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 Les Amantes. - Ce-Line

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Ce-Line

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MessageSujet: Les Amantes. - Ce-Line   Sam 30 Déc 2017 - 13:35

Pseudo de l'auteur : Ce-Line

Nombre de chapitres : en cours

Rating de l'histoire :  PG13 (peut contenir des mots crus et choquants)
Genre de l'histoire : Romance - Dramatique

Résumé de l'histoire :

Léna et Emma rentrent dans leur ville natale, Bordeaux, après 5 ans de vie commune à travers la France. Ces deux jeunes femmes sont ensemble depuis plus de 6 ans. Leur amour est fusionnel, est passionnel.
Pour autant, tout peut basculer à la suite d'une rencontre, Morgane. Cette dernière va chambouler leur vie : Attirance, Jeu, Colère, Incompréhension, Attachement...

Tout cela fait dorénavant partie de leur quotidien qui se retrouve chamboulé. Léna était à des millions de lieues de cela, sur sa petite colline verte à vivre d'amour et d'eau fraîche : depuis, ce n'est qu'un tourbillon d'émotions...
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MessageSujet: Re: Les Amantes. - Ce-Line   Sam 30 Déc 2017 - 13:37

Chapitre 1 - Prélude
Young Dumb & Broke

Léna, jeune femme de 24 ans ne s’attendait pas à ce que sa vie change depuis le retour dans sa vie natale. La vie est faite de rencontres. Elle est rythmée par les rencontres finalement. Ces dernières fondent le caractère.
La première rencontre de la vie est celle avec nos parents, notre famille. Leur éducation forme, apprend les codes sociaux, ce qu’il faut faire et ne pas faire, le bien et le mal. Durant cette période, il y a beaucoup de comportements qui se calquent également : il y a les « il faut » mais en tant qu’enfant, l’observation des comportements des grands, de nos parents, de nos frères et sœurs a également son importance. Puis, vient le temps de l’école où nous côtoyons d’autres personnes, hors cadre familial : ce sont des nouvelles rencontres qui vont nous apporter d’autres points de vue, d’autres repères.
Karin Tuil dit dans l’un de ses ouvrages : « Tout dans la vie n’est qu’une question de détermination et de désir. Tout n’est qu’une question d’opportunités, de rencontres et de chances à saisir. » Une rencontre peut tout basculer et tout bousculer.

Léna ne connaît pas cette phrase, mais pour autant, ces pensées s’en rapprochent en séchant mes cheveux blonds mi- longs, la tête à l’envers avec ma serviette. Cela fait 6 ans et demi qu’Emma et Léna sont ensemble. Léna n’a que 23 ans et vient juste d’être diplômée en tant que kiné. Pour autant, malgré son jeune âgé, elle sait que c’est avec elle qu’elle souhaite fondée une famille : 6 ans et demi d’amour et d’eau fraîche, de hauts mais aussi des bas, comme dans toute vie.
Léna se prépare pour aller au travail : elle a tellement transpiré cette nuit qu’elle a dû se doucher en ce matin du mercredi 13 décembre 2017 pour pouvoir être présentable devant ses patients. Elle travaille dans un cabinet non loin de leur modeste appartement situé dans la banlieue proche de Bordeaux. Elle se relève et redresse sa tête : il va falloir maquiller les cernes, maquiller les yeux rouges et gonflés, ravaler sa peine et se bouger.
Emma est restée dans le lit, elle a mis son réveil pour 11h. Elle travaille au sein du club de volley-ball dans lequel toutes deux sont inscrites. Elles jouent dans la même équipe, depuis toujours, depuis 7 ans. C’est d’ailleurs au volley qu’elles se sont connues et depuis, plus quittées. Léna avait 16 ans, Emma 20.

Un peu de fond de teint ainsi que du blush sur ses joues, une touche de mascara et Léna est prête à partir. Elle se dirige dans la chambre, embrasse Emma tant bien que mal, rongée par la peur, l’incompréhension, la peine.

« Ca va ? Tu as l’air fermée, dit Emma à moitié endormie
- Autant que faire se peu, c’est difficile. Je n’ai pas beaucoup dormi et le peu de temps de sommeil, ce n’était pas très réparateur.
- A tout à l’heure, bon courage pour ta matinée mon ange. Je t’aime, tu le sais. »

Léna reste assise quelques secondes au bord du grand lit blanc Ikea en la regardant.
- Oui, je le sais que tu m’aimes. Oui, je le sais car moi aussi. Seulement, c’est difficile car une autre occupe tes pensées : Morgane -


« A tout à l’heure oui. Je pense que je rentrerai vers 15h à peu près. »

Léna se lève du lit, lui caresse une dernière fois ses cheveux long bouclés châtains et se dirige vers l’entrée de notre appartement. Elle enfile son manteau, un bomber vert kaki venant de chez Bonobo, met ses chaussures, prends son sac, ouvre la porte et part pour le travail.
Elle secoue légèrement la tête, en fermant la porte de l’appartement pour se remettre les idées en place.
-Comment est-ce possible qu’en 3 semaines tout se soit accéléré ? J’avais fait part de mes craintes, je l’avais senti et je l’ai communiqué à Emma. J’ai eu confiance en elle et voilà où nous en sommes quand même aujourd’hui. -

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MessageSujet: Re: Les Amantes. - Ce-Line   Lun 1 Jan 2018 - 16:50


Emma ne parvenait pas à se sortir du lit. Elle aussi était perdue. Tout s’était passé tellement rapidement. En quatre semaines, tout avait basculé. En quatre semaines, Morgane, jeune femme de 27 ans aux cheveux de jais, à la voix douce et suave, avait percé sa coquille peu à peu. Emma avait souvent répété que c’était un coup de foudre amical. Dans le lit, seule, Emma essaie de se souvenir des mois passés : elle s’enroule un peu plus dans la couette, couvre son corps fin et musclé et réfléchit.

En août 2017, Léna et elle étaient revenues sur Bordeaux, leur ville natale. Elles avaient trouvé un appartement après plusieurs semaines à vivre chez leurs parents respectifs. Ce n’était pas simple à gérer, après 5 ans de vie commune, de devoir retourner vivre chez les parents, même si ce n’était que temporaire. Cela avait été difficile, mais elles avaient supporté cette situation ensemble, pour finalement emménager dans leurs 65 mètres carrés en banlieue bordelaise le 8 septembre 2017. Elles avaient dormi pendant un mois sur leur canapé Ikea, gris anthracite, dans le salon, le temps de commander un nouveau lit chez le même fournisseur suédois. Léna avait toujours souhaité dormir une nuit entière sur ce canapé. Elle avait été servie pendant un mois : cette pensée fait sourire tendrement Emma.

La reprise des entraînements du volley s’était également effectuée dans ces eaux-là, début septembre. Au départ, il s’agissait de séances de physique pur et dur : du footing, des accélérations, du gainage, des pompes : de quoi bien faire transpirer pendant une bonne heure et demie.
Emma se faisait également à son nouveau travail : elle rencontrait les membres du club omnisport et de la section de volley-ball. Le président du club lui expliquait ses attentes : gérer l’administratif du club, faire découvrir l’activité du volley-ball dans les écoles, mais également être coach de l’équipe départementale féminine du club. Léna et Emma font partie de l’équipe pré-nationale.

Tout se déroulait plutôt bien. Léna était épanouie dans son travail. Elle s’entendait bien avec ses nouveaux collègues et prenait confiance en tant que nouvelle thérapeute. Il n’était pas simple pour elle, au départ, d’intégrer le cabinet. En effet, venant d’être diplômée, elle avait besoin de prendre confiance en elle. De plus, il n’était pas simple d’intégrer une équipe exclusivement masculine. Cela ne lui faisait pas peur, mais certains patients avaient des préjugés : « Vous êtes bien frêle, vous allez vous fatiguer ! »
Ce genre de remarque était rare, mais c’était déjà arrivé. Oui, Léna n’avait pas une carrure de camionneuse : petite blondinette aux yeux bleus de 1,65m pour 52 kilos, mais avait surtout un caractère bien trempé. Elle ne se laissait pas impressionner par ce genre de remarques pleines de préjugés. Elle jubilait d’autant plus quand certaines personnes sortaient de la séance complètement lessivées, soulagées, mais lessivées.

Emma tente de se souvenir, recroquevillée dans le lit, des dernières semaines, riches en émotions.
Tout avait commencé à déraper lorsqu’Emma et Morgane s’étaient rapprochées. En effet, Morgane lui avait proposé de l’aider à coacher l’équipe départementale : jamais elles n’auraient cru ne plus contrôler cette situation.
Elles avaient pris l’habitude de se retrouver le mardi après-midi aux alentours de 17h au café du magasin Cultura. Discussions après discussions, elles se découvraient et s’appréciaient de plus en plus. Emma l’avait même qualifiée de « coup de foudre amical ». Mais Léna avait confiance et était même contente que sa compagne se fasse une nouvelle amie, avec qui elle puisse discuter de tout : du volley, comme de la politique en passant par la musique et le cinéma.

Emma se retourne dans le lit et plonge sa tête un peu plus dans l’oreiller. Ses cheveux sont en bataille, recouvrent son visage et ses yeux sont humides :
-Si seulement tout était resté amical. –

Emma avait toujours redouté d’entraîner une équipe. En effet, elle avait plutôt suivi une formation de Management Sportif et Evènementiel Sportif. Mais petit à petit, avec le collectif sympa de cette équipe, elle y avait pris goût. Et qui dit sport collectif, dit cohésion d’équipe, dit partage de moments et donc sous-entend de la complicité. Elles avaient fait plusieurs soirées ensemble, après lesquelles Emma était rentrée aux alentours de 7h du matin. Léna n’y était pas spécialement conviée, mais elle n’avait pas été vexée : il est important que cette équipe se découvre et Léna n’en faisait pas partie.

Léna venait de se faire opérer des dents de sagesse (et sans terminer comme un hamster) quand elle avait fait remarquer à Emma qu’elles les avaient légèrement trouvées proches. Léna avait assisté au match de la départementale ce dimanche-là, le 26 novembre, 4 jours après son opération. Après cette rencontre sportive, il y avait un repas prévu dans un restaurant pour l’anniversaire d’une des joueuses, Clara.
Morgane était assise en bout de table, Emma à sa gauche et Amélie à sa droite. Léna était placée à la gauche d’Amélie.
Pendant tout le repas, Léna s’était sentie à l’écart, mais se résonnait en se disant qu’elle ne pouvait pas être si intégrée vu qu’elle ne connaissait personne. Elle avait donc bien discuté avec Clara et Alice, deux filles de l’équipe. Le soir même, dans le lit, Léna avait dit à Emma :

« Tu sais, cet après-midi, je ne me suis pas forcément sentie à l’aise…
- Ah bon, pourquoi ça mon ange ? avait demandé Emma en se mettant face à sa compagne.
- Je vous ai trouvées vachement proches toutes les trois avec Morgane et Amélie. »

Amélie était la compagne de Morgane depuis un peu plus de deux ans. Elle faisait partie de l’équipe départementale et en était même la capitaine. Elle était grande, avait des cheveux châtains et des yeux verts.

« Ne le prends pas mal, mais j’avais l’impression d’être face à un triangle amoureux dont je ne faisais pas partie. Je n’y étais pas intégrée. Vous étiez taquines. Je ne t’ai jamais vue comme ça avec d’autres personnes que Cécile, Estelle et les autres filles de la bande… je ne suis pas jalouse hein, mais ça me fait bizarre quand même.
- Ah, je n’ai pas spécialement remarqué honnêtement. Après tu sais, Morgane est taquine, elle chambre facilement, donc je réponds et je chambre aussi Amélie. Et puis aussi, c’est difficile de s’intégrer directement mon ange.
- Je sais. Puis la configuration de la table n’aidait pas forcément non plus. Mais bon, je ne sais pas, j’ai quelque peu tiqué quand même.
- En tout cas, je te le dis, il n’y a rien. On se vanne beaucoup toutes les 3. Cela t’inquiète vraiment ? avait demandé Emma.
- Avant, tu sais, je ne t’en aurais pas forcément parlé directement. J’aurais épongé et cela aurait sûrement explosé un jour quand une goutte d’eau aurait fait débordé le vase. Tu m’as beaucoup apportée de ce côté-là, donc je préfère t’en parler et je me sens capable de t’en parler « tôt » plutôt que de rester dans le silence et d’accumuler pour entraîner une réaction démesurée après…
- Je comprends ta démarche, mais ne t’inquiète pas. Il n’y a que toi. »

Emma avait pris Léna dans les bras en l’embrassant tendrement. Après ces confidences, elles s’étaient endormies l’une contre l’autre, Emma dans le dos de Léna, recroquevillées et se tenant chaud dans le lit.

Emma se met maintenant à plat ventre dans le lit, la tête sur l’oreiller de Léna qui sent son odeur.
-Non à cette époque-là, il n’y avait rien, j’en suis sûre-.
Après quelques minutes silencieuses spirituellement parlant, elle se redresse dans le lit. Il est temps pour elle de se lever. En se remémorant les mois passés et ces dernières semaines, elle ne parvient pas à se rendormir. Elle enfile sa robe de chambre, se lève et ouvre les volets de la chambre.

Petit à petit depuis ce restaurant, la situation avait dégénéré. Emma avait parlé des craintes de Léna à Morgane. Cette dernière avait assuré qu’il n’y avait rien de son côté non plus et de même pour Amélie. Dans un premier temps, la situation avait été éclaircie. Elles avaient même passé tout un dimanche après-midi toutes les 4 après un match à parler de tout et de rien. Au football, on parle de 3ème mi-temps. Au volley, on parle plutôt de pot d’après-match.
Léna avait parlé de ses craintes, elle avait été rassurée et ces peurs s’étaient effacées. Elle souhaitait juste découvrir ces personnes qu’Emma apprécie. Elles avaient beaucoup ri. Léna avait été satisfaite car elle ne s’était pas sentie à l’écart. Elle s’était même trouvé des points communs avec Morgane : Harry Potter et en général les films fantastiques.

La vie reprenait petit à petit son cours. Léna ne se méfiait pas quand Emma et Morgane se voyaient lors de leur rendez-vous hebdomadaire. Elle se donnait toujours à fond dans son travail, au volley, à la course à pied en préparant son semi-marathon. Léna était satisfaite de la vie qu’elle menait, elle était heureuse d’habiter avec la femme qu’elle aime, d’être nouvellement marraine de la fille de sa grande sœur, Jessica.
De petits évènements venaient parfois piquer sa curiosité, sans l’alarmer. En effet, une semaine après, Morgane avait rompu avec Amélie. Elles sont restées en bon terme.

Cependant, les moments entre Emma et Morgane devenaient de plus en plus taquins et peut-être même plus tactiles. Emma pensait pouvoir gérer la situation, au départ. Elles avaient même parlé sexualité : ce sujet ne doit pas être un tabou au 21ème siècle, mais Emma avait avoué qu’un éventuel plan à 3 voire à 4, en intégrant Amélie, ne la dérangerait pas.
Léna ne savait rien de tout ça. Elle ne savait pas qu’au café, elles se dévoraient du regard et que les discussions pouvaient être tendancieuses sur Facebook.
Durant ces moments de complicité, Emma ne se doutait pas que son coup de foudre amical pour Morgane se métamorphosait en attachement. Les sentiments évoluaient et elle s’était rendue compte que Morgane lui plaisait : physiquement par ton teint mat, par ses cheveux de jais lissés, par ses yeux marrons virant vers le noir, par sa voix douce et suave et son rire innocent. Mais, elle lui plaisait également par ses réflexions, son parcours atypique.
En pensant à tous ces détails décrivant Morgane, Emma sent un sourire se dessiner sur ses lèvres fines, trahissant également son bas ventre qui se réveillait légèrement. Elle secoue la tête.
-Je ne peux pas penser comme ça. Je ne peux pas. Je sais ce que je souhaite et ce que je veux. Je ne veux pas perdre Léna : c’est avec elle que je veux voyager, découvrir le monde, grandir et vieillir. Je l’aime, c’est Léna que j’aime du plus profond de mon être. -

Emma avait tout avoué à Léna, tout de suite après avoir réalisé qu’elle s’attachait à Morgane. Léna termine tard au cabinet le mardi. C’est ce qu’elle aime dans son travail : travailler par grosse demi-journée pour pouvoir avoir du temps libre pour sa vie privée.
Hier, le mardi 12 décembre, Léna était rentrée à l’appartement aux alentours des 21h30. Emma n’était pas encore arrivée. Elle avait posé ses affaires, mis la table et attendu en lisant son livre « The Handmaid’s Tale ». Sa compagne était arrivée vers 22h. Toutes deux avaient une petite tradition : se dire « go » quand une partait du travail ou rendez-vous pour se tenir au courant du retour à la maison.
En entrant dans l’appartement, Emma avait le visage fermé et triste à la fois.

« Ca va mon ange ? Comment s’est passée la journée ? avait demandé Léna en fermant son livre.
- Attends, laisse-moi le temps d’arriver. »

Son ton était froid et sec. Cette réaction était typique d’Emma. Il ne fallait pas la brusquer lorsqu’elle était sur les nerfs. La mettre sous pression était le meilleur moyen de la braquer et d’envenimer la situation. Léna en était parfaitement consciente.
Emma avait posé son manteau et son sac. Sa compagne était repartie dans la cuisine afin de terminer la préparation du repas : une poêlée parisienne surgelée. Elle attendait qu’Emma vienne lui parler d’elle-même.

« J’étais avec Morgane cet après-midi et ce soir.
- Je sais, vous vous voyez le mardi. Cela s’est bien passé ? Vous avez bien préparé l’entraînement ?
- Oui, on est restées au café du Cultura jusqu’à la fermeture et on est allées à Flunch car Morgane avait faim.
- Ah d’accord, donc tu as déjà mangé ?
- Non, j’ai juste picoré des olives dans son assiette.
- Amour, qu’est ce qu’il s’est passé ? avait demandé Léna en cherchant sa compagne du regard. »

Emma avait mis quelques secondes avant de répondre à Léna. Elle n’osait pas la regarder dans les yeux.

« Je ne contrôle plus avec Morgane. Je crois que je me suis attachée à elle, elle m’attire… »

Léna avait lâché la cuillère en bois dans la poêle. Elle s’était rapprochée d’Emma.

« Depuis quand ?
- J’ai commencé à m’en rendre compte hier bébé. Je pensais gérer la situation, ce n’était que des taquineries. Mais ce n’est rien, je le sais.
- Ah bon, ce n’est rien ? Tu es attachée, elle t’attire et ce n’est rien ?
- C’est ce que je lui ai dit : mes sensations pour elle ne sont que primaires. Te concernant, mes sentiments sont plus profonds, ils sont réels. Je sais ce que je veux : c’est toi.
- Je ne peux pas te croire, j’aimerais, mais je ne peux pas. Là, tout ce que je me dis c’est que j’avais bien raison de tiquer au restaurant. Je me dis aussi que je t’ai poussée à continuer à la voir parce que j’étais contente que tu te fasses une nouvelle amie : je t’ai juste poussée dans la gueule du loup. 
- Non pas du tout. Tu m’as fait confiance, tu nous as fait confiance. »

Toute cette soirée n’avait été qu’explications, pleurs. Il n’y avait pas eu d’énervement, juste de l’incompréhension. Léna avait dit : « Tu ne te rends pas compte. Je t’ai parlé de ma crainte, je t’ai dit que ça m’avait dérangé. On a échangé et discuté. Je t’ai fait confiance et 2 semaines plus tard tu me dis ça. J’étais sur ma petite plaine d’herbe verte et là, ça me projette dans la falaise ».
Elles avaient discuté de la façon de gérer la chose. Emma avait déclaré qu’elles allaient se « sevrer » de cette relation et ne plus parler à Morgane petit à petit. Tout était chamboulé en Léna : elle ne ressentait pas de haine, elle ne leur en voulait pas car ces sentiments sont humains. Elle s’était même dit : « Comment en vouloir à des personnes de se plaire ? Les rencontres sont humaines. » Cela lui faisait mal, elle avait peur car elle se trouvait dans un tourbillon déferlant et elle ne parvenait pas à voir le soleil briller lui montrant le chemin et la guidant.

Emma se fait un café dans la cuisine pour son petit-déjeuner. Léna finit de travailler vers 14h : il est 11h. Il lui tarde qu’elle rentre.
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MessageSujet: Re: Les Amantes. - Ce-Line   Mar 2 Jan 2018 - 23:47

Chapitre 3 – Gérer la situation


Pendant qu’Emma se remémore tous les évènements passés, Léna travaille. Le mercredi, elle commence généralement à 8h : elle aime arriver légèrement en avance pour préparer la salle et se mettre en tête chaque personne qu’elle va voir en cette matinée.
La jeune femme se gare sur le parking réservé à ses collègues et elle derrière le cabinet. Maxime est déjà là : elle n’a pas à ouvrir et tout installer :

-Ouf, car ce matin, j’ai clairement la flemme. Pourvu qu’il y ait des annulations ! -

Léna n’aime pas penser de cette façon, mais elle est tellement assommée par tout ce qu’il se passe en elle qu’elle souhaiterait juste dormir paisiblement, dans le silence, sans aucune image ni pensée. Elle ouvre la porte de derrière et dit :

« Bonjour tout le monde ! »

Les deux patients déjà présents lui répondent avec un sourire dessinés sur leurs lèvres. Léna traverse la salle de rééducation pour rejoindre le bureau. Maxime, son collègue, est assis devant l’ordinateur et pointe ses séances du jour.
Maxime avait été celui qui l’avait recrutée et qui s’est le plus occupé d’elle depuis son arrivée dans le cabinet. Il continue de la forme par ses expériences, ses formations complémentaires et sa soif d’apprendre : car même si le diplôme est obtenu, le meilleur apprentissage reste le terrain. Léna aime sa profession pour cela : chaque cas, chaque blessure est différente parce que chaque personne est unique.

« Salut Maxime ! Ca va ?
- Plutôt bien et toi ? Tu as fini à quelle heure hier soir ?
- Ca va, un peu fatiguée ! Il pique le réveil à 7h20 quand même ! Vivement ce week-end honnêtement ! Oh tu sais, hier j’ai fini comme d’habitude, aux alentours de 21h30. »

Maxime est grand et porte des lunettes. Le troisième kiné à être présent le mercredi matin est Sam : le Hobbit du cabinet. A son arrivée, il y a trois ans déjà, les trois associés (Maxime, Pascal et Christophe) l’avaient surnommé le Hobbit en raison de sa petite taille de 1m70 pour un homme, sa barbe bien fournie et sa perpétuelle bonne humeur.
Après avoir fait la bise et discuté brièvement avec Maxime, Léna pose son manteau, son sac, attrape sa bouteille d’eau. Elle s’assoit devant l’ordinateur et commence à pointer les rendez-vous de la matinée. Son premier patient n’est pas encore arrivé. Son planning est tranquille, elle est rassurée et souffle un coup. En attendant que Mr Régent arrive, Léna pense à l’entraînement de volley ce soir qui a lieu à 20h30.

-Comment je vais faire ? Est-ce-que j’ai réellement envie d’y aller ? J’ai envie de taper du ballon un peu mais pas de les avoir en face de moi pendant deux heures. Même s’il ne s’est rien passé de physique selon Emma, l’attachement et le désir sont présents. Mais pour autant, pourquoi serait-ce à moi de me priver finalement ? –

La situation était compliquée pour cela : toutes les trois se côtoyaient au volley, dans la même équipe, en pré nationale. Morgane et Emma se voyaient en plus pour le coaching de la départementale. Mais le volley est un sport collectif expressif : en effet, à chaque point, les joueurs se rejoignent au centre du terrain pour crier leur joie de gagner chaque point.

« Bonjour Léna, comment ça va ? Je commence par 10 minutes de vélo pour m’échauffer ? »

Monsieur Régent vient d’arriver et ainsi de sortir Léna de ses pensées qui vont et viennent à tout allure sans aucun filtre. Elle secoue légèrement la tête, la relève, sourit et regarde le jeune homme :

« Salut ! Commence par le vélo Kévin : 5 minutes sans résistance et après tu l’augmentes toutes les minutes. Comment va ta cheville ?
- Cela a tiré un peu le soir même après la séance, mais aujourd’hui c’est nickel !
- Parfait, dès que tu as fait tes 10 minutes, tu viens sur la table que je la regarde de plus près ! »

Monsieur Régent sourit, met en place ses écouteurs et commence à pédaler. Léna a envie de parler, d’en parler à quelqu’un. Elle pense à sa sœur Jessica qui ne la jugera certainement pas. Elles ont treize ans de différences et ont seulement le même père. Leur relation est fusionnelle. Léna attrape son téléphone et commence à lui écrire un message :
« Salut Yaya ! J’espère que tu vas bien, que tu te reposes petit à petit ! Comment vont ma petite filleule et ma nièce ? Dis moi, demain matin tu fais quel chose ? Je ne travaille pas et j’aimerais que l’on se voie si tu es disponible. Gros bisous »
Jessica avait accouché deux mois auparavant d’Agathe et elle avait demandé à Léna d’être la marraine. Anabelle, qui a 4 ans, était très fière d’être grande sœur. Depuis l’accouchement, Léna passait régulièrement chez sa sœur le lundi pour garder Agathe lorsque Jessica avait des impératifs.

Après avoir cliqué sur le bouton « Envoyer », Léna pose son téléphone, préalablement mis en mode sonnerie, dans sa bannette au coin bureau. Monsieur Régent a fini de pédaler, elle lui montre une table de massage dans la salle de rééducation. Il enlève sa chaussure pour mettre à disposition sa cheville et s’allonge sur la table. Léna commence mobiliser et masser sa cheville tout en discutant.
Au fur et à mesure, les patients arrivent, mettant ainsi un peu plus de vie au sein du cabinet, qui était pour l’instant, silencieux. Sam est arrivé à 9h : l’équipe du mercredi est ainsi au complet. Toute cette animation, toutes ces discussions font reculer les souvenirs de la veille et permettent à Léna de respirer et non plus de suffoquer.
Au total, ce mercredi matin, Léna s’est occupé de 13 patients et a discuté brièvement par sms avec sa sœur. Léna est contente car elle voit Jessica le lendemain matin à Auchan Bordeaux Lac car Yaya doit récupérer un cadeau pour Laurent, son compagnon.

Aujourd’hui, Léna termine sa journée aux alentours de 13h. C’est le cœur lourd qu’elle reprend sa voiture pour rentrer après avoir envoyé le « Go » traditionnel par message à Emma.
Léna gare sa voiture sur leur place réservée dans sa résidence et rentre dans leur immeuble haut de 4 étages. Emma et elle habitent au 1er étage. Après avoir regardé s’il y avait du courrier dans la boîte aux lettres, Léna monte les 17 marches de l’escalier et rentre chez elles. Emma est dans la cuisine, en train de préparer le repas.

« Tu aurais pu sonner Amour. Cela t’aurait évité de galérer avec la porte, elle est un peu chiante à ouvrir, dit Emma.
- J’avais les clés sous la main, et puis j’ai regardé le courrier. Ce n’est pas grave. »

Léna a envie de contact, elle se rapproche de la femme qu’elle aime pour l’embrasser. Seulement, Emma paraît froide et ne bouge pas en direction de Léna.

« Qu’est ce qu’il y a ? Tu es énervée ? demande expressément Léna
- Un peu… Ce n’est pas agréable de te voir rentrer comme ça. Tu pars ce matin tu es de mauvaise humeur et là tu rentres en étant égoïste, dans ta bulle.
- Je rêve… Je t’arrête tout de suite. Tu souhaites te prendre la tête pour ça ? Vraiment ? Pour une histoire de clé ? A ce moment même, tu me fais des reproches ?
- Oui, parce qu’hier, je t’ai dit tout directement. Je ne t’ai rien caché. Je t’ai dit que j’étais désolée, qu’il ne s’est rien passé physiquement. Je t’ai aussi dit que, Amour, c’est toi que j’aime. C’est avec toi que je veux continuer de grandir, mûrir, vieillir et fonder une famille, débite Emma en ayant les larmes aux yeux.
- Oui, c’est vrai, tu m’as dit tous ces mots. Tu m’as aussi dit que lorsque tu la voyais, tout était flou dans ta tête, que tu t’es attachée à elle et qu’elle te plaît. Laisse-moi du temps. Je n’ai pas haussé la voix hier soir, et je ne le ferai pas car je n’en ai pas envie. J’ai juste mal, et j’ai peur. J’essaie de comprendre, mais je n’arrête pas de me dire qu’en plus, je t’avais prévenue, j’avais tiqué ? Est-ce-que tu sais ce que je me disais après ?
- Non… Dis moi…
- Je m’étais dit que j’étais la copine relou et suspicieuse et je ne veux pas être ce genre de femme. Je crois même que je m’en suis voulue au fond de moi ! Et là, j’apprends tout ça ? Tout votre jeu sur Facebook, toutes vos attentions et vos moments… Donc oui, je suis déçue et j’ai mal… »

Emma pleure en silence face à son assiette. Léna prend la main de sa compagne et la regarde dans les yeux :

« C’est difficile pour toi et pour moi. Laisse un peu de temps à toutes nos émotions. Il n’est pas question de m’éloigner de toi ou inversement. Je n’en ai pas envie, mais alors pas du tout. Je veux juste avoir confiance en toi, mais comprends que l’image que j’avais de ta personne est un peu entachée. Je suis blessée mais mon amour pour toi ne change pas. J’arrive à me dire, à certains moments, que c’est humain de rencontrer des personnes et de ressentir des choses : c’est ce qui fait que nous sommes en vie aussi. C’est ce qui fait que la vie est un tourbillon. Donc sois, s’il-te-plaît, patiente avec moi. Il y aura des moments où je serai démonstrative et réceptive et d’autres plus difficiles à gérer…
- Tu le sais que je suis désolée. Tu sais aussi que Je t’aime. Dès que j’ai senti lundi que je ne maîtrisais plus tout ça, c’était horrible en moi. Horrible. Je ne pouvais pas le garder pour moi.
- Je comprends mieux pourquoi tu as eu peur que j’aie regardé ton ordinateur… Demain matin, je rejoins Yaya à Auchan. Elle doit récupérer le cadeau pour Laurent. Je vais faire un tour dans les magasins et on ira boire un café je pense. »

Emma serre la main de Léna et la caresse tendrement. Elles sont assises l’une à côté de l’autre, sur leurs chaises hautes de la cuisine. Aucune d’entre elles n’a encore touché à son assiette. Elles restent silencieuses un petit moment, à se caresser les mains.

« Cela peut te faire du bien d’en parler à quelqu’un oui. J’en parlerai aux filles, surtout à Laurine.
- Oui, et puis cela va me sortir aussi. »

Laurine est une amie de longue date d’Emma. Elles s’étaient rencontrées lors de leurs années lycées, lors de soirées entre jeunes lesbiennes. Depuis, toutes les filles de cette bande sont restées en contact et sont surtout très proches. Laurine est très grande, s’habille toujours en noir et a de longs cheveux lisses bruns.

« Ce soir, après l’entraînement, je resterai parler avec Morgane si cela ne te dérange pas ? Il faut que je lui dise qu’on met un terme à tout ça : comme une sorte de sevrage.
- Pas de soucis, je rentrerai. Tu me diras à quelle heure tu pars de là-bas. Ne t’étonne pas si je lui envoie un message dans la semaine pour lui parler ou pour la voir. Je pense que j’ai des questions à poser, j’ai besoin d’avoir son point de vue sur toute cette histoire.
- Ne lui fais juste pas de mal je t’en prie. C’est quelqu’un de bien…
- Je ne pense pas être dans l’optique de détruire une personne, que ça soit toi ou elle. Du peu que je connais d’elle, je l’apprécie et c’est ce qui rend la situation compliquée.
- Elle aussi t’apprécie, tu le sais. Elle en est mal de tout ça.
- Certes, mais ça ne vous a pas empêchées de vous chercher de plus en plus pendant je ne sais combien de temps. Même s’il n’y avait pas d’attachement, je pense que le désir était là des deux côtés depuis plus longtemps. Et de son côté, ça n’allait pas bien avec Amélie. Je me pose des questions Amour et je pense qu’elles sont justifiées…
- Tu gères comme tu le sens mon ange. Je te dis, pour moi, je vais lui parler ce soir : lui dire que ma priorité et mon futur c’est toi. Je vais lui dire que pendant les vacances, il n’y a pas volley, il n’y aura pas de contact entre elle et moi. Cela va être difficile mais nécessaire… »

Léna verse quelques larmes en entamant le contenu de son assiette : un mélange céréalier et une côte de porc. Elle ajoute un peu de moutarde sur la viande, la coupe et commence à manger une première fourchette. Cela a refroidi mais le met reste bon. Il est environ 14h et Emma part généralement au gymnase aux alentours des 15h.
Après avoir fini leur repas, les deux jeunes femmes débarrassent et mettent à chauffer un moelleux au caramel au four. Elles se posent ensuite sur le canapé pour s’apprêter à regarder un épisode de la série « How I met your mother » narrant les aventures de cinq new-yorkais dans les années 2000. C’est dans leurs habitudes de partager une petite gourmandise avec un café devant une série avant de reprendre le travail.

« Allume ton ordi, déclare Léna. Le moelleux est prêt dans 5 minutes et je ferai couler le café. »

Un épisode dure environ vingt minutes : elles trouvent que c’est le temps parfait pour partager un dernier moment de détente avant d’aller travailler.
Emma installe son ordinateur sur la table basse du salon. En général, elles s’assoient l’une près de l’autre sur la méridienne de leur grand canapé gris anthracite.
Léna apporte le café et le moelleux sur un petit plateau. Elle s’installe sur le canapé aux côtés d’Emma. Cette dernière prend le moelleux, en grande gourmande qu’elle est, afin de l’ouvrir pour qu’il refroidisse légèrement. Elles se sourient et partagent ce moment en tout simplicité, sous les plaids, à rire aux jeux de mots et situations comiques de la série.
Une fois l’épisode terminé, Léna s’attache à débarasser et ranger le bazar du repas tandis qu’Emma se prépare pour se rendre au gymnase. Elle se brosse les dents, met une nouvelle fois du déodorant, prend sa bouteille d’eau et quelques gâteaux :

« A tout à l’heure mon ange, dit doucement Emma en prenant son sac à dos et son manteau.
- Oui, bon courage avec tous tes groupes !
- Ca va aller de mon côté ne t’en fais pas ! Tu es sûre que ça ira toi ? Tu vas t’occuper hein ?
- Ne t’inquiète pas, ça ira ! »

Léna tend son front pour qu’Emma y dépose tendrement ses lèvres. Elle lui caresse les cheveux avant de relever son visage et l’embrasser.

« Il n’y a que toi, je ne veux que toi. »

Léna acquiesce d’un signe de tête et elles se sourient. Après un dernier baiser, Emma déverrouille la porte et sort de l’appartement pour rejoindre sa voiture. Elle pense au travail : elle a quelques dossiers administratifs à gérer avant de commencer les créneaux d’entraînement à partir de 16h. Elle commence par le Baby-Volley, puis l’équipe départementale en tant qu’entraîneur. Ensuite, à 21h, dès la fin de l’entraînement de l’équipe sénior départementale, ce sera son tour d’avoir le rôle de joueuse et de s’entraîner.
Elle appréhende d’entraîner les séniors. Elle aimerait savoir si Morgane va bien, si elle gère bien la situation de son côté. Emma, mardi, lui avait dit tout ce qu’elle ressentait pour elle. Elle lui avait également dit qu’elle ne voulait rien entre elles deux car Emma considère Léna comme la femme de sa vie. La jeune sportive repense à leur au-revoir au Flunch : elles s’étaient étreintes et cela avait été intense.
Intense car Morgane représentait l’interdit.
Intense car elle ne voulait rien risquer, mais ne rien perdre également.
-J’espère que cela va bien se passer ce soir. –

Léna tourne et vire dans l’appartement avant de trouver quoi faire réellement. Elle s’attaque à ranger quelque peu l’appartement : lancer une machine à laver et ranger le salon. Quelques manteaux traînent sur les chaises noires, elle replie les plaids posés en bazar sur le canapé après l’épisode de « How I met your mother ». Elle passe un léger coup de balai.
-Je n’aime pas faire ça, mais bon il faut. C’est plus agréable de vivre dans un endroit propre. Et puis, ça m’occupe. –

Léna allume une bougie de Maison du Monde, un magasin de meubles et décoration, sentant l’air frais marin. Elle sourit : cela sent bon. La bougie n’est pas entêtante. Cela lui rappelle les moments passés à l’océan avec Emma qui lui apprend à surfer alors que Léna a peur de l’eau. Cela lui rappelle ses premières sensations à faire tellement confiance à quelqu’un qu’elle surpasse sa peur, ses premières sensations debout sur une planche.
Elle attrape son ordinateur et commence à surfer sur le net :
-J’ai encore des cadeaux de Noël à trouver. Il me manque celui de Yaya, Laurent, les parents et la sœur d’Emma et mon cousin. –

Léna aime bien faire la chasse aux cadeaux en cette période de Noël. Après de longs moments passés sur une multitude de sites divers et variés, elle trouve à peu près son bonheur : des livres pour ses beaux-parents, un shaker pour faire rapidement de la pâte à crêpes pour son cousin, un coffret de thé pour sa sœur et un tour de cou pour Laurent.
Elle commande ces articles en mode « Click and Collect » : ils seront disponibles dès le lendemain dans la grande surface proche de chez elle, le Carrefour Mérignac Soleil.

Après avoir accompli cette tâche, Léna se motive pour aller courir. Elle se change rapidement, met une brassière de sport, un legging de course et un lycra. Elle attrape ses écouteurs Bluetooth, son téléphone ainsi que son brassard. Elle prend ses clés, enfile ses chaussures et sort de son appartement.
Léna court dans le parc non loin de son appartement. C’est un endroit boisé, parcouru par un petit ruisseau : un petit havre de paix apprécié des familles et des sportifs.
Léna court en écoutant sa playlist « Running » sur Spotify. Elle choisit le titre « Sunset Lover » de Petit Biscuit pour commencer sa course : c’est un morceau doux et progressif, parfait pour un échauffement. Elle active par la suite le mode aléatoire. La jeune femme se laisse mener par la musique. Son cœur s’emballe sous la contrainte de l’effort : elle aime cette sensation. Elle maintient une bonne allure de 11km/h pendant 45 minutes avant de rentrer chez elle. Il est 18h, il est temps de se doucher.
Elle se déshabille, met son téléphone sur l’étagère, le son monté à fond et se faufile sous l’eau chaude.

-Je n’ai pas envie d’y aller ce soir à l’entraînement. Il faut essayer de faire abstraction si j’y vais. Je dois y aller pour moi. Tiens, si j’apportais les genouillères pour Morgane. Je lui avais dit que je lui amènerais. Je suis encore bonne poire, mais je lui avais dit. Et puis, je verrai bien si elle se sent mal à l’aise ou pas…-

L’heure de l’entraînement arrive rapidement : il démarre à 20h30 et Morgane et Emma le rejoignent à 21h. Léna rentre dans le gymnase et se dirige directement vers les filles de la pré-nationale sans adresser un sourire à celles de la départementale. Elle s’en veut un peu, mais elle ne veut pas regarder.
Elle fait la bise aux filles déjà présentes : Estelle, Gabrielle, Sandra, Nina, Elodie, Roxane. Après avoir discuté brièvement, elles commencent à courir autour du terrain. Léna a les jambes lourdes de la course.
Emma et Morgane arrivent à 21h, Léna tressaille : cela lui fait mal de les voir. Elle baisse la tête et reprend son échauffement avec Nina.

Le coach, Eric, rassemble les filles au centre du terrain :
« Bonjour tout le monde. Après les quelques matchs précédents où on était à plat, on reprend peu à peu du poil de la bête et ça fait plaisir à voir. Alors on continue sur cette lancée !! »

Tout le monde sourit. Eric peut paraître dur d’apparence mais c’est une vraie crème. Léna est partie chercher les genouillères dans son sac, elle se rapproche de Morgane :
« Tiens, tu ne trouves pas les tiennes. Je t’avais dit au match précédent que j’avais une paire supplémentaire, tu les essaieras, débite Léna en souriant faiblement.
- Merci… Beaucoup. »

Morgane sourit timidement en retour, en baissant les yeux.
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MessageSujet: Re: Les Amantes. - Ce-Line   Lun 8 Jan 2018 - 19:25

Chapitre 4 – Prendre une décision difficile

Léna tend les genouillères noires, légèrement abîmées à Morgane. Cette dernière ne sait pas comment réagir, elle sourit alors simplement et baisse les yeux. Il lui est difficile de regarder Léna en face, droit dans les yeux. Difficile parce que Morgane l’apprécie. Difficile parce qu’elle apprécie, plus qu’elle ne devrait, sa compagne. Difficile parce qu’elle ne veut pas faire de mal, même si cela est déjà fait. Difficile car tous ses sentiments sont chamboulés : Comment savoir ce qu’il faut faire lorsqu’on est tiraillé entre écouter son cœur, son corps et écouter la raison, cette petite voix dans la tête qui murmure que ce n’est pas bien, que cela ne doit pas arriver ?

« Je les essaierai pour l’entraînement de vendredi. C’est vraiment gentil, je ne m’y attendais pas Léna. »

Léna esquisse un sourire et pose brièvement la main sur son épaule. Ce contact les électrise. Dire que Morgane ne plaît pas à Léna et que Léna ne plaît pas à Morgane serait faux. Mais la situation demeure compliquée pour les deux jeunes femmes. Léna ne sait pas quoi penser :

-Pourquoi suis-je gentille avec la potentielle maîtresse de ma compagne ? Je devrais l’étriper, la mettre plus bas que terre. Au lieu de ça, je veux juste que tout se passe bien et qu’aucun mal ne soit rajouté. –

Léna retire rapidement sa main quand elle entend Eric, l’entraîneur, l’appeler pour qu’elle se mette à son poste pour un nouvel exercice. Morgane file vite poser les genouillères dans les gradins, proches de ses affaires.
L’entraînement commence réellement. Il est basé sur le travail de l’attaque, la défense et le contre. Emma joue au poste de centrale, au milieu du filet. Léna est la capitaine de l’équipe et joue réceptionneuse attaquante, c’est-à-dire ailière gauche au filet. Morgane est passeuse, le chef d’orchestre de l’attaque : elle distribue les ballons pour que les filles puissent attaquer devant. A elles trois, en match, elles forment une ligne offensive parfaite. Durant l’entraînement, Léna est souvent placée en tant qu’adversaire d’Emma et Morgane. Léna rit intérieurement :

-A croire qu’Eric sent les choses : les deux en face de moi, contre-moi. Je reste forte. Je ne craquerai pas. Le terrain c’est le terrain. Cela doit rester mon défouloir et elles ne m’enlèveront pas ça. -

Emma et Morgane rient beaucoup et sont complices. Léna regarde, observe mais ne bronche pas : elle préfère rester discrète et se concentrer pour se dépenser. Elle se jette sur tous les ballons, et donne tout à l’attaque, le plus agressivement possible. Elle est satisfaite de ce qu’elle produit ce soir et l’est d’autant plus lorsqu’elle défend les attaques d’Emma ou bien réceptionne les services Morgane.
Léna sait pertinemment que c’est de la fierté, mais cela ne la dérange pas, car rien n’est mesquin.

Emma lance de temps à autre des regards en direction de Léna qui reste plongée dans sa bulle. Elle observe ses attitudes et ses mimiques : elle n’a jamais été aussi constante mais le visage fermé à la fois.

-Elle donne tout. Elle ne me regarde même pas alors que d’habitude, on se comprend d’un simple regard. Je ne peux pas lui en vouloir. –

Emma se reconcentre sur l’entraînement. Pour l’exercice, Morgane est dans son équipe et Léna se retrouve une fois de plus dans l’équipe adverse, en défense. Morgane et Emma sont côte à côte sur la ligne offensive.
Emma prend une grande inspiration, elle ferme brièvement les yeux. Elle ne sent qu’une seule et unique chose : le parfum de Morgane, le classique de Jean Paul Gaultier. Elle se trouve vers la jeune brune et sourit en lui tapant la main. Cette senteur a un pouvoir très envoûtant : Emma le sent au niveau de son bas ventre. Elle rougit légèrement et secoue la tête lorsqu’elle se rend compte que les deux grands yeux bleus de Léna la fixent intensément.

Morgane sourit en retour à Emma. Elle aimerait savoir ce qu’il se passe dans sa tête. Elle se place face au filet et voit elle aussi le regard de Léna fixant Emma : il est à la fois vide d’émotion et triste.
Morgane sent son ventre se dérober. Elle se sent coupable d’avoir aimé ce jeu qui, avec Emma, s’est installé naturellement au fil du temps. Elle se sent d’autant plus coupable qu’elle ne veut pas y mettre un terme. Elle aime la taquiner et attiser sa curiosité. Elle apprécie lorsqu’Emma refait le nœud de son bracelet placé à son poignet droit : ce simple contact peau à peau l’envoûtait et l’électrisait à la fois.
Elle est tiraillée par le bien-être procuré par ce jeu de séduction entre elle et Emma, par cette satisfaction quand elle se rendait compte de l’effet qu’elle faisait à Emma et par le visage vide de Léna traduisant quelques nuits d’insomnies, de la fatigue, des pleurs et un cœur en peine.

Léna a leur complicité en ligne de mire : elles les voient se sourire, se taper dans les mains. Elle essaie de rester stoïque. Elle aperçoit également la réaction de Morgane. Son visage s’est fixé à l’instant même où elle s’est replacée face au filet, face au terrain adverse et donc face à Léna. Cette dernière s’en fiche, elle veut juste finir l’entraînement et rentrer. Il est 22h15. Ce sera donc le dernier exercice de ce soir.

22h30 est affiché au tableau scoreur du gymnase. Les filles ramassent tout le matériel, les ballons. Elles rangent le filet et les poteaux. Elles rejoignent leurs affaires placées proches des gradins de la salle. Emma s’approche de Léna qui est assise en train de s’étirer les adducteurs :

« Je reste un peu pour parler avec Morgane après l’entraînement. Je te dirai quand je pars.
- Je sais, tu m’avais prévenue. Je finis cet étirement et je rentre.
- Je rentre au plus vite. »

Léna se relève, remet son pantalon de jogging et ses chaussures d’extérieur ainsi que sa veste. Elle rassemble ses genouillères, ses chaussures de la marque Mizuno, sa bouteille d’eau pour tout ranger dans son sac de sport.

« Salut les filles ! Salut Eric ! A vendredi tout le monde !!
- A vendredi Léna, crient tous en cœur les joueuses et l’entraîneur. »

Elle sort de la salle, monte dans sa voiture et rentre à l’appartement. Elle ne se sent pas nerveuse, mais plutôt pétrifiée : elle ne contrôle pas ce qu’elles vont se dire. Elle aimerait tellement être une petite souris pour savoir exactement ce qu’elles se disent et voir les gestes, les réactions.

-J’espère que ça va bien se passer. En attendant, je vais me doucher et me regarder une petite série. -

Emma, après que Léna soit sortie, rassemble ses affaires. Elle a la gorge nouée. Elle sent son cœur battre au niveau de ses tempes. Il faut qu’elle parle à Morgane. Il le faut et elle en a envie. Elle veut être claire avec Morgane, avec elle-même. Emma se dirige vers elle, avec son sac à dos :

« On peut parler 5 minutes ?
- Oui, pas de soucis. Je vais fumer une cigarette. On se met dehors si ça te va. De toutes façons, le gardien ferme la salle à 23h et il est déjà 22h40. »

Emma acquiesce, enfile son manteau et suit Morgane après avoir dit au revoir à tout le monde. Elles s’installent dans un recoin, proche de l’entrée du gymnase mais à l’abri des regards. Elles ne veulent pas être dérangées, ne veulent pas être entendues : c’est une situation déjà bien assez compliquée comme ça.
Elles s’assoient par terre, sur le bitume froid et humide à la fois.
Morgane allume sa cigarette et regarde Emma : elle joue nerveusement avec ses mains, la tête baissée. La jeune femme se sent observée, mais cela ne lui déplaît pas. Alors, Emma prend une grande inspiration et commence :

« J’en ai parlé à Léna hier soir.
- Déjà ? Tu ne laisses pas le temps pour digérer, ou encore réfléchir ?
- Je suis claire dans ma tête Morgane… Je sais que je ne veux pas perdre Léna. Ce qui rend la chose difficile, c’est que tu me plais et que plus on se découvre, plus c’est le cas.
- Depuis hier, je n’ai pas eu le temps d’analyser quoi que ce soit. Toi, ça fuse dans ton esprit. Me concernant, j’ai besoin de digérer avant de déclarer quoi que ce soit.
- C’est justement pour cela que je lui en ai parlé, ne te braque pas. Si je ne l’avais pas fait, ç’aurait été encore des secrets et je n’en veux plus. J’ai envie d’être une personne bien. Je ne veux pas faire de mal, ou du moins pas plus : ni à toi, ni à Léna.
- Comment Léna a-t’elle réagi ?
- Elle est restée un peu stoïque, sur le cul au départ je crois. Il y a eu forcément des pleurs, de l’incompréhension, mais pas tant d’énervement que ça finalement. Elle était surtout déçue de moi, mais aussi de toi.
- Pourquoi de moi ?
- Parce qu’elle avait déjà tiré une sonnette d’alarme. Elle a juste l’impression qu’on s’est bien foutues d’elle, ce que je peux comprendre.
- Oui, mais ce n’est pas le cas. A l’époque, il n’y avait rien de mon côté je crois.
- Moi non plus Morgane. Tu m’as toujours plu physiquement, mais l’attachement est venu après et j’en suis sûre.
- Tu sais Emma, commence à dire Morgane après avoir légèrement souri à cet aveu, je ne veux rien casser entre vous deux. J’admire votre relation, je vous trouve belles ensemble. Je ne ferai rien qui vous mettrait plus en danger. S’il faut que je m’efface, je peux le faire sans problème.
- T’effacer ? C’est-à-dire ? »

Morgane tire une longue bouffée de sa cigarette. Les deux jeunes femmes se tiennent proches l’une de l’autre. Elles se touchent par le seul biais de leurs épaules. Mais ce simple contact leur est déjà réconfortant. Emma frissonne : c’est l’une des nuits les plus froides depuis peu. Elle range ses mains dans les poches de son manteau.
Morgane finit sa cigarette. Elle réajuste son bonnet noir sur sa tête et se tourne vers Emma :

« M’effacer oui. Bon, arrêter le volley alors que je viens de reprendre et d’intégrer l’équipe, je t’avoue que je n’en ai pas envie. Mais par contre, ne plus rester aux pots de fin de match ou autres soirées, je peux le faire sans problèmes. »

Morgane est sincère dans ses propos. Elle peut le faire. Elle n’en a pas envie, mais elle peut le faire. Elle se sent coupable d’avoir causé tant de doutes et de mal, même si une petite voix dans sa tête lui murmure qu’il ne s’est rien passé de mal, de physique. Morgane avait arrêté le volley il y a deux ans, après une année sportive assez chaotique : l’ambiance dans l’équipe de l’époque n’était pas bonne, contrairement à cette année. Elle apprécie toutes les filles, l’ambiance est détendue et les rires fusent.
Emma secoue la tête :

« Pour moi, ce n’est pas une solution. Te priver n’est pas envisageable : c’est juste une façon de te punir et c’est tout.
- Mais tu ne crois pas que ce serait plus simple pour Léna, pour toi, pour moi ? Je n’imagine même pas ce que Léna doit ressentir.
- Je ne peux pas l’imaginer réellement non plus : un milliard d’émotions en même temps je pense. Seulement, pour moi, tu fais partie de l’équipe. Cela ne serait pas une bonne solution que de fuir. Tu ne mérites pas ça, dit Emma en souriant tendrement.
- Léna doit m’en vouloir, ce n’est pas possible. Il faut qu’elle sache que je n’ai pas quitté Amélie pour toi. Il faut que tu lui dises. Je te l’ai dit, tu le sais, ça n’allait pas entre nous deux depuis un moment.
- Je sais Morgane. Je sais tout ça. Après, je pense qu’il est normal que Léna se pose un milliard de questions, que des connexions se fassent dans sa tête sans pour autant qu’elles soient réelles.
- C’est sûr…
- En tout cas, tu sais ce que je pense et ce que je veux. On met un terme à tout ça. J’ai un coup de cœur pour toi, mais j’aime Léna. Je veux que cela reste ainsi, enfin… tu m’as comprise, je ne veux pas me séparer de Léna. Mais je ne veux pas pour autant que tu te prives du volley ou de quoi que ce soit.
- J’ai compris ce que tu voulais dire, rit Morgane. Je verrai ce que j’envisage Emma. Je ne raisonne pas aussi rapidement que toi. J’ai à peine le temps de me remettre d’hier que ce soir tu m’annonces que Léna sait… Je ne sais pas comment gérer et je n’aime pas être celle qui cause le trouble, la tourmente et le malheur dans un couple, surtout pour deux personnes que j’apprécie. Après, je ne peux pas nier… Oui, tu me plais. J’aime énormément les moments passés ensemble, nos discussions. Je frissonnais à chaque fois que tu me refaisais le nœud de mon bracelet, je me maudissais même quand j’oubliais de le mettre et j’étais flattée quand tu le refaisais de toi-même.
- Morgane… ne me dis pas tout ça…
- Si j’en ai besoin. Même si ça lui fait du mal, tu peux en parler à Léna. Tu te dois d’être honnête avec elle, car tu veux rester avec elle. Je n’ai personne, mise à part ma mère, à qui en parler. Je n’ai personne à qui me raccrocher, donc je ne sais pas quoi faire, je te suis juste dans tes raisonnements car je respecte tes choix. C’est important pour moi que tu saches, que tu sois consciente de cet effet que tu me fais quand nous sommes ensemble. »

Emma est prise d’un spasme : elle étouffe un sanglot. Elle voit le visage de Léna. Elle la visualise souriante, au milieu d’un ciel azur, ciel qui en presque 7 ans de relation n’avait pas connu pareil orage. Chaque spasme de son corps est un éclair, la foudre qui s’abat dans sa tête et son cœur. Le visage de Morgane vient perturber le bleu azur si apaisant. La jeune brune pose sa main sur le genou d’Emma qui revient à elle.
« Je ne peux pas Morgane, je ne peux pas ! Ce que je ressens pour toi, c’est primaire. Mais pour Léna, tu comprends, c’est ancré au plus profond de moi : dans mon âme. Je l’ai en moi et je ne veux pas perdre tout ça. Pour autant, tu arrives à perturber tout cela. Tu sais que tu me plais et tu en joues ce qui te rend encore plus désirable. Je me suis imaginée te faire des choses qui me font sentir coupable aussi, alors que ce n’est que de l’ordre du fantasme.
- Je ne souhaite pas cela pour vous. Mais si, je dis bien si, dans un, cinq ou bien trente ans vous vous séparez, pense à moi. Contacte-moi.
- Je ne peux pas te dire ça et tu le sais, rétorque Emma légèrement sèchement, trahie par un sourire au coin de ses lèvres.
- Promets-moi d’y pense, juste d’y penser…
- Pour l’instant, tout ce que j’ai en tête, c’est que ce sont bientôt les vacances de Noël. Il n’y aura ni entraînement, ni match, que ce soit en équipe prénationale ou en équipe départementale : donc pas de contact entre nous. Ça va être difficile, mais nécessaire.
- Je respecte ta décision. Je ne veux rien faire qui mette en danger votre relation. »

Emma acquiesce en souriant timidement à Morgane. Elle pose sa main sur son genou, où se trouve celle de Morgane. Elle la serre, comme un merci, comme un au-revoir douloureux à l’hôpital. Non, c’est pire que ça pour Emma. C’est un adieu forcé qu’elle n’aurait su imaginer : un adieu à la femme qu’elle découvre et qu’elle désire.
Désir brûlant et passionnel ou Amour fusionnel ?
Le classique de Jean-Paul Gaultier ou le parfum Wave de Hollister ?
La belle brune qui éveille tous ses sens ou la blonde aux yeux bleus qui a fait chavirer son cœur il y a 7 ans de cela ?
L’aventure, l’excitation ou bien les projets à deux, la sécurité, la stabilité ?

Morgane sent son cœur battre intensément au contact de leurs mains. Elle resserre l’étreinte pour ne pas qu’Emma s’échappe. Car elle va s’échapper retrouver Léna. Pour autant, Morgane se raccroche à l’idée qu’à cet instant précis, le mercredi 13 décembre 2017 à 23h10, il n’y a que cet instant qui compte, que ce contact charnel simple et pur à la fois.

Ce contact les fait chavirer toutes deux. Elles en profitent. Emma sait pertinemment que ce moment privilégié sera sûrement le dernier. Elle en est consciente et le souhaite du plus profond de son âme, où se trouve Léna.
Morgane savoure, se délecte de toucher sa peau rougie et asséchée par le froid. Elle ne veut pas que ce soit la dernière fois. Elle ne veut pas la lâcher, la laisser s’échapper. Tout est allé tellement vite depuis leur rencontre.
Discussion après discussion.
Rires après rires.
Echanges après échanges.
Simples contacts après simples contacts.
Elles se sont plu et apprivoisées : un lien forcé d’être plus ou moins platonique car le désir et l’envie étaient plus que présents.

Emma se lève, Morgane fait de même :

« Je pense que je vais rentrer, annonce Emma. Pour les entraînements de la départementale, je te propose que chacune prépare l’intégralité de l’entraînement une fois sur deux…
- Moi aussi, je vais y aller, je me lève tôt demain. Oui, c’est sûrement le plus simple. A vendredi ? »

Emma se rapproche de Morgane, hésite l’espace d’une seconde en la fixant droit dans les yeux. Elle la prend dans ses bras et lui murmure :

« Tu es quelqu’un de bien. Tu n’as pas à t’en vouloir et tu mérites de trouver quelqu’un de disponible qui te rendra heureuse. A vendredi, à l’entraînement. »

Emma resserre son étreinte, lui embrasse tendrement le front. Elle en profite pour prendre une dernière bouffée de son parfum et se détache de Morgane, à contrecœur.
Elles se fixent, dans les yeux : bleu-vert face au marron-noir, un duel bien envoûtant.
Morgane rompt le contact visuel en attrapant son sac qui était resté par terre. Emma l’imite. Elles se dirigent toutes les deux vers leurs voitures respectives.

« A vendredi alors, prends soin de toi, dit Emma.
- A vendredi. »

Chacune rentre dans sa voiture, ferme la portière et met le contact. Elles partent dans deux directions opposées mais restent liées : liées par le vide qu’elles ressentent d’ores et déjà.
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MessageSujet: Re: Les Amantes. - Ce-Line   Lun 15 Jan 2018 - 18:17

Chapitre 5 – Voir plus loin – Laisser libre cours aux émotions

Léna attend patiemment sur le canapé qu’Emma rentre de la discussion avec Morgane. Elle regarde un épisode de Riverdale : la nouvelle série en vogue chez les adolescentes. Elle s’est douchée, en a profité pour laver ses cheveux blonds mi- longs et rester un moment sous l’eau chaude. Elle n’a pas encore mangé : elle attend Emma pour cela. Au menu, ce sera salade et quiche lorraine.
Il est 23h20 et Léna commence à avoir faim. Son estomac sonne creux mais le plaisir de manger n’est pas au rendez-vous, elle qui est plutôt gourmande de salé d’habitude.
Léna frissonne : elle a froid. Elle se couvre d’un plaid supplémentaire. Le salon a une grande baie vitrée donne une vue imprenable sur le stade : parfait pour regarder les matchs ou les entraînements de foot le week-end. Elle n’a pas fermé les volets roulants : la flemme a pris le dessus ce soir.

A la fin de l’épisode de sa série, Léna ouvre l’application Spotify sur son MacBook Pro et lance sa playlist « Running ». Sur le son « Maryland » d’Elephanz, elle entame ses étirements sur son tapis de sol Décathlon. Elle est assise, jambes tendues et tente d’aller toucher petit à petit ses pieds : elle n’a jamais été un modèle de souplesse.

-Il me tarde de voir Yaya demain. Ca va me faire du bien de verbaliser tout ça avec une personne extérieure. J’irai faire un tour dans la galerie marchande en l’attendant. J’irai plus tôt et je prendrai mon temps comme ça. Je ne commence qu’à 14h le lendemain. J’ai besoin de m’aérer. –

Léna change de position pour s’étirer le dos qui a pas mal trinqué durant l’entraînement de ce soir. La sonnerie de son téléphone vient perturber le morceau « Les Moissons » du groupe Radio Elvis. C’est un message d’Emma qui part du gymnase. La discussion vient donc de se terminer : il est presque minuit. Léna se lève tranquillement, range le tapis après l’avoir soigneusement enroulé et se dirige vers la cuisine. Elle dresse la table pour deux, ouvre le réfrigérateur, attrape la salade verte ainsi que la quiche qu’elle met à réchauffer au four.

-Je n’ai pas peur. Enfin, je crois. Je n’ai pas peur pour nous, ni pour moi car sinon je serais déjà partie je pense. J’ai confiance en Emma, j’ai envie d’y croire. Cependant, je n’ai pas confiance en Morgane. Mais j’ai envie de croire que nos projets ne partent pas en fumée, de croire que je ne suis pas renvoyée au second plan, de croire qu’Emma voit en moi la femme avec qui elle voulait et veut toujours partager le reste de sa vie. –

La sonnette de l’appartement résonne dans la tête de Léna : c’est Emma. Léna se lève de sa chaise haute, appuie sur le bouton pour lui ouvrir. Elle laisse la porte d’entrée ouverte, repart dans la cuisine pour sortir la quiche du four. Elle en coupe deux parts qu’elle place dans les assiettes. Elle sert ensuite de la salade verte pour chacune.
Emma rentre dans l’appartement, enlève ses chaussures et pose son sac par terre. Elle sort son manteau, le range dans l’armoire de l’entrée et rejoint Léna dans la cuisine.

« Ca s’est bien passé ? demande Léna, déjà assise à table.
- C’était difficile, mais ça a été.
- Difficile ? Pourquoi ?
- Parce que c’était une sorte d’adieu, un au revoir. Et forcément, cela lui a fait de la peine.
- Tu étais préparée quand même. Enfin, je veux dire que c’est ce que tu voulais, enfin de ce que tu m’as dit…
- Oui c’est sûr. Mais cet au-revoir fait mal, car j’aurais aimé et préféré que tout reste sain et simple.
- Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? plaisante Léna. Qu’est-ce-que vous vous êtes dit ?
- Honnêtement, on s’est dit beaucoup de choses. Elle veut que tu saches qu’elle n’a pas quitté Amélie pour moi ou pour profiter de la situation et qu’elle est désolée.
- Elle me dira tout ça au moment voulu et en face, plutôt que de faire passer le message. Oui, elle est désolée, mais seulement après coup, car je pense que sur le moment, elle comme toi, vous ne l’étiez pas. Vous profitiez juste du moment que vous passiez toutes les deux. »

Un ange passe. Emma ne sait pas quoi répondre à cette réplique, car elle sait que tout est vrai. Elle tourne sept fois sa langue dans sa bouche :

-Il ne faut pas que je m’énerve. Forcément, c’est compliqué pour elle. Léna ne peut pas rester tout le temps calme, ce qui rend les sautes d’humeur plus piquantes je pense. Mais il faut que ça sorte : ne pas réagir, ne pas envenimer la situation. Je dois rester calme. –

Après un court temps de réflexion, Emma poursuit :

« C’est vrai, je l’admets. Je ne peux pas dire qu’on pensait à toi dans ces moments-là. Pour autant, je crois qu’il y avait toujours une partie de moi qui culpabilisait au fond. Après, pour revenir à ce soir, on a convenu qu’il n’y aurait aucun contact pendant la trêve de volley pendant les vacances de Noël. Le sevrage commence dès maintenant : on ne se verra plus pour préparer les entraînements. Elle voulait même s’effacer, ne plus participer aux pots, aux soirées…
- C’est idiot. Maintenant, il faut assumer : c’est facile de fuir. Ca ne sert à rien qu’elle se prive et qu’elle s’exclue. A quoi cela rimerait ? Faire les entraînements, les matchs mais pas les soirées ? Dans tous les cas, je la verrais, je vous verrais quand même ! Je vous verrais rire ensemble quand même : ça me fout les boules car je ne peux pas vous enlever ça !!
- Rire ? Quand est-ce-que tu nous as vues rires ? Ce soir ? A l’entraînement ?
- Oui et tu le sais. Ca m’a énervée, je te l’avoue, parce que je vous avais en face de moi. Ca m’a énervée car pour les autres filles, c’est normal, mais pour moi non car je sais ce qu’il y a derrière.
- Ah oui et quoi ?
- De l’attirance, du désir, du plaisir, de l’attachement.
- Et de la culpabilité après, tu le sais.
- Sûrement oui. Enfin non, je ne sais plus grand chose. Du moins, j’aimerais être sûre à 100%. Bref, ce n’est pas la question. Qu’est ce que vous vous êtes dit d’autre ?
- Que ça allait être difficile que que c’était ce que je voulais : je ne veux que toi. Elle ne veut rien faire contre nous. Et moi, je veux tout faire pour nous garder aussi. »

Dans leur équipe, en pré national, elles sont un effectif de 14 filles et un coach, Eric. Tous sont au courant qu’Emma et Léna sont ensemble, et cela ne pose aucun souci. Elles se sentent parfaitement intégrées et non jugées.
Elles finissent de manger sans plus préciser quoi que ce soit sur cette discussion entre Morgane et Emma.
Léna se sent à la fois triste, mais rassurée. Elle ressent une multitude d’émotions qui se contredisent à chaque seconde : c’est un véritable duel entre son cœur et sa tête.
Serait-ce de la tristesse de savoir qu’Emma ne veuille qu’à contre cœur mettre un terme à ce lien entre elle et Morgane ? Ou serait-ce plutôt de la joie qu’Emma puisse s’en passer aussi rapidement ?
Serait-ce de la peur de ne pas la croire autant qu’elle le souhaiterait ? Ou serait-ce de l’assurance ou encore du courage que de savoir que Léna souhaite continuer cette histoire ?
Serait-ce de l’inconscience de poursuivre et de pardonner ? Serait-ce se laisser vivre ? Ou serait-ce plutôt une forme de combat pour ne pas abandonner ce qu’elle aime par-dessus tout ?

L’amour est un pari difficile. C’est une chose que d’entamer une relation avec quelqu’un. Finalement, cela reste assez simple de rencontrer une personne. Ce qui est plus complexe, c’est d’entretenir cette relation afin qu’elle perdure au fil des jours, des semaines, des mois et des années qui passent.
Léna en est consciente.

Les deux jeunes femmes se retrouvent dans le lit après qu’Emma se soit douchée. Cette dernière rejoint Léna sous la couette :

« Amour, tu rejoins ta sœur à quelle heure déjà demain ?
- Elle arrive pour 11h normalement. Mais j’aimerais y être un peu avant pour me promener dans les magasins, donc vers 10h.
- A quelle heure mets-tu le réveil ? 9h ?
- J’ai mis 9h, pour partir vers 9h30 à peu près. »

Léna pose son téléphone sur la table de chevet à sa droite. Elle se positionne en chien de fusil et Emma vient se blottir dans son dos. Cette dernière l’entoure de son bras gauche que Léna attrape afin d’entrelacer leurs doigts. Léna se sent bien : elle tourne sa tête pour embrasser une dernière fois Emma avant de dormir. Elles échangent un long baiser tendre, doux et langoureux. Rapidement, elles tombent toutes deux dans les bras de Morphée, l’une contre l’autre, leurs respirations synchrones.

Le réveil de Léna sonne à 9h : elle se réveille en un sursaut furtif et l’éteint. Elle est en sueurs : elle a sûrement dû faire des cauchemars cette nuit encore. Elle ne s’en souvient pas. Emma se retourne vers Léna :

« Bien dormi mon chat ?
- Plus ou moins. Je vais préparer les cafés, tu te lèves avec moi ou tu restes dans le lit ?
- J’arrive dans 5 minutes. »

Léna embrasse le front d’Emma, met sa robe de chambre et part en direction de la cuisine. Elle met en marche leur cafetière Senseo, attrape deux tasses, change les dosettes et ouvre les volets roulants. Elle met à griller deux tranches de pain complet, sort le beurre et le miel.
Elle s’assoit sur une des deux chaises hautes et attrape son téléphone : elle ouvre l’application Facebook Messenger et décide d’écrire un message à Morgane :

« Salut Morgane,
Inutile que je te demande comment ça va tout en sachant que tout est un peu chamboulé pour toutes les trois mais le cœur y est.
Sache que je ne te « déteste » pas : je n’ai aucune raison de te haïr. Je sais que cela arrive, c’est humain. Seulement, je suis juste déçue et mal, un peu tombée de haut je crois. Tombée de haut car j’avais tiré une sonnette d’alarme et que j’avais pleinement confiance en vous deux. Mais après, je sais que ce genre de sentiments arrivent plus vite que prévus, et ne se contrôlent pas surtout. Et finalement, le jeu est assez agréable.
Je ne peux pas en vouloir à Emma, mais j’ai quand même mal. Ca me fait mal de vous avoir toutes les deux dans ma tête avant de dormir : ça fait mal et j’ai juste peur. Je n’ai pas envie de t’en vouloir non plus. Je t’apprécie Morgane : forcément, en ce moment, c’est un peu compliqué ce que je ressens pour toi, mais je sais qu’au fond, je t’apprécie quand même.
Je ne veux pas que tu te prives du volley, des pots, des soirées. Cela ne servirait à rien selon moi, mis à part t’isoler. Il faut assumer pleinement…
Je ne vous regarde pas avec haine, mais plutôt avec peine à l’entraînement. Car je sais que vous êtes complices, que vous vous entendez sur beaucoup de sujets… c’est d’autant plus difficile pour moi. Peut-être que je suis bonne poire, peut-être un peu conne, je n’en sais rien, mais je n’ai pas spécialement envie que vous vous perdiez en tant qu’amies… J’ai juste envie de garder la femme que j’aime à mes côtés.
J’espère que les genouillères allaient. Je sais que tu étais mal à l’aise, moi aussi, mais c’est aussi une forme de… La vie continue…
Je compte sur toi pour rester vendredi soir, en gros, demain après l’entraînement, pour l’anniversaire de Clara, je crois que ça me ferait plaisir.
A bientôt. »

Léna appuie sur « Envoyer » et pose son téléphone. Emma ne tarde pas à arriver dans la cuisine. Elle attrape Léna par la taille et dépose un baiser dans son cou. Elles s’assoient toutes les deux et commencent à partager le petit-déjeuner.

« Je rentrerai manger ici avant de partir travailler. Ce sera peut-être un peu à la va vite, mais je n’ai pas envie de manger un simple sandwich. Il faut que ça me tienne l’estomac pour toute l’après-midi.
- Ca marche mon ange. J’espère que ce sera bien avec ta sœur et que tu passeras du bon temps.
- Ca va me faire du bien je pense, m’aérer un petit peau. Je te laisse ranger amour, je file me préparer. »

Emma sourit en guise de réponse car elle a la bouche pleine de tartine beurre-miel. Léna se dirige dans leur dressing, choisit une tenir simple et confortable : un jean noir moulant, un t-shirt blanc et une veste beige. Elle se lave le visage, se brosse les dents puis s’habille : un petit coup de déodorant, de parfum, un soupçon de maquillage et Léna est presque prête. Elle met sa montre et ses boucles d’oreilles.
Emma est dans le salon, elle vient d’allumer son ordinateur pour commencer à travailler : il est 9h25.
Léna attrape son écharpe, met ses converses blanches. Emma la rejoint dans l’entrée avec son sac à main.

« Tu me dis quand tu pars d’Auchan Lac comme ça je lancerai à manger pendant que tu seras sur la route.
- Pas de soucis Amour. Je te dis à tout à l’heure.
- Profites en bien avec ta sœur ! Je t’aime…
- Moi aussi, amour, moi aussi… »

Un dernier baiser et Léna sort de l’appartement pour se mettre en route. Emma retourne sur le canapé et travaille : elle a beaucoup de dossiers à gérer en cette fin d’année civile. Elle met de la musique classique pour se concentrer. Elle aime le son du piano, cela l’apaise. Elle écoute la discographie de Ludovico Einaudi sur Spotify, en mode aléatoire : elle a connu ce compositeur grâce à Mommy, le film de Xavier Dolan.

Léna rejoint la rocade de Bordeaux sans trop de difficultés. A 9h30, le plus gros des embouteillages est passé. Elle roule au rythme des différentes stations de radio, zappant à chaque pub audio qu’elle entend. Elle arrive au magasin en vingt minutes. Elle se gare et rentre dans la galerie marchande. Son téléphone sonne, elle le sort pour répondre : c’est sa sœur :

« Oui Yaya ?
- Je suis sur la route ma puce. Je t’appelle avec le bluetooth. Est-ce-que tu m’entends bien ?
- Oui parfaitement même ! Je suis dans la galerie marchande, je fais un petit tour dans les boutiques en t’attendant !
- J’arrive d’ici moins vingt minutes car la circulation est fluide ! Je te rejoins au niveau de la Fnac si ça te va. Je dois récupérer le cadeau pour Laurent et après on ira se boire quelque chose au Colombus Café.
- Ca me semble parfait tout ça ! Envoie moi un texto quand tu es garée Yayou !
- A tout à l’heure, bisous. »

Léna range son téléphone dans son sac et rentre chez Undiz, un magasin de sous-vêtements. Elle y fait un bref tour, repère quelques pièces, un pyjama et quelques bas, mais ressort sans rien acheter. Elle tourne et vire de magasin en magasin mais ne passe jamais pas la case caisse : elle n’est pas d’humeur à acheter mais plutôt à faire du repérage.
Elle passe chez Pimkie, Zara, Bershka et même Mango. Elle en ressort bredouille à chaque fois. Elle s’arrête maintenant chez Nature & Découvertes. C’est un magasin que Léna adore. On y trouve des huiles essentielles, des articles en rapport avec le voyage, la découverte de soi, des centaines de livres et des accessoires de bien-être. Léna se laisse transporter par les odeurs des diffuseurs, les saveurs des quelques thés en dégustation gratuite, les titres des livres la transportant aux quatre coins du monde.
Son téléphone sonne encore une fois : c’est un message de sa sœur. Elle vient de se garer. Léna lui répond brièvement : « D’accord. Je suis chez Nature & Découvertes, à côté de la Fnac. »
Peu après avoir répondu, Léna aperçoit sa sœur Jessica entrer dans le magasin avec la poussette. Elle est habillée d’une jupe aux motifs fleuris arrivant à ses genoux, des bottes noires en cuir à talons, un haut noir à manches longues et un manteau rouge. Jessica a les cheveux parsemés de mèches blondes de différents tons donnant ainsi une multitude de nuances à sa couleur naturelle se rapprochant d’un blond vénitien foncé. Elle est légèrement plus petite que Léna mais est plus pulpeuse.
Léna se rapproche de sa sœur et l’embrasse sur les deux joues :

« Ca tombe bien que tu sois dans ce magasin. Je dois acheter un livre de contes pour enfant et un diffuseur pour mettre dans la chambre de ta filleule ! »

Léna se penche au-dessus de la poussette et voit le visage rond d’Agathe. Elle dort à poings fermés. Léna la balade à travers le magasin pendant que sa sœur trouve les articles qu’elle souhaitait acheter. Elles sortent du magasin et se dirigent vers la Fnac. Entre les deux magasins, Jessica demande :

« Bon comment vas-tu ?
- Pas terrible Yaya. Vraiment bof…
- Je me doutais bien quand tu m’as demandé si j’étais libre aujourd’hui… Qu’est ce qu’il se passe ma puce ? »

Léna sourit timidement du coin de ses lèvres. Jessica ne la connaît que trop bien : sa petite sœur peut difficilement lui cacher les choses. Elles ont une relation fusionnelle depuis la naissance de Léna. Cette dernière sent une boule se former au fond de sa gorge et les larmes lui monter aux yeux.

« C’est Emma. Il y a une autre femme.
- Et merde… Viens-là… »

Jessica se tourne vers sa sœur, passe un bras autour d’elle et lui embrasse le front. Elle sait qu’elles en parleront mieux autour d’un café. Elles entrent dans la Fnac pour récupérer le livre dont elle a besoin. En attendant, elles parviennent à discuter de divers sujets : les cadeaux de Noël, des parents, de la vie en général. Elles rient sur le fait qu’Agathe soit hors normes : elle n’a même pas deux mois qu’elle fait déjà la taille et le poids d’un bébé de trois mois et demi.
Jessica récupère le livre de photographie pour Laurent, paie les autres cadeaux qu’elle a trouvé. Léna a trouvé des écouteurs Bluetooth pour la course à pied : ils étaient en soldes, elle en a profité.
Après avoir toutes les deux payé, elles se dirigent au comptoir du Colombus Café : il n’est que 10h45. Elles passent leur commande : un Macchiato supplément chantilly pour Léna et un Latte Caramel pour Jessica. Elles paient, récupèrent leurs boissons et trouvent une table au fond du café pour être tranquilles. Elles s’assoient face à face :

« Bon, alors, raconte-moi tout, commence Jessica.
- Comme je te disais, il y a une autre femme pour Emma. Elles n’ont rien fait de physique apparemment, de ce que je sais. Mais Emma est attachée à elle et elle lui plaît forcément.
- Comment se sont-elles rencontrées ?
- Par le Volley. Tu sais, Emma travaille dans le club où nous jouons. Morgane était la coach de l’équipe départementale sénior fille qu’Emma a repris cette année. Morgane s’est proposée de l’aider depuis octobre il me semble. Elles se retrouvaient tous les mardis pour préparer les entraînements : et petit à petit, elles se sont découvertes…
- Donc tu la vois parfois ?
- Oui, tous les mercredis et tous les vendredis ! Au départ, je ne faisais que la croiser aux entraînements et elle venait nous voir quelques fois aux matchs à domicile, avec son ex qui joue aussi en départementale. Elles se sont séparées, il y a deux semaines à peu près… C’est fabuleux n’est-ce-pas ?! »

Léna laisse ses larmes couler et boit une gorgée de son café : il est brûlant, elle regrette aussitôt. Jessica écoute attentivement sa sœur qui poursuit :

« Oh et puis… Morgane ne jouait dans aucune équipe, elle a arrêté cette année. Mais depuis un peu moins d’un mois, elle a repris avec nous. Emma a même insisté auprès d’elle et du coach car on avait besoin d’une passeuse pour aider la notre… C’est vraiment TOP comme situation !!
- Depuis combien de temps tu sais tout ça ? Comment l’as-tu su ?
- Emma m’a tout dit mardi, quand elle a senti qu’elle ne maîtrisait plus ses sentiments : qu’elle s’attachait vraiment à elle quoi.
- Comment tu te sens ?
- Honnêtement ? Je ne sais pas trop. Mal et déçue je suppose, en tout logique. Mais, à la fois, j’arrive à comprendre que ce genre de chose puisse arriver : rencontrer une personne, la découvrir et se rendre compte qu’elle nous plaît. Je suis déçue car j’avais tiré une sonnette d’alarme, on avait tiré la situation au clair. Et finalement, non ! J’avais une confiance aveugle ! »

Léna poursuit son récit tout en buvant le reste de sa boisson chaude. Jessica berce de temps à autre la poussette car Agathe pleurniche quelques fois, à de rares reprises. Elle pose quelques questions mais laisse Léna tout raconter pour avoir tous les éléments : Morgane, Emma, le volley, l’alarme, les discussions, les taquineries, les dialogues qui ressemblaient à ceux d’Emma et Léna à l’époque où elles se sont rencontrées, les contacts…

« Tu sais ma puce, commence Jessica, tu as une réaction mâture en disant que tu ne peux pas les blâmer. Mais maintenant, réponds-moi en toute honnêteté, est-ce-qu’avec Emma vous en avez déjà parlé d’ouvrir votre relation ? Je vais reformuler. Vous êtes ensemble, ensemble toutes les deux. Vous n’avez jamais parlé de liberté sur d’autres relations, d’autoriser ce genre d’extra-relation ?
- Non, pas du tout.
- Tu vois, avec Laurent, je lui ai toujours dit comment je voyais l’amour, ou plutôt le polyamour. Je l’aime d’un amour puissant, mais si un jour, je rencontre une personne qui me plaît, je n’ai pas envie de me le refuser donc on ne s’en empêcherait pas. Tu devrais lire le livre « Les Vertus du Polyamour », vraiment. Bien sûr, on en parlera avant. Ma relation avec Laurent est la plus importante et pour lui aussi. Mais nous avons chacun la possibilité de nous accorder un moment de liberté, de découverte avec quelqu’un d’autre ou ensemble avec une tierce personne. La question que tu dois te poser maintenant c’est la suivante : qu’est-ce-que tu souhaites vraiment au fond de toi ? »

Léna a écouté attentivement tout ce que sa sœur venait de dire. Elle prend plusieurs minutes avant de formuler sa réponse :

« Yaya… Je ne sais pas vraiment. Là, ce que je sais, c’est que je ne veux pas en finir avec Emma. Je ne veux pas non plus faire de mal à qui que ce soit : je ne veux pas que Morgane s’efface non plus. C’est ça qui est paradoxal. Je me dis, depuis le début de la semaine : ce serait tellement plus simple si ce n’était qu’une connasse sans cœur, que je ne connais pas, que je n’apprécie pas, que je ne suis pas amenée à revoir ! J’aurais juste à l’insulter, ne plus la voir et c’est tout quoi !!!!
- Je sais ma puce, je sais. Ca ne t’aide pas à en finir avec cette histoire. Mais, tu n’as que 23 ans, prends le temps de réfléchir. Tu as toute ta vie devant toi, tant de choses à découvrir : la peine, comme la joie, car la vie c’est un grand mélange de ces deux émotions en créant ainsi une infinité. Prends du temps pour toi : réfléchis et écoute toi. »

Toutes deux finissent leurs cafés : il est bientôt midi. Léna ne va pas tarder à partir pour rentrer manger avec Emma avant de démarrer sa journée de travail. Elles font une dernière halte chez Yves Rocher où elles achètent quelques articles : du gel douche parfumé à la fleur de Tiaré et fleur d’Ylang Yland et des baumes à lèvres. Léna affectionne tout particulièrement cette senteur : elle lui rappelle l’été, les beaux jours, le sable, la plage, l’océan, la liberté des mouvements de l’eau.

« Je vais y aller ma Yayou. Il faut que je mange avant d’embaucher quand même !
- Je vais passer chez Maison du Monde un petit peu. Dis-moi quand tu es rentrée. Si tu as besoin, tu m’appelles ma puce. D’accord ?
- Ne t’en fais pas, et merci surtout. Si j’ai déjà réussi à le verbaliser et donc à t’en parler si rapidement, je le ferai de nouveau sans soucis je pense. De toutes façons, lundi tu as un rendez vous il me semble. Je garde Agathe, donc on se verra et je te raconterai les nouvelles péripéties !! »

Jessica acquiesce d’un signe de tête et prend sa petite sœur dans ses bras. Elle passe une main dans ses cheveux fins ondulés : sa petite sœur grandit, mûrit et avance dans la vie. Elle aurait aimé, et même préféré, que Léna ne connaisse jamais ce sentiment de déception, d’incompréhension, d’impuissance, cette faille au niveau du cœur. Jessica sait que Léna est aussi torturée spirituellement parlant qu’elle. Elles ne sont pas sœurs pour rien : elles se questionnent souvent, se remettent souvent en question et sont toujours en quête de paix intérieure. Chacune a ses démons. Chacune a son caractère. Chacune a ses forces. Chacune a ses faiblesses. A ce moment-là, Jessica, en regardant sa sœur marchant vers la sortie du magasin, ne voit plus la petite blondinette aux yeux bleus insouciante à son plus jeune âge, mais une jeune femme perdue dont l’esprit vagabonde, dont le cerveau tourne à mille à l’heure pour tenter de chercher à comprendre comment cette situation pourrait être mieux vécue pour tout le monde. Chacune d’elles deux a ses propres faiblesses, mais elles en possèdent une commune : celle de faire souvent passer les autres avant elles.
Jessica se dit, en commençant à se diriger vers le magasin Maison du Monde :

-Elle s’en sortira. Il faut qu’elle prenne le temps de réfléchir maintenant : le temps l’aidera à trouver un calme intérieur pour mieux gérer toute cette situation. Elle ne se brûlera pas totalement les ailes : elles ont été quelques peu amochées, mais elle volera de nouveau. Telle un phénix, elle renaîtra de ses cendres. J’espère qu’Emma est sûre d’elle et qu’elle aussi se pose les bonnes questions. –

Léna rentre dans sa voiture, prévient Emma qu’elle part d’Auchan Lac et qu’elle sera donc rentrée dans une vingtaine de minutes. Elle se sent toute chamboulée par ce qu’a dit Jessica. Cela change sa vision sur la vie de famille, sur la société. Elle se sent tout à coup enchaînée de force à un modèle sociétal automatique. Elle ne s’était jamais posée de telles questions.
Son téléphone sonne : Emma lui a répondu et Morgane a envoyé sa réponse au message de ce matin. Léna lira ce dernier message plus tard.
La circulation est fluide sur la rocade Bordelaise. Léna arrive rapidement à l’appartement, aux alentours de 13h, Emma est là pour l’accueillir :

« Cela s’est bien passé avec ta sœur ? J’ai fait Gnocchis-Steak pour midi, je me suis dit que ça te ferait plaisir.
- C’est parfait, tu sais que j’adore quand on mange ça !! C’était très bien avec Yaya : on a beaucoup parlé, cela m’a fait du bien. J’ai acheté des oreillettes Bluetooth pour la course à pied !
- Oh, tu aurais pu donner l’idée pour Noël quand même !!! Tant mieux, je suis contente que tu aies bien profité avec ta sœur. »

Emma brûle d’envie de savoir ce qu’elles se sont dit au cours de cette matinée. Mais elle respecte le silence de Léna, qui traduit qu’elle ne souhaite pas développer ni partager plus que ça pour l’instant. Léna est plutôt solitaire, il lui faut du temps pour s’ouvrir. Ses yeux bleus sont légèrement gonflés et rouges : Emma en déduit que des larmes ont encore coulé ce matin.

« J’ai envoyé un message sur Facebook à Morgane ce matin. Elle m’a répondu, mais je n’ai pas encore lu, déclare Léna après avoir fini sa bouchée.
- Ah d’accord. Qu’est-ce-que tu lui as écrit ? demande Emma, plus qu’intriguée.
- La même chose que je t’ai déjà dite : que j’étais déçue mais que je ne vous en voulais pas forcément et qu’elle n’avait pas à s’effacer. J’aimerais lui parler avant l’entraînement de vendredi, surtout qu’il y a le petit pot pour l’anniversaire de Clara.
- D’accord mon ange. De toutes façons, tu gères à ta manière. Je n’ai rien à te dire sur tout ça, sauf de ne pas lui faire de mal, mais ça tu le sais.
- Je sais ce que tu penses. Mais dans tous les cas, ce n’est pas mon but de faire du mal. S’il y a quelqu’un a qui je devrais en faire, ce serait à toi. Je ne peux pas la blâmer d’être intéressée par toi. Seulement, j’ai eu ta version des faits, j’ai besoin de savoir ce qu’elle pense, ce qu’elle ressent.
- Je comprends… »

Les deux jeunes femmes finissent leur repas en changeant de sujet : elles discutent du volley, du match du samedi, de la famille, des cadeaux de Noël… C’est un moment en toute simplicité qu’elles apprécient. Léna part même à contre cœur au travail : elle est épuisée. Elle aimerait dormir, se reposer pendant une décennie. Elle regarde brièvement son emploi du temps sur son téléphone : 19 personnes à voir. Elle soupire mais d’une part est contente également : elle n’aura pas le temps de penser à autre chose finalement.
Elle prend sa voiture après avoir dit au revoir à Emma, qui se met directement à préparer ses séances pour l’après-midi dans les écoles.

Emma n’est pas trop sereine que Léna veuille parler avec Morgane. Elle arrive à comprendre mais n’est pas rassurée. Léna peut être sanguine parfois, dire des choses qui font mal pour se défendre quand elle se sent attaquée. Elle secoue la tête, Morgane ne va pas l’attaquer dans ses propos, donc finalement, cela devrait bien se passer.
Emma se pose sur le canapé, après avoir allumé son ordinateur. Elle pense à Morgane : comment doit-elle vivre toute cette situation ? Elle prend son téléphone, va dans ses contacts, ouvre celui de Morgane. Elle hésite. Elle est prise entre deux feux : l’appeler pour savoir comment elle se porte ou ne rien faire, se mettre à travailler et ne penser qu’à une seule femme, Léna.
Plus elle se pose cette question, plus son doigt se rapproche de la touche « Appeler »…

En arrivant au cabinet, Léna dit bonjour à tous les patients présents dans la salle de rééducation et fait la bise à ses collègues. Elle enlève son manteau et son écharpe, pose son sac au niveau du vestiaire réservé aux kinés et attrape son téléphone. Il est 13h48, son premier patient n’est pas encore arrivé, elle a le temps de lire la réponse de Morgane :

« Salut Léna.
Avant toutes choses, merci pour ce message. Je me doute que c’st compliqué pour toi en ce moment, et, bien évidemment, je m’en sens en partie responsable. Je ne suis pas très à l’aise à l’écrit pour m’exprimer mais je vais faire de mon mieux. Si tu le souhaites, on pourra prendre un moment pour parler de tout ça.
Déjà, sache que je ne te déteste pas non plus, au contraire, et j’ai beaucoup de respect pour toi, ce qui rend tout ça difficile à gérer.
Je n’ai jamais vécu quelque chose de similaire avec autant d’honnêteté, de compréhension, de transparence entre toutes les trois. C’est dur de croiser ton regard pour moi, je me sens mal. C’est la raison pour laquelle je ne sais pas encore si ça ne serait pas mieux de m’effacer à certains moments, pour toi, mais aussi pour vous…
J’’admire ta force et le recul que tu as. Je respecte votre couple, votre histoire, votre amour. Je perds mes mots…
Merci encore pour les genouillères : elles avaient l’air d’aller. Je ne perds pas espoir de retrouver les miennes, mais au moins, au cas où, j’aurais quelque chose. Merci.
Tu as raison, la vie continue. Tu peux compter sur moi vendredi. Passe une bonne journée Léna. »

Léna lui répond assez rapidement. Elles discutent brièvement et conviennent d’un moment pour se parler en face en face : vendredi soir, après l’entraînement, après le pot pour l’anniversaire de Clara qui fête ses 18 ans.
Demain soir, Léna aura des réponses. Elle a hâte.
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