tu devras à nouveau l’affronter ?
       Pas tout de suite.
 
            Elle m’a souri. De ce sourire qui m’agace car il veut dire que rien n’est grave, ni important et que l’on verra plus tard. Sur la page de gauche, une autre photo s’était mise à bouger et ce qu’elle dépeignait était très intéressant. J’étais en train de me voir avec Lexie dans un lit… Et j’étais loin de dormir.
 
« Lexie, ton livre ne montre que ce qui s’est déjà passé ou bien il montre aussi ce qu’il va se passer ?
       Que ce qui s’est déjà produit. Pourquoi ? »
 
            Je lui ai indiqué la photo en question en lui disant.
 
«  Ça s’est passé quand ? Je ne m’en souviens pas. »
 
            Et pour la première fois, j’ai vu Lexie rougir. Je vous l’accorde c’était très léger mais elle rougissait qu’en même. Elle a lâché ma main et l’image s’est mise en pause. Alors c’était ça, je peux voir bouger les images si je la touche en même temps que je regarde. J’ai saisi à nouveau sa main et le film a repris. Vu ce qui défilait, c’est moi qui me suis mise à rougir. Mais bizarrement j’avais l’impression de ressentir ce qui se passait. Je ressentais les émotions mais au moment où je sentais vraiment ses mains me caresser  Lexie a fermé le livre et s’est écartée de trois pas.
 
«  Tu m’expliques ?
       Non, me répondit-elle assez catégorique.
       Ah non, je ne suis pas d’accord. J’ai cru que tu allais mourir cette nuit. J’ai fait un cauchemar où tu étais morte et puis au matin, je te retrouve fraîche comme un gardon. Et en plus je nous vois dans un album photo magique en train de faire l’amour. Alors explique-moi. Si ton bouquin ne montre que le passé, dis moi quand ça, ça s’est passé.
       Dans mon rêve. Répondit-elle tout bas.
       Quoi ? »
 
            J’ai bien compris ce qu’elle a dit mais l’étonnement a été le plus fort.
 
« Dans mon rêve. J’ai rêvé de toi et de cette scène et elle est apparue le lendemain sur cette page. Je ne sais pas pourquoi et je ne veux pas savoir.
       Pourquoi ?
       Léa…
       Je sais. Pourquoi ?
       Parce que c’est trop compliqué.
       C’est simple pourtant. Au contraire.
 
            Je me suis approchée d’elle, elle a reculé. Elle a pris son regard d’éclat de lune.
 
«  Très simple. »
 
            Je me suis avancée encore. Elle a buté contre son bureau. Elle ne pouvait plus reculer. J’ai avancé encore et posé mes mains sur ses hanches.
 
«  C’est aussi facile que de changer ton regard. 
       Tu es une fille.
       Toi aussi.
       Justement. »
 
            J’étais à quelques centimètres de ses lèvres.
 
«  Justement. »
 
La distance n’existait plus. Ses lèvres étaient chaudes et avaient le goût du sirop d’érable. Elle a posé ses mains… sur la table comme pour si accrocher. Elle avait l’air d’analyser ce que je lui faisais. Elle était passive et « subissait » jusqu’au moment où elle a répondu. Je poussais un peu plus loin. Mes mains étaient remontées sur sa nuque. Ma langue touchait la sienne. Je me suis plaquée un peu plus contre elle. Je sentais ses mains sur mon bassin. Jusqu’à ce qu’elle détache ses lèvres des miennes et me repousse.
            Elle a baissé la tête.
 
«  Ça te dégoûte ? je lui ai demandé »
       Non.
       Je te dégoûte ?
       Non, bien sûr que non. »
Elle me regardait enfin dans les yeux.
« Alors pourquoi tu me repousses ? Je ne te plais pas ?
       Non ce n’est pas ça, pas ça du tout. Bien au contraire. Mais tu vois, il y a derrière moi  un petit bonhomme très sensible. »
 
            C’est alors que je me suis souvenue de la présence de Scotty.
 
«  Je suis sûre sans le regarder qu’à cet instant il est tout rouge et qu’il tripote nerveusement les boutons de son gilet.
       Ce n’est pas très gentil de te moquer de moi Lexie. »
 
            Elle s’est retournée et a pris le leprechaun sur sa main.
 
«  Désolée Tom Pouce mais avoue que tu étais tout rouge.
       Oui mais c’est de ta faute aussi.
       Je n’en doute pas. Tu veux que je te ramène chez toi ?
       Léa peut venir avec nous ?
       Demande-le-lui. En attendant, je vais chercher les provisions pour tes copains.
 
            C’est à ce moment-là que j’ai croisé son regard. Dans ses yeux plus d’éclat de lune mais pas non plus le bleu traditionnel. Il y avait comme une flamme.
            Je l’ai arrêtée en posant ma  main sur son bras.
 
«  Lexie ? Tu vas bien ?
       Oui. Pourquoi ?
       Je ne sais pas c’est comme si… »
 
             Je ne suis pas arrivée au bout de ma phrase, le sol s’est mis à trembler.
 
            J’essayais de garder mon équilibre mais ce n’était pas simple. Scotty était tombé assis sur la table. Lexie semblait s’en amuser.
 
«  Qu’est-ce qui se passe ? On n’est pas sur une zone sismique. »
 
            Le sol s’est arrêté de bouger. J’ai repris mon équilibre. Le Leprechaun  s’est relevé et a remis ses habits d’aplomb.  Lexie était toujours près de la porte.
 
«  Pourquoi, vous voulez toujours tout expliquer par la science. Il peut y avoir d’autres raisons.
       Ah oui et lesquelles ?
       Pourquoi pas Prosper.
       Prosper ? C’est quoi ça ?
       C’est qui la bonne question. »
 
            Vu qu’elle n’en disait pas plus, j’étais obligée d’insister.
 
«  Qui est Prospère ?
       Un géant.
       Un géant ? Et c’est lui qui fait trembler la terre ?
       Quand il se réveille trop vite oui. Je ne serais pas étonnée que l’on retrouve des gros trous dans la tourbe. »
 
            Un géant maintenant.
 
«  Parce qu’il va sortir se promener ? j’ai innocemment demandé. 
       La nuit oui. »
 
            Elle m’a énoncé ça comme si c’était parfaitement logique avant de me tourner le dos et d’aller dans la cuisine. Je suis restée seule avec Scotty. Je réfléchissais encore à cette histoire de terre qui tremble et de géant quand la petite voix de Scotty m’a appelée.
 
«  Dis Léa, tu viens avec nous ?
       Il faudrait que j’aille chez Grand Père pour le rassurer.
       Oh ! Je comprends. »
 
            Il avait l’air déçu et son petit visage triste me faisait craquer.
 
«  Ok, petit bonhomme. Je viens. »
 
            Son sourire est revenu et je l’ai pris sur  ma main et nous sommes partie rejoindre Lexie.
 
            Je les ai suivis jusque dans la forêt. Comme la dernière fois, Lexie m’a invitée à prendre sa main et a tapé sur un arbre et je suis devenue à nouveau petite. J’ai une nouvelle fois eu la tête qui tournait.  Je me suis retrouvée dans la rue d’un village.
 
«  Lexie, où sommes-nous ?
       Dans le village de Scotty.
       Comment ?
       Arrête de chercher à tout comprendre, me répondit-elle avec un petit sourire en coin.
       Mais je suis une scientifique !
       Je sais qui tu es et ce que tu fais à la ville. Mais ici nous ne sommes pas à la ville. Nous sommes dans mon monde. Et dans mon monde, on ne pose pas de questions.
       Tu es la seule ‘humaine’ dans ton monde ?
       Léa.
       Je sais. »
 
            Elle a tourné la tête vers la droite, semblant écouter quelque chose avant de prendre ma main. Elle m’a entrainée le long de la rue, contourné deux maisons et entré dans une. Une musique entraînante remplissait la pièce. Des gens étaient assis à des tables et jouaient aux cartes. Dans un coin, il y avait un bar où derrière celui-ci se tenait une dame toute ronde. Elle a poussé un cri de joie en voyant Lexie et est sortie de derrière son comptoir pour la serrer dans ses bras. Tous les gens présents ont lancé un ‘dia dhuit !’ auquel elle répondit ‘beannú’. Elle s’est tournée vers moi.
 
«  Tu veux boire quelque chose ?
       Heu oui. »
 
Elle a lancé à la cantonade un ‘camchuairt’. Ils levèrent tous leur pinte et je me suis retrouvée avec une dans les mains. Je ne savais pas ce qu’il y avait dedans mais Lexie est venue choquer la sienne contre la mienne et en a bu une longue gorgée. Je l’ai imitée, c’était frais, c’était bon, c’était sucré et ça passait tout seul.
 
«  C’est quoi ?
       Secret d’ici.
       Essayerais-tu de me saouler ?
       Ca ne saoule pas.
       C’est vrai ?
       Je n’ai jamais été saoule.
       Cool.
 
            J’ai bu à nouveau et c’était bizarre j’avais l’impression que ma tête tournait. Elle m’a entraînée sur la piste de danse et la musique battait en moi. Je l’ai suivie dans ses mouvements. Tout est devenu un peu flou. De la musique, des pintes, de la danse, les brumes, la mémoire qui flanchait, une impression de voyage, une chaleur, une voix comme un murmure, un tendre baiser sur mes lèvres…

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