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 A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack

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Mack
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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 19 Mar 2017 - 23:53

Jeudi 18 févier / Déardaoin 18  Feabhra      
           
            Aujourd’hui, la Une du journal local rapportait la découverte étrange d’un éleveur de moutons dans le nord du comté. Au matin, il avait trouvé tout son troupeau mort. Les ovins n’avaient aucune blessure prouvant qu’ils n’avaient pas été attaqués par une meute de chiens sauvages ou bien des loups. Chose plus déroutante aucun animal charognard n’avait approché les carcasses. L’hypothèse qu’un orage aurait pu être la cause de ce carnage avait été avancée mais aucun coup de tonnerre n’avait été entendu. Le ministère de l’agriculture et les services sanitaires avaient demandé une enquête et une autopsie des moutons pour déterminer la cause de la mort. Les autorités craignant sans doute une nouvelle maladie du type de la tremblante du mouton ou la vache folle chez les bovins.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 19 Mar 2017 - 23:57

Samedi 20 Février / Dé sathairn 20 Feabhra
 
            Lexie était assise sur le rebord de la fenêtre. Il semblait qu’elle aimait beaucoup se percher à cet endroit dans une maison. Rappelez-vous, je l’avais déjà trouvée ainsi chez moi de l’autre côté, au matin de mon anniversaire. Elle tenait à présent une tasse de lait dans ses mains.
 
«  Est-ce que tu bois autre chose ? je lui ai demandé en souriant.
       Bien sûr, tu en as été témoin.
       Quand tu n’es pas à une fête, est-ce que tu bois autre chose que du lait ?
       Non, je ne crois pas. Je ne fais pas attention. »
 
            Depuis quelques temps, j’avais remarqué que si je posais une question précise à Lexie, elle me répondait. Enfin parfois mais c’était un progrès. Ce soir, elle était arrivée dès que j’avais allumé la lumière de mon petit cottage. Comme si elle me surveillait. Et j’aimais un peu cette idée-là.
 
« Qu’est-ce que tu as fais dernièrement ?
       Je suis allée au Nord du Comté.
       Tu es allée voir les moutons ?
       Entre autre.
       Tu sais ce qui s’est passé. »
 
            Ce n’était pas une question car elle savait j’en étais sûre.
 
« Ils vont trouver quoi à l’autopsie ? j’ai demandé à nouveau.
       Que les moutons sont morts de fatigue.
       Comment est-ce possible ? Il faut leur faire faire un grand parcours pour les épuiser à ce point. Et le troupeau n’a presque pas bougé.
       La vague noire a besoin d’énergie. Dans mon monde, elle en consomme beaucoup plus que dans le sien. Elle se nourrit en puisant l’énergie de ce qui l’entoure.
       Les êtres vivants ?
       Oui. La végétation, les animaux…
       Les êtres humains ?
       Si il le faut oui. Mais s’attaquer aux êtres humains serait dangereux. L’exposition serait trop importante.
       Tout est une question d’ombre.
       Rester caché est sa plus grande arme.
       Tu as peur ?
       Non.
       Tu es inquiète ?
       Un peu. J’aimerais savoir pourquoi il a eu besoin de tant d’énergie.
       Tu ne peux pas l’espionner ?
       Tu sais comment espionner une ombre ?
       Non. Tu dis « il » alors qu’avant tu parlais de la vague noire. Tu as trouvé qui c’était ?
       J’ai une idée mais je ne peux rien te dire pour ta sécurité.
       Je comprends, tu as assez de choses à te soucier sans que j’en rajoute. »
 
            Elle a sauté de son perchoir pour venir laver sa tasse dans l’évier.
 
«  Tu reste avec moi cette nuit ?
       Si tu veux. »
 
            Bien plus tard, alors que j’étais sur le point de sombrer, bien calée dans les bras de Lexie, j’entendis un murmure, un souffle à mon oreille.
« Je me soucie toujours de toi et je te protège. »

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 19 Mar 2017 - 23:59

Mercredi 24 Fevrier / Céadaoin 24 Feabhra
 
            Le ciel était resté bas toute la journée. L’horizon bouché. Un petit mot sur mon bureau me conseillait de ne pas trop m’éloigner du village. Ma miss météo particulière venait de frapper à nouveau.
            Ecoutant son conseil, je suis donc restée chez moi à travailler. Les analyses de l’eau de la rivière attendraient un autre jour. Bien m’en a pris car une heure avant que je prenne mon service au pub, un orage a éclaté.
            Et j’ai cru que l’apocalypse arrivait. Entre les éclairs et le tonnerre, d’énormes grêlons venaient s’abattre sur le sol. Gros comme des balles de tennis. Le bruit était assourdissant sur le toit de la maison. Sur le sol de la cour, les boules de glaces éclataient sous l’impact, recouvrant à nouveau de blanc, l’herbe qui s’était débarrassée de la neige deux jours plus tôt.
            Un orage de grêle en cette saison était incongru. Une tempête de neige oui mais pas ça. L’hiver était encore bien installé et le printemps encore loin.
            La durée était aussi inadaptée. Plus de 55 minutes de glaçons venus du ciel. Je mentirais en disant que je n’avais pas peur. Je restai bien sagement au milieu de la pièce loin des fenêtres. Je pensais à Lexie et espérait fortement qu’elle soit chez elle à l’abri et pas en train de courir à travers la tourbe pour sauver la veuve et l’orphelin lutin.
 
            La nuit était tombée sur la catastrophe. Beaucoup de villageois s’étaient réunis au pub. Le premier bilan faisait état d’aucun blessé humain seulement des dégâts matériels. Bons nombres de toitures avaient souffert et devraient être réparées dès demain pour ne pas que les charpentes souffrent avec l’hiver. Il faudrait aussi faire venir le vitrier et les pompiers pour pomper l’eau qui avait envahi les caves. Les grenouilles de bénitier se préparaient déjà à faire une collecte pour remplacer les deux vitraux mis en pièce par les grêlons.
            Certains avaient eu le sentiment de vivre la fin du monde. Ce qui leur donnait un prétexte pour boire encore plus de bières.
            Grand-Père s’en était sorti sans aucun dommage, il y aurait peut-être quelques tuiles à changer mais rien de bien grave. Il m’a rapidement raconté que « ses squatteurs » avaient eu très peur et qu’ils les avaient calmés en leur donnant des dès à coudre de gnole maison. Ils dormaient tous à l’heure actuelle.
            Alors que je descendais à la réserve pour changer le fût, je ne pouvais m’arrêter de penser à Lexie. J’étais inquiète.
 
« Ne sois pas inquiète, elle va bien. »
 
            La voix était de retour mais pour la première fois dans un lieu public.
 
«  Merci du renseignement.
       Mais de rien.
       Où est-elle ?
       Chez elle.
       Bien.
       Tu ne râles pas aujourd’hui ?
       Non.
       C’est étrange. Pas de répartie cynique, de réaction outragée, de théorie inadéquate ?
       Non mais si vous continuez cela pourrait arriver.
       Tu me rassures, j’ai eu peur l’espace d’un instant.
       Vous avez pris un grêlon sur la tête ?
       Non mais merci de te soucier de ma santé.
       C’était du cynisme.
       Oh. »
 
            Une fois la manipulation effectuée, je suis remontée et dans la cuisine, j’ai croisé Margarett.
 
«  Tu parles toute seule ?
       Oui ça m’arrive surtout quand je dois accomplir une tâche manuelle. Je me répète les étapes.
       C’est une méthode. »
 
            Géniale à ce rythme-là, les gens vont me croire folle.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 23 Avr 2017 - 21:49

Lundi 29 Février / Dé luain 29 Feabhra

Je continue mes analyses sur la rivière rouge. Ce matin, j’ai attendu que le soleil pointe le bout de son nez pour partir avec mon matériel. J’ai été étonnée de voir Lexie apparaître à la croisée d’un chemin. En jeans et pull, une besace à l’épaule, le froid encore humide de ce dernier jour de février ne semblait pas avoir d’emprise sur elle.

«  Tu m’autorises à t’accompagner ?
— Bien sûr. »

Elle a réglé son pas sur le mien.

Elle m’a regardée prélever de l’eau à différents endroits de la rivière, prendre des notes et repêcher quelques baies. J’ai l’impression qu’elle s’amusait beaucoup à me regarder faire. Elle ne disait rien. Elle me laissait travailler. Elle a juste tendu la main pour me stabiliser alors que je venais de glisser sur un rocher. Elle jouait même les assistantes en étiquetant les échantillons et en les rangeant dans la mallette.

La neige a recommencé à tomber en petits flocons éparses. Mon ventre a commencé à gargouiller. Lexie m’a guidée jusqu’à une grotte. Nous nous sommes installées sur des cailloux tout plats. De sa besace, elle a sorti des sandwiches, des gâteaux et un thermos de chocolat.

«  Je vois que tu as tout prévu.
— Je me suis dit que je pouvais prendre le temps de pique-niquer avec toi.
— C’est gentil de ta part. Ta maison n’a pas trop souffert de l’orage de grêle ?
— Ma maison n’était pas là.
— Tu peux m’expliquer ?
— Tu me prêtes ton bloc de notes ? »

Je lui ai tendu et elle a fait le dessin suivant :



« Quelle est cette autre couche ?
— Les fans de science fiction appelle ça une dimension parallèle je crois.
— Et toi comment appellerais-tu ça ?
— Une distorsion.
— Tu peux y rester longtemps dans cette distorsion ?
— Toujours si je veux.
— Est-ce que je dois comprendre qu’il y a un autre monde dans cette distorsion ?
— Ce n’est pas moi qui l’ai dit. »

Serait-ce un nouveau moyen de m’apprendre des choses sur son monde ? Elle me donne des pistes et c’est moi qui dois formuler l’hypothèse qu’elle ne confirmera pas mais infirmera si ma théorie est erronée ?

«  Je me suis déjà retrouvée dans cette distorsion ?
— Deux fois, si mes souvenirs son bons mais pas de la même manière.
— Quand ? »

Elle m’a regardée comme pour me faire comprendre quelque chose. C’est le signal qui dit que je dois trouver par moi-même. Deviner.

«  Quand la forêt nous a rendues invisibles. Nous sommes passées ? »

Elle n’a rien dit, elle m’a juste fait un clin d’œil.

«  Pour l’autre je ne sais pas, j’ai changé plusieurs fois d’état physique mais est-ce que c’était juste un changement de lieu ou pas. »

Je l’ai entendue fredonner un air. Il me disait quelque chose, je l’ai déjà entendue ailleurs mais où. Je faisais tourner ma mémoire. Lexie avait son regard plongé dans le mien.  Je sentais comme si un chemin se créait dans mon cerveau. Je me suis mise moi aussi à fredonner le même air. Des images ricochaient dans mon hémisphère droit. Mon lobe pariétal se disputait avec mon lobe temporal pour tout faire remonter à la surface.
La musique m’accompagnait. Je revoyais les maisons aux pierres grises et aux toits de chaume. Les rues pavées dans lesquelles je courais après Lexie. La Banfhreastalaí (la serveuse) qui avait accueilli chaleureusement Lexie.

«  Le village de Scotty. »

Elle me sourit avec indulgence comme pour me dire : « tu en as mis du temps à trouver. »

La question que je me pose à présent est de savoir si c’est elle qui a stimulé ma mémoire ou bien a-t-elle juste servi de catalyseur pour que je me concentre vraiment. La première hypothèse ne m’étonnerait même pas mais la deuxième serait plus scientifique.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 23 Avr 2017 - 21:56

Samedi 5 Mars / Dé sathairn 5 Márta  

La première vraie belle journée avait pointé le bout de son nez. Ce n’était pas encore le printemps, rien est en avance ici. Les crocus et les jonquilles débarrassés de la neige apparaissaient dans les champs et aux bords des chemins.

Lexie m’avait prévenue qu’elle serait à la rivière pour réparer le moulin des Leprechauns aujourd’hui. Je passais à la boulangerie pour acheter une brioche et à l’épicerie pour le lait et je pris la direction de la rivière à nouveau.

Elle était en train de poser la charpente du moulin quand je l’ai rejointe. Son pantalon relevé jusqu’aux genoux, elle avait les pieds dans l’eau.

«  Bonjour Lexie.
— Bonjour Léa.
— L’eau n’est pas trop froide ?
— Un peu tout de même mais c’est le lieu le plus facile pour réparer le moulin. Sinon, je suis obligée de me contorsionner.
— Je t’ai apportée le petit déjeuner.
— C’est gentil. Je finis de fixer ça et je te rejoins. »

Je la regardais travailler. C’était comme une maquette qu’elle assemblait. Il fallait de la précision et de la minutie. J’avais très vite compris que Lexie maitrisait le petit. Le premier exemple avait été Scotty et l’habileté avec laquelle elle l’avait soignée. Son écriture sur les petites fioles était une autre preuve.

Elle est sortie de l’eau et est venue s’assoir à côté de moi. Je lui ai tendu une part de brioche et une demi-bouteille de lait.

«  Merci. Tu en es où de tes expériences sur la rivière ?
— J’ai des résultats.
— J’ai le droit de les connaître ?
— C’est toi qui pose des questions maintenant ?
— C’est toi qui réponds par une question ?
— Non là c’est toi.
— Tu as peut-être un peu déteint sur moi.
— Et ce n’est pas bien ?
— Je ne sais pas.
— En ce qui concerne mes résultats, il se passe quelque chose. En amont avant les buissons de baies, j’obtiens un précipité bleu. A hauteur où les baies tombent dans la rivière idem. Dans le bassin le précipité est vert. Et en aval aussi. J’ai testé les baies seules le précipité est jaune.
— Jaune et bleu ça fait du vert non ?
— C’est de la chimie, pas de la peinture Lexie.
— Ok. Je t’écoute.
— Si comme tu le supposes le précipité vert serait dû au mélange de l’eau en amont et des baies j’aurais eu un précipité bleu avec des cristaux jaunes. Ils ne sont pas faits pour se mélanger c’est ce qui permet de les reconnaître.
— Ok je te suis. Alors comment tu fais le vert ?
— Il y a un facteur supplémentaire. Un autre composé qui rentre dans la formule dans le bassin. Quelque chose qui expliquerait la réaction exothermique. L’eau est plus chaude dans le bassin.
— Là, je peux peut-être t’aider.
— Je t’écoute.
— Tu connais la pierre de stéatite.
— Non.
— Cette pierre a la capacité d’emmagasiner la chaleur et de la restituer par la suite. Ma maison est faite avec cette pierre.
— Je comprends pour ta maison mais pour la rivière ?
— A l’emplacement du bassin il n’y a que de la roche stéatite.
— C’est ce qui fait monter la température de l’eau. L’eau plus chaude dégèle les baies congelées par l’hiver. Elles se transforment en sirop et colorent la rivière. CQFD. Merci Lexie. Il suffit que je prélève un morceau de la roche pour valider mon précipité et la démonstration sera validée.
— Si tu le dis.
— Donc pas de Lutins du Nord dans cette histoire.
— Là ta conclusion est trop hâtive.
— Comment cela ?
— Les Lutins du Nord rentre dans ton histoire mais pas comme étant les protagonistes de fait mais comme les récupérateurs.
— Précise tes dires.
— Les Lutins du Nord se servent du bassin rouge pour colorer leur toile et non l’inverse.
— Ils profitent d’un fait scientifique pour créer une légende.
— Si tu veux. C’est juste que l’histoire est racontée à l’envers. Les Lutins du Nord sont habillés en rouge parce que le bassin est rouge et non le fait que le bassin est rouge car les Lutins son habillés en rouge. Si tu veux dès que j’aurais posé la roue du moulin, nous irons prélever un bout de roche.
— Oui. Merci.
— De rien j’aime bien faire de la chimie avec toi. »
Moi aussi j’aime bien faire de la chimie avec elle.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 23 Avr 2017 - 21:57

Mercredi 9 Mars / Céadaoin 9 Márta

La rivière a de nouveau coulé rouge aujourd’hui mais il n’était pas question de baies transformées en sirop.
La rivière était pourpre.
La rivière était rouge sang.
Le sang des Lutins du Nord.
Attaqués pendant la nuit.
Attaque lâche.

Je devais prendre le petit-déjeuner avec Lexie ce matin. A la place sur ma table était posé un mot.

« Reste chez toi, ne vas pas à la rivière. Ne fais pas ta tête de mule. S’il te plaît écoute-moi. Lexie »

Les mots employés par Lexie m’inquiétaient. Il y avait du danger dans cette phrase

« Vas l’attendre chez elle, elle aura besoin de toi à son retour. »

Anamacha était de retour et je n’avais même pas sursauté. Est-ce que je m’habituais à cette voix sans consistance physique ou étais-je trop préoccupée par le message de Lexie ? La réponse ne me semblait pas importante à cet instant.

J’ai écouté la voix et je suis allée attendre Lexie chez elle. De nombreuses heures sont passées avant qu’elle ne vienne. Son regard, son visage, son corps tout entier se bagarraient contre plusieurs sentiments : la fatigue, la tristesse et la colère. Le dernier prit le dessus. Je l’ai vue envoyer un grand coup de poing dans le mur. Heureusement pour ses articulations la pierre est devenue molle et a absorbé la violence de l’impact. Elle a attrapé ensuite le vase posé sur la console à l’entrée et l’a balancé. Le vase n’a jamais atteint le mur et après un court vol a repris sa place. Ses poings ne cessaient de s’ouvrir et de se fermer. Sa respiration était saccadée et dans ses yeux la lune avait disparu. Remplacée par le feu. Ses pupilles étaient cerclées d’orange tout comme ses iris, des filaments rejoignaient les deux cercles.
J’aurais dû avoir peur mais ce sentiment n’est pas venu. Le seul à s’imposer était que je devais l’aider. Je me suis avancée vers elle. Jusqu’à la toucher. Son corps était brûlant sous sa chemise. J’ai  délicatement posé ma main sur sa joue. Elle a fermé les yeux sous le contact. Encouragée, je me suis blottie contre elle. Je sentais son cœur cogner. Fort.
Il a fallu attendre de longues minutes avant que je sente ses mains se poser sur mes reins. Elle m’a attirée encore plus près d’elle. Mon corps plaqué au sien. Ses mains poursuivaient leur chemin plus bas les passant sous mes fesses. Je me suis sentie décoller du sol. Dans un pur réflexe, j’ai noué mes jambes autour de ses hanches.
Son regard était redevenu normal. Pas de lune. Pas de soleil. Juste le bleu des mers profondes. Elle m’a emmenée dans la chambre et m’a déposée sur le lit. Il y avait une certaine urgence dans sa manière de me déshabiller. Si bien qu’il n’a pas fallu longtemps pour que nous soyons allongées complètement nues sur sa couette.
Pour cette fois, je n’ai pas cherché à lui rendre ses caresses. A lutter pour savoir qui aurait le dessus. Je l’ai laissée m’aimer car, je le sentais, elle avait quelque chose à prouver en me faisant l’amour.
J’ai compris plus tard qu’il s’agissait de la vie. Qu’elle devait prouver que la vie gagnait tout le temps malgré l’horreur.
Je n’avais jamais fait l’amour avec une telle intensité. Il n’y avait pas de magie aujourd’hui. Juste un désir brut de repousser la mort.

Par la suite, j’ai passé ma main dans ses cheveux humides de transpiration. Nous étions sagement couchées sous la couette. Elle venait de me raconter l’attaque qu’avait subit les Lutins du Nord. Les nombreux morts. Le village brûlé.

«  C’est sûrement un coup des Korrigans. Je ne vois qu’eux.
— Qui sont les Korrigans ?
— D’autres lutins moins sympathiques. Ils ont deux petites cornes sur la tête, de longs doigts griffus et des pattes de bouc. Ils sont souvent autour des Dolmens. Ils vivent dans la lande. Parfois, on peut entendre leurs chants résonner au petit matin dans la brume. Ne rentre jamais dans une de leurs rondes, tu as peu de chances d'en sortir vivante. Ils sont forts et leurs pouvoirs magiques sont puissants. Ils peuvent prendre toutes sortes de formes pour effrayer les hommes. La légende dit qu’ils gardent leurs trésors sous de grosses pierres qui s'ouvrent lorsqu'on les frappe avec une vieille clef rouillée.
— La légende est vraie ?
— Peut-être mais il serait dangereux de vouloir leur prendre leur trésor.
— Les Lutin du Nord et les Korrigans sont en guerre ?
— Non. Ils ne s’entendent pas bien mais une trêve de plus d’un siècle était en place.
— Pourquoi alors ?
— Je pense qu’ils se sont rangés de son côté. Et qu’ils travaillent pour lui.
— Toujours ce « IL ».
— Je le hais. C’est un lâche.
— Tu l’auras.
— J’espère sinon toi et ton monde serez en danger.
— J’ai confiance en toi. »

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Dim 23 Avr 2017 - 22:08

Mardi 15 mars / Dé máirt 15 Márta

Mes cauchemars sont à présent quotidiens. Toutes les nuits, je vois la vague noire se répandre sur le monde. Elle a plusieurs représentations :
L’aigle du IIIe Reich, avec son bec acéré et son œil vicieux.
Un dragon tout noir aux écailles luisantes suintant un liquide visqueux ressemblant à du gasoil. Son œil jaune me fixe et me pétrifie.
Une armée de soldats en chemise noir qui avance et qui piétine tout. Leurs regards sombres, sans aucune marque de compassion ou de pitié.  
Un bruit aussi, celui de bottes sur le pavé. Rythmé. Qui va crescendo dans ma tête.

Chaque nuit, je me réveille en sursaut, le souffle court, les poumons en feu et une peur terrible au fond du ventre. Dans mes rêves, la vague noir ressemble à tous les symboles qui ont terrorisé l’Europe pendant la seconde guerre mondiale. A part le dragon mais lui j’ignore d’où il me vient.
Lexie doit le sentir car elle est toujours là pour me réconforter. A la fin de mon réveil en sursaut, il y a ses bras, son corps chaud et rassurant. Sans elle, j’aurais sans doute déjà viré au dingue. Elle ne dit rien. Elle me sert juste contre elle et attend que je me calme. Elle ne m’interroge pas. Elle se contente de me regarder dans les yeux.
Elle a dit ne pas pouvoir lire dans mes pensées, que ce n’est qu’une projection de mon esprit dans le sien. Je ne sais pas ce que je lui projette mais après cet exercice les images sont moins lourdes à porter.

Ce matin Lexie n’était pas allongée à côté de moi comme d’habitude. Elle était debout devant la fenêtre. Il n’y avait pas beaucoup de luminosité.

«  Quelle heure est-il ?
— 9 heures.
— Il fait sombre pour 9 heures.
— Le ciel est en berne.
— Hein.
— Viens voir. »

Je me suis levée et me suis placée à ses côtés. Le ciel était gris foncé et bas. Comme si un énorme nuage s’était arrêté sur le village. Plus étonnant, c’est que les jonquilles et les crocus devant ma fenêtre n’étaient pas ouverts. Les oiseaux ne chantaient pas.  

«  Qu’est  ce qui se passe ?
— Mon monde est en deuil.
— Comme pour Bainríon ?
— Oui. Le nuage ne va pas bouger. Les fleurs ne vont pas s’ouvrir. Le vent ne bruissera pas dans les arbres. Les oiseaux ne chanteront pas. Tous resteront dans le silence.
— C’est la tradition ?
— Oui.
— Et toi, tu dois faire quelque chose ?
— Arrêter la vague noire. C’est mon travail de les protéger. (après un silence) Les protéger tous.

La colère était de nouveau en elle. Je pouvais sentir frémir son corps. Je ne voyais pas ses yeux mais ils devaient probablement être de la couleur du ciel. J’ai glissé ma main dans la sienne. Elle a noué ses doigts aux miens. Une douce chaleur remontait le long de mon bras et prenait possession de mon être.

Le soir au pub, j’ai appris que les vaches n’avaient pas donné une goutte de lait, que les chevaux avaient refusé d’être sellés, que dans les pâturages les moutons étaient restés couchés et que le canari de Mme O’Grady n’avait émis aucune note.

A minuit, Lexie est venue me chercher et m’a emmenée au bord du lac. Assises au bout du ponton, nous avons écouté la musique. Elle venait de la terre, se propageait dans l’air et résonnait à mes oreilles. Une musique et un chant typique d’ici. Une balade pour accompagner les défunts.
Nos mains étaient juste enlacées. Un simple contact. Un trait d’union entre deux mondes.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mar 4 Juil 2017 - 23:53

Jeudi 17 Mars / Déardaoin 17 Márta

Aujourd’hui jour de fête, jour de joie, jour de la Saint Patrick. Branle bas de combat au pub, c’est la soirée de l’année. La bière va couler à flots et la musique va faire trembler les murs.
Le matin, les fûts de bière supplémentaires ont été livrés. La veille, l’inventaire des bouteilles et des caisses avait été fait et un nouvel agencement réalisé pour optimiser les descentes à la cave.
En déplaçant des caisses de whisky, j’ai débusqué un Leprechaun. Alors qu’il prenait la fuite j’ai dit :

«  Attends. Stop. Arrête-toi. »

Pas vraiment d’effet. J’ai essayé dans l’ancienne langue d’ici.

«  Am cúitimh. »

Le Leprechaun a été soulevé du sol de cinq centimètres et courrait dans le vide. J’ignore lequel de nous deux était le plus étonné. Il a arrêté de pédaler dans le vide et m’a regardée.

«  Depuis quand tu fais de la magie toi ?
— Je ne fais pas de magie.
— Et comment tu expliques cela, je ne sais pas léviter, moi.
— Je ne l’explique pas. J’ai juste dit stop.
— En attendant, tu pourrais me libérer ?
— Comment je dois faire ?
— Tu me demandes ça à moi ? Tu ne sais pas ?
— Non.
— Trouve une solution, je ne vais pas rester comme ça. »

Le Leprechaun commençait à devenir légèrement hystérique.

«  Ne bouge pas, je vais chercher Lexie.
— Bouges pas, bouges pas. Je ne peux pas bouger c’est ça le problème. »

Il avait crié. Plutôt aigu sa voix quand il criait.
Je suis sortie en courant de la cave par la porte des livraisons mais avant d’arriver en haut de la pente je me suis heurtée à Lexie.

« Tu tombes bien, je venais te chercher.
— Qu’est ce qui se passe ?
— Je ne sais pas.
— J’ai senti une force magique.
— Une force magique ?
— Elle est encore présente. Ça vient de la cave de Margarett.
— Justement j’en sors.
— Reste derrière moi, je vais voir. »

Lexie a poussé la porte et est entrée dans la cave. Il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour repérer le Leprechaun en suspension qui, à défaut de pouvoir s’enfuir, s’était assis en tailleur. Dans cette position, il avait vraiment l’air de léviter.

«  Qu’est ce qui t’arrive Zaig ? je l’ai entendue demander au Leprechaun.
— Demande à ta copine, c’est elle qui m’a fait ça. »

Lexie s’est tournée vers moi.

« Qu’est-ce que tu as fais ?
— Rien, je lui ai juste dit de s’arrêter.
— Les mots exacts ?
— Stop. Arrête-toi.
— Non, tu as dit : Am cúitimh. »

Lexie s’est remise face à Zaig.

«  Saoradh. »

Le Leprechaun a retrouvé le sol. Les fesses en premier.

«  Aïe. Tu aurais pu prévenir. S’est plaint le petit bonhomme.
— Reste là Zaig, s’il te plaît.
— Ok mais à la condition que tu m’aides à ramener le chargement.
— Je t’aiderai. »

Lexie ne m’avait pas quittée des yeux pendant sa conversation avec le Leprechaun. Elle regardait à nouveau au fond de mon âme. Je l’ai vue froncer les sourcils et plisser les yeux.

«  Feicéal. »

Elle a froncé encore plus les sourcils.

« Qu’est ce qui se passe ? j’ai demandé.
— Réessaye.
— Quoi ?
— D’arrêter Zaig.
— Mais je ne sais pas comment j’ai fait.
— Regarde la et redis le mot.
— « La » ? Zaig est une fille ?
— Bien sûr que je suis une fille. T’es vraiment pas observatrice pour une scientifique.
— Excuse-moi mais tes vêtements sont trop amples pour montrer tes formes et je ne connais pas encore assez les Leprechauns pour connaître parfaitement leur morphologie.
— Ouais et ben continue d’étudier. Car je ne pense pas que mon frère accepte que tu le traites de fille.
— Ton frère ?
— C’est une autre histoire ça. Léa essaye s’il te plaît. »

En indiquant Zaig, je répétais le mot. La Leprechaun s’est mise à nouveau à flotter.

«  Et c’est reparti, marmonna le Leprechaun.
— Essaye sur moi à présent, dit Lexie »

Je me suis tournée face à elle et ai répété l’action. Les pieds de Lexie sont restés au sol. J’ai répété mais rien.

«  Ça ne marche pas, j’ai constaté.
— Mais ça marche toujours sur moi, a fait remarquer Zaig.
— Quel est le mot pour la libérer ?
— Saoradh.
— Pourquoi Zaig lévite toujours ?
— Car je ne l’ai pas regardée.
— D’accord.

Je me suis mise face à Zaig et j’ai prononcé le nouveau mot. Cette fois-ci elle s’était préparée et est retombée sur ses pieds.

J’avais plein de questions dans la tête alors que je servais des pintes au mètre linéaire. Lexie m’avait promis de revenir à la fermeture du pub avec Zaig. J’aurais aimé que l’on discute tout de suite mais ce n’était pas possible car j’entendais déjà des pas sur le plancher de la salle du pub et Zaig allait être en retard pour sa livraison.
Lexie m’a expliqué rapidement que Zaig était chargée du ravitaillement en alcool. Chaque jour, elle venait faire un prélèvement de différentes boissons. Cette tâche était considérée comme fastidieuse car elle était dangereuse. Zaig devait évoluer en immersion  dans le monde des humains. Elle devait aussi prendre garde de ne pas tomber dans les tonneaux ou autres. Zaig avait été choisie car elle était allergique à l’alcool. Ses prédécesseurs consommaient plus qu’ils ne ramenaient et cela avait posé de nombreux problèmes.
Ce qui me posait problème à moi, c’était ce qui s’était passé dans la cave. Je ne pouvais pas savoir faire de la magie. Je venais de la ville. Je ne venais pas du monde de Lexie. La magicienne c’est elle. Pas moi.

Qu’est ce qui se passait encore.  

Lexie était bien au rendez-vous. Zaig était assise sur son épaule. Elle n’avait pas souhaité rester dans le village. L’air s’était réchauffé. L’hiver laissait la place au printemps. Elle m’a conduite chez elle. Elle a poussée les chaises et la table contre le mur et m’a invitée à m’asseoir par terre face à elle.

« Nous allons faire quelques expériences. En tant que scientifique, tu dois aimer ça.
— Oui.
— Ok. Zaig va servir de cobaye car ça n’a pas l’air de fonctionner sur moi et je préfère garder toutes mes facultés pour remettre les choses d’aplomb si ça devait mal tourner.
— Ok. Que dois-je faire ?
— Recommençons ce qui est arrivé dans la cave du pub.
— Am cúitimh. »

Zaig a quitté le sol.

«  Fais la redescendre.
— Saoradh. »

Zaig a retrouvé le sol.

«  Tu vas essayer de déplacer Zaig. Tu vas pointer ton doigt sur elle. Juste ton doigt ça devrait suffire pour sa taille.  Et dire : aistrigh. Ensuite tu bougeras ton doigt pour la faire bouger. »

J’ai appliqué les consignes de Lexie. Et Zaig a, à nouveau, quitté le sol. J’ai bougé mon index sur la droite et elle a suivi le mouvement. Devant ce phénomène, je me suis tournée vers Lexie. Un cri est venu de Zaig. Dans le mouvement ma main avait bougée aussi. Envoyant Zaig valser encore plus à droite trop rapidement.

«  Non mais ça va pas, tu veux me rendre malade. Lex dis lui de faire attention, c’est moi le cobaye. S’est insurgée Zaig.
— Lex ?
— Autre histoire. Tu dois rester concentrée sur ce que tu fais quand tu manipules les mots magiques.
— D’accord. Désolée Zaig.
— Repose-moi et on sera quitte.
— Le mot est : cuir.
— Cuir.

L’atterrissage s’est fait presque en douceur.

«  Y’a du boulot.
— Nous allons essayer autre chose a proposé Lexie. »

Elle a posé une bougie sur son chandelier au milieu de nous deux. Elle l’a allumée en soufflant dessus.

« Ardaigh. »

La flamme a grandi et grandi encore.

«  Beag. »

La flamme est revenue à sa taille de départ.

«  A toi. »

Je m’exécutais. La flamme grandissait moins que celle de Lexie. Elle s’est mise à trembler et a explosé, envoyant tout le monde au sol. Lexie a été la première à se rasseoir.

«  Tout le monde va bien ?
— Oui mais j’ai bien cru y perdre mes sourcils, précisa Zvaig.
— Léa ?
— Ça va. Qu’est ce qui s’est passé ?
— Tu m’as l’air encore instable, avança Lexie.
— A mon avis c’est son accent proposa Zvaig.
— Mon accent ?
— Zaig ! Ne te moque pas. Je crois que l’on va arrêter là l’expérience. Même si ma maison est plutôt résistante, je ne vais pas tenter le diable.
— Surtout qu’il est temps de rejoindre les autres si tu ne veux pas manquer la levée du bouclier.
— Tu as raison. Allons-y. Tu veux venir avec nous ? m’a-t-elle demandé.
— Bien sûr. C’est quoi la levée du bouclier ?
— Tu verras.  »

L’histoire du bouclier remonte à l’époque où les peuples de terre étaient en conflit. De nombreuses batailles entre clans avaient lieu. Pour un oui ou pour un non, tout était sujet à se quereller. Les périodes de paix étaient très courtes et chargées d'inquiétude. Tout le monde se méfiait de tout le monde. Les Cahomnoires n’existaient pas. En tout cas pas sous leurs fonctions actuelles. A cette époque l’histoire du « petit peuple » ressemblait beaucoup à celle de l’Europe : les invasions barbares, les guerres de clans, les vols, les viols, les massacres…
Il fallut attendre la venue d’un groupe composé de plusieurs peuples. Ils venaient des Hautes Terres du Nord Supérieur. Ils étaient sans arme. A cette époque personne ne se promenait dans la tourbe sans arme. Leur guide, Maewyn Succat, arborait simplement un bouclier transparent. Ils avaient traversé les montagnes du Nord et les collines du Nord Inférieur sans qu’une goutte de sang ne soit versée. Les peuples de la tourbe, arrogants, se croyant les plus forts de l’île choisirent d’aller affronter cette étrange armée que les tribus du Nord n’avaient pas su vaincre.
Cette fois-ci encore, il n’y eut pas de sang. Même pas le bruit d’un choc épée contre épée ne fut entendu. Maewyn Succat leva simplement son bouclier translucide vers le ciel. Le soleil s'y réfléchit créant une aura protectrice autour de chacun de ses compagnons de voyage. Devant cette magie très puissante, plus puissante que celle de leurs druides, les chefs jetèrent les armes et se rangèrent aux côtés de l’homme au bouclier magique.
Le bouclier avait été taillé dans les glaces du Grand Nord. La Princesse des Glaces l’avait béni avant de le confier à Maewyn Succat pour qu’il aille pacifier les peuples des Montagnes et des Tourbières.
L’île devint une terre de paix, le bouclier fut partagé en autant de morceaux que de peuple. Chaque chef de peuple choisit par Maewyn Succat reçut un morceau. Ainsi séparé, il ne possédait plus ses pouvoirs magiques mais ce qu’il représentait était bien plus fort. Et de succession en succession le morceau de glace sacré se transmit. Symbole de la fin du chaos et du début de la paix.
Les peuples qui ne furent pas choisis ou qui refusèrent de se plier, durent se retirer dans l’ombre. Certains restèrent à la frontière entre lumière et obscurité. Attendant de voir comment le monde allait évoluer. Les Korrigans faisaient parti de cette dernière catégorie.

De nouveau devant un grand chêne qui ne perd jamais ses feuilles, Lexie a posé Zaig à terre. Cette dernière avait fait tout le voyage à nouveau assise sur l’épaule de ma copine. Elle semblait aimer être assise à cette place. J’ai eu l’impression que la Leprechaun avait disparu par une porte à la base de l’arbre.
Lexie m’a serrée à nouveau contre elle, (et je profitais de l’occasion pour l’enlacer un peu plus) avant de frapper contre le tronc deux coups lents et trois coups rapides. Le vent chaud s’est levé autour de nous et l’arbre nous a aspirées.
Autour de nous, plus de forêt, pas de lac, juste la tourbe. Je suis restée dans les bras de Lexie le temps que tout se remette en place. J’ai fait durer l’instant. J’ignore pourquoi mais en ce moment j’ai besoin de son contact.
Sailbheastar, le chef du village de Scotty, était au centre de la foule. Je l’ai entendu raconter l’histoire du bouclier. Son discours terminé, il a brandi à deux mains au-dessus de sa tête le fragment de glace confié à son peuple. La lune l’a teinté de reflets bleus. Tous les Leprechauns tapaient dans leurs mains. Sur ce rythme les violons, cornemuses, bignoufs et flûtes se sont mis à jouer. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour les voir danser.
Lexie restait en retrait. Elle qui d’habitude n’était pas la dernière à se mêler aux festivités ne bougeait pas. Elle ne battait même pas la mesure.

«  Quelque chose ne va pas ? je lui ai demandé.
— Non tout va bien.
— Pourquoi ne danses-tu pas avec eux ?
— Car c’est leur fête. Je suis juste venue pour voir si le bouclier était toujours actif.
— Actif ?
— Nous allons en avoir besoin.
— Contre la vague noire ?
— Oui. »

Cette nuit-là, nous avons laissé les Leprechauns à leur fête et leurs danses. Lexie m’a conduite chez elle. Chloé n’était pas là. Avec une douceur presque surnaturelle, elle m’a déshabillée. Ses caresses étaient si légères que je n’étais même pas sure qu’elle me touchait vraiment. Il a fallu que je sente le plaisir monter en moi pour en être persuadée.
Cette nuit-là, il n’y avait qu’elle dans sa façon de me faire l’amour. Pas de sensation magique. Juste une jeune femme.
Cette nuit-là, elle m’a souhaité de bien m’amuser à la ville ce week-end à l’anniversaire de mon ami.
Cette nuit-là, je lui ai demandé de m’accompagner.
Cette nuit-là, elle a refusé m’expliquant qu’elle ne pouvait pas quitter l’autre côté.
Cette nuit-là, j’ai compris que la vague était proche. Trop proche.
Cette nuit-là, j’ai eu peur.
Cette nuit-là, je me suis serrée contre elle.
Cette nuit-là, je lui ai dit que je l’aimais.
Cette nuit-là, elle ne m’a pas répondu.

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Mack
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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mar 4 Juil 2017 - 23:54

Samedi 19 mars / Dé sathairn 19 Márta

Je suis donc à nouveau à la ville. Bruce, un de mes amis de fac, fête son anniversaire. Je lui avais promis avant mon départ d’être là. La fête de la Saint Patrick déborde sur le week-end ici. Je n’ai pas prévenu mes parents que je revenais. Je n’ai pas envie de les voir.
Vendredi, il m’a été difficile de quitter le village et Lexie. Depuis la nuit de la levée du bouclier, j’ai un mauvais pressentiment. Lexie m’a presque convaincue que je n’avais pas à m’inquiéter. J’ai eu presque l’impression qu’elle me mentait.


Bruce avait réservé la salle du fond d’un pub. Ma pinte n’était jamais vide et l’ensemble de mes amis étaient presque déjà saoul. Je me sentais décalée dans cette atmosphère. Trop de murs pas assez d’espace. La soirée s’est continuée dans une boîte de nuit. Ici aussi quelque chose n’allait pas. Trop de bruit et pas assez de musique. Pas de mélodie, juste un rythme.
Je ne me sentais pas bien. Sûrement le mélange de la bière et de ce Boum-Boum qui tapait trop fort dans ma cage thoracique. Il était quelque chose comme quatre heures du matin. J’ai salué mes amis et suis sortie. La nuit était encore fraîche et le contact du froid sur mon visage me remettait les idées en place. Les nausées qui étaient apparues dans la boîte disparaissaient. Je marchais dans les rues de la vieille ville. Je me suis rendue compte que je faisais des détours. Pourquoi ?

Aucune idée.

J’ai finalement rejoint mon appartement. Mes vêtements de la soirée reposaient en tas sur le parquet. Je me suis glissée sous ma couette nue. Pourquoi nue ?

Je ne sais pas.

Ou si peut-être car il n’y a qu’avec Lexie que j’aime dormir nue. Est-ce un moyen de me rapprocher d’elle ? A la pensée de Lexie mon ventre s’est contracté. J’avais un mauvais pressentiment.

Je me suis endormie rapidement. Tout du moins, je n’ai pas le souvenir d’avoir tourné dans mon lit. Et très rapidement, je me suis retrouvée de l’autre côté. Je n’étais pas aux côtés de Lexie. J’étais assise sur un dolmen. En dessous de moi, la lande et ses tourbières. Tout paraissait si calme. Trop calme.
Il y a eu le cri d’un oiseau, puis une bourrasque de vent et comme si tous étaient apparus par magie deux armées face à face.
A ma gauche Lexie et « son » peuple.
A ma droite, un homme grand tenant à la main un bâton noir. Il avait de longs cheveux corbeau qui lui cachaient une partie du visage. Il portait un pantalon pourpre, une chemise blanche et une cape noire à l’extérieur, pourpre à l’intérieur. Derrière lui tous les représentants des monstres qui peuplaient nos cauchemars d’enfants. Dans un rayon de trente centimètre autour de lui, la végétation était morte. Il me faisait peur.
Le ciel était coupé en deux. Au dessus de Lexie il était bleu. Bleu mer du sud. Au dessus de l’homme, il était noir comme au plus sombre de la tempête.
Je me suis rendue compte que Lexie portait à son avant-bras le bouclier translucide. Il avait été réassemblé. Chaque membre de son armée était entouré d’une douce lumière.
Je voulais parler mais aucun son ne sortait de ma bouche. Je me retrouvais à nouveau spectatrice de cette guerre.
Je l’ai vue sortir des rangs et s’avancer face à l’homme. Celui-ci en a fait de même. Ils étaient tous les deux à dix mètres l’un de l’autre.

«  Tu montres enfin ton visage, commença Lexie.
— Tu te décides enfin à te battre.
— J’y suis forcée quand le Magicien des Ténèbres vient sur nos terres.
— Tu connais donc mon nom. Tu dois savoir qui je suis aussi.
— Je connais tes pouvoirs et tes manières de faire. Mais je ne t’abandonnerai pas mon monde sans combattre.
— Tu me fais rire. Quand t’es-tu battue pour la dernière fois. Tu n’as même sans doute jamais tué. Tu n’es qu’un bébé. Tu as quoi 20 ans ? J’en ai 422. 400 ans d’expérience en plus.
— Si je suis un bébé, tu n’es qu’un vieillard à mon échelle.
— C’est vrai, tu n’es qu’une humaine. Protégée par un pauvre bouclier. »

Le magicien a balayé l’air de sa main droite et le bouclier de Lexie a explosé. Une poussière de glace a flotté dans l’air avant de s’éparpiller sur le sol.
D’ici je pouvais ressentir le frisson de peur qui a parcouru toute l’armée des gentils. Ils n’avaient plus leur halo de lumière. La seule qui soit restée stoïque c’était Lexie. Elle n’avait même pas bougé sous l’attaque.

«  Qu’est-ce que tu espérais ? Que la magie de la Reine des Glaces serait plus forte que la mienne. Si tu penses cela, il va être encore plus facile de te vaincre toi et ton petit peuple, clama le Magicien des Ténèbres.
— Ce n’est pas La Reine mais la Princesse des Glaces.
— La description que l’on m’a faite de toi est très vraie. Tu n’es pas comme les autres. Je dirais même que j’aime presque ton côté frondeur. Et que dire de ta capacité à déjouer mes attaques. Tu as presque débusqué tous mes espions et tous mes assassins. »

En écoutant le Magicien des Ténèbres parler, je découvrais les activités de Lexie pendant ses absences. A cet instant, une question m’est venue, frappante et très, très dérangeante : Est-ce que c’était un rêve ?
Tout ce que j’avais sous les yeux était horriblement réaliste. Très loin de mes précédents rêves qui n’étaient que des représentations. Et si la guerre était vraiment en train de se dérouler ?
J’essayais de me réveiller mais à chaque fois que je pensais y parvenir quelque chose me ramenait sur les lieux. J’avais très peur car si c’était la réalité sous mes yeux Lexie était en très mauvaise posture.

«  Dommage que tu n’es pas prévu l’assassinat de ta reine des Fées et le massacre du village des Lutins.
— Elle s’appelait Bainríon et tu n’emporteras pas sa vie avec toi. Quant aux Lutins, ceux que tes sbires ont raté sont là pour l’honneur.
— J’aime quand cette flamme s’allume dans tes yeux.
— Si c’est ta manière de draguer, elle est nulle. Et tu n’as aucune chance.
— Te plier à ma volonté serait un jeu intéressant surtout si je peux le faire sous le regard de ta petite amie. »

Et là il s’est tourné vers moi et j’ai senti son regard. Lexie aussi a tourné la tête dans ma direction. Elle n’était pas surprise. Elle m’a souri. Dans ma tête sa voix.

« Ne reste pas là. Réveille-toi. Retourne de l’autre côté. Mets tes jolis yeux à l’abri. »

Mets tes jolis yeux à l’abri… Qu’est-ce qu’elle voulait dire. Que ça allait être sanglant ? Je n’allais pas l’abandonner, pas maintenant que je savais que la réalité se jouait. Si elle devait mourir, elle ne serait pas seule jusqu’au dernier instant.

«  Très étrange cette relation entre une Cahomnoire et une cailín ó an baile mór.
— Evite d’utiliser les mots d’un langage qui n’est pas le tien.
— Je connais bon nombre de langage, fillette.
— Tu ne connais pas le plus important.
— Qui est ?
— Tu devras trouver la réponse tout seul.
— Tu joues à la maligne mais je vais massacrer ta petite armée.
— Je sais. C’est pour ça que le combat ne va avoir lieu qu’entre toi et moi. »

Je n’ai pas su qui a été le plus surpris : le Magicien des Ténèbres ou moi. Lexie voulait se battre en duel face à lui.

«  Je suis née pour protéger ce peuple. Je ne ferai pas verser leur sang.
— Ils le verseront à un moment ou à un autre mais si tu préfères mourir la première soit. Qu’il en soit ainsi. Je te laisse le choix des armes. »

J’ai vu Lexie lever son bras gauche au-dessus de sa tête et plier son coude. Sa main a disparu derrière son dos. Elle l’a relevée presque aussitôt pour faire sortir une épée du fourreau accroché dans son dos. Je n’avais vu que le bouclier.

«  Faisons-la à l’ancienne.
— Retour au temps de la chevalerie. Choix intéressant.
— Certaines valeurs perdurent. »

Je n'ai jamais vu Lexie se battre et encore moins avec ce genre d'arme. Son adversaire a fait apparaître une épée dans sa main. Ils se faisaient face. Lexie tenait son épée à deux mains, la garde du côté de sa hanche gauche.
Je pouvais voir son regard bleu noyé par la lune. Ses mâchoires étaient serrées. Elle portait un jeans noir et une sorte de t-shirt aux manches trois quarts bleu foncé et un gilet de cuir. Elle n'avait pas d'armure, pas de cotte de maille, pas de plastron, plus de bouclier et encore moins de champ de protection. Elle était la moins équipée pour se battre à comparer de sa propre armée et pourtant c'est elle qui allait aller au combat.

Je craignais le premier coup d'épée qui lui arracherait l'arme des mains la laissant à la merci du Magicien des Ténèbres. Je ne supportais pas le deuxième qui entaillerait sa peau. Je maudissais le troisième qui l'achèverait.

Le premier était assourdissant dans le silence de la tourbe. Lexie n'avait pas lâché son épée. Le deuxième a fait reculer le Magicien des Ténèbres. Le troisième lui a fait mettre un genou à terre.
Lexie tenait sa garde haute. Alors qu'elle abaissait son épée pour le coup final, un souffle l’a propulsé une dizaine de mètres en arrière. Elle a chuté lourdement sur le dos. Alors qu'une boule rouge se dirigeait vers elle, elle a levé son épée devant elle. Le métal a absorbé l'énergie. Elle s’est relevée en disant :

«  Tu n'as rien d'un chevalier. J'étais sure que tu tricherais. Qu'as-tu fait des valeurs des Anciens ?
— Elles datent d'un autre temps. Les choses ont changé.
— Tu fais comme ça t'arrange mais les règles n'ont pas changé et le Code non plus.
— Le Code n'est qu'un vieux livre.
— Tu iras dire ça à Eux.

Sur ces mots Lexie a planté son épée dans le sol. Un disque rouge en est ressorti rasant le sol, balayant tout. Tous les membres des armées respectives ont disparu.

«  Qu’as-tu fait ? aboya le Magicien Des Ténèbres.
— Je les ai tous envoyés dans une autre couche.
— Comment est-ce possible ?
— Une simple lame enduite d’une potion d’une Asarlaí de l’Est.
— Les tiens ne sont plus là non plus.
— Je ne voulais pas courir le risque que tes petits copains attaquent mon armée pendant que nous nous affrontions. Je ne leur faisais pas confiance. A présent, ils sont simples spectateurs.
— Tu n’as pas peur que mon armée ne fasse qu’une bouchée de la tienne dans l’autre couche ?
— Tu pense que je suis assez bête pour les avoir envoyés sur la même couche ?
— Tu as oublié un membre de ton équipe. »

Le Magicien des Ténèbres me montrait du doigt.

«  Je ne l’ai pas oubliée. Et tu sais comme moi que seules les personnes physiquement présentes peuvent être déplacées dans une autre couche.
— Elle va donc pouvoir assister à ta défaite.
— Peut-être. Et au fait, merci de m’avoir fourni l’énergie.
— Tu vas me payer ça. »

Lexie a juste eu le temps de rouler sur le côté pour éviter l'attaque magique.
Elle m'a dit qu'elle ne faisait pas de magie. Que c'était la nature autour d'elle qui la rendait magique. Comment allait-elle s'en sortir sans pouvoir magique face à un Magicien Noir ?

La première réponse qu'elle m’a donnée était son agilité à éviter les boules d'énergie.

«  Tu te fatigueras avant moi, l’a-t-il prévenue.»

Lexie venait de plonger dans une des tranchées creusées par l'homme pour récupérer la tourbe avant de la mettre à sécher pour en faire un combustible. Elle était invisible à mes yeux et pourtant, je la voyais. Je voyais clairement ce qu'elle faisait, appuyée contre le mur de terre.

Elle fouillait dans les poches intérieures de son gilet. Elle en a sorti une amulette. Une pierre jaune cerclée d'or. Elle l’a fixée sur le haut de son gilet dans un logement qui semble prévu à cet effet. Elle a rampé sur quelques mètres, attrapé un éclat de roche et bondissant hors de sa cachette, elle l’a lancé sur le Magicien des Ténèbres. Le caillou a été pulvérisé avant d'avoir atteint son but.

«  Tu comptes te battre avec des pierres ?
— Tu ne penses pas si bien dire. »

En même temps que le Magicien, j’ai commencé à voir grandir, dans les mains de Lexie, une boule d'énergie aussi jaune que son amulette. Elle ne la lançait pas comme si elle attendait la réaction de son adversaire.

«  Tu veux jouer comme ça ? »

Une nouvelle boule d'énergie rouge est apparue dans ses mains. Il l’a lancée sur Lexie qui se servait de la sienne pour la contrer. L'air vibrait tout autour de l'impact.
Le même rituel s’est reproduit à plusieurs reprises et j’ai compris que Lexie ne se servait de sa magie que pour contrecarrer celle du Magicien des Ténèbres. Elle ne l'attaquait jamais. Je ne comprenais pas son plan mais je lui faisais confiance.

Voyant qu'il n'arrivait à rien le Magicien des Ténèbres a changé de tactique et de pouvoir. Un vent violent venait de se lever sur la lande. Une pluie diluvienne accompagnait les lourds nuages noirs. Lexie s’est protégée en levant son avant bras devant ses yeux. Un éclair venu du ciel a touché le sol à sa gauche venant entailler sa manche et son bras. Pour éviter le deuxième elle a roulé derrière un rocher. Le temps de fouiller à nouveau dans son gilet et de changer d'amulette, le bloc de granit explosait.
C'est en arborant la couleur verte de sa nouvelle amulette qu'elle a fait face au Magicien des Ténèbres. De ses mains sortait un vent contraire. La pluie semblait changer de direction pour ne pas la toucher. Les éclairs étaient déviés par les mouvements de sa main. Je voyais le sang dilué par l'eau couler le long de son bras.
Le vent du Mal s'intensifiait et Lexie était obligée de croiser ses deux avant-bras pour le repousser. Le pied gauche en avant et le droit en arrière. Bien calée sur ses appuis Lexie résistait car c'était ça à présent : une épreuve de force.
Son amulette brillait de moins en moins et le Magicien des Ténèbres n'avait pas bougé d'un pouce. Ces deux pieds étaient restés bien parallèles. Il semblait ne pas avoir à faire d'effort.
L'amulette s’est éteinte et Lexie a été balayée. Ses pieds ont quitté le sol et tel un fétu de paille elle s'est envolée. Elle s'est écrasée lourdement face sur le sol heureusement détrempé à cet endroit. Elle a juste relevé la tête pour voir le Magicien des Ténèbres bouger son bras et se sentir décoller à nouveau.
Plusieurs fois, il a joué avec elle comme un chat avec une souris. Le dernier vol plané l'a emmené dos à un rocher la tête en bas. Et l'atterrissage était encore plus rude. Elle est restée un instant sans bouger. Assise dos à son adversaire reprenant son souffle.

«  Tu en as assez ? Tu jettes l'éponge ?
— Pas encore. »

De la flaque d'eau située derrière le Magicien des Ténèbres est sortie une sorte de main constituée d'eau. Elle a entouré la jambe du Mal et a manqué de le déséquilibrer. Surpris, celui-ci a mis du temps à briser le sort.
Lexie en avait profité pour se relever. Elle était tâchée de boue de la tête aux pieds. Son gilet et son t-shirt étaient déchirés. Son jeans était ouvert sur son genou droit. Mais sur sa poitrine au-dessus de son cœur, une nouvelle amulette, bleue cette fois-ci.
Elle jouait avec l'eau créant des murs protecteurs face aux attaques du Magicien des Ténèbres. J'ai presque l'impression de voir un remake du film Abyss. L'eau avait une consistance improbable en chimie. Elle était tantôt dure, tantôt souple. Semblant se plier à la volonté de Lexie.
Le magicien perdait de son avantage. Alors face à l'eau, il a invoqué le froid. Les murs se transformaient en glace et explosaient sous les attaques. Tout comme le sol, la peau de Lexie se couvrait d'une pellicule blanche de givre. Je sentais la morsure du froid. Ses lèvres étaient devenues bleues. Je la voyais serrer les dents pour les empêcher de claquer. Je sentais son cœur ralentir.

«  Tu sembles geler. Aurais-tu froid ? Abandonne ou c'est en glace que va se transformer ton sang.
— J'ai lu une histoire où il était dit qu'une fille avait de la glace qui coulait dans ses veines. Comme quoi c'est possible.
— Tu es sur le point de mourir et tu fais encore de l'humour. Tu es d'une race à part.
— Oui, on ne te l'a pas dit, je suis une Cahomnoire, je vis entre les Mondes, je protège les Mondes. Et en échange les Mondes me protègent.  Atéigh.

La traduction de ce mot m’est venue à l'esprit. Réchauffer. Venant du sol, de la fumée. Elle entourait Lexie. Le givre sur sa peau se transformait en gouttelettes d'eau. Ses lèvres avaient retrouvé leur couleur habituelle.
Pour se venger le Magicien des Ténèbres a envoyé une grosse boule d'énergie sur Lexie qui n’a pas pu la contrer. Elle a reculé à nouveau sous l'impact et a disparu à nouveau dans une des tranchées.

Je me suis rendue compte que la nuit était presque tombée. Lexie n'était toujours pas réapparue. Comme la fois précédente, je la voyais. Elle était étendue sur le dos, regardant le ciel. Elle a retiré son gilet et le devant de son t-shirt était brûlé tout comme sa peau autour de son nombril. Elle ne bougeait pas. Cherchait-elle un nouveau plan ? Avait-elle une autre amulette ? Demandait-elle l'aide de quelqu'un d'autre ?

Je sentais que quelque chose m'attirait. Je luttais mais le combat était inégal. Je me suis retrouvée de l'autre côté dans mon lit. Je me suis réveillée.
Ce n’était pas possible, je devais y retourner.

« C'est bien pour ça que je t'ai réveillée. »
— Anamacha ?
— Bien sûr qui veux-tu d'autre ?
— Pourquoi m'as-tu réveillée ?
— Le passage va s'ouvrir, tu dois y aller.
— Aller où ? Quel passage ? Je dois retrouver Lexie.
— C'est justement de ça dont je te parle. Habille-toi. Nous sommes entre chien et loup, tu dois te dépêcher le passage ne va pas rester longtemps ouvert.
— Mais je ne sais pas faire.
— Lexie t'a montré.
— Elle est passée, je n'ai fait que regarder.
— Ça suffit pour. Retourne à l'endroit exact. Vite. »

Je n'ai pas argumenté plus longtemps. J'ai sauté dans mes vêtements et j'ai couru dans les rues de la ville qui se remplissaient. Les gens ont du se demander ce qui pouvait bien me faire courir si vite.
A l'entrée de la forêt, je me suis arrêtée à bout de souffle. J'espérais être au bon endroit. J’ai senti l'air vibrer autour de moi. J'ai appris à reconnaître au contact de Lexie les signes qui prouvent qu'il y a de la magie dans l'air. Sous mes yeux la porte s'est ouverte.

«  Dépêche-toi, elle ne va pas t'attendre encore longtemps. Concentre-toi uniquement sur elle et le passage te conduira à elle. Ne laisse pas ton esprit s’égarer.
— Ok. Et si je me perds ?
— Evite.
— C’est si grave que ça ?
— Si tu veux errer entre les mondes toute ta vie non ce n’est pas grave.
— Penser à Lexie. Penser à Lexie. Penser à Lexie. De toute façon à quoi pourrais-je bien penser d’autre ? »

J'ai marché tout droit avec une certaine peur. Je pensais très fort à Lexie en projetant dans mon esprit toutes les images  que j’avais d’elle en stock. Je suis arrivée de l'autre côté au milieu du champ de bataille. La nuit était complètement tombée. Sans la pleine lune, il ferait nuit noire.
J’ai trouvé Lexie étendue sur le sol. Allongée sur le ventre, elle semblait inerte. Que s'était-il passé pendant mon absence ? Combien de temps avait duré le voyage ? Ma montre était à nouveau arrêtée.

«  Tiens mais ne serait-ce pas notre Cailín ó an baile mór ? Tu t’es enfin décidée à venir en chair et en os pour assister à la fin de ta petite amie. »

J’aurais voulu que ma réplique soit cinglante mais à cet instant, je manquais étrangement de répartie.

«  Tu as laissé ta langue dans ton monde ?
— Non connard ma langue est bien là. »

Le seul problème c’est que je l’ai dit dans ma tête. Je ne savais qui regarder : le Magicien des Ténèbres ou Lexie. Elle était toujours à terre. J’avais peur de tenter le moindre geste dans sa direction. Je ne voulais pas qu’il s’en prenne encore plus à elle.
Pour l’instant, il avait l’air concentré sur moi.

«  Toujours rien à dire petite humaine.
— Je vous ai longtemps rêvé.
— Je sais, c’était un bon divertissement de voir tes rêves. Bien que je ne comprenne aucune des images que tu te fais de moi.
— Dites-vous, qu’il y a des gens dans mon monde qui peuvent être pires que vous.
— Je ne pense pas que ce soit possible. Aucun de tes congénères ne peut faire ça. »

La boule d’énergie est apparue instantanément entre ses mains.

«  Vous pensez m’impressionner. Des gens ont créé la bombe H dans mon monde. Elle a tué 250 000 personnes en une seule fois. Vous en êtes capable ?
— Ne me pousse pas à te montrer mes capacités. De toutes les manières, je ne pense pas que tu résisteras aussi longtemps qu’elle. »

Dans un geste du bras, il a envoyé la boule d’énergie vers moi. La seule chose qui m’est venue à l’esprit est de dire le mot :

«  Am cúitimh »

La boule d’énergie s’est arrêtée nette entre le Magicien des Ténèbres et moi. Aussi surpris l’un que l’autre, nous regardions cette sphère suspendue dans les airs.
Le seule cours de magie que Lexie m’avait donné était bien présent dans ma mémoire.

« Aistrigh »

D’un mouvement de la main, j’ai déplacé la boule d’énergie en direction du Magicien des Ténèbres. Avant qu’elle ne le touche, il l’a faite disparaître.

«  Qui es-tu ? a-t-il demandé en criant.
— Léa Sullivan.
— Ça je sais. Qui es-tu ? Une Magicienne déguisée ?
— Vous l’avez dit vous-même, je suis une  Cailín ó an baile mór.
— Aucune Cailín ó an baile mór n’a de pouvoir magique.
— Chaque règle a ses exceptions.
— Peu importe, il est temps de mettre fin à cette mascarade. »

Alors qu’il levait les bras, j’ai tenté quelque chose. C’était un peu désespéré. Voir complètement dingue. Et sûrement très présomptueux mais bon.

«  Am cúitimh »

Il semblait ralenti dans ses mouvements.

« Aistrigh »

Il ne s’est rien passé. Il était stupide de ma part de penser que je pouvais rivaliser. J’étais sur le point de renoncer quand j’ai entendu la voix de Lexie.

«  Sers-toi de tes deux mains. Ce n’est pas un Leprechaun. »

J’ai appliqué le conseil. J’ai répété le mot et bougé mes deux mains. Comme pour Zaig mes gestes étaient brusques ce qui a balancé le Magicien des Ténèbres contre un rocher.
Lexie s’est relevée péniblement. Ses vêtement ne tenaient ensemble que grâce à la boue et à la terre qu’elle avait sur elle.

«  Ils m’avaient dit qu’à Tinnhe l’heure du Houx, de l’aide me viendrait. J’ignorais que ce serait toi.
— Je ne sais pas en quoi je suis là pour t’aider.
— Moi je sais. Mets-toi derrière moi et quoi qu’il arrive fait exactement ce que je te dis. »

J’ai fais ce qu’elle m’a dit. Le Magicien des Ténèbres avait repris ses esprits et sa place.

«  Comme c’est mignon. Un tableau de rêve. Toutes deux réunies pour mourir ensemble. »

Lexie a relevé son avant-bras gauche à hauteur de son visage. Le vent se levait à nouveau emmenant avec lui des cristaux translucides. Tout tourbillonnait autour de nous. Et je voyais sur l’avant-bras de Lexie le bouclier se reconstituer.

«  C’est impossible ! Je l’ai détruit !
— Tu pensais qu’il était si facile de détruire quelque chose venant des Terres du Nord et de la Princesse des Glaces ? Chaque cristal s’est chargé de l’énergie magique déployée pendant notre combat. Maintenant, il ne reste plus qu’à attendre le signe pour en finir avec toi.
— Quel signe ?
— Celui-là. »

Dans le ciel la pleine lune venait de se cercler d’or. Comme les pupilles de Lexie parfois. Comme le tatouage que je pouvais voir dans son dos. Son tee-shirt en lambeaux montrait sa peau sur laquelle le soleil et la lune s’était rejoints. J’écartais le tissu pour voir la suite. Un trait descendait le long de sa colonne vertébrale et venait frapper le dolmen au bas de son dos.
Dans notre réalité, c’était du Dolmen sur lequel j’étais assise plus tôt dans la journée  qu’est venu le rayon. Il a touché le bouclier. Lexie a attrapé ma main. Dans sa paume, je sentais une amulette. La lumière qui s’en dégageait était un mélange de bleu et de vert. Plein de filaments entremêlés.
La lumière provenant de l’amulette nous entourait complètement. C’était chaud, c’était doux, c’était rassurant. Et c’était aussi flippant car je sentais que cette lumière se nourrissait de mon énergie. Et de celle de Lexie aussi. Il y avait comme un échange entre elle, moi et le bouclier car c’était là que l’énergie se concentrait.
Je sentais Lexie trembler. Elle a posé un genou au sol. J’ai fait de même en m’approchant plus près d’elle jusqu’à la toucher. J’ai passé mon bras autour de ses épaules et me suis serrée contre elle.

«  Je suis là. Je ne te lâche pas. »

Le Magicien des ténèbres nous regardait. Il avait toujours son petit sourire sur les lèvres.

«  Tu penses m’impressionner avec tes effets de lumières ? Je ne connais peut-être pas les êtres maléfiques de son monde à elle qui ont l’air si puissant mais je connais les feintes et les ruses de ton monde. Utiliser la lumière pour faire croire que l’on a des pouvoirs, tout ceci n’est qu’esbroufe et poudre aux yeux.
— Je te laisse juge, a répondu Lexie. »

Le Magicien des Ténèbres a envoyé plusieurs boules d’énergie dans notre direction. Elles venaient toutes s’écraser contre la barrière de protection que générait le bouclier.

«  Ma magie est plus puissante que la tienne. Ton bouclier craquera. Ce n’est qu’une question de temps.
— C’est pour cela qu’il est temps de passer à l’attaque. Léa, dis au revoir au monsieur.
— Adieux. Dans mon monde chaque monstre de notre histoire a été traqué, jugé, condamné, exécuté ou parfois par lâcheté, ils se sont donnés la mort. Votre tour est venu. »

Le bouclier a renvoyé l’énergie emmagasinée en direction du Magicien des Ténèbres. Comme si il avait compris, il n’a pas cherché à l’éviter, ni même à la contrer. Alors que les filaments verts et bleus commençaient à l’entourer, il a dit :  

«  Tu ne pourras pas toujours la protéger.
— Je ferai de mon mieux.
— Le temps viendra où les pouvoirs de ton peuple ne serviront à rien.
— Alors je trouverai d’autres armes.
— Il n’y a pas d’arme contre ça. »

Le corps du Magicien des Ténèbres était à présent complètement noyé dans cette masse verte et bleue. Celle-ci se réduisait pour ne plus être plus grande qu’une boule de Noël. Elle s’est durcie et est tombée au sol.

Dans le ciel la lune était toujours cerclée d’orange. Les yeux de Lexie étaient identiques. Elle s’est levée péniblement et est allée ramasser « la boule de Noël ». En revenant vers moi, elle a arraché son épée du sol. Les deux armées sont  réapparues dans la tourbière.

Lexie a pris la parole face à l’armée vaincue :
« Votre chef a été vaincu. Le conseil prendra les décisions en son âme et conscience comme il en a toujours été ainsi. En attendant retournez sur vos terres et tenez-vous dans l’ombre jusqu’à ce que vous connaissiez la sentence. »

Je voyais tous les monstres de mes cauchemars d’enfants baisser la tête, tourner le dos et quitter la tourbière. Des cris de joie s’élevaient. Le peuple de Lexie fêtait sa victoire. Les lutins lançaient leurs bonnets en l’air. Tous tombaient dans les bras les uns des autres. Les Gnomes, les Leprechauns, les Elfes, les Fées, Les lutins et plein d’autres dansaient.
Je ne prêtais pas vraiment attention à tout ça. J’étais concentrée sur Lexie. Je ne savais pas ce qui la tenait debout : un reste de volonté ou la boue séchée sur son corps.

«  Tu devrais t’asseoir.
— Il faut que je rentre.
— Je t’accompagne. »

Elle n’a pas protesté. Je l’ai suivie. Chloé est venue voleter à ses côtés.

« Tu pars ?
— Oui, il le faut.
— Tu ne restes pas avec nous ?
— J’aimerais bien Chloé mais je dois rentrer. »

J’ai vu Chloé fixer Lexie dans les yeux. J’ai eu l’impression qu’elle la sondait. Lexie se laissait faire.

«  Tu as raison, il faut que tu rentres.
— Amuse-toi Chloé. Profites-en. »

Chloé est repartie vers ses amis. Lexie a repris sa marche. Cette nuit-là, je n’avais aucun mal à suivre Lexie. A notre arrivée chez elle, elle a posé sur la table le bouclier qui n’avait pas quitté son avant-bras jusque là. D’une poche dissimulée à l’intérieur de son gilet de cuir, elle a sorti plusieurs amulettes qu’elle a rangées à côté du bouclier. Et pour finir, elle a posé la boule du Magicien des Ténèbres à côté du reste.  Cela fait. Elle s’est écroulée sur le sol.

Je suis allée rapidement près d’elle.

«  Ça va ? »

Elle était allongée sur le dos.

«  Donne-moi deux minutes et ça ira mieux. »

Malgré la boue et les traces de sang, je pouvais voir qu’elle était livide. Ses mains étaient froides. Chose très rare. Mis à part le jour où elle avait plongé dans le lac gelé je n’avais jamais ressenti le froid en elle.
Je l’ai vue poser les mains à plat sur le sol les doigts bien écartés comme si elle voulait augmenter le contact de sa peau avec la chaleur du sol.
Je me suis à mon tour allongée à côté d’elle. Je suis venue poser ma tête sur son épaule. Sous ma joue le cuir était souple et confortable. Je n’osais pas la toucher de peur de la blesser.

«  Je vais rester avec toi ici alors. »

Elle ne bougeait pas comme si elle était vidée de ses forces. Je commençais à me demander si le mélange de nos essences n’avait pas eu des effets secondaires sur elle. Car si moi je me sentais tout à fait bien, voire même très bien, Lexie semblait complètement lessivée. La sensation avait été étrange pendant l’échange mais c’était mon point de vue. Il en était peut-être différemment du côté de Lexie.

Bien plus tard que les deux minutes, elle avait trouvé la force de se lever et d’aller prendre une douche. Elle était rentrée toute habillée. Les lambeaux de son t-shirt avait fini sur les pierres de la salle de bain vite rejoints par son pantalon. Ils pouvaient être déclarés morts aux champs d’honneur. Une fois la couche de boue retirée, les ecchymoses, les bleus, les entailles et les brûlures s’étaient révélés. Elle devait avoir mal mais n’en laissait rien paraître.
Elle a enfilé un tee-shirt et un short et a rejoint son lit. Elle n’avait pas dit un mot. Elle a fait un geste pour m’inviter à la rejoindre. J’ai ôté mes vêtements et me suis installée à ses côtés.

«  Tu es sure que ça va aller ? Je lui ai demandé inquiète. »

La réponse ne venant pas je me suis appuyée sur un coude pour la regarder. Ses yeux étaient fermés, sa respiration était calme : elle dormait. La fatigue avait eu raison d’elle. Enfin du moins j’espérais que c’était la fatigue et pas un contre sort du Magicien des Ténèbres ou une blessure interne qui l’avait faite sombrer dans l’inconscience.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mar 4 Juil 2017 - 23:55

Dimanche 20 mars / Dé sathairn 20 Márta

J’ai été réveillée par une douce caresse sur ma joue et un baiser sur mes lèvres. Je ne me rappelais pas m'être endormie. J'ai veillé un moment sur Lexie. Ecoutant sa respiration. La touchant fréquemment pour contrôler la température de son corps...

« Léa. Il faut que tu ouvres les yeux. Il va bientôt être entre Loup et Chien. »
— Hein ? Quoi ? »
J’ai poussé la brume de mon cerveau pour comprendre de quoi elle me parlait.
« Tu dois rentrer chez toi par le chemin que tu as emprunté pour venir.
— Je ne sais pas si je vais y arriver. Pour l’aller, j’ai pensé très fort à toi mais pour le retour, je n’ai pas envie d’errer entre les mondes.
— Tu ne te perdras pas car je vais t’accompagner.
— Tu ferais ça ?
— Bien sûr. Mais il ne faut pas traîner. »

Je l’ai regardée se relever. Elle était déjà habillée. D’aspect extérieur, on ne dirait pas qu’elle avait mené un combat contre un puissant magicien mais à bien la regarder, je voyais bien que sa posture était différente. Elle était plus raide, beaucoup moins fluide qu’à l’accoutumé.
A moitié réveillée, j’ai suivi Lexie jusqu’à la porte magique.

«  Ne lâche pas ma main.
— Aucun risque. »

Le contact de sa main était rassurant. Elle m’a guidée à travers la faille. Presque instantanément j’avais l’impression de me retrouver de l’autre côté, dans la clairière de ma ville. Sauf qu’il faisait un peu plus jour. Combien de temps avait durée le voyage ? Je l’ignorais à nouveau. Les aiguilles de ma montre semblaient rattraper le temps et se sont misent à tourner à grande vitesse pour se stopper sur ce qui semble être l’heure actuel. Il était 6h50. A cette période de l’année le jour se levait autour de 6h35. Le voyage a duré quelque chose comme un quart d’heure.
La ville dormait encore. Les rares personnes que nous croisions étaient des fêtards qui rentrent chez eux. Dans le ciel, la lune était toujours présente comme si elle refusait de disparaître. Ou bien comme si elle attendait un nouveau rendez-vous avec le soleil car cette nuit je suis sure que le disque d’or autour de la lune était le soleil. C’est impossible sauf pendant les éclipses et encore dans ces moments-là nous ne voyons pas le blanc de la lune et le orange du soleil car l’un est toujours dans l’ombre de l’autre.
Sans vouloir vous faire un cours mais :



Pour l’éclipse de soleil c’est la lune qui passe entre la terre et le soleil (à l’angle 0° pour une éclipse total). La face que nous voyons de la lune n’est pas éclairée par le soleil ce qui créait un disque noir devant celui-ci.


Pour l’éclipse de lune c’est la terre qui passe entre la lune et le soleil (à l’angle 0° pour une éclipse total). La lune se retrouve dans l’ombre de la terre. Elle n’est donc plus éclairée par le soleil.

Il est toujours question d’ombre. Si l’angle n’est pas à 0°, nous voyons plus de soleil ou plus de lune ce qui donne un sentiment d’intensité mais à aucun moment il est possible de voir la « lumière de la lune » et le soleil superposé. Encore un mystère à élucider.

J’ai récupéré chez moi mon sac et les clés de ma voiture. Pour ensuite reprendre le trajet normal dans l’autre sens. J’ai hâte de retourner à l’Ouest. Je me sens attirée par ce pays. D’autant plus après cette nuit. Il y a beaucoup de questions sur le monde de Lexie mais aussi sur moi. Grand Père m’a dit que j’étais plus sensible. D’où me vient cette empathie ? Et à quoi doit-elle servir ?

Si l’on résume :
Je suis née fille au lieu de garçon (c’est peut-être pour ça que je suis attirée par les filles).
J’ai des pouvoirs magiques (que je ne maîtrise pas ou peu).
Je suis attirée par un monde qui m’intrigue et me fait peur à la fois.
Nos deux familles sont liées par une attirance maladive, complexe et dangereuse.
Je vois des êtres que je ne devrais pas voir.
Je discute avec une voix, un esprit, enfin un truc que je ne vois pas.
J’aime une femme dont j’ignore presque tout.

Mais malgré tout ça, je ne peux me résoudre à partir en courant. J’ai peur mais ma curiosité et quelque chose d’autre que je ne peux définir me pousse à continuer, à rester, à ne pas renoncer, à chercher et à comprendre.

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MessageSujet: Re: A l'ouest de chez moi Tome 1 - Mack   Mar 4 Juil 2017 - 23:56

Mercredi 23 mars / Céadaoin 23 Márt

J'ai commencé ma journée derrière le comptoir du Pub de Margarett. Je rangeais les verres. Cette tâche n'a rien de valorisant ou de passionnant mais j'aime la faire car pendant ce temps-là, je peux penser et réfléchir.

Lexie guérit. Doucement. Très doucement. Les stigmates de son combat face au Magicien des Ténèbres sont encore très visibles. Je n'ose pas la toucher de peur de lui faire mal. Et pour être certaine de me retenir, je suis restée chez moi depuis notre retour de l'Est car je ne me fais pas confiance. Quand je suis avec elle c'est comme si je n'avais aucune volonté.
Lexie a dormi pendant tout le trajet en voiture. Je n'avais pas besoin de mettre le chauffage dans la voiture car elle était une source de chaleur à elle seule. Elle irradiait. J'aurais aimé pouvoir connaître sa température car elle était bien au-dessus de ce qu'un corps humain peut endurer.
Elle n'était pas venue au village mais Zaig était venue me donner des nouvelles. En échange, j'ai rempli ses tonneaux de bière, ses bouteilles de whisky et d'eau de vie. Elle m'a raconté que son peuple pouvait à nouveau vivre sereinement, qu'il n'y avait plus de menace. De mon côté, je n'ai plus rêvé de la vague noire. Elle m’a dit aussi qu'une grande fête se préparait. Une fête regroupant tous les peuples. Les Leprechaunes, les Lutins des Neiges, les Fées, les Lutins du Nord, le peuple du fond du lac, les Gnomes et bien d'autres encore... Ainsi que Lexie et moi. Je suis étonnée d'être invitée par un être du petit peuple, d'habitude c'est Lexie qui m'emmène.

Quelques sites internet et le journal régional ont relaté le fait étrange de l'anneau de feu autour de la lune. De nombreuses théories ont été avancées, certaines très farfelues. Vous pouvez vous demander ce qu'il y a de plus farfelu que la magie. Je vous répondrais des idées scientifiques impossibles. Je crois à la science comme vous l'avez déjà compris mais je crois aux faits prouvés et prouvables. Tout ce que j'ai lu sur le net ou dans le journal n'est rien de tout cela. Et je pense que parfois il vaut mieux ne pas chercher à expliquer que de raconter n'importe quoi. Peut-être qu'un jour Lexie me dira ce qui s'est passé mais en attendant j'en resterais à cette image magique de la lune en feu.

Mais aujourd'hui c'est aussi les marées d'Equinoxes. Et j'ai vu débarquer Lexie après le service de midi.

«  Margarett, je peux t'emprunter Léa pour l'après-midi ? a-t-elle demandé.
— Bien sûr. »

Nous avons pris ma voiture pour aller sur les falaises. Je l'ai suivie sur un sentier à travers la bruyère. Nous nous sommes installées au bord de la falaise, les pieds dans le vide. J'aurais dû avoir peur mais sa main dans la mienne me rassurait. L'océan en-dessous de nous devenait de plus en plus agité. Les vagues venaient s'écraser sur les rochers, éclaboussant la roche. De grandes gerbes d'eau remontaient le long de la paroi.

«  Regarde attentivement en face. Je pense que tu vas aimer ce que tu vas voir. »

Elle avait un sourire sur les lèvres en me disant cela.

Je me suis concentrée sur la falaise. Et au regard du phénomène, je me suis rappelée d'un de mes jeux d'enfant qui consistait à frotter la mine d'un crayon à papier sur une feuille pour faire apparaître un dessin. Aujourd'hui, l'eau jouait le rôle du crayon à papier sur la roche. Un dessin apparaissait. Le premier ressemblait beaucoup à notre île. Sur la gauche une autre forme apparut toute allongée. En son centre un Dragon y était représenté. Au-dessus une autre encore avec cette fois une sirène endormie comme symbole. Au Nord Ouest une île en croissant de lune avec des Mégalithes dessus. Et tout au Nord un autre continent. Gardé par une bête que je ne savais reconnaître.

« Qu'est ce que c'est ? Je lui ai demandé sans détourner les yeux du dessin.
— La carte de mon monde, elle n'est visible qu'aux marées d'équinoxes. Je me suis dit que ça pourrait t'intéresser.
— C'est magnifique. J'ai le droit de la dessiner ?
— Tu peux même la prendre en photo si tu veux.
— Je n'ai pas mon appareil. »

Je vis Lexie fouiller dans sa besace et en sortir mon appareil photo numérique.

«  Je l'ai pris chez toi.
— Merci. »

J'ai photographié la falaise. Et même si la photo sera sans doute plus exacte. Je préfère le dessin que j’en ai fait plus dans le ton de cette aventure.



«  Tu n'as pas peur que je la révèle à quelqu'un ?
— Cette carte ne se montre qu'aux regards amicaux. Si tes idées sont mauvaises, elle pourrait te jouer des tours.
— Ok. Tu peux m'en dire plus sur ce qui compose ton monde.
— Tu connais les éléments ?
— L'eau, l'air, le feu, la terre.
— Oui. Talamh Dóiteáin représente le feu. Talamh Leacht représente l'eau. Talamh Gaoithe pour le vent.
— Et tout au Nord ?
— Talamh an Oighir Thuaidh, La Terre des Glaces du Nord.
— Là où vit la Princesse des Glaces ?
— Oui.
— Quel animal la garde ?
— Un griffon.
— Oh ! Tu dis ça avec un tel naturel qu'à chaque fois ça pourrait presque me paraitre normal.
— Je vais devoir partir.
— Maintenant ?
— Non dans quelques jours.
— Où dois-tu aller ? Loin ?
— Sur chacune de ces Terres.
— Pourquoi ?
— Je dois rendre les pouvoirs qui m'ont été prêtés.
— Tu pars longtemps ?
— Je ne connais pas la durée. »

J'avais du mal à cacher mes sentiments. Je ne voulais pas qu'elle parte.

«  Ne pleure pas Léa. »

Je ne m'étais pas rendu compte que des larmes coulaient sur mes joues.

«  Veux-tu m'accompagner ?
— Vraiment ?
— Vraiment.
— J'ai le droit ?
— Tu as des questions sans réponse. Tu trouveras peut-être tes réponses là-bas.
— Il n'y a pas de danger pour l'intégrité de mon essence ?
— Non, tu as prouvé que tu pouvais emprunter les passages. Et j’ai eu l’autorisation de t’emmener. Ils m’ont même demandé de te convaincre si tu refusais.
— Refuser ?
— Je leur ai fait la remarque que je ne pensais pas avoir besoin de te convaincre.
— Tu avais raison. Que dois-je dire à Grand Père ?
— La vérité.
— Quand partons-nous ?
— Dans 3 jours après la fête.
— Bien. »

J'ai posé ma tête sur son épaule et j'ai continué de regarder la carte sur la falaise. Bientôt elle disparaitrait. Le monde de Lexie retournerait dans son mystère. Mais aujourd'hui Lexie venait de m'offrir un billet pour voyager dans son monde. Une porte ouverte qui pourra à défaut d'agrandir la liste des questions peut-être apporter quelques réponses.
Je me prépare donc à la suivre dans une nouvelle aventure à travers les chemins de traverse…



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