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 A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack

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Mack
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A écrit : Rencontre sportive ; Home sweet Home ; A l'ouest de chez moi tome 1; Mouvement perpétuel; Soleil de minuit, Aurore boréale tome 1, 2 & 3 ; Galway
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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 20 Nov 2016 - 19:58

Vendredi 12 août / Aoine  12 Lúnasa
 
Quand je me suis réveillée, j’étais dans le canapé de Grand Père. La lumière était forte et j’avais mal à la tête. Tout était un peu flou. Comment j’étais arrivée ici. Je ne me rappelais pas être rentrée. J’essayais de me souvenir mais réfléchir mettait en route un pivert dans ma tête. J’ai vu arriver Grand Père avec un verre à la main.
 
«  Tiens bois ça.
       C’est quoi ?
       Pour ta tête.
       Merci. »
 
            J’ai bu d’une traite et la douleur a disparu instantanément.
 
«  C’est quoi ton produit miracle ?
       Tu lui demanderas. C’est elle qui l’a laissé pour toi. »
 
            Et il s’est en aller. Il a dit qu’il allait faire une course. Alors c’était elle qui m’avait ramenée. J’allais pour me lever et je me suis aperçue que je n’étais qu’en sous-vêtements. Qui m’a déshabillée ? Moi ? Je ne m’en souviens pas du tout. Grand Père ? Impossible. Lexie ? Oh mon dieu.
 
            J’ai passé le reste de la journée à travailler mes cours, essayant de remettre de l’ordre dans mes idées. Entre la vraie fausse mort de Lexie, ma nuit où il me manque des bouts et surtout mon retour chez moi j’ai du mal à me concentrer. J’ai beau essayé de ne pas y penser mais je dois partir vendredi. Mes parents ont laissé un message à Grand Père pour dire que je devais être chez eux vendredi soir dernier délai pour être prête pour la réception qu’ils donnent le samedi soir. Je n’ai pas envie de rentrer si tôt. J’avais prévu de rentrer juste avant la rentrée à la fac mais il faut croire que mes parents ont décidé de me polluer mes vacances.
            Je me sens bien ici. J’aime cet endroit. Il y a tellement de choses à découvrir, à comprendre, à expliquer. Comme le comportement de mon Grand Père. Au début, il me met en garde, ensuite il m’interdit de la voir et pour finir c’est lui qui m’expédie chez elle. Et puis j’ai l’impression qu’il y a un truc entre eux, quelque chose de non-dit mais qui prend ses racines bien plus loin. Et ce rêve dont je n’arrive pas à me convaincre que c’en est un.
            Grand Père vient de rentrer. Et je dois lui parler.
-
 
«  Grand Père, il faut que tu m’expliques.
       Que je t’explique quoi ?
       Le lien qu’il y a entre notre famille et celle de Lexie.
       Il n’y a pas de lien entre nos familles.
       Grand Père, arrête de me mentir. Tu joues les girouettes avec elle. Évite-la, va la voir. Tu as dit avoir aimé son messager. J’ai fait ce rêve et je suis sure qu’il était vrai. Alors explique-moi.
       Tu es sure de vouloir savoir.
       Oui. »
 
            Grand Père s’est assis dans le fauteuil en face de moi. Il a posé ses mains sur ses accoudoirs et a commencé à parler.
 
«  Je ne connais pas le début de l’histoire, ni même quand elle a commencé mais cela remonte à très longtemps. De son côté ne naissent que des filles, du notre que des garçons.
       Je ne suis pas un garçon.
       Je sais. C’est ce qui est étonnant mais j’ai appris que si les choses changent c’est qu’il y a une bonne raison.
       Laquelle ?
       Je l’ignore encore.
       Ensuite.
       Ensuite, chaque homme de la famille a été attiré par elles. Certains sont partis comme ton père, d’autres sont restés comme moi et d’autres en sont morts comme ton arrière-arrière-grand père.
       Et elles ?
       Elles ont toujours disparu.
       Comment ça disparues ?
       Comme disparues. Plus là, ni elles, ni la maison.
       Donc si je comprends bien, tu as été attiré par la Grand-mère de Lexie et …
       Pas attiré, aimé.
       Tu l’as aimée et elle a disparu.
       Pas exactement. Notre relation était secrète mais j’allais lui demander de m’épouser. Un jour elle m’a annoncé qu’elle devait partir pour plusieurs jours et quand elle est revenue, elle n’était plus la même. Elle m’a repoussé, rejeté, moi et mon monde. J’ai essayé de comprendre mais comme d’habitude elle a refusé de répondre à mes questions.
       Et ensuite tu as rencontré Grand-mère et tu l’as épousée.
       Par colère et pour la blesser autant qu’elle m’avait blessé, j’ai demandé ta Grand-Mère en mariage bien que je n’avais aucun sentiment pour elle.
       Tu l’as revue ?
       Le jour de mon mariage.
       Et ?
       Elle m’a tout raconté de son monde, de ses obligations, de ses contraintes, de ses peurs, de ses doutes. Elle a dit m’aimer.
       Mais tu as qu’en même épousé Grand-mère.
       Oui. Et je le regrette encore.
       Tu ne l’as plus jamais revue ?
       Jamais avant une nuit.
       Quelle nuit ?
       Une nuit. »
 
            Je n’ai pas insisté.
 
«  Et pour mon père ?
       J’ai cru qu’il pourrait vivre la vie que j’avais raté mais Elle n’était pas comme Elle.
       Explique.
       Elle était sa fille mais elles étaient le jour et la nuit. Là où l’une était douce et chaleureuse, l’autre était cassante et froide. Ton père aimait ça moi pas.
       C’est pour ça que tu l’as envoyé à la ville.
       Oui. Sinon elle allait le détruire.
       Et Lexie.
       Lexie est différente. Comme une évolution du temps.
       Elle te rappelle sa Grand-mère et c’est pour ne pas que je souffre que tu m’en as écartée ?
       Non elle ne me la rappelle pas, car il y a dans son regard et dans sa manière de bouger quelque chose d’inquiétant et d’envoutant à la fois.
       C’est exactement ça. On voudrait en avoir peur mais on ne peut s’empêcher de vouloir l’approcher.
       Et tu as raison, je ne voulais pas que tu la vois pour ne pas souffrir. Tu es sensible Léa. Petite, tu percevais des choses que les autres ne voyaient pas.
       Ah bon ? »
 
            Je suis étonnée, je ne me rappelais pas de ça.
 
«  Je percevais quoi ?
       Les sentiments des gens. La douleur, la colère, la tristesse…
       Tu essaies de me dire quoi Grand Père ? Que je suis spéciale moi aussi ?
       C’est à toi de le découvrir. Elle ne m’en a pas dit plus.
       Elle ? Lexie ?
       Non.
       Qui ?
       Je n’ai pas le droit de te le dire mais sache juste une chose c’est que tu dois partir pour mieux revenir un jour.
       Grand Père, parle-moi de son monde.
       Je n’en ai pas le droit ou alors se serait trahir ma promesse. C’est à elle de le faire.
 
            Et sur ces derniers mots, il s’est levé et est parti dans la cuisine. Je suis restée assise saisie par ce qu’il venait de me dire.  J’étais larguée. Je pensais être une fille banale, comme les autres mais il semblerait que non et je ne sais pas si j’aime ça. Et ce qui me gêne le plus c’est que la personne à qui j’ai le plus envie de parler de ça, c’est Lexie. Celle qui ne me répondra pas.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 20 Nov 2016 - 19:59

Jeudi 18 août / Déardaoin 18  Lúnasa
 
            Je n’ai pas vu Lexie depuis cette nuit brumeuse. Sa maison n’était pas là. Je l’ai attendue mais rien.
            Mes parents me harcèlent de coups de téléphone pour savoir quand je rentre.  Pour les embêter, je fais durer le suspens. Je pars demain en début d’après-midi et j’aimerais lui parler.
 
-
 
Je suis allée traîner au pub pour une dernière soirée dans cette ambiance. Les gens du village étaient là entrechoquant leur pintes et chantant des chansons d’ici et d’ailleurs, la majorité étaient des chansons de marins et je me suis rappelée que l’océan n’était pas si loin. Juste de l’autre côté de la « montagne ». Ici c’est comme dans le film « l’anglais qui gravit une colline et descendit une montagne ». Ce qu’ils appellent leur montagne n’est qu’une colline un peu plus haute que les autres. Demain à la même heure je serai chez mes parents à écouter leurs discussions insipides. J’ai avalé une rasade de lait et mordu dans une des tartines que Margarett avait posées devant moi. Je trouvais que ça faisait goûter d’enfant mais en fait c’est simplement bon.
 
            Margarett a sonné la cloche de fermeture. J’ai espéré mais elle n’est pas venue. J’ai salué la patronne et je suis sortie. J’étais triste, triste qu’elle ne soit pas là, triste de partir, triste de retourner à cette vie que je n’aime pas. C’était les mains dans les poches et la tête basse que je rentrais cher Grand Père.
 
« Hey ! Pourquoi tu fais cette tête ? »
 
            Cette voix. J’avais peur de me retourner et de voir que ce n’était que le fruit de mon imagination. Mais la tentation était trop forte. Et j’ai eu raison de le faire. Elle était là devant moi.
 
«  Où étais-tu ? j’ai demandé sans dire bonjour.
       Au nord. Un problème de barrage.
       De barrage ?
       Oui de barrage. »
 
            Elle m’a regardée un instant et je n’ai vu que ses yeux qui brillaient encore plus que d’habitude.
 
«  Suis moi.
       Où ?
       Tu verras. Je voudrais te montrer quelque chose. »
 
            Comment résister ? Je n’essaies même pas. Et je me suis lancée à sa poursuite car elle avait déjà commencé à avancer sur du fait que j’allais la suivre. Nous sommes allées jusqu’au lac, elle s’est avancée sur le ponton. Elle s’est assise au bout et a tapoté le bois à sa droite pour que je vienne moi aussi me poser. Elle ne disait rien. Elle semblait attendre quelque chose. Elle a humé l’air et m’a dit :
 
« Ça va commencer. »
 
            J’ignorais ce qui allait commencer mais comme elle l’a dit cela à l’air important. Je suis restée là, à ses côtés, silencieuse moi aussi. La nuit nous entourait, une légère brise se levait et le spectacle commençait.
 
            Du fond de l’eau est venue de la lumière. Des bulles remontaient et plutôt que d’éclater à la surface elles s’élevaient dans les airs. J’entendais comme une musique à la fois douce et entrainante. Une chanson, une voix, des voix. Les bulles qui étaient au début vide étaient maintenant remplies de petits personnages. Qu’est-ce exactement ? Des fées ? Des nymphes ? D’autres êtres ? Je les regardais, elles rigolaient. Elles semblaient réaliser un ballet. Une bulle a éclaté et une petite être est tombée à l’eau. Je m’inquiétais mais elle est revenue instantanément dans une autre sphère. Une autre s’est approchée de nous. Lexie a tendu sa main puis son bras. Elle est venue se poser sur elle. De près, elle ressemblait à Chloé mais sa peau était presque transparente et elle ne portait pas d’ailes, comme vêtement, elle n’avait qu’une petite toge blanche retenue par un cordon rouge. Elle est remontée jusqu’au cou de Lexie. Celle-ci avait penché la tête et l’autre lui chuchotait un truc dans l’oreille. Lexie s’est tournée vers moi.
 
«  Tu veux assister à un bal ? m’a-t-elle demandé.
       Un bal ? Où ?
       Sous l’eau.
       Mais comment ?
       Fais-moi confiance. »
 
            Lexie a tendu à nouveau sa main à l’Etre, la droite cette fois et a incliné légèrement la tête. « La nymphe » lui a souri et a avancé d’un pas. Une bulle semblait sortir de la main de Lexie et l’englober. Elle est retournée vers les autres. Lexie s’est levée et a commencé à ôter ses chaussures, ses chaussettes, son t-shirt. Je la regardais faire étonnée.
 
«  Allez Léa, déshabille toi.
       Pourquoi ?
       Pour aller au bal.
       On ne s’habille pas plutôt pour aller au bal ?
       Tu seras rhabillée sur place. Allez ! »
 
            Alors qu’elle enlevait son pantalon, je commençais à me déshabiller. Après tout elle m’avait peut être déjà vue en sous-vêtements alors… Elle a pris ma main.
 
«  Prête à te mouiller ?
       Heu… »
 
            Comme si elle avait senti ma peur tout d’un coup.
 
«  Ne crains rien, il ne t’arrivera rien. Retient juste ta respiration 15 secondes.
       Ok. »
 
            Elle m’a entrainée avec elle à l’eau. L’eau était fraîche sur ma peau mais je n’avais pas la sensation de froid. Les petits Etres nous entouraient. Lexie s’est laissée couler et je l’ai suivie. Elle tenait toujours ma main et ça me rassurait. Je me suis  mise à compter. A dix mon corps s’est mis à rétrécir. A quinze j’étais dans une bulle. Lexie me faisait signe de respirer. J’appréhendais un peu mais elle m’a dit de lui faire confiance alors je me suis lancée et oui, je pouvais respirer normalement. Nous avons continué de descendre jusqu’à ce que j’aperçoive les lumières d’un château posé sur le fond. Nous avons  traversé comme la paroi d’une grande bulle. Ma bulle a éclaté et mes pieds ont touché les dalles de pierre au sol.
            Nous avons été habillées d’une toge semblable aux leurs mon cordon était vert, celui de Lexie bleu. Quand les grandes portes se sont ouvertes j’ai découvert une salle de bal comme on en voit que dans les films. Lexie m’a poussée dans un coin.
 
«  Observe.
       Qui sont les personnes placées là-haut. »
 
            Je lui désignais ce qui ressemblait à des loges.
 
«  Les penseurs. Ils portent un cordon marron.
       Que veulent dire les autres couleurs ?
       Pour le roi et la reine c’est couleur or, les princes et princesses argent, la majorité du peuple rouge, les servants blanc, les constructeurs violet…
       Et le vert ?
       Les invités.
       Et le bleu ?
       Les gardiens.
       C’est ce que tu es ? Un Gardien ?
       Pour eux oui.
       Et pour toi, tu es quoi ?
       Regarde et profite. »
 
            Et encore une question sans réponse.
 
            Le bal à durer tard quand nous sommes remontées à la surface le jour commençait à se lever. Quand ma tête a émergé de l’eau j’ai vu Lexie en train de se hisser sur le ponton. La lumière du matin naissant éclairait son dos et l’étrange dessin qui s’y trouvait. Je ne le jurerai pas mais j’ai eu l’impression que les différentes parties n’étaient plus à la même place. J’ai secoué la tête et nagé vers le rivage. Elle m’a tendu la main et m’a tractée sans difficulté apparente jusqu’à elle.
 
«  Alors ? Tu as aimé ? m’a-t-elle demandé.
       Oui beaucoup. »
 
            Il fallait que je lui dise. Mais la voir comme ça en sous-vêtements avec les gouttes d’eau qui ruisselaient sur son corps j’avais du mal à rester concentrée. Et ma gorge se serrait.
 
«  Lexie ?
       Oui ?
       Il faut que je te dise quelque chose.
       Que tu vas partir tout à l’heure. Je le sais déjà.
       Mais comment ?
       Je le sais c’est tout. »
 
            Elle parlait avec un tel détachement que mon cœur me faisait mal.
 
«  Ca ne te fait rien que je parte ?
       Les gens vont et viennent. C’est la vie, le destin, l’absolu.
       Tu n’es pas triste ?
       Pourquoi le serais-je ? Dès le départ tu savais que tu rentrerais chez toi à la ville.
       Comment tu peux être aussi détachée ? »
Il y avait une pointe de colère dans ma voix.
« Je ne lui suis pas.
       Si tu l’es. »
Ou une pointe de frustration.
«  Non je ne le suis pas.
       Prouve-le. »
 
            Alors elle me l’a prouvé en posant ses lèvres sur les miennes. Au début il y avait juste ce contact, chaud, doux, qui me donnait envie de plus. Elle ne bougeait pas comme si elle me mettait à l’épreuve de résister…
            Et je ne pouvais pas résister. Je me suis approchée, je l’ai enlacée. Nos corps légèrement vêtus se touchaient peau contre peau. Sa peau était chaude ce qui m’a fait frissonner. Notre baiser s’est approfondi. Dans ma tête les questions avaient cessé de tourner, je ne pensais à plus rien. J’ai mis du temps à réagir quand elle a quitté mes lèvres pour me chuchoter à l’oreille :
 
« La dernière à la maison dort dans le lit de Scotty. »
 
            Le temps que j’ouvre les yeux, elle avait déjà ramassé ses vêtements et courrait vers l’autre bout du ponton. Je savais que je n’avais aucune chance de la rattraper  mais je me suis élancée à mon tour.
            Je l’ai retrouvée dans sa chambre. Elle était assise en tailleur sur son lit. En souriant, elle m’a montré le lit de Scotty posé sur son bureau.
 
«  Tu rigoles ?
       Pas du tout. Une chose dite est une chose dite.
       Tu ne voudrais pas plutôt me faire une place dans ton lit.
       Pourquoi je ferais ça. »
 
            Je me suis approchée du lit et j’ai fait mon regard charmeur qui n’avait aucun effet sur elle. Alors autre arme : le regard de chien battu. Et pour finir mon argument de poids.
 
«  Et puis si je suis là-bas, je ne pourrais pas faire ça.
       Faire quoi ? »
           
            Je suis arrivée au bord de son lit.
 
«  Faire ça. »
 
            Je l’ai embrassée. Je ne voulais penser à plus rien, surtout pas à tout à l’heure. Comme par magie, la lumière s’est tamisée et nous avons glissé ensemble sous sa couette.
 
            Je me suis réveillée seule sans Lexie, sans petit mot. Quand je suis sortie de sous la couette j’avais froid. Le sol sous mes pieds nus était froid. La chaleur de la maison avait disparu.
            Je n’avais pas le temps de traîner. Je devais rentrer chez Grand Père, préparer mes affaires et il allait être le temps de partir. C’est le cœur triste que j’ai jeté un dernier regard autour de moi. J’ai essayé de fixer chaque détail dans ma mémoire pour ne rien oublier de cette maison aussi mystérieuse que sa locataire.
 
            J’ai mis mon dernier sac dans le coffre de ma voiture. Je fais un dernier tour dans la maison de Grand-Père pour être sure que je n’avais rien oublié. C’était juste un prétexte pour reculer l’échéance. Au fond de moi j’espérais encore qu’elle allait venir me dire au revoir. Mais quand je suis sortie, il n’y avait que Grand Père près de ma voiture. Le ciel était gris et il n’allait sûrement pas tarder à pleuvoir. Grand Père m’a serrée dans ses bras.
 
«  Prends soin de toi là-bas.
       Promis.
       Et donne de tes nouvelles.
       Promis. »
 
            J’ai du mal à parler.
 
«  Ne t’inquiète pas pour elle.
       C’est difficile.
       Je sais mais tu dois avancer de ton côté. C’est la règle.
       Quelle règle ?
       La règle des chemins qui se croisent, se séparent et se recroisent plus loin.
       Tu veilleras sur elle Grand-Père ?
       Promis mais ça ne va pas être facile. »
 
            Je lui ai souri et déposé un baiser sur sa joue.
 
«  Merci Grand Père pour ces vacances.
       Merci de m’avoir rappelé certaines choses. J’étais en train de les oublier. »
 
            Les première gouttes tombaient quand je me suis installée derrière le volant. J’ai fait un détour pour dire au revoir à Margarett. Elle essuyait des verres derrière son comptoir.
 
«  Alors tu nous quittes ça y est ?
       Oui. Il est temps que je rentre chez moi.
       Es-tu sure que c’est chez toi là-bas ?
       Je le saurais en y retournant.
       Bien.
       Tu peux me rendre un service ?
       Si je peux oui.
       Sers une tournée de lait et de tartines à Lexie de ma part la prochaine fois qu’elle viendra.
       Pas de problème. »
 
            Je l’ai embrassée et j’ai quitté le pub.
 
            Sur la route c’était le déluge. Je ne voyais presque pas la route mais j’hésitais sur la cause : la pluie qui inondait mon pare-brise ou les larmes qui noyaient mes yeux ? A cet instant, je détestais mes parents, ma vie là-bas, le monde dans lequel on me forçait à vivre. Je clignais des yeux pour supprimer un premier rideau d’eau et j’augmentais la vitesse des essuie-glaces. Et surtout j’écrasais la pédale de frein.
            Il y avait quelqu’un au milieu de la route. Et ce quelqu’un n’était autre que Lexie. Je la voyais par l’intermittence des essuie-glaces. Elle ne bougeait pas. Je suis sortie de la voiture et j’ai couru vers elle.
 
«  Qu’est-ce que tu fais là ?
       Il faut que tu me rendes un service.
       Lequel ?
       Emmène-le.
       Qui ? »
 
            La pluie tombait sur nous à grands seaux. Je commençais à être trempée et elle l’était complètement. L’eau ruisselait sur son visage.
 
«  Lui. »
 
            De la poche de la chemise bleu nuit qu’elle portait apparut la tête de Scotty.
 
«  J’ai besoin que tu l’emmènes avec toi.
       Pourquoi ?
       Pour qu’il soit en sécurité.
       Il est en danger ?
       S’il te plaît Léa. »
 
            Il y avait pour la première fois une touche de supplication dans sa voix quand elle a prononcé mon prénom. Ça avait l’air important.
 
«  J’accepte. »    
 
            Elle m’a tendu la boîte à chaussures qu’elle avait sous le bras.
 
«  Tiens, je t’ai mis toutes ses affaires, sa table, son tabouret, son lit, ses couverts, ses vêtements et tout.
       Ok. »
 
            J’ai pris le tout ainsi que Scotty. Je suis allée mettre tout le monde à l’abri dans la voiture et je suis revenue face à elle.
 
«  Tu ne peux pas me dire ?
       Je suis désolée. »
 
            C’est la première fois qu’elle est désolée.
 
«  Je ne pouvais pas te laisser partir comme ça. Ce matin, il y a eu un appel au secours. Quand je suis revenue tu n’étais plus là. Je… C’est… »
 
            Elle semblait chercher ses mots. Ça aussi c’était nouveau.
 
«  C’est la première fois que ça m’arrive de… Enfin de… d’être si proche de quelqu’un. Et je… »
 
            Elle a levé les yeux au ciel comme si ce geste pouvait l’aider.
 
«  Je… Tu dois partir, c’est comme ça. Il ne faut pas être triste. Je… »
 
            J’ai posé ma main sur sa joue et l’ai caressée doucement. Je ne sentais plus l’eau couler sur nous.
 
«  J’ai quelque chose pour toi. »
 
            Elle a fouillé dans sa poche et m’a tendu une chaîne sur laquelle était accroché un petit médaillon. Je l’ai prise.
 
«  Cela me permettra de toujours te retrouver. Et à toi de toujours trouver ma maison. »
 
            J’ai passé la chaîne autour de mon cou.
 
«  Merci. »
 
            Et je l’ai embrassée et ce baiser avait un goût différent.
 
«  Il faut que tu partes maintenant. Prends soin de Scotty.
       Oui. »
 
            J’ai marche à reculons jusqu’à ma portière, je l’ai quittée des yeux deux secondes pour trouver la poignée quand je l’ai regardée à nouveau, il n’y avait plus personne sur la route. Je me suis assise et Scotty me regardait assis sur le grand siège passager.
 
«  On y va petit bonhomme ?
       Ben oui. Elle l’a dit. »
 
            J’ai remis le moteur en route, passé une vitesse et repris mon chemin.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 27 Nov 2016 - 20:55

Mardi 27 septembre / Dé máirt 27 Meán Fómhair
 
            Voici plus d’un mois que je suis rentrée chez moi. La retombée dans mon monde a été très brutale. A peine passée la porte, mes parents me sont tombés dessus mais pas pour me dire que je leur avais manqué, ni  pour savoir si j’avais passé de bonnes vacances, non ! Ils voulaient savoir si je l’avais revue. J’ai eu une folle envie de leur crier que oui et que j’avais fait bien plus que de la revoir.
            Le retour aux mondanités a été dur aussi. Au milieu de tous ces pingouins (sans aucune animosité envers les pingouins de la banquise) qui sourient par devant et assassinent par derrière, le côté direct de Lexie me manquait. Je me sentais ridicule dans ma petite robe de petite fille de bonne famille. Mes parents ont tenu à me présenter un certain Wallace de Machin-Chose en insistant sur son arbre généalogique. Il aurait fallu être sourd et aveugle pour ne pas comprendre leur manège. Je l’ai trouvé trop guindé dans son smoking. Il m’ennuyait quand il ne parlait que de lui, et m’insupportait totalement quand il a posé sa main au bas de mon dos. J’ai eu une folle envie de lui planter mon coude dans les abdominaux qu’il n’avait sûrement pas. La soirée était interminable et j’en étais à espérer que la terre s’ouvre sous mes pieds et m’avale. Mais rien ne se passait. Comme toujours ici. J’ai repensé aux fêtes des Leprechauns tellement joyeuses, tellement entraînantes, tellement libres. Et le bal sous l’eau, ressemblant à une soirée de conte de fées, tellement classe, tellement grandiose, tellement… … … Féerique.
 
            Je me sens moins à ma place ici que là-bas.
 
Je me suis installée dans mon appartement. Mes parents ont failli faire une syncope quand je leurs ai appris la nouvelle. J’habite maintenant le quartier de la bute. Sur la colline, je surplombe la ville. Ici, toutes les maisons et les petits immeubles sont en pierres, ont de grandes fenêtres et la bonne humeur et la convivialité règnent. Au rez-de-chaussée de mon immeuble, il y a une pseudo concierge très curieuse. Mon appartement se situe sous les toits ce qui renforce son côté douillet. Un balcon en fait tout le tour sauf au nord et les vasistas laissent entrer la lumière.
 Scotty aussi a pris ses quartiers. Pour qu’il soit plus tranquille, j’ai récupéré la grande maison de poupées que l’on m’a offerte pour Noël, ça devait être celui de mes 5 ans. Elle prenait la poussière au grenier depuis mes 6 ans. Je n'ai jamais été passionnée par ce jeu-là. Par contre, mon colocataire y a pris ses aises. Il a tout visité avant de choisir sa chambre. Je l’ai aidé à installer « ses meubles » et ranger ses vêtements dans l’armoire.
 
J’ai aussi repris la fac, j’ai pu avoir toutes les options que je voulais. Comprendre le fonctionnement du monde me passionne toujours autant mais après ce que j’ai découvert cet été, un nouveau facteur s’est greffé à mes études. Un de mes profs nous répète à loisir que tout peut s’expliquer et se démontrer et ce qui ne s’explique pas ou ne se démontre pas n’existe pas. Je lui ai répondu par la théorie sur le temps qui veut que celui-ci n’existe pas car si je vous demande de me donner l’heure celle que vous me donnerez après avoir regardé votre montre, le soleil ou toute autre chose sera fausse car déjà erronée. Vous ne pourrez pas me donner une valeur juste. Donc si je m’appuie sur sa phrase, je ne peux pas donner le temps exact ce qui en fait une unité peu fiable, donc indémontrable dans l’absolu. En résumé le indémontrable est égal à irréel.
Cela m’a valu un travail supplémentaire et l’animosité de ce charmant professeur. Pour sa décharge, il n’a pas vu ce que j’ai vu : une jeune femme aux yeux d’éclat de lune, un monstre horrible, une plaie cicatrisée en une nuit, des gnomes, des leprechauns, une fée, des êtres de l’eau. Il ne connaît pas tout ça. Il est comme mes parents, il a fermé son esprit aux choses qui nous entourent et qui nous font rêver. Il a arrêté de rêver comme trop d'adultes.
En parlant de rêve, j’ai recommencé à rêver et je me souviens de mes songes maintenant. Ça aussi c’est bizarre. Un jour peut-être que j’aurais une explication.
 
Je vais devoir choisir mon sujet d’étude d’en pas longtemps mais je n’ai pas d’idée. Enfin si j’en ai une mais elle est un peu folle.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 27 Nov 2016 - 21:01

Vendredi 20 novembre / Aoine 20 Samhain
 
            Mon Grand Père m’a appelée ce matin, il était inquiet car plusieurs phénomènes s’étaient produits et Lexie n’était plus descendue au village depuis  la fin octobre. Il avait essayé de trouver sa maison pour prendre de ses nouvelles mais la clairière était vide. Je suis inquiète mais que puis-je faire ? Elle m’a donné ce pendentif pour que je puisse toujours retrouver sa maison mais elle ne m’a pas expliqué comment. Et elle a dit que ça lui permettrait de me retrouver partout. J’espère juste qu’elle en aura envie si moi je la perds complètement.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 27 Nov 2016 - 21:01

Mercredi  25 novembre / Céadaoin  25 Samhain
 
            Ce matin c’est Scotty qui a reçu une lettre. Il l’a dépliée soigneusement et a commencé à la lire. Elle devait être longue car ce n’est qu’une heure plus tard que je l’ai vu remettre les feuilles dans l’enveloppe. Il m’a tourné le dos et je l’ai entendu commencer à sangloter. Ses épaules tombantes, sa tête baissée, il triturait son bonnet en essayant de ne pas pleurer trop fort. Je me suis approchée de lui et l’ai posé dans ma main. Couché sur ma paume, il se mit à pleurer très fort. Tout son petit corps était secoué par sa tristesse. Il lui a fallu du temps avant de répondre en reniflant à ma question muette.
 
«  Elle est morte. »
 
            Mon cœur s’est arrêté de battre un instant.
 
«  Qui est morte ? »
 
            J’ai redouté la réponse.
 
«  Bainríon.
       Qui ?
       Bainríon, la Reine. La Reine des fées.
       Que lui est-il arrivé ?
       Elle a été tuée. »
 
            Et il a éclaté de nouveau en sanglots. Je ne savais pas quoi faire. Je ne connaissais rien de son monde à ce petit bonhomme. Comment je pouvais atténuer sa peine ? Il lui a fallu du temps pour qu’il se calme et que ses larmes cessent de couler.
            Je ne suis pas allée à la fac aujourd’hui. J’ai écouté Scotty me parler de la Reine des fées qui réveille les fleurs et la nature le matin et qui lui souhaite une bonne nuit le soir. Il m’a raconté les courses à dos de moutons. Comment Lexie était arrivée dans leur région et l’avait sauvé dès le premier jour des griffes d’un aigle.
Il ne pouvait plus s’arrêter de parler et cela ne me dérangeait pas. Il s’est écroulé de fatigue et d’émotion au milieu d’une histoire, s’endormant sur mon bureau. La nuit était tombée et l’inquiétude que les récits de Scotty avaient reléguée au second plan était revenue. J’ai couché le petit bonhomme dans son lit
Comme une bouteille à la mer, je lui ai écrit une lettre lui demandant de donner de ses nouvelles de rassurer Scotty et moi avec.
 
Je me suis endormie la tête pleine de films que je m’étais imaginés tous plus catastrophiques les uns que les autres. Quand est-ce que le rêve a pris le pas sur mes idées, je ne sais pas mais je me suis retrouvée au milieu des étendues de tourbe Lexie à mes côtés.
 
«  Tu es vraiment là ? »
 
            Elle a pris ma main.
 
« Il me semble que oui.
       Pourquoi je suis là ?
       Tu n’as pas envie d’y être ?
       Avec toi si mais ce n’est pas réel.
       Qu’est-ce qui est réel ? Ton monde ou celui-ci.
       Je ne comprends pas.
       Il n’y a rien à comprendre.
       Au contraire. J’ai l’impression d’être vivante.
       Tu l’es.
       Je veux dire, je sens tout : la caresse du vent sur mon visage, les odeurs de bruyère et de terre mouillée, la chaleur de ta main dans la mienne. Tout n’est pas si clair dans un rêve.
       Es-tu sure de rêver ?
       Je me suis couchée de l’autre côté. Je ne peux pas être ici. 
       En es-tu bien sure ?
       De quoi ?
       Que tu ne peux pas être ici.
       Heu… Je peux être ici ?
       Qu’as-tu posé sur ton bureau ?
       Une lettre pour toi. »
 
            Elle a fouillé dans sa poche de pantalon et en a sorti une enveloppe.
 
«  Celle là ?
       Oui.
       Alors tu as voyagé avec elle.
       Pardon ?
       Ça arrive parfois.
       Je suis vraiment avec toi ? Chez toi ?
       Oui. »
 
            Tout s’est mis à tourner dans ma tête et autour de moi. J’ai senti deux bras m’entourer. Et un murmure à mon oreille.
 
« Calme-toi. Ça va aller. Tu as beaucoup de chance. Ça n’arrive que très rarement qu’un humain puisse voyager comme cela. Tu as dû mettre beaucoup de sentiments dans ta lettre.
       Tu ne l’as pas lue ?
       Non, si je la lis tu repars immédiatement. »
 
            Je m’accrochais un peu plus à elle.
 
«  Je ne veux pas repartir. Pas tout de suite.
       Tu as tout ton rêve pour rester avec moi. »
 
            Les choses se sont arrêtées de tourner comme par magie.
 
«  Tout à l’air si calme.
       Rien n’est calme.
       Il n’y a pas un bruit.
       Justement.
       C’est vrai ça. Rien n’est jamais aussi silencieux. On n’entend pas la rivière.
       Car elle a arrêté de couler.
       Pourquoi.
       Bainríon est morte.
       Je sais. Scotty a reçu une lettre.
       Je sais.
       C’est toi ?
       Non.
       Où es-tu en ce moment ? Grand Père te cherche.
       Ailleurs.
       Où ailleurs ?
       Ailleurs…
       Tu ne me le diras pas.
       Ce n’est pas utile.
       Qu’est ce qui se passe ?
       Tu le ressens ?
       Pas directement. J’ai l’impression de le ressentir à travers toi.
       Et que ressens-tu ?
       De la tristesse, beaucoup de tristesse. Quelque chose qui vacille. Et quelque chose de plus noir qui avance. »
 
            J’ai serré sa main plus fort.
 
«  J’ai peur Lexie. »
 
            Elle m’a prise complètement dans ses bras.
 
«  N’aies pas peur tout ira bien. Tu n’as rien à craindre. »
 
            La nuit nous entourait et elle m’a guidée sur un étroit sentier quand elle se retournait de temps en temps je ne voyais que ses yeux, éclat de lune. Sa maison était la, à la même place. Nous y sommes rentrées et je l’ai enlacée. J’avais besoin de sa chaleur, de son contact. Je me sentais bizarre. J’ai collé mes lèvres sur les siennes, ma langue cherchait la sienne. J’en avais besoin c’était important. C’était comme si j’en avais besoin pour vivre.
 
«  Arrête, tu dois contrôler ton esprit. Me dit-elle à bout de souffle.
       Pourquoi ?
       Ici tu es libre. Tu n’as pas de barrière.
       Je ne comprends pas.
       Ici, ton esprit ne t’interdit plus rien. C’est pour ça qu’il faut que tu apprennes le contrôle sinon tu vas te consumer.
       Je comprends. C’est pareil pour toi ?
       Oui. »
 
            Elle m’a attirée vers le lit et nous nous y sommes allongées. Je suis restée sage.
 
«  Léa promet moi de ne jamais enlever le pendentif que je t’ai donné.
       Je te le promets mais pourquoi ?
       Il est le gardien du chemin et il te protègera. »
           
            Je me suis endormie lovée dans ses bras… Et me suis réveillée seule dans mon lit de l’autre côté.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 8 Jan 2017 - 22:00

Jeudi  26 novembre / Samhain 26 Samhain
 
            Est-ce que j’ai rêvé ou est-ce que c’était vrai ? J’ai l’impression de sentir son parfum sur ma peau, le goût de ses lèvres sur les miennes, la chaleur de son corps contre le mien. Est-ce que je vire au dingue ? Peut-être.
 
            Mais quand je me suis déshabillée pour prendre ma douche j’ai vu cette petite marque à la base de mon cou et les mots me sont revenus :
 
« Pour que tu sois sure de ne pas avoir rêvé… »
 
            Il y avait là, les traces d’un baiser plus appuyé, moins réservé, plus passionné, moins contenu. Alors ce n’était pas un rêve mais c’était quoi ? Au fond à quoi bon donner un nom à tout ça. C’est magique, c’est son monde, c’est Lexie.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 8 Jan 2017 - 22:01

Jeudi 3 décembre / Samhain 3 Nollaig
 
            Demain c’est mon anniversaire et je n’y avais pas pensé avant que ma mère me le rappelle tout à l’heure. Il faut dire que depuis une semaine, je plane un peu. J’ai revu Lexie une nouvelle fois. Elle a dit que l’on était plus au Nord. Il faisait encore nuit, le sentiment de menace toujours présent et les barrières toujours abolies. Cette fois-ci c’est moi qui ai laissé une marque sur son corps.
 
            Demain je dois aller chez mes parents pour un repas d’anniversaire familial. S'il y a Wallace et qu’il ose poser ses mains sur moi, je lui plante mon coude dans le ventre cette fois. Je vais me coucher en espérant retrouver Lexie.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 8 Jan 2017 - 22:05

Vendredi 4 décembre / Aoine  4 Nollaig
 
            Je me suis réveillée de bonne heure. Quelque chose m’a réveillée mais je n’ai pas trouvé quoi. Pas de Lexie cette nuit mais un cauchemar épouvantable à la place. Une vague noir déferlait sur le monde de Lexie et ensuite sur le mien. J’avais l’impression de vivre un remake de « Princesse Mononoke ». Quand j’ai ouvert les yeux la première chose que j’ai vue, c’est la lettre sur le bureau. Etait-elle pour Scotty ou pour moi ?
            J’ai reconnu l’écriture. L’enveloppe était la même que la première.
 
Léa
 
 
            Quand je l’ai ouverte la feuille à l’intérieur est la même mais le texte principal est écrit d'une manière différente. Dans une écriture médiévale, la missive dit :
 
Bon anniversaire Lea.

Lexie
 
 
 
 
Je n’ai pas pu m’empêcher de murmurer :
 
« Merci Lexie. Merci d’y avoir pensé. »
« Mais c’est normal. »
 
            J’ai sursauté violemment et me suis retournée d’un bloc. Elle était là devant moi, assise sur le rebord de la fenêtre.
 
«  Tu es là ? Tu es vraiment là ? Ou bien je suis encore entrain de dormir et je rêve. C’est ça, je dois encore rêver. »
 
            Elle s’est levée et s’est approchée de moi.
 
«  Je ne suis pas un rêve. Nous sommes le matin, tu es bien réveillée et je suis là en chair et en os. »
 
            Elle a passé sa main sous mon menton pour me faire relever la tête.
 
«  Tu vois mes yeux ?
       Oui.
       Comment sont-ils ?
       Juste bleus.
       Quand tu me vois en rêve je ne peux pas changer mon regard.
       Ah oui ?
       Oui. »
 
            Le silence s’est fait. Je ne savais pas quoi dire. Nous n’étions pas dans cette autre réalité où tout est plus facile pour moi. Je n’osais pas la toucher mais je ne pouvais lâcher ses mains.
 
«  Tu es bien silencieuse. M’a-t-elle fait remarquer en souriant. 
       Il est tôt et je ne m’attendais pas à te trouver chez moi. Comment es-tu arrivée ici ?
       Grâce à ça. »
 
Elle a sorti de sa poche une pierre translucide attachée à un lacet. Du cœur de la pierre se diffusait une lumière bleue.
 
«  Quand la lumière à l’intérieur s’éteindra, je repartirai.
       Et elle doit rester combien de temps allumée ?
       Ce n’est pas un billet de train. Il n’y a ni jour ni heure. Mais je ne vais pas disparaître tout de suite.
       Tu es arrivée sur mon appui de fenêtre ?
       Non, je suis arrivée dans la forêt un peu plus au nord ouest. Tu sais nous autres les « Etres magiques » avons une relation très particulière avec la forêt. »
 
            Elle a dit ça avec un ton ironique.
 
« Mais comment tu es venue jusque-là ?
       J’ai marché, ce n’est pas très long comme chemin.
       Non, je veux dire comment m’as-tu trouvée ? Tu ne connaissais pas mon adresse.
       J’ai suivi la trace.
       La trace ? Quelle trace ? »
 
            Elle a lâché une de mes mains pour approcher la sienne de mon cou et saisir entre ses doigts le pendentif qu’elle m’a donné avant mon départ.
 
«  J’ai suivi la trace.
       Et comment es-tu entrée ?
       Par la porte.
       Mais je l’ai fermée hier soir en allant me coucher. J’en suis sure.
       Et elle est toujours fermée.
       Mais comment.
       Tu penses trop comme quelqu’un de la ville.
       Ce n’est pas vrai !
 
            Elle a juste soulevé un sourcil moqueur face à ma réaction.
 
« Dis-moi comment.
       J’ai demandé tout simplement.
       A qui ? J’ai demandé ne comprenant plus rien.
       A la porte.
       A la porte ? Et elle t’a laissée entrer ?
       La preuve que oui. »
 
            Comme si elle avait pitié de mon air perdu elle a précisé.
 
«  Elle m’a laissée la traverser. Je te montrerai un jour si tu es sage. »
 
            Elle me montrera. Ça c’est une bonne nouvelle.
 
«  Tu es là depuis combien de temps ?
       Avant le lever du jour.
       Pourquoi tu ne m’as pas réveillée plus tôt si ton temps ici est compté ?
       Parce que tu dormais.
       Tu parles, je faisais un cauchemar. Tu aurais pu me réveiller.
       Non, les cauchemars aussi sont importants. Il faut aller au bout.
       Pourquoi ?
       Je t’expliquerai-
       Plus tard j’ai compris.
 
            Nous étions toutes les deux debout au milieu de ma chambre nous faisant face. Ma main devenue libre reposait sur le haut de sa poitrine, son cœur battait lentement, presque trop lentement. La dizaine de centimètres qu’elle avait de plus que moi me forçait à lever un peu la tête pour croiser son regard. Il était encore ‘normal’. Il était bleu. Simplement bleu. Si je la rencontrais aujourd’hui, rien dans son attitude ne me ferait penser qu’elle n’est pas vraiment comme nous. A la seule différence que nous sommes en hiver, que dehors il fait froid et humide et qu’elle ne porte pas de blouson. Sous mes doigts à travers le tissu de sa chemise, je sentais la chaleur de sa peau.
 
            Elle ne disait rien mais il est vrai que les silences ne l’ont jamais gênée. Par contre moi c’était autre chose. Je ne les supportais pas.
 
« C’est Scotty qui va être content de te voir.
       Il ne me verra pas.
       Pourquoi ? Ne me dis pas que je suis la seule à te voir ?
       Tout le monde peut me voir sauf  Scotty. De toutes les manières, il va dormir jusqu’à ce que je reparte.
       Pourquoi ?
       Parce que c’est la règle.
       Quelle règle ?
       Léa.
       Je sais. Mais ça faisait longtemps que l’on n’avait pas joué à ce jeu.
       Un jeu ? Léa ! Vous les áitreabhach  vous êtes parfois… »
 
            Elle n’a pas eu besoin de finir sa phrase pour que je comprenne son sentiment malgré ce nouveau mot que je ne connais pas. Elle avait cette expression qui veut dire : ‘vous ne savez pas être sérieux quand il le faut et vous l’êtes quand il ne faut pas.’
 
«  C’est quoi áitreabhach ? »
 
            Elle a posé son index sur le haut de mon sternum.
 
«  C’est toi. Une personne de la ville. Et plus particulièrement une personne de la ville qui croit que tout ce que l’on raconte dans les campagnes n’est que légendes, contes, rêves ou encore hallucinations de soirées trop arrosées.
       Je ne suis pas comme ça. Je suis de la ville mais je crois aux histoires de la campagne. Et je… Et puis, tu… »
 
            Plus je cherchais à me justifier et plus je m’embrouillais et quand j’ai relevé les yeux sur elle, j’ai compris qu’elle le faisait exprès et qu’en plus ça l’amusait. De ma main toujours sur elle, je l’ai poussée, elle a reculé légèrement. J’ai utilisé mes deux mains pour pousser plus fort. Elle reculait mais j’avais le sentiment qu’elle se laissait faire. Arrivées près de mon lit, alors que j’essayais de la faire basculer, dans un geste rapide, elle a inversé nos positions et c’est moi qui me suis retrouvée allongée sur le matelas sous elle. Alors que j’étais sur le point de l’embrasser, elle s’est écartée de moi et s’est allongée à mes côtés.
 
«  Tu a prévu de faire quelque chose pour le jour de ton anniversaire ? m’a-t-elle demandé. »
Je lui ai répondu passablement frustrée.
«  Je devais aller manger chez mes parents à midi. »
 
            Elle s’est appuyée sur son coude.
 
«  Devais ?
       Oui. Devais car maintenant que tu es là je ne vais pas y aller.
       Tu devrais. Ne les contrarie pas pour moi.
       Au contraire. Tu es ma bonne excuse.
       Ton père ne m’aime pas.
       Je sais mais je ne vois pas pourquoi.
       Parce qu’il aimait ma mère.
       Ah oui ? »
 
            Le rêve sur le ponton était peut-être vrai alors.
 
«  Oui. Tout comme ton Grand Père n’aimait pas ma mère parce qu’il aimait ma Grand-mère.
       C’est tellement stupide tout ça.
       C’est logique.
       En quoi est-ce logique de haïr ?
       Commençons par ton Grand Père, il a aimé ma Grand Mère mais ils se sont séparés, elle a disparu un temps et quand elle est réapparue, elle n’était pas seule. Ma mère représentait aux yeux de ton Grand Père le fait qu’un homme autre que lui est touché la femme qu’il aimait. Et étant incapable de haïr celle qui le faisait souffrir il a reporté ce sentiment sur la preuve physique de cette trahison à ses yeux. Et c’est pareil pour ton père. »
 
            Je me suis positionnée comme elle. Elle semblait disposer à répondre aux questions.
 
«  Tu sais que tu n’as jamais autant parlé ? Je lui fis remarquer.
       Léa. »
Je crois que j’aime de plus en plus si c’est possible quand il y a cette intonation dans sa voix. Comme si elle me grondait.
« Mais ton raisonnement se tient. Ce qui veut dire que si je continue dans ton sens, vu que Grand Père t’aime bien alors mon père aimera ta fille et moi je la détesterai.
       Je ne pense pas.
       Pourquoi ?
       Les choses ont l’air différentes. 
       Grand Père a dit la même chose.
       Ah oui ?
       C’est quand il a dit que dans ta famille il n’y avait que des filles et dans la nôtre que des garçons. Je lui ai fait remarquer que je n’étais pas un garçon.
       C’est ça, tu aurais dû être un garçon mais une chose a été modifiée et avant que tu demandes quoi, je peux te répondre que je ne sais pas ce que c’est.
       Tu sais depuis combien de temps ça dure tout ça ?
       Non. »
 
            Elle s’est relevée et m’a tendu la main. Je l’ai saisie et elle m’a tirée pour me mettre debout. Avec l’élan, j’ai atterri dans ses bras. Je sentais son souffle sur mon front. Ce serait-il accéléré ? Je voulais l’embrasser mais elle a détourné la tête et m’a lâchée.
 
« Habille-toi. On sort.
       Où allons-nous ?
       Tu vas me montrer ta ville. »
 
            J’aurais préféré rester avec elle, seule dans mon appartement mais si elle voulait sortir alors allons-y. A moi de lui montrer mon monde.
 
            Nous nous somme promenées à travers la ville une bonne partie de la journée. Nous avons mangé dans ma cantine habituelle. A ceux qui venaient nous saluer, Lexie s’est présentée comme une amie de la famille en visite. Depuis qu’elle est arrivée, elle était distante. J’ai essayé de l’embrasser deux fois et deux fois elle s’est détournée. J’ai essayé de lui prendre la main quand nous nous baladions dans le parc, elle me l’a retirée et s’est écartée. Est-ce que les évènements de chez elle, l’inquiètent à ce point ? Elle ne parle presque pas. Elle répond juste à mes questions quand elle ne la concerne pas directement.
            J’ai arrêté de tourner tout cela dans ma tête quand nous sommes arrivées dans mon lieu préféré.
 
«  Nous voilà arrivée –
       Au-dessus de la porte des trépassés.
       Heu oui. »
 
            Elle regardait au loin comme si elle voyait plus loin que les collines qui entourent la ville.
 
«  Comment le sais-tu? C’est la quatrième fois que tu sites le nom du lieu ou du bâtiment où nous sommes. Tu as appris par cœur le guide touristique ? 
       Non, je n’ai rien lu.
       Alors, tu es déjà venue ?
       Non ! Enfin je ne crois pas.
       Comment ça tu ne crois pas ?
       C’est juste une sensation. Une impression de déjà vu.
       Comment ça ?
       Je ne peux pas t’expliquer. »
 
            J’ai avancé un peu plus vite. J’avais envie de bouder. Je n’aimais pas son comportement.
 
«  Et encore un truc de plus dont tu ne peux pas me parler. » Je me suis marmonnée à moi-même.
 
            J’ai senti sa main sur mon bras, elle m’a arrêtée et m’a retournée face à elle.
 
«  Je ne peux pas parce que j’en suis incapable. Je ne comprends pas. »
 
            J’ai plongé mon regard dans le sien pour la première fois depuis que nous avions quitté mon appartement, elle me regardait en face et si elle l’avait fait plus tôt, j’aurais vu ça plus tôt.
            Ses yeux brillaient et des gouttes de sueur perlaient sur son front. J’ai approché ma main de celui-ci. Il était chaud. Trop chaud. Il devait faire mois de 6° aujourd’hui dehors, ce n’était pas normal.
 
«  Tu vas bien ? Je lui ai demandé essayant de cacher mon inquiétude.
       Je ne sais pas.
       Tu veux que l’on rentre à l’appartement ?
       Non…
       Mais tu n’as pas l’air d’aller bien. »
Elle regardait autour d’elle comme si elle était perdue. 
« On peut aller dans la forêt ?
       Oui  si tu veux. Viens. »
 
            J’ai pris sa main dans la mienne, elle était glacée. Elle m’a suivie sans rien dire.
 
            Il nous a fallu dix minutes pour atteindre la forêt. Nous venions de dépasser les premiers arbres quand j’ai senti une chaleur dans ma paume. Je me suis retournée, le regard de Lexie était presque normal. Sa main était chaude à nouveau.
 
«  Tu ne peux pas rester longtemps loin de la forêt ?
       Non ce n’est pas ça.
       Qu’est ce qui se passe ?
       Je ne sais pas.
 
            Nous nous sommes assises sur deux souches d’arbres. Le silence nous entourait. Juste un léger vent dans les branches. Elle s’était mise en tailleur, ses yeux étaient fermés, elle semblait essayer de percevoir quelque chose. C’était étrange mais j’ai eu l’impression de sentir la forêt frémir quand elle a rouvert les yeux.
 
«  Ça va mieux ?
       Oui c’est bon.
       Lexie j’ai besoin de te poser une question et j’ai besoin d’une réponse.
       Bien. Je t’écoute.
       Quand je dors et que je te rejoins. C’est réelle tout ce que je vis avec toi ou bien ça n’existe que dans mon imagination ? Il y avait la marque à mon réveil mais est-ce qu’elle existait vraiment ou bien me suis-je convaincue qu’elle était là ?
       Ça fait plusieurs questions mais je peux te répondre. Tout est réel. Sauf que ton être ne le ressent pas comme à l’accoutumé car ton corps est encore dans ton lit bien au chaud sous la couette alors que ton esprit, ton essence,  ton enveloppe corporelle et ta conscience sont avec moi.
       Je pourrais mourir dans ton monde ?
       Oui et c’est pour ça que je te renvoie chez toi avant le lever du jour.
       C’est toi qui me renvoies ?
       Oui. Car j’ignore pourquoi tu as le droit de voyager par les chemins par contre tu n’es ni habituée, ni entraînée pour supporter ça trop longtemps. Si tu restais trop longtemps avec moi dans cet état de séparation ton corps se mourrait d’épuisement.
       Oh ! Je ne pensais pas que c’était aussi dangereux.
       Ça ne l’est pas temps que quelqu’un garde la tête froide.
       Qu’est ce qui se passe chez toi ? Je sens…
       Quelque chose de plus noir qui se rapproche ?
       Toujours mais je le sens plus près comme si des fois il était juste derrière moi. »
Je n’ai pas pu retenir le frisson qui m’avait traversé.
« Je comprends et je m’en excuse.
       Pourquoi ?
       Tu ne devrais pas le ressentir, même pas t’en rendre compte. Normalement les humains ne peuvent pas en être conscients.
       Conscients de quoi ?
       De ce danger. C’est une menace qui touche d’abord le monde féérique et ensuite le vôtre par ricochet.
       Alors comment ça ce fait ? »
 
            Elle a frôlé ma main et des crépitements se sont fait entendre, des flammèches passaient de sa peau à la mienne. Ça ne faisait pas mal. C’était doux et une sensation de chaleur remontait le long de mon bras.
 
«  De la même manière que cela est possible.
       Tu ne le fait pas exprès ?
       Non. Cela arrive quand je te touche ici dans cette ville. Je l’ai remarqué ce matin.
       En parlant de ce matin, pourquoi tu refuses de m’embrasser ?
       Car j’ignore ce que cela va donner.
       Et que veux-tu que ça donne ?
       Plein de choses que je ne pourrais peut-être pas contrôler.
      
       J’ai lu de nouveaux livres, dans l’un d’eux, il est question de deux légendes.
       Quelles légendes ?
       La première dit que les caomhnóir, les gens comme moi, ne peuvent pas vivre en ville et si elles le font tous leurs actes ont des répercussions.
       Et la deuxième ?
       Que la caomhnóir née au solstice d’hiver pendant l’éclipse devra se méfier du pouvoir de son cœur dans l’autre monde.
       L’autre monde c’est la ville ?
       Oui.
       Tu es née le jour de l’éclipse ?
       Oui.
       Alors tu as peur des réactions de ton cœur ?
       J’ai peur de te blesser, ou de te faire du mal ou de te faire souffrir sans le vouloir.
 
            J’allais répondre quand deux voix me sont parvenues.
 
« Mais si je te dis que c’est elle. »
« Mais non c’est pas possible. Pourquoi elle serait là ? »
« Je sais pas. Mais c’est elle. »
« Tu dis n’importe quoi. »
« On va être fixés. Il suffit que l’on se mette devant elle et si elle nous voit c’est elle, si elle nous voit pas, ce n’est pas elle. »
 
            Deux petits êtres pas bien épais, habillés de fourrure sont apparus au milieu de nos deux souches.
 
« Tadam. »
 
«  Mais qui êtes-vous ?
       Hein ? Tu nous vois ? C’est toi Lexie du coup ? s’interrogea surpris un des petit bonhomme.
       Non c’est moi. Rectifia Lexie.
       Vous nous voyez toutes les deux ? s’étonna la deuxième petite personne.
       Tu les vois aussi Léa ? me demanda Lexie presque aussi surprise que nos deux visiteurs.
       Ben oui.
       C’est une gardienne elle aussi ? questionna le petit bonhomme numéro un.
       Normalement non mais là je commence à avoir des doutes. »
 
            Des doutes, elle a des doutes ? Des doutes sur quoi ?
 
«  Qu’est ce tu fais là ? continua petit être un.
       Je suis en voyage.
       Tu prends des vacances en ce moment ? Mais t’es pas dingue ?
       Je ne suis pas en vacances.
       C’est vrai il a raison tu devrais être là-bas, renchérit le petit être deux.
       Mais je vais y retourner.
       C’est de l’abandon de poste ça je vais en référer au…
       Céasta. »
 
            La voix de Lexie avait claqué dans le silence de la forêt. J’ai eu comme l’impression que le vent s’était arrêté l’espace d’un instant. Le petit Bonhomme un s’était arrêté aussi. Après un moment l’autre l’a poussé du coude. 
 
«  T’as entendu, elle connaît ton nom.
       Et je connais le tien aussi alors ne fait pas le malin. Vous apprendrez tous les deux que chaque chose se fait en son temps et que chaque acte à un but.
       Pardon.
       Pardon. »
Les deux petits bonhommes se sont excusés en même temps.
«  Rentrez chez vous et rendez vous utiles dans votre village plutôt que de courir la forêt pour faire des bêtises. Vous n’êtes plus des enfants. »
 
            C’est la tête basse et le pas traînant qu’ils ont disparu. Elle m’a refait face.
 
«  Ce n’est pas normale.
       Quoi ?
       Que tu puisses les voir. »
 
            Je ne trouvais rien à redire à cela.
 
« Explique-moi.
       Quoi ?
       Ce qui se passe chez toi, de l’autre côté.
       Tu l’as senti, une menace approche.
       Qui a tué la reine des fées ?
       Je l’ignore encore mais celui qui a fait ça est maléfique.
       Pourquoi tu as des doutes ?
       Tu m’intrigue Léa. Je sais qui tu es mais ce que tu vois et ce que tu ressens ne va pas avec ce que tu es.
       Et je suis quoi ?
       Une cailín ó an baile mór.
       Une fille de la ville. »
 
            J’ai attrapé sa main qui était posée sur son genou. J’ai senti quelque chose sur nos paumes jointes. J’ai écarté la mienne. Les crépitements étaient à nouveau là. J’ai regardé le phénomène. 
 
«  Ça ne te fait pas mal au moins ? je lui ai demandé.
       Non et à toi ?
       Oh que non. »
 
            Entre nos mains les crépitements sont devenus une boule orange, qui grandissait, qui grandissait.  Autour de nous des fleurs se sont mises à pousser, de toutes les couleurs, de toutes les formes.
            Lexie a refermé sa main, la boule lumineuse s’est éteinte et le parterre de fleurs a disparu.
 
«  Vraiment pas normal. Il faut rentrer.
       Pourquoi ?
 
Pour répondre à ma question il y a eu le tonnerre et les premières gouttes. Nous avons couru à travers les rues jusqu’à mon appartement. Quand nous avons passé la porte, nous étions trempées de la tête aux pieds. J’ai ôté mon pull et l’ai regardée. Elle restait là au milieu de la pièce.
 
«  Enlève tes vêtements ou tu vas prendre froid. »
 
            Scène déjà vécue mais à l’inverse. Elle a enlevé sa chemise et s’est tourné pour la poser sur le dossier d’une chaise. Le dessin dans son dos était toujours là, il m’intriguait (et m’intrigue) toujours autant. Je me suis approchée et j’ai posé mes mains sur sa peau pour regarder de plus près.
 
«  Qu’est ce que ça représente ?
       Un cycle, une histoire, une légende, je ne sais pas trop.
       Tu ne sais pas ce que tu as dans le dos ?
       Si je le sais. Même si c’est dans mon dos, je le vois parfaitement.
       Mais celui qui te l’a fait ne t’a pas expliqué ce que cela voulait dire ?
       Léa, je suis née avec. Ce n’est pas un tatouage. Les éléments bougent sur ma peau, je les sens. La lune se rapproche du soleil.
       Comment est-ce possible ? »
 
Je n’attendais pas de réponse à ma question. J’ignorais si elle le savait et même si c’était le cas je suis à peu près sur qu’elle ne me l’aurait pas dit. J’ai passé mes doigts sur la représentation du soleil puis sur celle de la lune. Il y avait un dolmen plus bas, au creux de ses reins un symbole que je ne connais pas et tout ça était en couleur. Sa peau était chaude et je me suis aperçue qu’une ligne de lumière suivait les mouvements de mon index. Elle s’est retournée pour me faire face.
 
«  Tu as senti quelque chose ? Lui ai-je demandé. »
 
Elle ne disait rien, elle a plongé son regard dans le mien. J’ai posé ma main à plat juste au dessus de sa poitrine. La ligne s’est transformée en tâche et entourait toute ma main. Je sentais les battements de son cœur s’accélérer. Sa respiration aussi. Elle semblait essayer de se concentrer, de résister. Quelque chose est remonté le long de mon bras. Pas quelque chose de physique quelque chose de différent comme un courant énergétique, une essence, un fluide. Il se répandait en moi et c’était bon. J’ai fermé les yeux et me suis concentrée uniquement sur ce que je ressentais.
Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé avant que je sente la main de Lexie sur mon poignet. Elle voulait me retenir… Pourquoi serrait-elle si fort… Elle commençait à me faire mal mais le fluide annihilait la douleur instantanément… Mais tout de même pourquoi faisait-elle ça…
J’ai ouvert les yeux et ce qui se passait devant moi m’a glacée. Il y avait un voile sur les prunelles de Lexie, son front était tout en sueur, son corps tremblait je m’en rendais compte à présent, il semblait qu’elle cherchait de l’air.
J’ai retiré précipitamment ma main. A la place sur sa peau il y avait une brûlure. Elle s’est écartée et s’est retournée, respirant difficilement. Je voulais m’approcher pour l’aider mais elle m’a fait signe de ne pas bouger. Et comme si la lutte était trop inégale, elle est tombée assise sur le plancher en appuyant son dos contre le mur. Elle fermait les yeux comme si ce geste pouvait atténuer sa douleur. Je sentais qu’elle allait perdre conscience. Comment je le savais ? Je ne sais pas je le ressentais.
Je devais faire quelque chose pour l’aider. Vite. J’ai couru dans la salle de bain chercher plusieurs petites serviettes. Dans la cuisine j’ai attrapé la bassine et je l’ai remplie d’eau froide dans laquelle j’ai ajouté des glaçons. Je suis revenue près d’elle. J’ai trempé la première serviette dans l’eau et lui ai appliquée sur sa brûlure, elle a tressailli mais n’a pas plus réagi. La deuxième, je lui ai passée autour du cou. Avec la troisième j’ai essuyé son visage. J’avais les mains gelées mais elle ne bougeait toujours pas.
Pendant vingt minutes, j’ai renouvelé les serviettes d’eau glacée. Je commençais à désespérer et franchement à culpabiliser quand les rayons de la lune sont passés par le velux de mon appartement. Le halo l’entourait et elle a ouvert les yeux. Ils étaient remplis de cet éclat de lune. La lune l’aurait-elle soignée ? Elle était peut-être vraiment la fille de la lune.
Elle me regardait et je ne savais pas quoi faire.
 
«  Ne te sens pas coupable. Ce n’est pas de ta faute.
       Mais si c’est moi qui… Tu me… Et je…
       Chut. Arrête. Ce n’est pas toi. C’est Eux.
       Eux. Les seuls que tu crains.
       En quelque sorte.
       Pourquoi tu dis que c’est Eux ?
       Parce que je le sais. Et parce qu’ils ne voulaient pas que je vienne te voir ici.
       Tu as désobéi ?
       Je n’obéis à personne. Je fais ce que je dois faire. »
 
            Elle a retiré les différentes serviettes. La brûlure avait disparu.
 
«  Comment est-ce possible ? L’eau froide n’a jamais fait disparaître une brûlure. »
 
            Elle a levé ses yeux vers le velux. Vers la lune. Essayait-elle de me dire que c’était vraiment la lune qui l’avait soignée ? Au fond, ça ne serait pas si étonnant que ça.
            Je n’osais plus la toucher, j’avais trop peur de la blesser. Encore…
            Elle s’est relevée et m’a tendue la main. J’ai hésité à la prendre. Elle a incliné la tête sur le côté pour m’encourager à le faire. J’ai posé doucement ma main dans la sienne. Elle m’a attirée sur le canapé posé sous le velux. La lune était là, pleine. Elle nous éclairait. Elle m’a attirée dans ses bras.
 
«  On ne craint plus rien, ni toi, ni moi. Elle nous protège, ils ne peuvent rien contre nous.
       Je peux t’embrasser ?
       Oui. Jusqu’à ce qu’elle s’en aille.
       Bien. »
 
            J’ai posé délicatement ma main sur sa joue, la caressant du bout des doigts. Elle avait la peau si douce… J’ai frôlé ses lèvres, elles étaient chaudes. Je voulais plus. J’ai approfondi le baiser. J’ai pris possession de sa bouche, me suis serrée un peu plus contre elle, j’ai cherché le contact de sa langue. Elle a répondu. J’ai senti ses mains passer sous mon t-shirt.
 
«  Tu devrais l’enlever, il est trempé, m’a-t-elle murmurée à l’oreille. »
           
Je me suis appuyée sur ses épaules et l’ai laissé me le retirer.
 
«  Tu devrais aussi enlever ton pantalon, il est dans le même état. »
 
            Cette fois je me suis relevée et j’ai ôté mon jeans. Quand je me suis rallongée dans ses bras, je me suis aperçue que le sien était sec.
 
«  Pourquoi le tient est sec ? Tu étais autant mouillée que moi en rentrant et en plus j’ai continué de t’arroser avec l’eau glacée. Comment est-ce possible ?
       Séchage magique… »
 
            Je l’ai embrassée à nouveau pour faire disparaître ce petit sourire qu’elle avait. Je n’étais plus qu’en sous-vêtements. J’ai tiré sur la boucle de sa ceinture pour la détacher, je me suis attaquée au premier bouton, puis au deuxième et les deux derniers ont suivi dans le mouvement. Je lui ai retiré son jeans et nous étions à égalité. Je l’ai jeté au sol et la pierre qu’elle m’avait montrée à son arrivée a roulé sur le parquet. Elle brillait encore.
 
«  Tu es encore là pour longtemps ?
       Au moins toute la nuit… »

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 15 Jan 2017 - 22:43

Dimanche 6 décembre / Dé domhnaigh 6 Nollaig
 
C’est la sonnerie de mon portable qui m’a réveillée ce matin. A moitié endormie, je n’ai pas regardé qui c’était. J’aurais du…
Mais revenons un peu en arrière…
 
Elle était là pour toute la nuit. Et quelle nuit… On dit que dans l’amour il y a de la magie au sens figuré, avec Lexie j’ai vraiment eu l’impression qu’il y en avait au sens propre du terme. Je ne vais pas dire que j’ai une grande expérience en matière de sexe mais je ne suis pas non plus la dernière perdrix de l’année. Cette nuit-là était douce, tendre, intense… Et différente.
Nous étions là toutes les deux, allongées sur mon canapé, protégées par la lune, à moitié nues, moi sur elle. Je sentais ses mains courir sur mon dos, ses lèvres à un souffle des miennes, ses yeux… Ses yeux, aucun éclat de lune mais quelque chose d’autre. Toujours ce bleu intense avec quelque chose de nouveau. Il n’y avait plus la lune dans ses yeux, il y avait le soleil. Le contour de ses iris était orange foncé. Sa peau était chaude voir même brulante. Sa respiration était plus forte plus rapide que d’habitude. A l’endroit où ses mains passaient, je sentais une douce brûlure. Je ne pouvais retenir le frisson qui remontait le long de ma colonne vertébrale quand elle m’a serrée un peu plus contre elle et qu’elle est venue poser mes lèvres dans son cou.
Le reste est plus intime et je suis encore trop pudique pour l’écrire ici. Et rien que d’y repenser j’en rougis.
Après cette nuit de câlins pas vraiment sages, le petit matin nous a trouvées enlacées sur le canapé bien au chaud sous la couette que j’utilise habituellement quand je regarde la télé. Le soleil était encore bas sur la ville, loin d’avoir dépassé les toits, la lune toujours là, pas très pressée de partir, comme si elle nous laissait encore un peu de temps. Une douce caresse m’a réveillée.
 
«  Bonjour toi.
       Bonjour. Bien dormi ? m’a-t-elle demandé
       Oui très bien. Je sais que je n’ai pas dormi longtemps mais j’ai l’impression d’avoir fait une nuit complète.
       Ça arrive parfois.
       Le jour est là, c’est dangereux pour toi si je reste comme ça ?
       Non, pas pour le moment. Quand le soleil passera par ton velux, il faudra faire attention.
       D’accord. Ça veut dire que je peux encore t’embrasser ?
       Oui. »
 
            Nous n’avons pas eu besoin de faire attention au soleil car elle est partie avant. La pierre translucide s’est mise à briller et un halo mêlé de bleu et de vert s’est formé autour  de Lexie.
 
«  Il est temps que je rentre. Je te revois bientôt.
       Quand ?
       Bientôt… »
 
            Elle s’est dissoute dans la lumière laissant une chaleur nouvelle dans mon appartement. Scotty s’est réveillé à ce moment-là.
 
            Mais revenons-en à mon téléphone portable. J’aurais dû regarder car c’était ma mère qui était en train de me dire clairement ce qu’elle pensait de mon comportement de ces deux dernier jours. Il était vrai que j’avais prévenu au dernier moment que je ne viendrais pas manger pour mon anniversaire et que j’avais laissé mon portable éteint toute la journée d’hier. Mais tout cela ne méritait pas un réveil pareil.
 
«  Tu te rends compte, tout le monde était là et toi non.
       C’était vos amis qui étaient là, pas les miens donc je n’ai manqué à personne. J’essayais d’argumenter.
       Comment peux-tu dire ça ? C’était de l’impolitesse. Où étais-tu ?
       Une amie étrangère m’a fait la surprise de venir pour mon anniversaire. »
 
            Ce qui n’était qu’un demi-mensonge en y regardant bien.
 
«  Sans s’annoncer avant ?
       Non.
       Quelle éducation… De toutes les manières nous te verrons ce soir.
       Ce soir ?
       Bien sûr. Tu n’as pas oublié, Wallace vient dîner avec ses parents. »
 
            Je me suis retenue de lui dire ce que je pensais mais ça donnerait à peu près ça :
« Quoi, tu veux que je mange à côté de ce crétin arrogant alors que j’ai passé une nuit géniale avec Lexie. Dans tes rêves oui ! »
Mais ça s’est transformé par un :
 
«  Oui, je serais là.
       Bien. Et ne sois pas en retard. M’a conseillé ma mère. »
 
            Elle a raccroché et je me suis remise sous la couette.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 15 Jan 2017 - 22:45

Jeudi 10 décembre / Déardaoin  10 Nollaig
 
Le repas de dimanche a été un cauchemar et j’ai eu la preuve que ce cher Wallace n’a pas d’abdominaux. Vu comme il s’est plié en deux après que je lui ai planté mon coude dans le ventre et la grimace qu’il faisait, je peux affirmer qu’il n’y avait aucune tablette de chocolat de ce côté-là, même pas l’ombre d’un carré. 
Petite précision je ne l’ai pas frappé par plaisir. Remettons les choses dans leur contexte. Ma mère nous avait imposé une promenade dans le parc et monsieur s’est cru autorisé à passer son bras autour de ma taille. Non mais. La suite est écrite juste au-dessus.
 
Mais oublions Wallace et ma mère. Cette nuit, j’ai revu Lexie. Je l’ai rejointe dans son monde. Je dois m’habituer à ces voyages car cette fois-ci je n’ai pas ressenti les effets habituels. Elle n’a pas eu besoin de me prendre dans ses bras et de me serrer contre elle en attendant que ça passe. Pas que me retrouver contre elle me dérange mais les sensations que je ressens en arrivant sont plutôt désagréables. J’ai envie de vomir, j’ai l’impression que ma cage thoracique est comprimée et je tremble. Cette nuit-là rien de tout cela, juste un peu la tête qui tournait. Mais ça ne m’a pas empêchée de me blottir dans ses bras.
Je l’ai retrouvée au bout d’une falaise verdoyante. Elle était appuyée contre un rocher et regardait devant elle. En face de l’autre côté du vide, il neigeait.
 
«  Comment est-ce possible ? j’ai demandé. »
       La neige ?
       Oui. Il fait beau ici et il neige à quelques mètres.
       Les lutins d’hiver font la fête. Je t’attendais pour y aller.
       On est invité ?
       Oui.
 
            Je l’ai vue se redresser, s’approcher du bord et dire :
 
« Que la neige soit douce et sucrée ! »
 
            Alors venant de l’autre côté, un pont de glace s’est formé et un lutin est arrivé, de la neige plein sur son chapeau.
 
«  Bonjour Lexie. Nous nous demandions quand tu allais te décider.
       J’attendais qu’elle arrive.
       Oh pardon. Bonjour Léa.
       Tu connais mon prénom ? je vous laisse deviner mon étonnement.
       Bien sûr, tout le monde te connaît depuis que tu as aidé nos amis de la forêt.
       Oh !
       Vous êtes prêtes ?
       Oui, répondit Lexie.
       Heu oui a été ma réponse.»
 
            Le lutin nous a tendu deux fioles, une chacune. J’ai regardé Lexie déboucher la sienne et avaler son contenu d’une traite. Lui faisant confiance, j’ai fait de même. C’était sucré et ça ressemblait à de la grenadine. Les fioles vides, nous avons rétréci pour arriver à la même taille que notre interlocuteur. Nous avons ensuite traversé le pont de glace. Je me suis retrouvée les pieds dans la neige. Un autre lutin m’a tendu un chapeau pointu comme les leurs.
 
«  Ici tout le monde en porte un, m’a précisé l’autre lutin »
 
J’ai regardé Lexie qui avait déjà le sien sur la tête, il était bleu foncé. Le mien était bleu clair.
 
«  Il y a aussi un code couleur ?
       Non. Il a du se dire que cette couleur t’irait bien.
       Ah ! je n’ai pas trouvé mieux à répondre. »
 
            Un grand banquet se tenait au centre de ce qui semblait être leur village. Un peu plus loin des enfants (lutins) jouaient à se lancer des boules de neige ou à faire des bonhommes de neige. Je me suis rapprochée de Lexie.
 
« Tu peux m’en dire plus sur les Lutins d’hiver ?
       Ils aiment le froid. L’été, ils vivent dans le nord dans les grottes pour être au frais. Quand la saison d’hiver revient ils la suivent. Et quand ils font cette fête c’est que demain il neigera partout sur la région.
       Il va neiger chez moi ?
       Demande-leur. Ils savent exactement où la neige va tomber.
       Et pourquoi je n’ai pas froid alors qu’il neige ?
       Parce que tu as un bonnet.
       J’ai chaud juste parce que je porte un bonnet ?
       Et parce que tu es un lutin.
       Je suis un lutin !?!
       Arrête de t’interroger et profite de la fête… »
 
            J’ai profité de la fête, de la danse, de la nourriture et des boissons… Et je me suis réveillée dans mon lit avec un mal de tête carabiné. Et complètement nue…
            Je précise, je me suis endormie en pyjama, enfin en nuisette comme d’habitude. J’ai retrouvé Lexie habillée en jeans et pull, comme d’habitude. Mais d’habitude je me réveille habillée comme j’étais partie alors que là ce n’était pas le cas.
Qu’est ce qui s’est passé ?

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 15 Jan 2017 - 22:49

Lundi 14  décembre / Dé luain  14 Nollaig
 
            Aujourd’hui j’ai eu un rendez-vous très important à l’université. Cela concernait mes projets futurs qui dépendent de mes résultats aux examens qui commencent demain. Je n’ai pas le droit à l’erreur si je veux pouvoir aller jusqu’au bout de mon idée un peu dingue, je dois l’avouer.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 15 Jan 2017 - 22:50

Jeudi 17  décembre / Déardaoin 17  Nollaig
 
            Réveil en sursaut. Cauchemar horrible. Mes mains en tremblent encore. Je claque des dents, j’ai froid. J’ai froid à l’intérieur. Mon sang glacé.
            J’ai vu une ombre noire qui planait au-dessus de la tourbe. Comme un prédateur, comme l’aigle de l’Allemagne nazie qui m’a toujours mise mal à l’aise. Tout se fanait quand l’ombre recouvrait le sol. Les oiseaux ne chantaient plus. Les papillons perdaient leurs couleurs. Les feuilles ne bruissaient plus dans le vent léger. L’eau se figeait.
La terre sentait la mort.
Je me trouvais en haut d’une colline et l’ombre s’approchait de moi. Je voulais fuir mais quelque chose m’en empêchait, comme si je devais rester là pour voir. Sur la colline en face, se tenait Lexie. Elle semblait loin et pourtant je distinguais très bien les traits de son visage. Ils étaient fermés, durs, tendus. Ses yeux étaient bleus foncés presque noirs.
L’ombre inquiétante s’est détournée de moi et a plongé droit sur Lexie qui ne bougeait pas. Elle disparaissait dans le noir de l’ombre quand je me suis réveillée.

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"Il faut toujours viser la lune car même si on la rate on fini dans les étoiles"
Oscar Wilde
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Mack
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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 15 Jan 2017 - 23:06

Lundi 21  décembre / Dé luain  21 Nollaig
 
            Ce week-end avec des amis de la fac, nous avons fêté la fin des examens. Mieux vaut en profiter avant de savoir qu’on les a ratés. Les résultats ne seront donnés qu’entre Noël et le jour de l’an. Tout ce qu’il faut pour passer un Noël stressé et un jour de l’an déprimé. Je suis optimiste pour mes résultats mais c’est loin d’être le cas de tous mes camarades. En tous les cas, ces deux jours de détente m’ont permis d’oublier un instant les cauchemars et le monde de Lexie.
            Ce n’est pas que je n’aime pas le monde de Lexie, bien au contraire. J’aime découvrir les peuples qu’elle protège. J’aime participer aux fêtes, discuter avec de nouvelles personnes bien différentes de moi. J’apprécie encore plus mes voyages oniriques maintenant que je n’en subit plus autant les effets secondaires. Mais toutes les images horribles que je vois dans les rêves où je ne pars pas m’effraient. J’ignore pourquoi je perçois toutes ces choses. Pourquoi je peux voir des êtres qui devraient m’être invisibles. Et quand Lexie dit qu’elle ne peut pas m’expliquer, je la crois car je sens qu’elle aussi s’interroge et attend de voir la suite des événements. Pour en revenir aux cauchemars, si c’est un avertissement pour me dire que je vais devoir participer à l’affrontement de cette menace, alors le peuple de la forêt peut trembler car je ne suis vraiment pas sûre d’être à la hauteur de la tâche.
            La nuit dernière, je ne suis pas allée rejoindre Lexie mais je n’ai pas fait de cauchemar non plus. Il faut dire que je n’ai pas dormi chez moi. Je viens de rentrer, nous étions dans une boîte peuplée d’étudiants en recherche de décompression. Il est cinq heures du matin, j’ai un peu sommeil mais c’est un peu comme si mon corps s’était habitué à moins dormir. J’ai encore largement le temps de prendre une bonne douche et un solide petit déjeuner avant d’aller à la fac pour l’avant dernière journée de cours avant les vacances de fin d’année.
Quand je suis arrivée chez moi, il y avait une boîte de la taille d’une boîte d’allumettes posée sur mon bureau avec mon prénom dessus. Les Aralts doivent pouvoir transporter ça aussi, mais à mon avis, il doit falloir mettre plus qu’un morceau de gâteau. Un peu étonnée, je l’ai ouverte. A l’intérieur, il y avait une feuille de papier et un pendentif semblable à celui que portait Lexie quand elle était venue me voir pour mon anniversaire mais il n’y avait aucune couleur à l’intérieur de la pierre, elle était complètement translucide.
En parlant d’anniversaire c’est celui de Lexie aujourd’hui. Elle a… 22 ans si je ne me trompe pas. Si elle compte les années comme nous, si un an n’en vaut pas quatre ou dix.
 
            Sur le bout de papier il y a écrit :
 
« Si tu veux venir maintenant mets la pierre autour de ton cou et laisse toi faire. N’oublie pas de prendre Scotty avec toi, ce serait dommage qu’il rate la fête. Je t’attends.

Lexie »
 
Si je voulais venir ? Etre physiquement avec elle, vraiment, je n’allais pas laisser passer l’occasion. Les rêves c’est bien, la réalité c’est mieux. Et tant pis pour la fac.
Je suis allée réveiller Scotty qui dormait encore profondément.
 
«  P’tit bonhomme, tu as un quart d’heure pour te lever, te laver, t’habiller et être prêt à partir.
       On part où si rapidement ? demanda-t-il en se frottant les yeux.
       On a rendez-vous ?
       Avec qui ?
       Tu sais quel jour on est ?
       Heu… Lundi ?
       Oui mais la date ?
       Oh heu… le 21 décembre… 21 décembre ! Oh ! (sautant de son lit) C’est l’anniversaire de Lexie. C’est avec elle qu’on a rendez-vous ?
 
Et je l’ai regardé courir partout dans sa maison pour être prêt dans les temps. De mon côté, j’ai filé sous la douche. J’hésitais à mettre une jupe et un petit haut pour la séduire mais je me suis rappelée à temps que nous étions en décembre et qu’il faisait plus froid à l’Ouest qu’à l’Est. J’ai donc opté pour un jeans et un gros pull en laine à colle roulé. Quand je suis revenue dans le salon Scotty était prêt. Il a mis son beau costume vert avec sa veste en tweed marron.
 
«  Prêt au départ P’tit Bonhomme ?
       Oui. »
 
            Je l’ai pris dans ma main gauche et de l’autre j’ai passé le cordon autour de mon cou. Et je me suis laissée faire… La pierre s’est mise à briller d’un vert intense. Tout autour de moi est devenu flou. J’ai eu l’impression de voir défiler le paysage comme à travers une fenêtre d’un train à très grande vitesse. Tout un ensemble de couleurs mais aucune forme précise. Je me déplaçais sans avoir la sensation de bouger. J’ignore combien de temps a duré « le voyage » mais au bout d’un moment les contours sont devenus plus nets, le nouveau décor est apparu. J’étais chez Lexie, dans la pièce principale. Elle sortait de la chambre au moment où je suis arrivée.
 
«  Salut toi. Tu as fait bon voyage ?
       Oui. C’est moins violent que les autres.
       Normal, ton corps a voyagé aussi. Rien n’a été séparé.
       Donc, je suis vraiment là. Il n’y a plus personne chez moi, ni mon corps, ni mon essence, ni mon esprit ? Rien ?
       Sauf si tu as invité quelqu’un chez toi.
       Non.
       Donc ton appartement est bien vide. »
 
            Elle s’est approché de moi et elle était sur le point de m’embrasser quand une petite voix est venue d’en dessous.
 
« Bonjour Lexie. »
 
            C’était Scotty, il était toujours dans ma main. Je l’avais complètement oublié. Lexie l’a pris et a commencé à le chatouiller.
 
«  Bonjour Scotty. Tu es prêt à faire la fête ?
       Oh oui alors.
       Je te laisse partir devant avec Chloé. Elle t’attend dans la chambre
       D’accord.
 
            Elle l’a posé au sol et il a disparu en courant vers la chambre. Je n’avais jamais remarqué avant mais il y a une petite porte découpée dans la grande porte. Lexie m’a fait à nouveau face et rien ne l’empêchait de m’embrasser cette fois. Ses lèvres étaient douces et je ne pouvais me retenir de me serrer plus contre elle. J’ai senti sa langue caresser mes lèvres. Je les ai ouvertes. Le baiser était plus profond.
 
«  Qu’est-ce qu’il y a ? j’ai demandé en me reculant
       Rien. Pourquoi ?
       Je ne sais pas tu te comportes différemment.
       Différemment comment ?
       Ta manière de m’embrasser est différente.
       Car tu es vraiment là. Je n’ai pas besoin de faire attention à l’intégrité de ton essence.
       L’intégrité de mon essence ? En quoi ça consiste ?
       C’est un petit peu trop long à t’expliquer maintenant et si je le fais on risque d’être en retard.
       En retard où ?
       Pour le solstice. Le soleil va bientôt se lever. Il faut y aller. »
 
            Elle m’a pris la main et m’a entrainée dehors. Je me suis retrouvée les pieds dans la neige. Nous avons contourné le lac, traversé une forêt et emprunté un chemin escarpé pour arriver en haut d’une falaise. Cet endroit me disait quelque chose. J’avais un sentiment de déjà vu. Au bout de la falaise, il y avait un carré où la neige était absente et où l’herbe était bien verte. Elle s’est assise au sol et s’est appuyée contre un rocher  et m’a invitée à faire de même. Je me suis installée entre ses jambes et me suis appuyée contre elle. Elle m’a entourée de ses bras alors que la nuit nous entourait encore. A un mètre de nous, il y avait une flaque d’eau qui s’était transformée en glace. J’aurais dû avoir froid mais ce n’est pas le cas. Une douce chaleur m’entourait, enfin nous entourait.
 
« Le spectacle  va commencer. »
 
Son souffle était doux à mon oreille. Et le paysage était doux à mes yeux. Entre les deux plus hautes collines la lumière du jour commençait à apparaître. Le ciel d’encre se délavait au contact de la terre. Les premiers rayons du soleil se sont fait sentir. La vallée commençait à s’éclairer. Les cristaux de neige propageaient la lumière. Le soleil était enfin là, exactement entre les deux collines. Inondant toute la vallée. Le manteau de neige scintillait comme un tapis de diamants. Cela faisait presque mal aux yeux.
 
« La lumière a vaincu les ténèbres. »
Elle l’avait dit doucement comme si à un moment elle avait craint que ce ne soit pas le cas.
«  Je n’ai jamais compris pourquoi on disait ça. On est au début de l’hiver, le temps des ténèbres ne fait que commencer.
       C’est parce que tu associes les ténèbres au froid. Alors que les ténèbres sont la nuit. A partir d’aujourd’hui, les jours rallongent donc la lumière gagne sur la nuit, m’expliqua-t-elle.
       Pourquoi la lumière est si importante pour vous ?
       Elle est le symbole de la vie. La nuit est la mort. Regarde les fleurs, la nuit elles se ferment pour se protéger, le jour venu, elles s’ouvrent. Si le jour ne vient pas les fleurs ne peuvent s’ouvrir et montrer leur beauté.
       Je croyais que c’était les fées de la forêt qui ouvraient les fleurs.
       C’est vrai mais c’est lié. Si le jour ne vient pas les fées ne se réveillent pas et si elles dorment les fleurs dormiront aussi.
       Si je comprends bien : si les fées ne se réveillent pas la nature ne se réveille pas non plus. Et les fées sont réglées sur le soleil.
       C’est ça. Elles se couchent avec le soleil et se lèvent avec lui. La lune est dangereuse pour elles.
       Il me semble avoir vue Chloé dormir alors que le soleil brillait !?!
       Chloé est à part.
       L’exception qui confirme la règle, en somme.
       On peut dire ça comme ça.
       Y’aurait-il un autre mystère là dessous ?
       Pour toi, il y a des mystères partout.
       Normal, je suis une –
       Scientifique, je sais. »
 
Le soleil a continué son chemin et devait à présent éclairer le village de mon Grand Père. J’ai regardé la pierre que j’avais autour du coup. Elle brillait toujours d’une lumière verte.
 
«  Je suis là pour combien de temps ?
       Au moins jusqu’à demain matin. Je l’ai choisie dans le pot des longues durées. Ce qui m’a pris du temps, c’est de trouver la bonne couleur.
       Comment ça ?
       Pour que ça fonctionne, il faut que la pierre ait une couleur qui corresponde à ton essence.
       Dois-je en conclure que le vert va avec mon essence ?
       Oui, elle y colle même parfaitement.
       Et toi quelle est ta couleur ?
       Bleue.
       Tu dis l’avoir choisie dans « le pot des longues durées » cela veut dire qu’il y a des courtes durées ?
       Oui, il y a tous les types, même les voyages éclairs.
       Où trouve-t-on ces pierres ?
       Au marché.
       Quel marché ?
       Au marché de la magie. Je t’emmènerai la prochaine fois que tu seras là mais tu ne devras toucher à rien et ne pas poser de questions.
       Merci.
       Pourquoi ? »
J’aurais pu jurer qu’elle était étonnée que je n’argumente pas plus sur ses conditions.
« De me faire partager ton monde.
       De rien. »
 
Je me suis blottie  un peu plus dans ses bras et j’ai laissé le soleil d’hiver chauffer mon visage. Si on m’avait dit que je découvrirai tout ça en venant passer des vacances chez mon Grand Père, je serais venue beaucoup plus tôt.
Même si il y a beaucoup de questions qui restent sans réponse, même si une très grande partie de son monde m’est encore inconnu, même si elle minimise les dangers qui l’entourent, même si je sais qu’elle me tait des choses pour ma propre sécurité, même si une guerre semble imminente, je sais que je veux être ici et nulle part ailleurs. Et si je dois devenir une guerrière pour le monde de l’invisible alors je le ferais car aux côtés de Lexie, je me sens forte.
 
Une fois le soleil haut dans le ciel, nous avons pris le chemin du retour. Ma main bien calée dans la sienne, je suivais son rythme. Elle marchait normalement, sans précipitation, elle ne regardait pas tout autour d’elle comme à l’affut du moindre bruit qui pourrait être suspect et annoncer un danger. Je la sentais plus détendue. Bien qu’elle ne montre pas vraiment ses sentiments le reste du temps, j’avais deviné au cours de mes visites oniriques une certaine tension au fond de ses yeux. Aujourd’hui, il brillait d’un éclat nouveau pour moi. Un bleu intense beaucoup moins foncé que d’habitude, il y avait aussi des filaments de vert dans son regard.
 
«  Tes yeux sont un peu verts aujourd’hui. Je déteins sur toi ?
       C’est possible. Et moi, est-ce que je déteins sur toi ?
       Assurément. »
 
            Nous avons continué de marcher jusqu’à arriver à un immense chêne. Son écorce paraissait aussi épaisse que ma main et ses feuilles étaient bien vertes malgré le fait que nous étions en pleine hiver.
 
«  Ça ne sert à rien que je pose des questions sur l’arbre ?
       Ça ne sert à rien oui. Tu veux bien te serrer contre moi que nous puissions entrer ?
       Pas de problème, avec plaisir. »
 
            Je me suis blottie contre elle. Elle m’a entourée de son bras droit puis a posé sa main gauche sur l’écorce de l’arbre et a murmuré :
«bog isteach i »
Un léger vent s’est levé, un vent chaud, nous enveloppant, soulevant les cheveux miel foncé de Lexie. Elle a resserré un peu plus son étreinte et… L’arbre nous a aspirées littéralement. « Le voyage » n’a duré que quelques millièmes de secondes. Il m’a fallu plus de quelques secondes pour reprendre pied. Mon estomac protestait encore. Nous avons atterri sous terre, enfin je le supposais au vu des murs en tourbe et le plafond en pierres grises.
 
«  Ça va ? me demanda-t-elle.
       Oui c’est bon. C’est passé. Pourquoi tu vas toujours bien toi ?
       Je n’ai pas le même estomac que toi.
       Ah bon !? Je te croyais comme moi… Enfin presque. Ça veut dire que…
       Calme-toi. Je te fais marcher. J’ignore pourquoi tu es chamboulée après le transfert. Il faut dire aussi que très peu de cailín ó an baile mór l’ont vécu.
       Il y en a eu d’autres comme moi ?
       Pas que je sache.
       Et ton savoir remonte à quand ?
       Quinze cent et des brouettes…
       … »
Je n’ai rien trouvé à répondre à ça.
« Allez ! Allons-nous amuser. C’est mon anniversaire aujourd’hui.
       Et tu as bien 22 ans ?
       Vu que j’en avais 21 cet été il est logique que j’en ai 22 aujourd’hui. Je vieillis à la même vitesse que toi.
       Avec toi rien n’est moins sûr. »
 
            Un grand banquet nous attendait, je retrouvais les lutins des neiges, les gnomes que j’avais aidés à transporter une nuit, la famille de Scotty et d’autre Leprechauns, Chloé et d’autres fées qui voletaient au-dessus de nos têtes ainsi que beaucoup d’autres  personnages que j’avais croisés au cours de la découverte du monde de Lexie. Comme à chaque fois, il y avait de la musique, rythmée, entraînante, invitant même les plus réticents à danser. Il y avait aussi toutes sortes de nourritures différentes. Chaque peuple ayant apporté ses spécialités. Il y avait à boire aussi, les tonneaux étaient alignés sur le mur du font. Les inscriptions gravées dessus devaient sûrement informer de ce qu’il y avait dedans mais la langue m’était complètement inconnue, je devais m’en remettre à Lexie pour remplir mon verre. Pour l’heure, il était plein d’un liquide ambré aux fines bulles.  
 
«  Tu viens danser ? m’a-t-elle demandé.
       Je te suis. »
 
            Elle m’a entraînée sur la piste de danse pour entamer quelque chose qui ressemble à un Set dance suivi d’un Ceili. Les danses traditionnelles du petit peuple ne sont pas très éloignées de celle de mon peuple, ce qui me permet de suivre le rythme sans être ridicule. Je suis à bout de souffle quand la musique s’arrête. Je suis sur le point de demander grâce à Lexie pour aller me rasseoir quand la musique se fait plus douce. Une balade jouée par un violon et une cornemuse. Lexie m’a attirée à elle et a passé ses bras autour de ma taille. Je me suis rapprochée et à mon tour j’ai enroulé mes bras autour de sa nuque.
 
«  J’en venais à me demander s’ils connaissaient le slow. Je lui ai chuchotée à l’oreille.
       La preuve que oui. »
 
            J’ai posé ma tête sur son épaule et je me suis laissée bercer par la musique et les mouvements du corps de Lexie. Il m’a fallu un moment pour me rendre compte qu’il n’y avait aucun bruit autour de nous. Les conversations s’étaient tues, le brouhaha des minutes précédentes n’existait plus. Tout le monde écoutait la musique ou dansait.
 
«  Pourquoi ils ne parlent plus ?
       C’est la chanson du souvenir.
       Souvenir de quoi ?
       Elle est jouée en souvenir de tous les disparus de l’ensemble du peuple de l’invisible.
 
            A cet instant, j’ai eu une pensée pour Bainríon, la Reine des fées, morte fin novembre, assassinée. Aujourd’hui remplacée par une nouvelle Reine pour permettre à la nature de vivre mais toujours dans le cœur de ceux qui l’ont connue. J’ai pensé aussi à cette vague noire que je vois dans mes rêves et qui me terrifie. Comme si elle avait perçu mes pensées, Lexie a resserré un peu plus son étreinte.
 
«  Je ne laisserai personne te faire du mal. »
 
            Elle l’a dit si bas que j’ai presque eu l’impression de le rêver. La balade s’est arrêtée. Elle a posé un délicat baiser sur mes lèvres.
 
«  La nuit est tombée, tu veux que l’on aille voir ton grand père et la lune ?
       Et ta fête d’anniversaire ? Tu n’es pas tenue de rester ?
       Mon anniversaire est un prétexte. Ils n’ont pas besoin que je sois là pour continuer à faire la fête. »
 
            Elle m’a entrainée vers le fond de la salle et m’a entourée à nouveau de son bras droit avant de poser sa mains gauche contre la tourbe.
« bog amach as »
 
Comme pour l’entrée, un léger vent chaud s’est levé et nous avons été à nouveau aspirées par la paroi et recrachées devant le grand chêne. J’ai bloqué ma respiration en attendant que mon estomac revienne à sa place. Mais là, rien. Je n’ai pas eu une forte envie de vomir.
 
«  Ça va ?
       Oui. Etonnemment, oui. Comment ça se fait ? Et puis pourquoi je n’ai pas été malade quand je suis allée chez les lutins des neiges et chez les fées sous l’eau ?
       Je crois que je commence à comprendre.
       Tu peux m’éclairer ?
       Pour les lutins et les fées aquatiques c’est ton corps qui a rétrécie soit par une potion soit par la magie de l’eau. Aujourd’hui ton corps a été déplacé. C’est un peu comme si tu t’étais dissoute dans l’espace temps quelques centièmes de secondes et que tu t’étais recomposée. Et je pense que c’est la recomposition dans un état qui n’est pas le tien qui te rend malade.
       Tu crois ?
       Quand tu rentres chez toi après tes voyages oniriques, est-ce que tu es malade ?
       Je n’en sais rien, je dors. Par contre, quand je te retrouve, j’arrive bien éveillée.
       C’est peut-être la suite de l’explication.
       Peut-être. Ça demande à être analysé et approfondi.
       Et revoilà la scientifique.
       Elle n’est jamais partie très loin… »
 
            Mon grand père n’a pas été surpris de me voir et au fond, je n’ai pas été étonnée de sa non surprise. Il nous a invitées à prendre un café, Lexie a préféré un verre de lait froid. Par contre, j’ai été étonnée que mon grand père ait du lait dans son frigo. Il n’en boit jamais. Dois-je en conclure que Lexie vient souvent le voir et qu’il a sa boisson favorite au frais ? Possible. A les entendre discuter, ils ont l’air de s’être beaucoup rapprochés depuis mon retour à l’Est.
            J’ignore l’heure qu’il était quand nous sommes sorties de chez Grand Père. Je me suis vite rendue compte que ma montre ne fonctionnait plus. Elle s’est arrêtée à l’heure où j’ai quitté mon appartement. Encore une chose étrange, ou plutôt un effet secondaire d’un état transitoire. La lune était pleine et éclairait complètement le lac. Nous sommes allées nous asseoir un moment au bout du ponton. Elle était dans mon dos et m’entourait de ses bras. Le lac était gelé. J’aurai du avoir froid car la température était négative et que je ne portais qu’un jeans et un pull en laine même à col roulé. Derrière moi Lexie en simple chemise et baggy semblait dégager une chaleur naturelle qui m’entourait et me protégeait.
 
«  J’aime ces instants, dit-elle
       Pourquoi les aimes-tu ? »
 
            Lexie avait l’air enclin aux confidences ce soir autant en  profiter.
 
«  Je les aime car à cet instant, tout n’est que murmure. La journée, tout s’agite. J’entends tous les peuples en mouvement, leur conversation, leur travail, leur mouvement. La nuit tout ce petit monde est en sommeil. La nuit venue, tout redevient calme et reposant.
       Mais la nuit n’est pas synonyme du danger ?
       La nuit et en élargissant les ténèbres, la menace est plus importante mais le danger fait du bruit aussi. Pas le même, ce qui permet de le différencier des bruits courants.
       Tu sens le danger ?
       La plupart du temps oui.
       Et le temps qu’il manque ?
       J’improvise et je me défends comme tout le monde.
       Et en ce moment tu l’entends le danger ?
       Non, c’est Yule. C’est la trêve. Tu te souviens ce que je t’ai dit ce matin à propos de la victoire de la lumière sur les ténèbres ?
       Oui.
       Pour le solstice le mal n’a pas le droit d’agir. C’est comme les vampires qui ne peuvent pas sortirent pour Halloween.
       Les vampires existent ?
       Peut-être.
       C’est une fuite linguistique ça.
       Comment ça ?
       Quand tu ne veux pas me répondre, tu dis « peut-être ». Ni tu affirmes, ni tu infirmes. Tu me laisses avec le doute que j’avais au départ.
       Je comprends ta frustration mais comprend que je ne peux pas tout te dire. Techniquement tu en sais déjà trop.
       Je ne t’en veux pas. C’est juste que l’on m’a appris à chercher et à trouver des réponses et de savoir que toi tu les connais et que tu ne peux pas me les donner ça m’agace un peu. Mais j’ai compris que pour ma sécurité, la tienne et celle du peuple que tu protèges, tu es obligée de garder le secret. »
           
            Nous sommes encore restées là un moment, à écouter les murmures de la nuit, simplement blottie contre son corps. La neige s’est doucement remise à tomber.
 
«  Il faut rentrer.
       Oh non ! Je veux rester encore avec toi. Je n’ai pas envie de retourner chez moi.
       Je parlais de rentrer chez moi, dans ma maison.
       Ha !
       Les flocons vont devenir plus gros. »
 
            L’intérieur de chez elle n’avait pas changé. Il y avait toujours cette douce lumière et la même chaleur accueillante que je ressens dans ses bras. S’en lâcher ma main, elle m’a entrainée vers la chambre. Nous étions encore debout au milieu de la pièce et nos lèvres étaient – enfin – soudées entre elles. Je crois que j’attendais ça depuis le matin et son baiser d’accueil. Lexie restait tout de même très pudique en ce qui nous concernait. Face aux autres, que ce soit le petit peuple ou les humains (exemple mon Grand Père) elle ne fait aucun geste qui pourrait montrer ses sentiments, mis à part le slow (mais celui là ne compte pas car j’ai vu d’autres personnes du même sexe danser ensemble cette danse du souvenir) et le rapide baiser à sa suite, elle ne fait rien qui montre que nous sommes ensembles. Je  sais que tout le monde est au courant pour nous deux, il ne pourrait en être autrement car sinon pourquoi Lexie inviterait une humaine dans leur monde.
            Lexie a passé sa main sous mon pull et est venue la poser sur ma peau.
 
«  Tu en as envie ? m’a-t-elle demandée.
       Plus que je ne peux l’exprimer avec des mots.
       Alors laissons les mots de côté. »
 
            Et sur ces mots, justement, elle m’a débarrassée de mon pull, puis de mon polo, en a profité pour me caresser les épaules, le ventre, les seins à travers la barrière de mon soutien gorge. Pour ne pas être en reste, je me suis attaquée à sa chemise qui n’a pas tardé à rejoindre mes affaires sur le sol. J’avais déjà touché son corps, j’avais déjà promené mes mains sur cette peau mais à chaque fois, je suis émerveillée de sa texture, de sa douceur, de son parfum, de son goût aussi. Le bouton de mon jeans n’a été qu’une formalité pour elle. Quelques secondes plus tard j’ai enjambé mon pantalon. Son baggy se défendait  un peu mais n’a pas résisté longtemps. Nous étions à égalité. Dans les yeux de Lexie, les touches de vert avaient disparu remplacées par des filaments orangés. Nos sous-vêtements ont presque trouvé tout seul le chemin du plancher et c’est complètement nues qu’elle m’a poussée en direction du lit.
            Rien que le contact de sa peau aurait pu me faire basculer dans le monde du plaisir. Mais cela aurait été dommage de rater la suite du voyage. La sensation de magie que j’avais cru sentir quand nous avions fait l’amour chez moi était encore présente maintenant et même bien plus forte comme renforcé par le fait que nous étions dans sa maison, dans son lit.
            Alors que nous étions en plein échange de caresses, elle a  plongé son regard dans le mien et à nouveau j’ai vu ses yeux se cercler des couleurs du soleil couchant mais cette fois, en plus, des flammèches de la même couleur rejoignent ses pupilles, embrasant le bleu naturel de ses prunelles. Elle m’hypnotisait. Mais si la regarder en face quand elle a son regard de lune est extrêmement difficile, à cet instant quand elle a son regard version soleil tout est plus simple. Si la lune me refroidit et m’intimide, le soleil me réchauffe et me rend audacieuse.
            Je n’ai pu retenir plus longtemps la vague de plaisir qui montait en moi. Et c’est dans un cri, que j’essayais d’étouffer dans son cou, que je laissais libre cours à mes sensations si agréables. Je crois qu’il m’a fallu un certains temps pour reprendre mes esprits. C’est cet état de fait qui renforce l’idée de la magie quand elle fait l’amour. Car il me faut bien plus de temps pour revenir « à la réalité » (si je puis dire) que lors de mes précédentes relations. Je pense qu’elle n’utilise pas sciemment la magie car à chaque fois que je l’ai vue l’utiliser, elle devait réciter une formule. Vu qu’elle ne le fait pas quand nous faisons l’amour, j’en conclus donc que la magie fait partie d’elle sans qu’elle n’y puisse rien. C’est un état de fait, c’est son état naturel. Et personnellement, je ne vais pas m’en plaindre aux vues de ce qu’il m’apporte.
            J’étais ensuite confortablement installée sous la couette, dans ses bras, ma tête reposant sur son épaule, l’index de ma main gauche retraçait la ligne blanche de sa cicatrice, symbole de l’entaille que je lui avais faite. Trace de ma première grosse frayeur.
 
«  Tu vas bien ? me questionna-t-elle.
       Oui très bien. C’est plutôt agréable de se laisser aller.
       Il parait oui. »
 
            Je sentais qu’elle souriait en disant cela.
 
«  Ne te moque pas. J’aime mes voyages oniriques car ils me permettent d’être avec toi mais ils sont aussi très frustrants car je ne peux pas te toucher comme je le souhaiterais pour le bien de l’intégrité de mon essence.
       Il est important que l’on reste sage pendant tes voyages oniriques.
       Je sais et je le comprends. Par contre, il y a un fait que je ne m’explique pas.
       Un seul ?
       Un que tu pourras peut-être m’expliquer.
       Je t’écoute.
       Une fois après un retour d’un de mes voyages oniriques, je me suis réveillée complètement nue.
       Où est le problème ?
       Je m’étais endormie en pyjama.
       Oh !
       Comment ça « ho ! » ?
       Tu te rappelles quand c’était exactement ?
       La nuit chez les lutins. Je me souviens avoir fait la fête, bu leur boisson fétiche et après c’est un peu le trou noir. Je me suis réveillée dans mon lit, nue, avec une gueule de bois sévère. »
 
            Alors que je lui racontais ça, je l’ai sentie se tendre un peu.
 
«  J’ai cru que c’était un rêve, encore une fois.
       Comment ça ? »
 
            Elle s’est levée et est allée vers son bureau. Elle a attrapé l’album photo et l’a ramené vers le lit. Elle s’est réinstallée et a  tourné les pages pour s’arrêter sur une photo de nous dans cette même pièce. J’ai posé ma main sur son bras et l’image s’est animée. Comme pour l’ancienne photo, je me suis mise à rougir. Ce qui se passait n’était pas bien différent de ce que nous venions de partager.
 
«  Comment tu peux distinguer tes rêves de la réalité ? j’ai demandé.
       Quand c’est un rêve les contours ne sont pas nets.
       Heu… là, tout est net.
       Oui. C’est ce qui confirme que nous l’avons vraiment fait et ta gueule de bois n’en était pas une. C’était les effets secondaires de notre laisser aller. Et j’ai aussi été touchée par les effets secondaires ce que je n’avais pas imaginé possible.
       Comment ça ?
       J’ai oublié… »

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 22 Jan 2017 - 23:55

Mardi 22  décembre / Dé máirt 22 Nollaig
 
Le matin nous a trouvées tendrement enlacées. Je la regardais dormir. Dans l’abandon du sommeil, elle paraissait si jeune, si loin des responsabilités, si « normale ». La pierre à mon cou brillait toujours. Elle était chaude. J’ignorais l’heure qu’il était et encore plus quand j’allais devoir repartir. Je voulais encore rester ici,  à ses côtés, physiquement.
            Je n’ai jamais cru au coup de foudre amoureux. Celui-ci n’ayant rien de scientifique. Mais en regardant Lexie dormir, je me suis rendue compte que j’avais bien été frappée. Elle est entrée dans ma vie un matin d’éclaircie et j’ai une trouille bleue que les nuages me l’arrachent. C’est étonnant la place qu’elle a prise en si peu de temps. Il y a six mois, je ne la connaissais pas, j’ignorais même son existence. Et aujourd’hui, j’en suis à rêver avec elle (et non pas d’elle), je voyage par des chemins de traverses pour arriver dans son monde, j’ai une pierre autour du cou qui m’a magiquement amenée ici et j’ai passé une grande partie de la nuit à faire l’amour avec elle.
            Mais dans tout ça la question à laquelle j’aimerais vraiment une réponse c’est :
 
« Pourquoi je perçois le malaise de son monde ? »
 
            Si on se place de mon point de vu - humaine vivant à la ville - son monde a quelque chose de dingue. Depuis que je la connais, je côtoie des êtres qui jusque là n’existaient que dans l’imaginaire d’écrivains pour enfants et d’illuminés accros au fantastique. Mais je suis bien obligée de reconnaître qu’ils sont tous vrais, les Gnomes, les Trolles, les Lutins, les Géants, les Fées, les Leprechauns mais aussi ceux de la nuit, les vilains méchants, ceux qui se cachent derrière les ombres sur les murs de nos chambres d’enfants et qui nous empêchent de fermer les yeux. Il y a cette vague noire destructrice qui continue d’envahir mes rêves. Mon Grand Père ne ressent rien de tout ça, ce qui exclut un quelconque héritage génétique. Il y a un lien certain entre nos deux familles, un lien étrange, plutôt destructeur jusqu’à présent mais une chose de taille a changé dans l’histoire : JE SUIS UNE FILLE. Ce qui amène la deuxième question importante :
 
« Pourquoi je ne suis pas née garçon comme le veut la tradition familiale ? »
 
Mais si je suis née fille aurait-elle du naître garçon ? Je suis née dix sept jours avant elle, ce qui veut dire si on respecte la logique des neuf mois – ma mère ayant suffisamment râlé sur le fait qu’elle avait dû me porter jusqu’au bout et que je n’avais pas daigné arriver plus tôt – cela veut dire que j’ai été conçue au minimum dix sept jours avant elle, donc l’histoire savait que j’étais une fille avant qu’elle ne soit fille. Qui de nous deux est l’erreur de l’équation ? La libraire a dit que les caomhnóir  ne pouvaient être que des femmes mais au cours de mes recherches plus poussées, j’ai découvert qu’il pouvait y avoir des bardach, des gardiens. Alors aurait-elle pu être un homme et remplir les mêmes fonctions ? A quel moment l’histoire a dérapé ? Si on en croit la mythologie nordique, les Nornes – équivalentes des Parques pour les romains - sont maîtresses de notre destin. Que faisaient-elles au moment de notre création ? Elles regardaient un feuilleton ?
Je sais, ça fait beaucoup de questions sans réponse et pour une scientifique comme moi c’est très frustrant mais je me dis que chaque jour j’apprends de nouvelles choses sur ce monde et qu’à force d’additionner les petits bouts d’explication, j’obtiendrais une réponse entière.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 22 Jan 2017 - 23:58

Vendredi 25  décembre / Aoine  25 Nollaig
 
            Jour de Noël, jour des enfants, jour du rouge Coca Cola et jour des cadeaux. Jour de repas en famille. Jour de repas avec ma famille.
 
            Je suis rentrée le mardi 22 vers 18h quand la lune s’est montrée dans le ciel sur la côte ouest. Je suis réapparue au même endroit où je me trouvais en partant la veille au matin. J’étais habillée et pas malade. La pierre était redevenue un simple cristal translucide. Mes lèvres étaient encore gonflées d’avoir tant embrassé Lexie avant de partir. En fait, j’avais tellement peur de disparaître d’un coup, sans avoir le temps de lui dire au revoir que je ne pouvais pas m’empêcher de l’embrasser toutes les cinq minutes. Mais je m’inquiétais pour rien car avant le départ, la pierre s’est mise à briller plus fort. Signal qu’il était temps.
            Scotty est resté là-bas. Il voulait être avec sa famille. Il n’a pas voulu dire pourquoi c’était si important pour lui mais j’ai très bien compris que si les choses devaient virer à la catastrophe, il voulait être avec les siens. Lexie et moi n’avons pas insisté pour le faire changer d’avis. Elle dit qu’il devient un homme. Je trouve qu’il ressemble toujours à un enfant.
 
            Donc nous disions repas de famille. Ma mère n’a toujours pas digéré ma désertion pour mon anniversaire, surtout que je suis restée très évasive sur le lieu où j’étais. Pour plus de sécurité cette fois-ci, elle a envoyé le chauffeur venir me chercher la veille. J’ai donc passé la soirée du 24 dans un simulacre de Noël familial. J’aurais aimé que Grand Père soit là, on aurait pu parler de l’Ouest et de ses histoires. Et peut-être de Lexie en privé. Mais non Grand Père est resté de l’autre côté. Je ne me souviens même plus la dernière fois qu’il est venu ici pour cette fête. J’aurais dû demander à aller passer Noël chez lui. Je ne sais même pas s’il fête encore Noël. Et Lexie et son monde fêtent-ils Noël ? J’ai oublié de lui demander. Il faut dire qu’il y a tellement de questions compliquées qu’il est normal que j’en oublie les plus simples. Non ?
            Mes parents m’ont offert un nouvel ordinateur portable ainsi qu’un téléphone tactile qui peut tout faire sauf le café le matin, chose la plus importante de la journée. Pour étrenner mon nouveau jouet, j’ai appelé Grand Père. Il a répondu au bout de la quatrième sonnerie. J’étais sur le point de raccrocher, pensant qu’il était absent. Dans sa voix, il y avait un rire.
 
«  Joyeux Noël Grand Père
       Joyeux Noël Léa.
       Tu as l’air de t’amuser ?
       Oui. Lexie et Margarett sont là.
       Oh. Je peux lui parler ?
       A Margarett ?
       Euh non… Je pensais plutôt à…
       A Lexie ?
       Oui.
       Je te la passe.
       Merci.
       Bonjour. »
Il y avait aussi un sourire dans sa voix.
« Bonjour.
       Comment vas-tu ?
       Bien. Je suis chez mes parents.
       Et tu vas bien ?
       Je préfèrerais être ailleurs mais bon on n’a pas toujours le choix.
       Il semblerait oui. »
 
            Un silence sur la ligne.
 
« Tu fêtes Noël chez mon Grand Père ?
       C’est Noël aujourd’hui ?
       Ben oui. On est le 25 décembre. Tu l’ignorais ?
       Non, je te faisais marcher. Je sais quel jour nous sommes mais je ne fête pas Noël.
       Pourquoi ?
       Car Noël ne veut rien dire pour moi.
       Si on enlève le côté religieux, ça reste une fête laïque et familiale.
       Nous avons nos propres fêtes comme Yule mais aucune ne correspond aux vôtres et puis je n’ai pas vraiment de famille.
       Dans l’immédiat, tu as Grand Père.
       On peut voir les choses comme ça mais ça reste ta famille. »
 
            Nous nous sommes dit au revoir et j’ai raccroché. J’aurais aimé lui parler plus longtemps mais j’ai bien senti que Lexie n’était pas très « conversation téléphonique ». C’est vrai pourquoi s’embarrasser d’un téléphone quand on peut communiquer de plein d’autres manières différentes ? Mais chez elle, j’ai vu un ordinateur et elle a un téléphone portable vu qu’elle me l’a prêtée pour appeler Grand Père. Deux choses anachroniques dans sa vie. 

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 22 Jan 2017 - 23:59

Mercredi 30  décembre / Céadaoin  30 Nollaig
 
            Les résultats de nos examens sont tombés ce matin vers 11 heures. La bonne nouvelle c’est que j’ai eu d’excellentes notes ce qui me permet d’obtenir la bourse que je voulais pour faire mes recherches. Je vais donc pouvoir aller passer un an dans la région de mon Grand Père pour étudier les phénomènes particuliers de cette région et rédiger mon mémoire là-dessus. Je devrais ensuite le soutenir devant le jury et si tout va bien mes années d’études seront validées. Je suis super excitée mais d’un autre côté, j’ai un peu peur de la réaction de Lexie. Elle m’a bien montrée pour son anniversaire que je lui plaisais et que je ne la laissais pas indifférente mais de là à accepter que j’envahisse son monde il y a une sacrée différence.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Lun 23 Jan 2017 - 0:15

Jeudi 31  décembre / Déardaoin  31 Nollaig
 
            Cette nuit, j’ai rejoint Lexie dans mes rêves. Elle était assise au bord du lac, au bout du ponton. Sur son visage il y avait les stigmates de la fatigue bien qu’elle faisait beaucoup d’efforts pour ne pas le montrer. Je me suis doucement assise à côté d’elle, en premier lieu pour ne pas briser la quiétude des lieux mais aussi car mon corps était encore un peu chamboulé du voyage.
 
«  Tu ne dors jamais ?
       Si bien sûr. Tu en as eu la preuve.
       Oui je sais mais les nuits où je te rejoins, tu ne dors pas.
       Je vais me coucher quand tu te lèves.
       Ho ! C’est assez logique.
       Certaines choses le sont.
       Tu vas fêter le nouvel an quelque part tout à l’heure ?
       Je ne fête pas le nouvel an.
       Pourquoi ?
       Tu sais dans le monde que je protège, il n’y a pas vraiment de nouvel an. Il y a le passage de la lumière à la nuit et de la nuit à la lumière.
       Les solstices ?
       Oui.
       Ce sont vos deux grandes fêtes ?
       Ce sont les deux qui regroupent tous les peuples. Mais après, chacun à ses propres fêtes. Tu as assisté à certaines d’entre elles.
       C’est vrai. Donc tu ne vas rien faire pour le 31 décembre ?
       Pour l’instant rien de plus que ce que je ne fais habituellement.
       Viens me rejoindre.
       Comment ça ?
       Viens faire la fête avec moi dans mon monde. Utilise une pierre ou un chemin de traverse. Je ne sais pas, un de tes tours pour être de l’autre côté tout à l’heure.
       Pourquoi ?
       J’aimerais commencer la nouvelle année à tes côtés physiquement, en chair et en os.
       Tu le veux vraiment ?
       Oui.
       Ce n’est pas un caprice ?
       Non. »
 
            Elle a plongé son regard dans le mien et j’ai senti à nouveau cette impression qu’elle me sonde, qu’elle lit en moi, qu’elle fouille mon âme. Elle a du être satisfaite de ce qu’elle a lu car elle détourne le regard vers le lac.
 
« Bien. J’essayerais d’être chez toi à l’heure du passage.
       L’heure du passage ?
       Vous appelez ça « entre chien et loup ».
       Pourquoi tu appelles ça « l’heure du passage » ?
       Car au moment où le soleil croise la lune, les barrières sont plus fines.
       Je te verrai donc tout à l’heure.
       Si tout va bien oui. »
 
            Je me suis réveillée tard, plutôt détendue et heureuse. Lexie allait venir ce soir pour passer le réveillon du nouvel an avec moi. Je suis curieuse de savoir comment elle va se comporter. Mais j’y pense, je ne lui ai pas dit que nous allions à une soirée étudiante. Elle pense sûrement que l’on va se retrouver en tête à tête chez moi. Oups !
 
-
 
            J’étais assise sur l’appuie de ma fenêtre et j’attendais que Lexie arrive. Dehors c’était entre chien et loup. Elle ne devait plus tarder. On a frappé à la porte. C’était sûrement elle. Je suis allée ouvrir. C’était elle. Elle portait un jeans noir et une chemise bleue sous un blouson en cuir chocolat. Elle dégageait un charme fou.
 
«  Tu ne lui as pas demandé de te laisser la traverser cette fois ?
       Je n’ai pas de pierre de voyage c’est un peu différent.
       Comment es-tu venue alors ?
       Je ne peux pas te donner toutes les clés Léa.
       Tu dois repartir quand ?
       Entre Loup et Chien.
       Je pourrai voyager de cette manière moi aussi ?
       Je l’ignore. Au début, j’aurais dit non mais au vu des derniers évènements je ne sais pas peut-être.
       Comment ?
       Je ne peux pas te le dire.
       Allez !
       Léa.
       Ça faisait longtemps que je ne t’avais pas insupportée avec mes questions.
       Tu étais devenue sage.
       Et je n’ai pas envie d’être sage ce soir.
       Je suis en danger alors.
       Il y a un problème avec l’intégrité de ton essence quand tu voyages de cette manière ?
       Non, je suis entièrement là.
       Bien alors je peux t’embrasser à loisir ?
       Oui.
 
            La nuit était complètement tombée quand je suis enfin arrivée à me détacher d’elle. C’est dingue comme elle m’attire, m’aimante, me fait perdre toute notion du temps et de l’espace.
 
«  Il est temps que nous y allions.
       Où ?
       A la fête. »
 
            J’attends sa réaction.
 
«  Passe devant, je te suis. »
 
            Ben mince alors, elle n’était pas étonnée. La nuit dernière au bord du lac quand elle m’a regardée au fond des yeux, elle a peut-être vraiment lu dans mes pensées. Et cela commence un peu à me faire peur.
 
            La fête avait lieu dans une ancienne usine issue de la révolution industrielle. Les murs sont en briques rouges et à l’extérieur, il y a une grande cheminée. A l’intérieur, la musique était déjà forte. Les corps étaient déjà en train de se trémousser, de se rapprocher, de se frotter, de se coller. Dans les coins certains s’embrassaient déjà. Ce que je n’ai pas précisé c’est que la soirée était Gay Friendly.
            Lexie n’avait aucun geste de recul quand j’ai commencé à avancer. Elle avait un regard normal, bleu nuit. Par contre les regards que je croisais et qui se posaient sur elle, étaient intéressés, gourmands, envieux, désireux…  J’étais à la fois fière et jalouse. Fière car c’était avec moi qu’elle était venue. Jalouse car il y avait beaucoup trop d’intéressés et d’intéressées autour de nous. Si je m’écoutais à cet instant, je l’aurais embrassée à pleine bouche pour bien montrer aux autres qu’elle était à moi. Mais ça aurait été puéril. Et j’avais compris qu’il valait mieux éviter d’être puérile avec Lexie.
            J’ai retrouvé mes amis. J’ai fait les présentations. Lexie s’est prêtée au jeu. Elle n’était pas sur le reculoir. Cela m’a étonnée un peu, vu son comportement à l’Ouest. Quand Sam lui a demandé d’où elle venait, elle a simplement répondu qu’elle vient de l’autre côté de l’île. Elle a discuté de tout et de rien. J’étais surprise de ses connaissances sur l’actualité et les choses à la mode du moment. Elle a proposé une tournée, je l’ai accompagnée.
 
«  Tu as besoin d’argent ? je lui ai demandé.
       Non, j’ai ce qu’il faut. »
 
            Je l’ai regardée sortir un portefeuille de la poche arrière de son jeans. Elle a tendu un billet au barman.
 
«  J’ignorais que tu avais de l’argent.
       Comment crois-tu que je paye mes tartines et mon verre de lait chez Margarett ?
       Tu as un job en plus de celui de protectrice du petit peuple ?
       En quelque sorte.
       Tu m’expliques ?
       Plus tard. Pas ici. »
 
            La soirée avançait, les tournées de bières s’enchaînaient. Nous dansions ensemble sur tous les rythmes. J’ai une préférence pour les slows, ses mains sur mes reins, son corps contre mon corps, mes mains sur sa nuque, mes lèvres dans son cou. Plusieurs filles l’ont approchée, lui ont proposé une pinte, ont voulu danser avec elle. Elle a tout décliné avec un sourire d’excuses. L’alcool commençait à embrumer mon cerveau mais pas celui de Lexie. Pourtant, elle a bu la même chose que moi. Nous sommes sorties prendre l’air à ma demande.
 
«  L’alcool n’a pas d’effet sur toi ?
       Il faut croire que non.
       Comment ?
       Question de métabolisme je suppose.
       Parce que moi ça commence à tourner.
       Comme le temps, il est minuit dans 15 secondes.
       Une nouvelle année qui commence avec toi.
       Zéro.
 
            Elle est venue poser ses lèvres sur les miennes et m’a attirée contre elle. La chaleur de son corps se diffusait au mien. Une sensation étrange se répandait dans ma tête. Mon esprit devenait clair.
 
«  Qu’est-ce que tu m’as fait ?
       Je ne sais pas. Rien.
       Ça ne tourne plus.
       C’est une bonne chose non ?
       Oui. Mais j’aimerais comprendre parfois.
       Je ne peux pas l’expliquer. Tu es la première femme que j’embrasse.
       Pardon ?
       Tu es la première personne avec qui j’ai un vrai échange donc je ne connais pas les relations de cause à effet. Je ne sais pas vraiment ce qui se passe quand je t’embrasse. Je t’avoue que ça m’inquiète un peu. Il n’y a aucune réponse à mes questions dans mes livres.
       Peut-être parce que c’est la première fois que cette situation arrive.
       Ce n’est pas la première fois. Regarde ton Grand Père, ton père et avant encore.
       Ce que je voulais dire c’est que c’est la première fois que cela se passe avec deux filles. Rappelle toi que l’une de nous deux aurait du naître garçon.
       C’est juste mais c’est plus de ton côté que ça a un peu dérapé.
       Justement tu as une idée de pourquoi ça a dérapé.
       Aucune.  Mais tu pourrais demander à ton Grand Père, il a peut-être vécu des choses similaires avec ma Grand-Mère.
       C’est une idée. On retourne danser ?
       Je te suis. Nous sommes dans ton monde, tu es mon guide.
       Je trouve que tu t’adaptes très bien à mon monde. Mais nous en discuterons plus tard. »
 
            Nous avons dansé jusqu’à une heure très avancée. D’autres filles libérées par l’alcool sont venues se frotter à Lexie. L’une d’entre elles est même allée jusqu’à essayer de l’embrasser. Mais d’un mouvement fluide du corps, Lexie a évité ses lèvres et l’entreprenante n’a eu que sa joue. Lexie s’est ensuite retournée vers moi, et m’a embrassée. Un vrai baiser possessif pour faire comprendre à tout le monde que nous étions ensemble et qu’elle n’était pas libre. C’est le cœur léger et rassuré que j’ai terminé la nuit.
            Dehors la neige tombait doucement. Les petits flocons venaient s’accrocher dans ses cheveux. Elle a fermé les yeux un instant.
«  Les lutins des neiges doivent faire la fête. Il neige beaucoup de l’autre côté.
       Il neigeait quand tu es partie ?
       Non.
       Comment le sais-tu alors ?
       Il suffit d’écouter.
       D’écouter quoi ?
       Ce qui t’entoure.
       A part les bruits de la ville, je n’entends rien d’autre.
       Viens. »
 
            Nous sommes arrivées non loin de chez moi, sur les hauteurs de la ville. Elle s’est placée derrière moi et m’a entourée de ses bras.
 
«  Ferme les yeux. Respire à fond. N’écoute plus les bruits des voitures. Entends plus loin. »
 
            Je sentais surtout la chaleur de son corps. Je me suis concentrée sur les flocons qui touchaient mon visage en de petites gouttelettes froides. Les sons s’estompaient, le silence se faisait en moi. Et ça me faisait presque peur. La voix de Lexie me rassurait.
 
« Laisse-toi aller. Pense à là-bas. »
 
            Alors que j’inspirais un grand coup, les odeurs de sa forêt remplissent mes narines. C’était incroyable. Des images se formaient dans ma tête. La neige tombait à gros flocons sur le ponton et le lac disparaissait sous une épaisse couche du manteau blanc.
 
«  Je m’invente des images ? je lui ai demandé.
       Non. Tu es connectée avec mon monde.
       Tu vois ce que je vois ?
       Oui.
       Tu lis dans mon esprit ?
       Pas exactement. C’est plus complexe que ça. C’est plus comme ton esprit qui se projette en moi.
       Tu ne peux pas lire dans mes pensées alors ?
       Lire non. Savoir si tes intentions sont bonnes ou mauvaises oui.
       Alors c’est ce que tu fais quand tu me sondes ?
       Oui. Je ne peux pas prendre le risque de me tromper.
       Au début quand tu faisais ça, j’avais l’impression que tu voyais à travers moi.
       Je ne peux pas voir à travers toi. Tu me prêtes des pouvoirs que je n’ai pas.
       Tu nous as rendues invisibles dans la forêt.
       La forêt m’a rendue invisible et vu que je te tenais contre moi, elle t’a faite disparaître aussi.
       Tu n’as pas de pouvoirs magiques ?
       Quelques-uns mais je ne peux pas t’en dire plus. Il va falloir que je parte. Il est entre « Loup et chien ».
       Je peux voir comment ça fonctionne ?
       Si tu veux mais je ne sais pas si tu verras le phénomène. »
 
            Nous sommes allées dans la forêt, jusqu’à la clairière. Elle s’est arrêtée au milieu tournée vers l’ouest. Et devant elle j’ai vu l’air commencer à vibrer. Le phénomène s’est agrandi jusqu’à atteindre la taille d’une porte.
 
«  Le chemin de traverse est ouvert, je dois y aller. »
 
            Elle m’a embrassée une dernière fois avant de marcher à travers cette porte magique et disparaître. Alors que je restais là à essayer d’expliquer ce que je voyais une boule de neige est venue s’écraser sur ma poitrine. De l’autre côté, j’ai entendu le rire de Lexie et un :
« Bonne et heureuse année Léa. »

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Lun 6 Fév 2017 - 22:29

Vendredi 8 janvier / Aoine  8 Eanáir
 
            Une semaine s’est écoulée depuis le jour de l’an. Ce matin quand j’ai ouvert les yeux, le ciel était gris et bas. Cela annonçait une journée humide sur la côte Est. Je suis allée à la Fac pour continuer de préparer avec mon professeur référent mon futur départ pour les régions de l’Ouest. Nous avons mis en place la trame de mes recherches qui s’articuleront ainsi pour chaque cas :
Les faits
Les comptes et légendes qui entourent le fait
Les analyses scientifiques
Conclusions
Je sais très bien que certaines des légendes seront vraies mais il ne tient qu’à moi de leur trouver des explications scientifiques pour protéger le peuple de Lexie.
 
            Vers 17 heures, le ciel était plombé. Le temps que je rentre chez moi, il était devenu noir d’encre et de grosses gouttes commençaient à s’écraser sur le sol. Je m’installais sur mon canapé et écoutait la pluie sur la vitre du vasistas. A la télé, les nouvelles du soir annonçaient des vents violents et un début de tempête sur la côte Ouest. Je pensais à Grand Père que j’espérais bien à l’abri chez lui. Mais tout de suite après me vint l’idée que Lexie était peut-être en danger. La dernière fois qu’il y avait eu de fortes pluies, elle lui avait demandé son aide pour déplacer une colonie de lutins.
 
            Plus la soirée avançait plus les nouvelles de l’Ouest étaient inquiétantes. Les vents avaient encore forci et des trombes d’eaux noyaient la campagne. A plusieurs reprises, j’ai essayé de joindre Grand Père mais les communications étaient difficiles et à chaque fois le même disque me répétait que le réseau était saturé ou bien indisponible.
            Des éclairs venaient zébrer la nuit, à chaque grondement de tonnerre qui suivait, je tremblais, pas pour moi mais pour Lexie. Je ne bougeais pas de mon canapé, continuant de surveiller la pluie, comptant les secondes entre les lumières et les sons. Pendant longtemps, je ne dépassais pas les deux secondes ce qui voulait dire que l’orage était au-dessus de nos têtes. Est-ce que Lexie comptait, elle aussi les secondes ? Peut-être mais peut-être pas car cela semble si puéril.
            Je suis restée toute la nuit là comme si cela pouvait aider Lexie. Je me suis endormie au petit matin roulée en boule dans ma couette sur mon canapé. Et c’est aussi au petit matin que j’ai retrouvé Lexie.
 
            Elle était au bout de son ponton. Les eaux du lac étaient tellement montées qu’elles passaient presque par-dessus. De petites vaguelettes venaient lécher la semelle de ses chaussures. Je me suis approchée et j’ai posé ma main sur son épaule. Le tissus de sa chemise noire était trempé.
 
«  Bonjour.
       Bonjour, m’a-t-elle répondu.
       Tu vas bien ?
       Oui et toi ?
       Ça va.
       Tu as l’air fatiguée.
       Peut-être parce que je viens de m’endormir.
       Merci d’avoir veiller sur nous.
       Comment ça ?
       Je sais que tu as passé la nuit à surveiller la colère du ciel.
       Comment le sais-tu ?
      
       Tu ne me le diras pas aujourd’hui encore.
       Non. »
 
            Depuis le début de notre conversation, elle a gardé le regard fixé sur l’horizon. Je l’ai forcée à se tourner vers moi. J’avais besoin de la serrer dans mes bras. Alors qu’elle me faisait face, j’ai découvert une entaille sur le haut de son front, au-dessus de son œil gauche.
 
«  Tu es blessée. Qui t’a fait ça. Il faut désinfecter. »
 
            Alors que je m’apprêtais à toucher le tour de sa blessure, elle a arrêté ma main.
 
«  Tout va bien, j’ai heurté une branche dans le noir à cause du vent. Et les fées se sont déjà occupées de ma tête.
       Pourquoi tu restes là, debout au bout de ce ponton dans tes vêtements tout trempés ?
       J’attends.
       Tu attends quoi ?
       De voir.
       De voir quoi ?
       Si elle se relève.
       Si qui se relève ? »
 
            Lexie n’a rien répondu et regardait toujours en face d’elle. Je me suis tournée et j’ai pris la même position. Moins de cinq minutes plus tard un spectacle très étrange s’est produit sur la rive d’en face. La colline a semblé s’ébrouer comme un chien mouillé. L’herbe verte et tendre ondulait comme une vague. L’eau a giclé de la végétation laissant une brume d’eau en suspension dans l’air. Celle-ci s’est mise à couler en direction du lac sans plus toucher le sol, comme un torrent en apesanteur. La rencontre des deux fluides a résonné comme une cascade. Le niveau du lac est remonté encore un peu, une pellicule d’eau avait à présent recouvert le ponton.
Je pensais aux êtres que j’ai rencontrés au fond du lac. Ont-ils eu des problèmes ? Alors que j’étais sur le point de poser la question à Lexie. Une bulle est sortie de l’eau. Comme la première fois, Lexie a tendu la main et la bulle a éclaté au contact de sa main libérant le petit être. Lexie a approché son oreille et l’a écouté lui chuchoter les dernières nouvelles. Une fois son discours fini, le petit être est reparti en direction du lac et au moment où son premier pied quittait la main de Lexie une nouvelle bulle s’était créée autour de lui le portant jusqu’à l’étendue d’eau. Je l’ai regardé disparaître et ai attendu que Lexie me parle.
 
«  Ils vont tous bien, ne t’inquiète pas. Ils ont juste été un peu secoués par les courants de fond.
       Je suis soulagée qu’ils aillent tous bien.
       Nous pouvons rentrer. C’est terminé pour l’instant.
       Je te suis. »
 
            Je l’ai regardée prendre la direction de la salle de bain. J’ai entendu couler l’eau de la douche. J’ai essayé de rester assise à la table de la cuisine devant ma tasse de café mais il y avait dans ma tête une image que je ne pouvais chasser. Comme sur l’album photo particulier de Lexie, elle s’était mise en mouvement, le corps de Lexie nu sous le jet chaud. La vapeur rendait la scène un peu floue. Je me suis levée une première fois mais avant d’avoir fait un pas, je me suis rassise. Le film se déroulait toujours dans ma tête. Le bruit de l’eau me venait toujours aux oreilles. Tout se superposait si bien que sans m’en  rendre compte, je me suis retrouvée en train de pousser la porte de la salle de bain. Pas de bac, pas de vitre, pas de robinet, juste l’eau sortant de la pierre et coulant sur son corps. Elle me tournait le dos, les mains appuyées contre le mur. Il ne m’a pas fallu longtemps pour ôter mes vêtements et les poser sur le tabouret en bois et avancer vers elle. Je posais délicatement mes mains sur son dos les laissant glisser jusqu’à ses reins. Elle s’est retournée et m’a attirée sous l’eau. Elle était chaude, limite brulante mais cela faisait un bien fou. Alors que j’essayais de me coller contre elle, elle m’a maintenue à légère distance.
 
«  Qu’est ce qu’il y a ? lui ai-je demandé.
       N’oublie pas que tu es dans un voyage onirique.
       Promis. »
 
Je me suis juste blottie dans ses bras. Sa peau contre ma peau. Au début, je me suis dit, que cela suffirait. Grave erreur.  

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Lun 6 Fév 2017 - 22:31

Samedi 9 janvier / Dé sathairn  9 Eanáir
 
            J’ai juste eu le temps d’atteindre la salle de bain et les toilettes avant de vomir mes tripes. Réveil désagréable. Lexie m’avait pourtant prévenue de faire attention, mais je pensais que les effets secondaires seraient comme la dernière fois : juste un gros mal de tête. Il était 13h et j’étais à nouveau allongée sur mon canapé complètement vidée. J’avais joué avec l’intégrité de mon essence et j’avais perdu. Lexie a longtemps lutté pour me laisser à distance, pour calmer mes ardeurs, pour m’interdire d’aller plus loin mais elle a, elle aussi, perdu. Elle est, elle aussi, faite de chair et de sang. Et je me rappelle que c’était génial comme à chaque fois mais l’atterrissage ressemblait fort à un grand seau d’eau glacé dans un lit bien chaud.
            Et Lexie comment allait-elle ? La dernière fois, elle avait oublié notre étreinte. Quelles ont été les répercutions cette fois ? Comment savoir…
 
            Une voix venue de nulle part a résonné dans mon appartement.
« Elle t’a appris à voir là-bas. »
            Je me suis relevée d’un bon. Ce n’était pas la meilleure idée, mon estomac a protesté. Mais pour l’instant, il y avait plus important.
« Qui êtes-vous ?
       Qui je suis n’a pas d’importance.
       Ok. Où  êtes-vous ?
       Partout.
       Ça, ce n’est pas très rassurant.
       N’aies pas peur Léa Sullivan. Je suis là en amie.
       Peut-être mais d’habitude, mes amis, je les vois.
       Tu ne peux me voir car je n’ai pas de consistance.
       Vous êtes un spectre ?
       Pas vraiment.
       Un esprit ?
       Si tu veux vraiment me donner un nom alors prenons celui-ci. Appelle-moi Anamacha.
       Ok. Je peux savoir pourquoi vous me parlez aujourd’hui et pas avant ?
       Car tu as surveillé.
       L’orage d’hier ?
       Oui.
       En quelque sorte je fais mes preuves.
       C’est ça. Nous n’avons pas le droit de nous tromper. Les humains sont souvent fourbes et manipulateurs. Il nous faut être prudents. L’équilibre est trop fragile pour accorder notre confiance trop rapidement.
       Vous faîtes partie de ceux que Lexie appelle « Eux » ?
       Non. Je ne suis pas Eux.
       Qui sont-ils ?
       Tu as d’autres choses plus importantes à faire à cet instant que poser des questions. Tu dois voir.
       Vous savez que vous êtes un peu pénible à ne jamais répondre aux questions que l’on vous pose. Et puis la seule fois où j’ai vu, elle était avec moi.
       Je ne m’inquiète pas tu trouveras. Sur ce, ag ar ball Léa Sullivan.
       Attendez ! »
 
            Mais le silence était revenu dans mon appartement. Vous devez vous dire qu’aux vus des derniers évènements, comme toute personne sensée, j’aurais dû ou tomber dans les pommes, ou courir chez un psy ou cas extrême partir chercher un exorciste ou les trois dans l’ordre ou dans le désordre. Mais suis-je une personne sensée ? J’ai fait la fête avec des lutins des neiges, participé à une « messe » de Leprechauns, plongé au fond d’un lac pour assister à un bal, voyagé oniriquement pour rejoindre ma copine et même aménagé ma maison de poupée pour héberger un petit bonhomme. Et pour finir, je craque pour une Cahomnoire aux yeux de lune. Je pense que la réponse à la question précédemment citée est non.
 
Voir, elle en avait de bonne l’Esprit. Ah oui, j’ai peut-être oublié de vous préciser que c’était une voix de femme. Et en parlant de femme, quels conseils m’avait donné Lexie. Je crois que cela commençait par :
« Ferme les yeux. Respire à fond. »
 
            Je me suis donc installée assise en tailleur sur le parquet au milieu de mon salon-chambre à coucher.
 
« N’écoute plus les bruits de la ville. »
 
            J’ai fermé mon esprit aux bruits qui venaient de l’extérieur.
 
« Entends plus loin. »
 
J’entendais surtout les battements de mon cœur. Je devais les faire ralentir.
 
« Laisse-toi aller. »
 
J’ai inspiré à fond et expiré doucement. Le vide s’est fait. J’avais le sentiment d’être dans une bulle.
 
« Pense à là-bas. »
 
Les murs de mon appartement disparaissaient, remplacés par des collines qu’une fine pellicule de neige recouvrait. De gros flocons tombaient. Après la tempête, la pluie et le vent, la neige. Le niveau du lac était toujours aussi haut. Un mètre autour de la maison de Lexie la neige ne tenait pas comme si sa chaumière chauffait aussi le sol alentour.
Lexie était dans la pièce principale, assise sur une chaise au bout de la table. Chloé volait en stationnaire devant elle à hauteur de son visage. Je ne distinguais pas bien ce qu’elle tenait dans ses mains. Je me suis  concentrée un peu plus et l’image est devenue nette. C’était du coton que la fée avait dans les mains. Et si elle se tenait là c’est qu’elle essayait d’appliquer le coton sur le nez de Lexie. Car Lexie saignait du nez. Et pas qu’un petit peu à la vue du tas de boules blanches ensanglantées éparpillées sur le sol et la tâche rouge sur son t-shirt.
Et comme si un chat venait de marcher sur la télécommande, le son s’est mis en route. Je pouvais entendre la conversation de Chloé et Lexie.
 
«  Mais qu’est ce que tu as fait pour saigner ainsi ? Tu n’as pourtant pas le nez cassé ?
       Je n’ai rien fait, je te l’ai déjà expliqué.
       On ne saigne pas du nez sans raison.
       Bien sûr que si. On peut saigner du nez à cause de la chaleur.
       Il neige !
       Ou du stress.
       Tu ne sais même pas ce que ce mot veut dire.
       D’un coup.
       Personne ne t’a frappée, tu n’a aucun bleu. Je suis sure que c’est à cause de cette cailín ó an baile mór.
       Laisse Léa en dehors de ça.
       C’est difficile. Depuis qu’elle a décidé de passer l’été chez son Grand Père et de te courir après, tu n’as que des problèmes.
       La cause de mes problèmes c’est cette ombre noire.
       A elle deux, elles vont t’achever. »
 
            Sur ces mots, Chloé a enfoncé un gros morceau de coton dans la narine gauche de Lexie ce qui l’a faite grimacer.
 
«  Et puis débrouille toi pour arrêter de saigner du nez tu en mets partout. Et si tu en es incapable arrête de coucher avec elle quand elle n’est pas vraiment là. »
 
            J’ai cru voir Lexie rougir avant que Chloé ne virevolte vers la chambre. La connexion s’est coupée à ce moment-là.
            Je me suis écroulée sur mon parquet complètement lessivée. Mon estomac ne bougeait plus ce qui était une bonne chose mais mon esprit était cuit. Comme après un partiel de quatre heures, je me sentais épuisée psychologiquement. C’est à ce moment-là que la voix est revenue.
 
« Tu vois quand tu veux. Ce n’était pas très dur. 
       J’aurais bien aimé vous y voir. Vous vous rendez compte de la dose de concentration qu’il faut ?
       Non.
       Je m’en doute sinon vous ne diriez pas que c’est facile.
       Vous les humains, vous passez votre temps à vous plaindre. La nature vous offre des pouvoirs mais vous râlez qu’ils sont trop fatiguants à utiliser. Vous êtes désespérants.
       Ce n’est même pas vrai.
       Revoilà la petite Léa Sullivan : têtue et boudeuse.
       Comment savez-vous que j’étais têtue et boudeuse ? »
 
Silence
 
«  Hey ! Ho ! La politesse veut que l’on ne disparaisse pas au milieu d’une conversation. Si nous sommes des pleurnicheurs, vous êtes des impolis. »   
 
J’ai vraiment eu l’impression de parler toute seule. Pour en revenir à Lexie, son effet secondaire était de saigner du nez. Je crois que je préfère celui-là plutôt que celui qui lui fait oublier nos étreintes. Bien que celui-là ait l’air plus pénible. Et Chloé a l’air très au courant des choses.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Lun 6 Fév 2017 - 22:32

Mardi 19  janvier / Dé máirt 19 Eanáir
 
            Hier, comme toute la semaine dernière, j’étais à la fac pour continuer mes recherches sur les légendes des territoires de l’Ouest. Certaines sont très loufoques mais d’autres pourraient être parfaitement plausibles quand on a vu ce que j’ai vu. Dans une semaine,  je m’installe à l’Ouest. Mon Grand Père jugeant que je ne pouvais pas passer toutes mes nuits sur le canapé de son salon pour une durée aussi longue s’est arrangé avec Margarett pour qu’elle me loue la dépendance de sa maison contre des heures de travail au pub. L’accord me va très bien. J’aurai mon indépendance, ma liberté de mouvement et un job. Pour l’instant tout se déroule à merveille de ce côté-là. S'il pouvait en être de même du côté de Lexie.
 
            Je ne lui ai toujours pas dit que je venais « m’installer » dans son village. J’ai peur qu’elle me repousse, qu’elle s’éloigne si je me rapproche trop. Car pour l’instant tout va bien entre nous mais c’est peut-être parce que je suis de l’autre côté. Pas vraiment sur ses terres. D’un autre côté, elle est peut-être déjà au courant. Elle savait pour mon départ avant que je ne lui dise. Mais pourquoi elle ne m’en parle pas alors ? Est-ce qu’elle attend que je parle ? Je n’ai pas le mode d’emploi avec elle. Toutes mes « connaissances » sont inutiles. Elle ne réagit pas comme toutes les filles que j’ai pu croiser. Elle est déstabilisante.
 
            Et puis il y a toujours cette menace. Je l’ai encore rencontrée cette nuit. Elle n’était plus une ombre qui venait du ciel mais une source qui venait du sol. J’étais au bout du ponton. Lexie se tenait au milieu du lac gelé. Son souffle condensait et se mêlait à l’air en un nuage blanc. Elle semblait observer, concentrée sur ce qui l’entourait. Elle ne semblait pas avoir conscience de ma présence.
 
            Il n’y a pas eu de cri, pas d’annonce, pas de bruit pour avertir du danger. Tout autour du lac, la neige est devenue noire. Se transférant à la glace. Semblant suivre toutes les ramifications de la structure, le mal se propageait. Salissant la pureté. Je pouvais entendre la glace et le lac gémir, comme si ils avaient mal. Lexie se tenait toujours au milieu, ne bougeant pas. Le noir l’entourait et se rapprochait. Qu’allait-il arriver quand ils rentreraient en contact ? J’essayais d’appeler Lexie mais aucun son ne sortait de ma bouche. Fallait-il que je sois encore spectatrice comme la dernière fois ? Le cercle blanc rétrécissait. Dans moins d’une minute Lexie serait touchée. Je voulais bouger mais mon corps était prisonnier. Alors que le mal atteignait Lexie, elle a frappé du pied et a disparu dans le lac.
            J’ai ouvert les yeux à cet instant, le jour pointait sur la ville. Ma respiration était rapide et mon cœur battait comme si j’avais fait la course avec le vent. Mes mains étaient à nouveau glacées et ma poitrine compressée. J’ai voulu me mettre debout mais mes jambes tremblaient trop. Je suis donc restée assise au bord du lit. Souhaitant aussi fort que possible que ce soit encore un rêve et non la réalité.
           
Le sentiment qui me reste à présent est celui de l’impuissance. Je n’étais qu’un observateur. Je me sentais comme un casque bleu en ex-Yougoslavie. Témoin du chaos mais interdit d’intervention. Je ne suis pas une kamikaze mais je ne vais pas pouvoir rester sur la touche à regarder la femme que j’aime se faire tuer par une ombre. Je dois bien pouvoir faire quelque chose. Si j’ai ces « pouvoirs » ça doit bien servir à quelque chose… Mais à quoi ?

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Lun 6 Fév 2017 - 22:36

lundi 25  janvier / Dé luain 25 Eanáir
 
            Je suis de l’autre côté. Il ne m’a pas fallu longtemps pour décharger les cartons de ma voiture et m’installer. Margarett avait allumé un feu dans la cheminée à foyer fermé. Il régnait une douce chaleur dans la grande pièce. Je suis restée un moment écroulée dans le fauteuil à regarder les flammes et à repenser à la dernière discussion avec mes parents datant de la veille.
            Je les avais un peu mis devant le fait accompli que j’allais à l’Ouest. Mon père s’est emporté, ma mère a joué les choquée et tous les deux étaient parfaits dans leur rôle respectif. Mais à part m’enfermer dans le grenier rien de ce qu’ils auraient pu dire aurait pu me faire changer d’avis.
            Grand Père était là pour m’accueillir par contre. Il avait le sourire. J’ai découvert qu’il hébergeait une famille complète de Leprechauns. Ils étaient une vingtaine. Normalement, ils vivaient plus au nord sur la rivière. Ils faisaient fonctionner le moulin mais avec la tempête et la montée des eaux tout avait été détruit. Le froid étant revenu dès le lendemain, la solution de secours avait été trouvée chez Grand Père.
 
            Le soir je me suis tout de suite mise au travail au pub. La soirée était plutôt calme, nous n’étions que lundi. Les choses devenaient plus chaotique à partir du jeudi soir jusqu’au dimanche. Donc ce calme relatif m’a permis de prendre mes marques. En semaine, le pub fermait à 23h. Après la cloche traditionnelle du dernier verre, il nous fallait une demi-heure pour ranger la salle et nettoyer. A minuit, je prenais le chemin de ma petite maison. Il faisait très noir, il n’y avait pas de lune. Et même la neige au sol ne renvoyait aucune clarté. Je me servais de mon portable pour éclairer un petit peu mon chemin. Je me disais qu’il faudrait que je balise le tracé avec des bornes solaires. Je marchais à petit pas essayant de ne pas glisser quand une voix vint de ma gauche.
 
« Tu aurais pu me le dire ! »
 
            J’ai sursauté et mon portable m’a échappé des mains. Je savais à qui appartenait cette voix. Je ne pouvais pas me tromper. Mon corps réagissait trop à cette voix. Je me suis tournée vers la « voix ». Dans la nuit, je ne voyais que ses yeux. Deux éclats blanc bleu dans le noir. Et même si je la connaissais, même si je savais à qui appartenaient ces yeux, même si je savais qu’elle ne me ferait pas de mal, cela restait flippant. Comme je l’ai déjà vue faire, une boule de lumière est apparue dans sa main et l’a éclairée. La lumière était douce et n’éblouissait pas. Lexie était assise en tailleur sur la souche d’un arbre qui avait dû être plusieurs fois centenaire. Elle portait un jeans, des chaussures montantes et un pull. La température était largement en dessous de zéro et elle semblait parfaitement bien. J’ignorais depuis combien de temps elle m’attendait mais ni son visage ni ses mains ne portaient les stigmates du froid.
 
«  Pourquoi tu ne m’as rien dit ? m’a-t-elle demandé.
       Je ne sais pas.
       C’est un peu gênant de l’apprendre par les autres.
       Par qui ?
       Tu ne me dis rien, tu n’espères pas que je réponde.
       Tu es venue pour te disputer ?
       Je n’avais pas l’impression que nous nous disputions. »
 
            Quand elle est comme ça, elle m’énerverait presque. Si calme sur son bout de bois alors qu’elle aurait le droit d’être en colère.
 
«  Tu sais toujours tout, à quoi bon devoir te le dire.
       Parce que j’avais espéré que ma petite amie aurait assez confiance pour me parler. Surtout pour dire qu’elle venait s’installer pour six mois.
       Petite amie ?! C’est de cette manière que tu me vois ? Je n’ai retenu que deux mots dans sa phrase.
       Oui. Comment voudrais-tu que je te vois ?
       Ne change rien. »
 
            La colère que j’avais senti monter en moi venait de disparaître d’un coup. Elle me faisait cet effet-là aussi, mes émotions en sinusoïdale. Elle m’agaçait puis dans la seconde me désarmait, me faisait fondre. Et le pire c’est qu’elle semblait ne pas s’en rendre compte, ne pas le faire délibérément.
 
«  Vous être très compliquées les cailín ó an baile mór.
       Tu dis ça comme si tu en avais connu beaucoup. Mais c’est peut-être ce qui fait notre charme.
       Sans doute.
       Tu ne veux pas continuer cette conversation à l’intérieur ?
       Je ne peux pas, j’ai du travail. J’étais juste venue te saluer et te souhaiter la bienvenue.
       Merci. Du travail ?
       Va dormir Léa, le pays des rêves t’attend.
       Bien. Merci d’être passée.
       Une dernière chose. »
 
            Elle s’est levée et s’est approchée de moi en fouillant dans sa poche. Elle en a sorti une pierre toute ronde et lisse.
 
«  Tiens, prends-la. Tu n’auras qu’à la frotter quand tu voudras de la lumière. »
 
            Elle s’est baissée pour ramasser mon portable tombé dans la neige.
 
«  Ça t’évitera de t’éclairer avec ce pauvre truc. »
 
            Elle a posé un rapide baiser sur mes lèvres et m’a tourné le dos avant de disparaître dans la nuit. J’ai rangé mon portable dans ma poche et frotté la pierre entre mes mains engourdies par le froid. Une douce chaleur en est sortie et une lumière bleutée est apparue. Je voyais parfaitement autour de moi et avançais normalement vers la porte de ma petite maison.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 26 Fév 2017 - 22:15

Dimanche 31 janvier / Dé domhnaigh 31 Eanáir
 
            Je n’ai pas revu Lexie de la semaine. Je suis allée chez elle avec l’appréhension de ne pas trouver sa maison. Mais elle était bien là dans sa clairière. La porte s’est ouverte sans que je ne la touche. A l’intérieur, personne. Juste un mot sur la table.

«Léa si tu passes par là, fais comme chez toi. Dors ici même si tu veux, tu y seras en sécurité quoi qu’il arrive. Le café pour le matin est dans le placard porte de droite.
Lexie»
 
            Je n’ai pas dormi chez Lexie car dormir ici sans elle, ça n’a pas vraiment de sens. J’ai juste inscrit en dessous de son message :
 
« Je suis passée te dire bonjour. Quand tu rentres, viens faire un tour au pub que je te serve un verre de lait et des tartines. »
 
            Je n’ai pas signé, je n’en voyais pas l’utilité. Je me doutais qu’elle saurait que c’était moi.
 
            Durant cette semaine, j’ai enregistré les témoignages de certains villageois sur les légendes et les faits étranges de la région. Le pub est un bon endroit pour ça. La Guinness délit les langues. Parfois Lexie apparaît dans la conversation. Son nom n’est jamais prononcé mais je reconnais les qualificatifs qui la caractérise : l’Autre, la fille de la forêt, Elle, La dingue qui parle aux fées… Par contre parfois je ne sais pas s’ils parlent de Lexie, de sa mère ou même de sa Grand-Mère car les dates (approximatives) qu’ils me donnent sont incompatibles avec Lexie. Et au final, j’en arrive à me demander qui a vraiment du sang sur les mains. A les écouter « La fille de la Forêt » est la même depuis deux siècles. Et en 1800 et des brouettes en pleines révoltes et révolutions beaucoup de gens devaient avoir les mains tâchées…[/size]

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 26 Fév 2017 - 22:21

Mercredi 3 février / Céadaoin 3 Feabhra
 
            Lexie est enfin venue au pub hier soir. Elle est arrivée peu avant la fermeture. Elle s’est assise au comptoir et a poussé vers moi le mot que j’avais laissé sur sa table.
 
«  J’ai un bon pour des tartines et du lait.
       Il a failli arriver à expiration.
       J’ai beaucoup de travail en ce moment.
       Je suis arrivée il y a dix jours et je ne t’ai vue que cinq minutes au milieu de la nuit. Je vais finir par regretter mes voyages oniriques.
       C’est toi qui a décidé de venir. Et tu ne m’en as même pas parlé.
       Tu vas me le rappeler longtemps que je ne t’ai pas prévenue ?
       Aussi longtemps que tu me reprocheras de ne pas être là. »
 
            Je lui ai tourné le dos pour aller dans la cuisine située derrière le comptoir. Je me retrouvais à tartiner avec une certaine violence les tranches de pain légèrement grillées qui, elles, n’avaient rien fait. Dans le même état d’esprit contrarié, je suis revenue dans la salle principale et lui ai posé avec grand bruit son assiette devant elle. Son verre de lait a subi le même sort. Je prenais l’excuse de ranger les pintes pour m’éloigner d’elle. Elle a fait monter ma tension d’un cran en mangeant ses tartines avec nonchalance comme elle le faisait habituellement.
            Nos deux seules discussions depuis mon retour avaient été sur le fil. Enfin de mon point de vue car pour Lexie rien ne transparaissait de ce côté-la. Ses phrases étaient toujours précises, sans détour, sans habillage. Elle disait ce qu’elle pensait et énonçait ses vérités. Et son dernier argument n’était pas faux. Je ne pouvais lui reprocher de ne pas être là car, à aucun moment, je lui ai demandé d’être là. J’ai pris pour acquis quelque chose qui ne l’était pas. Mais je ne ferai pas le premier pas pour m’excuser. Je suis une Sullivan.
 
            Lexie a quitté le pub en lançant juste un Slán. Je n’ai rien eu le temps de dire. Concentrée à compter la caisse. Ça a été Margarett qui a débarrassé son assiette et son verre. Elle est revenue vers moi et a posé devant moi une colonne de pièces avec un petit caillou en équilibre dessus.
 
«  Elle a laissé ça pour toi.
       C’est quoi ce caillou ?
       Aucune idée mais tu devrais le garder. Elle ne donne rien au hasard. Et tu ferais mieux de regarder les pièces de plus près, ce ne sont pas les nôtres.
       Elle m’a donné un pourboire en monnaie de dinette ?
       Je ne crois pas que ce soit pour jouer à la dinette. Tu pourrais en avoir besoin plus tard. »
 
Sur ces bonnes paroles, je suis allée me coucher. Roulée en boule sous ma couette, je commençais à m’endormir quand :
 
« Tu ne comprends vraiment rien ! »
 
            Je me suis levée d’un bon. C’était la même voix que chez moi de l’autre côté. L’Anamacha impoli.
 
«  Non mais vous êtes dingue ! On vous a jamais appris à vous annoncer avant de vous manifester ?
       Non.
       Alors apprenez ! 
       Je te trouve bien vindicative. Je viens pour t’aider et tu râles.
       M’aider ? Depuis que vous avez fait irruption dans ma vie, vous m’avez plus commandée qu’autre chose.
       Vous les  cailín ó an baile mór, vous confondez ordre et recommandation.
       C’est plutôt vous qui ne savez pas faire la différence. Une recommandation c’est : "tu devrais faire de cette manière" et pas "Fais comme ça".
       Tu joues sur des mots qui n’ont pas d’importance.
       Quoi ? Bien sûr que ça a de l’importance. C’est la différence entre la dictature et la démocratie.
       Des concepts qui n’existent pas pour nous.
       Je renonce. Je peux savoir pourquoi vous débarquez en pleine nuit ?
       Pour éclairer ta lanterne.
       Ma lanterne ?
       Vas à ton bureau.
       Vous voyez c’est encore de l’impératif.
       Je vais perdre patience. »
 
            J’ai voulu à nouveau protester mais je me suis abstenue et j’ai obéi. J’ai allumé la lumière de la pièce et sur ma table de travail déjà encombrée de mes notes, il y avait une sorte de grande photo. Je me suis saisi de ce que je pensais être une feuille mais c’était rigide comme un tableau sans cadre.
            Le paysage représenté était les tourbières environnantes figées entre fin d’après-midi et début de soirée. L’image est devenue floue. Je clignais des yeux pour refaire le point mais cela, ne venait pas de moi. Le paysage s’est estompé et a fini par complètement disparaître, remplacé par une autre scène.
            Lexie se tenait à côté d’un feu en y regardant de plus près cela ressemblait à une forge. Le grand soufflet en arrière plan en attestait. Elle tenait au bout d’une grande pince, au-dessus du feu, un creuset. Je pouvais voir la sueur couler sur son front. Une fois le mélange devenu liquide, elle s’est dirigée vers un établi et a vidé le contenu dans différents moules. Quelques minutes plus tard, elle en extrayait ce qui ressemblait à des pointes de flèche. Elle les a ébavurées à la lime avant de les fixer sur des tiges de rosier bien droites.
 
«  Qu’est ce qu’elle fait ?
       Elle fabrique des flèches.
       Pourquoi ?
       Ce que tu peux être longue à comprendre pourtant tu en rêves presque toutes les semaines.
       La menace noire.
       Enfin ce n’est pas trop tôt.
       Elle prépare ses défenses ?
       Elle prépare la guerre. Alors comprends qu’elle ne puisse pas répondre à ton caprice.
       Vous n’êtes pas obligée d’être désagréable. Je ne fais pas un caprice. Si elle me parlait, je pourrais l’aider.
       Ce n’est pas ton combat.
       C’est celui de Lexie, c’est la même chose. »
 
            J’attendais un commentaire mais rien n’est venu. La voix était partie comme elle était arrivée. Je continuais de regarder Lexie qui fabriquait ses armes mais à la taille des flèches, j’ai compris vite qu’elles n’étaient pas pour elle. Elle était en train d’armer son monde. Son « petit » monde.
 
            Je suis restée une bonne partie de la nuit à regarder le tableau. Je me suis endormie avant Lexie.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 26 Fév 2017 - 22:41

Samedi 6 février / Dé sathairn 3 Feabhra
 
            Aujourd’hui en allant à la boulangerie, j’ai croisé plusieurs enfants qui prenaient le chemin du lac leurs patins à glace sous le bras. J’ai acheté de la brioche pour Lexie en signe de paix. J’ai donc suivi les enfants. Ils étaient déjà une petite dizaine sur la glace. Le froid était là mais un vrai soleil d’hiver éclairait la scène. Les enfants avaient sorti leur bâton de Cross et débutaient une partie. Pour marquer un but, j’ai cru comprendre qu’il fallait toucher l’arbre planté au bord du lac.
            Je les ai laissés à leur partie et j’ai remonté le chemin pour arriver devant la maison de Lexie. Je suis entrée. Elle était assise à sa table en train de faire de la couture.
            Ce qu’il y a d’étrange dans la vie c’est que l’on n’imagine pas les gens faire certaines choses. Comme notre cerveau s’interdit de voir nos parents faisant l’amour, le prof de français coincé s’éclater en boîte sur de la techno, Grand Père habitant à la ville et bien d’autres choses. Voir Lexie coudre faisait partie de ces situations. Tout son caractère va à l’encontre la scène qui se joue sous mes yeux.
 
            Elle était assise à la table une aiguille dans les mains. Je la voyais se concentrer sur son point arrière, suivi d’un point de côté. Et même si elle semblait faire ça avec aisance, je trouvais ça très incongru.
 
«  Tu te prends pour Sonia Rykiel ? Ou peut-être pour Nina Ricci ?
       Je ne sais pas. Ont-elles dû coudre des côtes de mailles sur des vêtements ?
       Je ne pense pas. Je t’ai apporté de la brioche pour me faire pardonner de mon comportement.
       Quel comportement ?
       La dernière fois que tu es venue au pub, je t’ai fait des reproches. J’avais oublié La menace noire.
       Ta manière de le dire fait très Star Wars.
       Tu connais Star Wars ?
       Bien sûr, je te rappelle que je suis née au XXème siècle.
       Je sais mais tu es tellement isolée.
       Tu sais je connais aussi Harry Potter.
       Je ne devrais plus être étonnée, tu connais beaucoup de choses. Tu veux que je t’aide pour la couture, j’ai de bonnes bases.
       Tu sais tricoter des côtes de mailles ?
       Heu non en tricot, je suis nulle.
       C’est une manière de parler le tricoter.
       Je sais mais je ne sais pas non plus forger des anneaux et encore moins les faire tenir ensemble.
       Dommage.
       N’oublies pas, je suis une scientifique pas une manuelle.
       Je n’oublie pas. Peu de manuelles posent autant de questions que toi.
       Tu veux de la brioche ? j’ai demandé pour changer de sujet. »
 
            Mais avant qu’elle ait pu me répondre des cris provenant du lac sont venus jusqu’à nous. Lexie était la première dehors. J’étais sur ses talons. Enfin deux mètres derrière ses talons. Sur le lac, les garçons qui jouaient s’étaient écartés du centre du lac. Ils appellent au secours et un prénom : « Killian ». Lexie s’est arrêté devant le premier gamin qu’elle a croisé ».
 
«  Qu’est ce qui se passe ? »
 
            Sous le choc l’enfant en avait oublié sa peur de la fille de la forêt.
 
«  Killian, il est tombé dans le lac. La glace a cassé.
       Il y a combien de temps qu’il est là-dessous ?
       Je ne sais pas, pas longtemps. »   
 
            Pas longtemps, c’est déjà trop long pour une immersion en eau glacée. Lexie m’a lancé un regard et j’ai eu peur de comprendre ses intentions. Elle s’est dirigée vers le trou que la chute de l’enfant avait créé. Je l’ai vue prendre une grande inspiration et sauter. Les pieds en premiers, elle a disparu toute droite dans le lac. Ma stupeur était aussi grande que celle des enfants. Je me suis secouée pour agir moi aussi. Je devais faire confiance à Lexie. Je me suis adressée à mon tour au même enfant.
 
«  Comment tu t’appelles ?
       Bricrenn.
       Bricrenn, tu vas foncer au village et les prévenir de ce qui est arrivé. Ok ?
       Oui. »
 
            Sans se retourner, il s’est mis à courir en direction du village. Lexie n’était toujours pas ressortie de l’eau. Est-ce qu’elle peut respirer sous l’eau. J’essayais de voir à travers la glace si je la repérais mais je ne voyais rien, l’eau sous le blanc translucide était noir. Depuis combien de temps était-elle au fond ?
            J’ai vu une main apparaître hors de l’eau et agripper la glace. Dans la foulée deux têtes sortir de l’eau. Dans un effort, Lexie a  poussé le corps de l’enfant au sec. Elle a disparu à nouveau sous l’eau comme pour prendre de l’élan et à son tour se tracter sur la glace. Elle ne s’est pas arrêtée. Elle a mis le garçon sur le dos et a commencé à lui faire un massage cardiaque. Tous les deux avaient la peau du visage qui tirait sur le bleu. Je suis venue à ses côtés et sans parler je me suis positionnée pour assurer la partie bouche à bouche. Alors que Lexie appuyait cinq fois en cadence sur la cage thoracique du noyé, j’encourageais l’enfant à recommencer à respirer. Il a fallu attendre la sixième insufflation d’air dans ses poumons pour qu’il recrache l’eau qu’il avait ingurgitée. Je l’ai positionné sur le côté pour ne pas qu’il se noie à nouveau.
            C’est le moment qu’a choisi Bricrenn pour revenir avec les gens du village.  Soulagée de leur arrivée, je me suis tournée vers Lexie pour voir comment elle allait mais il n’y avait plus personne à côté de moi. Elle avait disparu.
            Bricrenn a été le premier à prendre la parole.
 
«  C’est elle qui m’a envoyé.
       C’est bien que vous ayez été là. Et merci d’avoir sorti mon fils de l’eau ?  m’a remercié un homme du village.
       Ce n’est pas moi c’est…
       Vous avez les mêmes valeurs que votre Grand Père, m’a affirmé un autre.
       Je vais le ramener au chaud à la maison à présent. »
 
            Je l’ai regardé soulever l’enfant et prendre le chemin du village suivi par tout le monde. Je me suis rapidement trouvée seule sur le lac. Pourquoi aucun des enfants n’avaient parlé de Lexie. C’était comme si ils avaient tous été frappés d’amnésie. Le froid m’a rappelé à l’ordre. Je quittais la glace pour remonter sur le chemin et retourner chez Lexie pour voir si elle y était car ça aussi c’était étrange.
 
            Je n’ai vu personne dans le salon.
 
«  Lexie ? Tu es là ?
       Dans la chambre. »
 
            Je poussais la porte et la trouvais assise devant la cheminée une couverture sur les épaules. C’était la première fois que je voyais un feu dans l’âtre. Je m’étais dit qu’elle était décorative car la maison de Lexie étant toujours chaude sans que je n’ai trouvé de source de chaleur...  
            Je ne vous étonnerais pas en vous disant que le feu de Lexie était différent. Dans le foyer, il n’y avait qu’une seule bûche pas très grande mais les flammes remplissaient tout l’espace. Et ces flammes étaient de toutes les couleurs. Du bleu au rouge en passant par le vert. Un véritable arc en ciel dans la cheminée.
            Je me suis assise à côté d’elle sur le plancher. C’est à cet instant que j’ai remarqué qu’elle claquait des dents.
 
«  Ça va ?
       Ça ira mieux dans un moment.
       Comment tu as fait ?
       Quoi donc ?
       Rester aussi longtemps sous l’eau.
       Tu te rappelles le bal au fond du lac ?
       Bien sûr.
       Tu te souviens comment nous y sommes allées ?
       Dans une bulle.
       Et bien la même chose s’est produite sauf que je n’ai pas rapetissé sinon j’aurais été incapable de remonter le corps du gamin.
       Je me rappelle n’avoir pas ressenti le froid quand nous avions plongé dans le lac.
       La bulle te protégeait.
       Elle ne t’a pas protégée là ?
       Cela fonctionne quand tu rétrécis pas quand tu gardes ta taille d’humain. Elle m’a juste aidée à respirer.
       Je comprends. Pourquoi tu as disparu ? Les habitants du village ont cru que c’était moi qui lui avais sauvé la vie.
       Et ce n’est pas bien ?
       Non. C’est toi qui a pris le risque. Pas moi et puis ça les aiderait peut-être à t’accepter.
       Tu crois que je n’ai pas déjà essayé ? Quand je suis arrivée ici, j’ai essayé de me faire accepter. Mais il y avait tout un passé que j’ignorais. Ils ont vu quelqu’un d’autre en moi. Quelqu’un qui leur a fait du mal. Nous sommes tenues d’écrire un journal qui suit la lignée mais un passage manque. Pendant trois ans rien n’a été écrit.
       C’était quelle période ?
       Il y a 30 ans à peut près. Quand Margarett est venue me chercher pour sa fille,  j’ai cru que c’était la bonne occasion. Que si je sauvais sa fille les habitants me verraient autrement.
       Que s’est-il passé ?
       La fille de Margarett avait vécu quelque chose de bien trop horrible pour lui laisser s’en souvenir. Alors j’ai utilisé la potion d’oubli pour qu’elle puisse vivre normalement. J’ai fait promettre à  Margarett de ne parler à personne du fait qu’elle était venue me demander de l’aide et de ne jamais dire à sa fille qu’il lui était arrivée quelque chose. De mon côté, je n’ai jamais dit à Margarett ce qui était vraiment arrivé à sa fille pour que son regard sur elle ne change pas.
       Et tu es retournée dans l’ombre protéger ton monde et nous aussi par la même occasion.
       Oui. »
 
            Ses lèvres étaient encore bleues. Si elle ne claquait plus des dents, elle n’était pas encore réchauffée. Pourtant devant le feu la température était élevée. Ce qui attestait qu’elle avait dû avoir très froid dans l’eau. Je m’approchais donc d’elle et à un souffle de ses lèvres de lui ai dit :
 
«  Tu sais que je connais une excellente méthode pour te réchauffer.
       Ah oui, laquelle.
       La chaleur corporelle. C’est prouvé scientifiquement. »
 
            J’ai posé mes lèvres sur les siennes. Sensation de froid. C’est en passant ma main sous la couverture qui couvrait son corps que j’ai découvert qu’elle était nue. La température de mon sang est grimpée d’un coup. Il ne m’a pas fallut longtemps pour me débarrasser de mes propres vêtements. Avant de m’allonger sur son corps. Morsure du froid sur ma peau brûlante.
            Pour la première fois de ma vie, j’ai fait l’amour devant un feu de cheminée arc-en-ciel, allongée sur une couverture, utilisant la chaleur de mon envie pour réchauffer une Cahomnoire.   
 
Nous étions à présent allongées, ma tête reposant dans le creux de son épaule. Je sentais sa main qui me caressait doucement le dos.
         
«  Tu avais raison la chaleur corporelle est efficace.
       La science à toujours raison. Enfin sauf peut-être dans ton monde. »
 
            Dans la cheminée, le feu avait diminué juste des petites flammèches léchaient la bûche encore intacte.
 
«  Tu changes la bûche de temps en temps ?
       Non.
       Comment il fonctionne ? Si nous étions dans une maison moderne et que tu vivais à la ville, je dirais qu’il y a une alimentation de gaz  mais il n’y a pas le gaz chez toi.
       Que veux-tu savoir exactement ?
       Pourquoi les flammes sont de couleur ? Pourquoi la bûche ne se consume pas ? Et comment tu règles l’intensité ?
       Toi qui es une scientifique, qu’est ce qui détermine la couleur de la flamme ?
       Le combustible.
       Exact. Qu’est-ce qui donne une flamme bleue par exemple ?
       Avant de continuer de parler science, tu sais que c’est étrange de le faire nue.
       Tu veux te rhabiller ?
       Non. L’acétate de potassium donne une flamme bleue.
       Jaune ?
       Chlorure de sodium.
       Orange ?
       Chlorure de calcium.
       Verte ?
       Sulfate de cuivre.
       Violet ?
       Le nitrate de potassium ou le nitrate de lithium.
       Rouge ?
       Rouge, je ne sais pas. En tout les cas pas ce rouge là.
       Le nitrate de strontium.
       Je ne le connais pas celui là.
       On le trouve sous la forme de cristaux blancs cubiques.
       Et si je te demande, tu me donnes sa formule ?
       Sr(NO3)2
       Comment tu sais tout ça ?
       Je les ai appris à l’école.
       Où es-tu allée à l’école ? Quelle fac ?
       La fac des Cahomnoire.
       Vous avez une fac ?
       Léa… J’ai étudié dans un cursus différent du tien.
       Tu ne vas m’en dire plus n’est-ce pas ?
       Non.
       Et pour les autres questions ?
       La bûche est un mélange de toutes les matières que tu viens de citer et elle ne se consume pas parce qu’elle est très compacte.
       Comment tu l’allumes alors.
       Elle est pré-allumée.
       Alors comment tu la « règles » ?
       Comme ça. »
 
            Je l’ai vue regarder les flammes et elles ont grandi d’un coup, puis sont redevenues petites.
 
«  Le thermostat, c’est l’esprit.
       Ça ne marche qu’avec le tien ?
       Non essaie. »
 
            Je me suis concentrée sur les flammes et une grande gerbe de couleur est apparue. J’en ai sursauté. Les couleurs étaient scientifiques mais le réglage était magique. Le résumé du monde de Lexie tenait dans cette exemple. Un mélange des deux.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 19 Mar 2017 - 23:51

Vendredi 12 février / Aoine 12 Feabhra 
 
            Killian, le gamin qui était tombé dans le lac gelé, va bien, il se remet d’une forte fièvre. Contre coup de son passage dans l’eau glacée.
            Lexie continue de jouer les couturières et les forgeronnes. Elle est passée deux fois à la fermeture du pub. Margarett nous a laissées rester pour que je lui serve ses tartines et son verre de lait. Elle a dormi avec moi dans mon petit cottage. Par contre au matin, elle était partie. Mais les deux fois, mon café était chaud et servi et les tartines étaient beurrées. Comme pour s’excuser de ne pas pouvoir rester.
 
            Aujourd’hui, je pars analyser ma première histoire :
« La rivière rouge. »
 
            Depuis hier, la rivière qui traverse le village se met à couler rouge. La légende veut que ce soit les lutins du Nord habillés tout de rouge qui lavent leurs grands tissus dans la rivière. Ceux-ci étant trop chargés en couleur, ils se délavent dans l’eau froide provoquant le changement de couleur de celle-ci.
 
            J’ai donc remonté le cours de la rivière. Il y avait encore des endroits gelés et l’eau coulait en dessous. Le rouge avait même teinté la glace accrochée aux rochers au milieu du cours d’eau. J’ai marché pendant une heure et demie avant de trouver un mini barrage où la couleur rouge était encore plus soutenue. Je venais de trouver le réservoir. Il fallait à présent que je trouve la source.
Après encore une heure de marche supplémentaire, j’ai trouvé des étranges arbustes dont les branches étaient alourdies par des baies rouges aux formes plutôt artistiques.
            J’ai pris des photos et des notes sur mon cahier. J’ai enregistré un waypoint sur mon GPS de randonnée. Un coup d’œil à ma montre m’a indiqué que je devais prendre le chemin du retour si je ne voulais pas être en retard au pub.
 
            La journée étant finie, j’ai pris le temps de rentrer toutes les données dans mon PC et de cartographier les lieux. Les constatations sont les suivantes :
 
La source : les baies
Le vecteur : l’eau
Lieu du phénomène : le bassin
 
Les choses à déterminer sont :
 
Pourquoi il n’y a pas de rouge en amont du bassin alors que les baies viennent de bien au-dessus ?
Pourquoi elles se transforment à l’endroit du bassin ?
Comment elles se transforment ?
Et est-ce que les Lutins du Nord ont quelque chose à voir là dedans ?

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